‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 20 sur 190 · Axima était une des deux villes des Gentrones · texte numérisé non relu

Axima était une des deux villes des Gentrones

â. Le lai des trouvères du moyen âge dérive certainement des vieilles poésies gauloises, auxquelles les bardes leurs auteurs donnaient lé nom de ie», littéralement douleur, lamentationy et par suite complainte.

3. Avant sa conquête par Gésar, la vallée du Rhône, qui forme aujourd'hui le Valais, était divisée entre quatre peuplades confédérées. C'étaient: les iVantuafcs, capitale Tamarfe, plus lard nommée A^auwum, aujourd'hui Saint-Maurice ; les Véragres, capitale Octodur (Martigny) ; les Scdunes, capitale Sedunum (Sion), et les Yibères dans le Haut Valais.

feux étincelants toutes les crêtes de nos montagnes S j*étais non loin du grand lac bleu (lac du Léman) au temple de Penn^.

Tu le sais, Gott, près du sanctuaire quelques maisons se sont groupées. La plupart des habitants vendent des bijoux et des armes qu'ils fondent ou qu'ils forgent eux-mômes.

D'ordinaire le métal employé venait par des porteurs et par les bateaux du lac du pays des Ségusiaves 3, ces clients des Eduens ^.

A répoque dont je te parle, Gésar avait déjà décidé qu'une descente aurait lieu dans notre vallée. Nous aurions dû nous en douter à ce que raîrain ne nous arrivait plus aussi abondamment.

Aussi quand Vivliano, la fille de Gwenrigh-henn, parut sur le seuil du hangar sous lequel d*habitudft dix creusets fonctionnaient, il n'y eut guère de bijoux à lui montrer.

Les fondeurs et les guerriers campés sous des tentes que la fête avait assemblés restèreut immobiles et frappés d*admiration en voyant la belle jeune fille. Vivliane était l'honneur de notre tribu tout entière.

Sur son front pur ses cheveux se relevaient coquettement retenus par des épingles d'airain brillant qui lui formaient comme une au« réole^^; un léger tatouage bleu qui ornait une de ses tempes donnait encore plus d'éclat à son regard.

Ses bras plus blancs que la neige des cimes les plus hautes étaient parés de riches bracelets. Un triple rang de perles séparées par des amulettes chargeait sa poitrine.

Sa robe qu'une ceinture serrait autour de sa taille était brodée de fleurs aux teintes variées, et laissait voir ses pieds chaussés de hautes sandales en bois ^.

1. Les feux du solstice sont devenus les feux dits de la Saint^ean.

2. Penne, non loin de Villeneuve, sans doute l'ancien Pennolucus,

3. Les Ségusiaves avaient pour villes Lugdunum (Lyon) et CabillO' num (Ghâlons-sur-Sadne).

4. Peuplade qui occupait un vaste territoire entre la Marne, la Loire et la Saône.

5. Le grand nombre d'épingles de bronze trouvées en Suisse permet de supposer que, de toute antiquité, dans ce pays, les femmes se coiffaient comme le font encore les femmes du canton du Tessin.

6. Ge genre de chaussures est encore en usage dans le canton du Tessin. On les retrouve au Japon. Il était, du reste, tout à fait approprié à la nature du sol qui devait être extrêmement humide. Ges sandales

Vivliane était coquette autant que la rose églantine que le soleil d'été fait éclore sur les buissons de nos vallées.

Vivliane était gaie comme le jeune chamois de nos montagnes qui sait qu'il n*a rien à craindre sur les sommets où il joue parmi les herbes embaumées.

La belle Vivliane s'élançait insouciante à travers la vie comme la mouette blanche du grand lac bleu s'élance en plein ciel •

La fille de Gwenrigh-henn, qui s'était promenée dans tout le marché, fit une moue dédaigneuse en voyant quelques bracelets dans un coffre de chêne ornés de cercles gravés.

11 n'y a rien, dit-elle, qui puisse convenir à la fille d'un chef puissant tel que l'est Gwenrigh-henn.

Fondeur! s*écria tout à coup un jeune guerrier à la moustache rouge et tombante qui se détacha du groupe, fondeur prends ce glaive !

Jette-le dans le creuset qui vient de te servir. Transforme lame et poignée en bijoux pour Vivliane. Obéis, fondeur, à laul, fils d'Iaul !

Et l'arme de prix lancée par un bras robuste résonna sur les dalles rugueuses qui recouvraient le sol du hangar.

Vivliane se baissant aussitôt, ramassa le glaive. Avec un sourire elle le tendit à laul pour qu'il le reprit. — Non, fit-il, ce glaive est à toi !

L'arme tiède encore fut replongée dans (la fournaise pour fondre à nouveau et remplir de son métal devenu liquide les moules choisis par la belle jeune fille ^. '

Lugovèse, un guerrier célèbre parmi les Véragres, qui, avec quelques hommes de son clan, avait escorté tout le long de la route Vivliane et plusieurs autres jeunes filles de notre tribu, survint alors.

