SATIRE
Avant d'avoir le rang de prêtre J'étais chevalier aussi, moi; J'avais des guerriers comme toi Duok, et plus môme peut-être.
J'étendais au loin mon pouvoir Étant d'une famille ancienne.
Ma cuisse aussi bien que la tienne Pressait les flancs d'un coursier noir.
Mais au moins je savais me battre Et je donnais à mes guerriers De Tor tout plein leurs boucliers, Toi, tu restes au coin de l'âtre.
Tu t'endors au sein du repos.
En quête de riches aubaines L'ennemi fond sur tes domaines Chassant devant lui tes troupeaux.
1. Cette pièce est presque la traduction de l'œuvre d'un vieux barde breton du vi* siècle.
A toi bon vin et grande chère !
Ta femme est belle, on la prendra !
Dook, qui donc la défendra Si, toi, tu n*08es pas le faire?
Qu'une vieille au souffle empesté S'arrête au seuil de ta demeure Lorsque le soir Touragan pleure Et maudisse ta lâcheté.
Les Gaulois aimaient tant la poésie, ils l'estimaient à un tel degré; qu'ils lui attribuaient une puissance curative. La peste, le mal jaune^ la redoutable Bôsen, comme ils l'appeaient, fuyait effarée quand on lui prouvait bien en la raillant qu'on ne la craignait pas. Les membres de la caste sacerdotale portaient des ceintures sur lesquelles des distiques étaient brodés. Lors de l'introduction du christianisme en Irlande, les bardes convertis composèrent sous le nom de ceintures des poèmes qui éloignaient d'eux tous les malheurs. Pour avoir une protection efficace, il fallait seulement réciter ces poèmes.
Les habits de la Vierge, les ceintures ornées d'une inscription pieuse que portent en Bretagne les jeunes femmes sur le point d'accoucher, dérivent évidemment des anciens amulettes gaulois.
En 1859, le choléra sévit d'une façon redoutable sur une partie de nos départements de l'Ouest; un vieux paysan qu'un médecin questionnait lui répondit : a Avec tous vos remèdeSy vous ne chasserez jamais la maladie. Il faudrait pour la mettre en fuite qu'un barz la chansonndt. » On voit par là que le vieux paysan était absolument dans les mêmes idées que ses aïeux les bardes gaulois.
Nous allons nous efforcer de donner un type de ces poésies devant lesquelles les maux les plus terribles eux-mêmes battaient en retraite. C'est un défi lancé à la peste, à Bôsen. Le guerrier cherche à lui prouver qu'elle ne peut avoir d'influence sur lui, qu'il ne la redoute point.
d£fi
Tu frappes rhomme blanc d'effroi, Tu ne peux ranger sous ta loi Le cœur qui n*a point peur de toi.
Quand l'orage gronde, terrible.
Au milieu du bruit impassible Je prends les nuages pour cible.
Je nargue le brillant éclair!
Je ris du courroux de la mer.
Mon corps est plus dur que du fer.
Avec soin ta rage m'évite.
Tes ongles, ô Bôsen maudite, Contre moi s'useraient bien vite !
Les Gaulois avaient également des sortes de fabliaux ou de ballades si Ton aime mieux. Les strophes en étaient courtes. Souvent chacune d'elles se composait d'une simple triade. Le refrain formé d'un distique séparait tous les tercets; ce genre de poésie n'a jamais disparu de notre littérature. Dans les œuvres de Victor Hugo, comme dans celles de beaucoup de nos poètes, nous trouvons des pièces qui ont plus d'un rapport avec les vieux chants de nos pères. En voici un composé d'après toutes les régies de l'art ; nous l'appellerons :