‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 3 sur 190 · CURIOSITÉS · texte numérisé non relu

CURIOSITÉS

Dictionnaire de l'art de la curiosité' et du bibelot. Paris, Firmin- Didot et Cie (en préparation).

PARIS. — IMPRIMIRIE ÉMILB MARTINET, RUB MIGNON, 2.

sous VERCINGÉTORIX EBNEST BOSC ei l/bONNEMÈBE

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PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT et C-

INTRODUCTION

Daus nos lycées, dans nos collèges, dans tous nos établissements d'instruction, les professeurs semblent prendre à tâche d'exalter et de glorifier César, le grand perturbateur romain, le destructeur de l'indépendance nationale de nos pères.

D'après ces maîtres, les Gaulois n'étaient que des sauvages, ne possédant aucun art, aucune littérature, en un mot, des barbares indignes de tout intérêt.

Entraînés par leur enthousiasme au delà de toutes limites, beaucoup seraient tentés d'appliquer au terrible proconsul ce vers un peu modifié de notre bon la Fontaine :

- ' « Vous leur fîtes César,

6 £n les battant beaucoup d'honneur. »

D'après ces mêmes maîtres, imbus d'un classissisme outré, nos pères n'auraient possédé les éléments de la civilisation qu'après et grâce à la conquête des Gaules par les Romains. Et si d'un côté nos professeur? sont si durs pour les Gaulois, d'un autre c^té ils ne tarissent pas en fait d'éloges sur la civilisatrpn romaine. Elle était considérable en effet cette civilisation, elle avait atteint, il est vrai, un haut degré d'intensité, surtout au moment de l'entrée en scène de César. Mai§

VI INTRODUCTION

était-elle donc si remarquable, si enviable celte civilisation romaine?

Nous ne le pensons pas et nous espérons bien le démontrer dans le cours de cette élude historique. Nous reconnaissons volontiers que les Romains, sous la République, avaient accompli de grandes choses, qu'ils étaient arrivés en quelques siècles à fonder une grande nation au milieu de laquelle fleurissaient les sciences, les arts elles lettres. Mais à partir de César, cette même nation renfermait dans son sein les germes d'unç décadence profonde ; c'est là un fait incontestable, et qui justifie cette pensée deMontesquieu, à savoir : que tout ce qui a atteint le faîte de la grandeur est voisin de la décadence.

En effet, si les arts étaient florissants et prospères, si sous Auguste ils atteignirent (l'architecture surtout) leur apogée, nous pouvons bien dire avec quelque apparence de raison que, dès l'époque de César, le peuple romain reniant tout son passé, ses austères et antiques croyances, ne vivant que pour satisfaire .ses passions et ses plaisirs, le grand peuple romain était bien dégénéré. Sa civilisation à cette époque a été une des plaies du monde, c'est là encore un fait évident, incontestable, aujourd'hui surtout que les études historiques ont progressé et que nous connaissons beaucoup mieux le monde romain.

Aussi l'heure de la revanche a sonné, on commence à rendre à César ce qui appartient à César, rendons aussi à nos pères, à ces nobles Gaulois, ce qui leur appartient.

A l'actif du proconsul figurent des cruautés inouïes,

INTRODUCTION

des manques de foi révoltants, des pillages monstrueux et innombrables !

Les troupes placées sous ses ordres étaient en partie formées de gens sans aveu; César. était donc obligé de tolérer leur brigandage et leurs crimes, afin de leur faire oublier les misères qu'elles enduraient.

Souvent un jour d'orgie rachetait tout un mois de souffrances et de privations !

Aujourd'hui, on commence aussi à accorder aux Gaulois qu'ils ont eu le bon droit et la justice de leur côté, on admet qu'ils avaient une civilisation qui leur était propre et qui, pour être plus austère et moins brillante que celle des Romains, n'en était pas moins remarquable. On sait encore aujourd'hui que les Gaulois possédaient eux aussi un art original et que beaucoup de produits des Gaules, comme nous le verrons dans le cours de cette histoire, faisaient le plus bel ornement des riches demeures de Rome et des splendides villas des environs de cette orgueilleuse cité.

Après avoir décrié, syir la foi des auteurs latins, ces Gaulois qui avaient osé pénétrer dans Rome en vainqueurs (voilà leur grand torl), on se fait une meilleure opinion de nos pères, on commence à fouiller leur passé et les découvertes modernes les montrent tout différents des peintures un peu fantaisistes des auteurs latins, surtout de celles de César. On entoure de respect ces vieux Gaulois au mâle courage, à l'âme noble et fière, au caractère indomptable. Nous leur faisons . amende honorable, nous rachetons en un mot la faute commise pendant une longue suite de siècles. Parfois même, convenons-en avec franchise, l'enthousiasme

VIII INTRODUCTION

nous conduit-il un peu loin. Mais qu'importe ? De deux maux, préférons le moindre ; il vaut donc mieux pécher par excès de patriotisme, que de ramener notre esprit au dénigrement du passé.

Aussi, après les malheurs inouïs des derniers temps de notre histoire, nous reportons-nous volontiers vers les Gaules. Elles sont devenues pour la nation française l'objet d'une sorte de culte, le palladium même de l'honneur national.

Pouvons-nous agir autrement ? Nous ne le pensons pas.

N'avons-nous pas du reste à faire oublier qu'en parlant de nos ancêtres à la longue chevelure, nous n'avions autrefois pour eux qu'injures et mépris, et que nos lèvres répétaient inconsciemment et trop souvent peut-être le Y m victis.