Vivliane, ignorante encore de ce qu'est l'amour jusqu'à cette fôte du dieu Penn, avait toujours semblé prendre à plaisir de voir Lugovèse qu'une foule d'ambactes et de soldures accompagnaient en tous lieux.

Quelques mots entendus par le collier d'or suffirent pour le mettre au courant de ce qui s'était passé.

permettaient donc de marcher à pied sec sur des terrains détrempés et marécageux.

1. Les moules qui servaient à mouler les objets de bronze était en molasse. C'est une sorte de grès verdâtre assez commun en Suisse, en Savoie et dans l'Italie. On a retrouvé de ces moules dans les palafittes de la Suisse.

Au moment où, poussé par la jalousie, il allait peut-être interpeller brutalement laul, Yivliane lui dit : c Viens, Lugovèse, partons !

Elle promena son regard limpide et bleu sur toute la foule afin d'avoir le droit de regarder encore une fois laul, le beau guerrier Nantuate.

Le barde fut ici interrompu par un gémissement qui venait du dehors. On eût dit le lointain appel d'un voyageur égaré qui demande du secours.

Tous les guerriers écoutèrent un instant en silence, mais la plainte ne se renouvela point. Ils n'entendirent que la sombre musique du vent parmi les branches des sapins.

Achève ton récit, Mognanat, dit Gott, en flattant de la main un grand dogue qui s'était levé et qui grondait sourdement.

Le poète reprit donc en ces termes : Quelques jours après la fête de Penn, Vivliane avec plusieurs esclaves romaines tilait sur le bord du torrent qui de ses eaux mugissantes divise en deux parties la cité des Véragres.

Son regard se perdait à Thorizon. Ce n*était pas les hautes cimes avec leurs blanches couronnes de frimas éternels que fixait la jeune fille- Vivliane remontait des yeux la route qui conduit à Tarnade.

Tout à coup, elle tressaillit ! Dans un cavalier lancé à fond de train qui s'avançait vers le lieu où elle se tenait avec ses compagnes, elle avait reconnu le Nantuate laul.

Le jeune guerrier lui apportait \em bracelets fondus avec l'airain de son glaive. Leur surface, polie habilement, était décorée de cercles concentriques allant trois par trois et de lignes dentelées.

laul mit pied à terre et offrit à Vivliane la parure nouvelle. Les esclaves se levant aussitôt se retirèrent, laissant le guerrier et Vivliane seuls ensemble.

En souriant la fille deGwenrigh-henn orna ses bras blancs des'anneaux d'airain. A leur contact, un frisson parcourut tout son corps et lui étreignit le cœur.

Vivliane, naguère encore si gaie et si insoucieuse, sentit naître en elle un trouble nouveau; son âme en un instant se transforma.

Depuis sa première rencontre avec laul au bois sacré du dieu Penn^ elle ne songeait plus à Lugovèse, mais elle n'osait pas s'avouer à ellemême qu*elle aimait sincèrement pour la première fois.

Quand elle revit près du torrent le jeune Nantuate, elle comprit à

rémotion qui s'empara d'elle, que de ce jour son sort allait dépendre de lui.

Mais elle ne laissa rien paraître des sentiment s qui Tagitaient. laul dont elle espérait un aveu, ne s'avança pas non plus ; il fut retenu par le respect.

laul, fils d'Iaul, était un simple homme libre, le plus fameux dompteur de chevaux de sa tribu ; Vivliane était l'unique enfant d'un brenn renommé.

Il s'était donné tout entier à Vivliane, mais sans rien demander en échange. Il s'attendait même à souffrir un jour à cause d'elle.

Avant d'avoir vu la fille de Gwenrigh-henn, laul, tout rêveur, errait souvent sur les hautes montagnes qui enserrent Tarnade. Assis sur quelque roc inaccessible pour tout autre que pour lui, il se plaisait à suivre des yeux le vol des blanches nuées.

Son âme inassouvie, à travers leurs vapeurs légères, croyait voir passer des femmes souriantes enveloppées de longs voiles flottants dont les plis variaient au souffle de la bise.

Que les Romains, nos orgueilleux vainqueurs, raillent nos jeunes hommes de ces amours naïves, presque enfantines par le tour que leur donne leur imagination.

Grâce à elles, la débauche, ce dragon qui broie les consciences dans ses replis fangeux, ne pénètre point dans nos bourgs ni dans nos cités.

Le guerrier, dans la femme qu'il épouse un jour, pense retrouver l'être charmant qu'il a vu dans ses rêveries solitaires.

Quand laul eut disparu, emporté par son cheval noir, Vivliane ne put retenir ses larmes et s'affaissa sur le bord de la route.

Le doute, ce venin dont rien ne peut combattre la violence, vint assaillir son âme. Elle crut que le jeune Nuntuate ne l'aimait point, puisqu'il l'avait quittée sans lui faire d'aveu.

Le glaive neuf dont il s'était privé pour elle ne montrait peut-être que la vanité d'Iaul. Devant tous les guerriers assemblés au sanctuaire de Penn, il avait voulu étaler sa richesse.

Et la fille de Gwenrigh-henn, celle dont on vantait la beauté jusqu'à LousonnaS se tordait les bras de rage et de désespoir.

1 . Lousonna aujourd'hui Lausanne. L'origine celtique de cette ville n'est pas douteuse; du reste, quelques noms pris dans les campagnes environnantes prouvent que cette ville était entourée de vastes forêt consacrées au dieu Bélen.

Un mois s'est écoulé et c'est fête chez le brenn des Véragres dans la ville d'Octodur, cette ville qui nous rendait les maîtres du passage du col de Penn.

La table ronde qu'entouraient de nombreux colliers d'or, ploie sous le poids des mets et des cornes d'Urus remplies de blonde cervoise.

C'est fête et grande fête ! Gwenrigh-hen sentant la mort s'approcher veut marier sa fille. Il veut laisser ses armes à un guerrier digne de les porter.

Lugovèse» Duok, Bleizdu, les plus nobles et les plus braves guerriers des quatre tribus de la grande vallée, sont aujourd'hui les hôtes du vieux brenn des Véragres. ,

A Tenvi chacun d'eux vante ses exploits; chacun d'eux se croit assuré de ttxer le choix de la belle Vivliane.

Le plus sûr de lui-même, celui qui, à l'entendre, compte ses jours depuis qu'il est homme par des actions d'éclat, c'est Luguvèsc.

Autour de la table, les écuyers de tous les convives du brenn se tiennent debout et forment un double cercle. Ils mordent dans des quartiers de venaison que de jeunes garçons leur offrent dans des écuelles de bois.

Tout à coup un ambacte vint annoncer l'arrivée d'un voyageur. — Qu'il entre, s'écrie Gwenrigh-henn ! — Et le serviteur sortit sur-lechamp.

Frères, poursuivit le brenn, quel que soit Thomme qui viendra s'asseoir à cette table, il doit être bien reçu par nous. Que personne ne c herche à savoir ni son nom, ni sa condition !

Quelqu'un de vous pourrait peut-être apprendre qu'il est son ennemi. 11 ne faut pas que cela soit, car rien ne doit troubler l'hospitalité que jo donne.

Sachez que je traiterais en ami l'homme qui eût jadis voulu me tuer s'il avait franchi comme hôte le seuil de ma demeure.

Alors on vit entrer dans la salle un jeune guerrier armé de toutes pièces dont le subit aspect fit tressaillir Lugovèse; ce guerrier c'était laul.

A la poussière qui ternissait l'éclat de sa cuirasse et recouvrait ses vêtements, on comprenait qu'il avait dû fournir une longue course.

laul, qui aimait Vivliane, avait appris l'intentioii de Gwenrigh-hen de

marier sa fille; et il avait voulu la voir avant qu'elle passât dan» les bras d'un époux.

Il était venu demander Thospitalité à son père, le brenn des Véragres dont les Nantuates furent jadis les clients.

Quand la tribu d'Iaul, quittant les bords du Rhin pour s'établir dans une contrée plus féconde, parut dans notre région pennine, tu le sais, Gott, nous lui donnâmes des terres.

Dans la suite, les Nantuates de clients qu'ils étaient devinrent des amis, des frères véritables, qui par les liens d*un pacte solennel s'unirent aux Vibères et aux Sedunes.

Viens près de moi, dit le vieux brenn. — Sur un geste de Gwenrighhenn, tous les convives se serrèrent pour faire place au nouvel hôte.

L'émotion causée par l'arrivée d'Iaul ne tarda pas à se calmer, mais autour de la table ronde, la gaieté ne put renaître.

Le moment où Vivliane devait paraître tenant à la main la coupe symbolique était proche. L'impatience et la crainte, ces vautours rongeurs, dévoraient le cœur de tous les convives.

Bientôt des bardes et des Ovates entrèrent dans la maison du brenn. Moi, Mognanat*, le fils du soldat mutilé dans les combats que tu as conau, j'étais parmi eux.

Nos rottes et nos harpes étaient accordées. Nous étions prêts à commencer les chants de l'hyménée, qui, suaves prières, montent vers les dieux.

Les Ovates avaient à leur ceinture le couteau de pierre propre aux sacrifices. Ils tenaient un coq, symbole de la force virile et une poule, emblème de la fécondité ^.

Que Vivliane se choisisse un époux et aussitôt les deux volatiles rougiront de leur sang protecteur la triple pierre du foyer.

L'anxiété des convives était arrivée à son comble, et bien qua la table eût été aspergée d'eau sacrée au moyen d'une touffe de verveine sauvage, tous les visages étaient sérieux.

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