L'état politique par lequel nous avons passé excuse en quelque sorte nos sentiments impies, sentiments que, du reste, dès notre enfance on inculquait dans nos cerveaux. Il fallait bien faire aimer à la jeunesse française, César, cet odieux despote, afin d'habituer les esprits à la servitude.

L'avènement de la démocratie a amené de grands changements dans notre république, aussi devons-nous former le cœur de nos enfants et leur insuffler un ardent patriotisme. C'est pour cela que nous avons voulu tourner les regards de tous, mais principalement ceux de la jeunesse, vers ces guerriers qui soutenaient qu'une nation est toujours au-dessus d'un homme, quand bien même cet homme se nommerait Vercingétorix, c'est-à-dire le premier Français.

INTRODUCTION. IX

À Tappui de notre thèse, nous citerons un passage d'un travail assez remarquable de M. Albert Réville :

« Vercingétorix, dit cet écrivain, est pour nous plus qu'un brave guerrier, ayant su tenir tête à César. Il a déjà toute la physionomie française et même à un plgs haut degré que toutes les célébrités de l'époque franque et purement féodale, car il se battit et mourut, non pour un canton, non pour un suzerain, non pour une dynastie, mais pro patriâ^ pour la patrie gauloise, qui est toujours la nôtre S »

Et cependant bien des historiens vantent encore de nos jours les bienfaits de la conquête romaine. Suivant eux, les Gaulois n'auraient jamais pu fonder une nation véritable : une patrie.

C'est là une assertion bien hasardée ! D'autant qu'un grand mouvement de transformation se produisait dans les Gaules au moment où César y apparut avec ses légions maudites. Si ce mouvement avait pu se développer d'une façon normale, sans nul doute il aurait été couronné de succès. Le résultat eût été I'Unité, non pas peut-être une unité absolue comme celle que nous possédons en France, mais une unité fédérative, qui fait des cantons suisses, des Républiques des États- Unis, des nations aussi importantes et certainement plus prospères et plus florissantes que des royaumes dans lesquels le pouvoir est centralisé à l'excès.

Du reste, dès les temps les plus reculés, VHégémon et le chef de guerre étaient nommés au suffrage uni-

1. Vercingétorix et V indépendance gauloise y in Revue des deux mondes (n*» du 25 août et !•' sept. 1877).

INTRODUCTION

versel. Jean Reynaud, dans son beau livre V Esprit de la Gaule ^ y nous montre un côté intéressant de Tordre social chez les Gaulois; il nous dit que c les formes de la nomination, ainsi que les attributions de ces chefs de république pouvaient varier d'un État à l'autre, et même dans chaque État suivant les circonstances, mais l'investiture par suffrages libres en constituait partout le principe. Jusque dans la corruption de la démocratie, le principe républicain subsistait donc. La souveraineté était un fonds inaliénable que la cité gardait, et dont elle était continuellement appelée à faire usage par de nouvelles élections. Nul ne commandait que par délégation spéciale, pour un temps, avec responsabilité, sauf le cas d'usurpations assez fréquentes, mais châtiées par des réactions qui punissaient l'usurpateur par le supplice du feu. »

Étudions maintenant l'origine de la patrie gauloise; bien des auteurs ont voulu l'expliquer à leur façon; ainsi un auteur contemporain prétend qu'elle est issue principalement du grand concilium des soixante cités institué à Narbonne par l'empereur Auguste ^ Nous avouons ne pas bien comprendre cette théorie. Les Romains, par leurs sourdes menées, par la force de leurs armes, ont empêché la constitution d'un peuple et tout cela pour la créer eux-mêmes !

Nous ne pouvons admettre non plus que les Romains aient apporté le bonheur à nos ancêtres en occupant

t. Œuvres choisies de Jean Reynaud : U Esprit de la Gaule, 1 vol. in-8«. Paris, 1866, p. U7.

2. E. Desjardins, Géog. administ. et polit, de la Gaule romainey If, i.

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leur pays après avoir tué ou emmené en captivité un grand nombre de ses habitants.

Les empereurs, cela est hors de doute, firent régner Tordre dans les rues des cités gauloises fondées par eux, mais ne peut-on pas dire à propos de cet ordre même, malo periciUosam libertatem ? Ils créèrent des routes, ils instituèrent des marchés. Les monuments qu'ils élevèrent de tous côtés furent remarquables et rappelèrent ceux de Rome même; nous le voulons bien, mais tout cela peut-il faire oublier la patrie asservie.

Strasbourg s'est accru depuis 4870; l'Alsace et la Lorraine ont quelques routes de plus, quelques chemins de fer. Cependant Strasbourg et l'Alsace pleurent toujours leur indépendance !

On nous dit, il est vrai, que les Romains surent se faire aimer des vaincus, et comme preuves à l'appui on ajoute qu'il y eût peu de révoltes.

Mais les Gaules n'étaient-elles pas épuisées d'hommes et d'argent? Plutarque * ne dit-il pas que dans la guerre des Gaules le proconsul prit huit cents villes, vainquit trois cents peuples et remporta quarante batailles rangées, dans lesquelles il aurait combattu trois millions d'hommes, dont un million aurait péri et un autre million aurait été fait prisonnier. Césarimposa en outre au pays soumis un tribut annuel qui augmenta le budget des recettes de l'État de quarante millions de sesterces % ou huit millions quatre cent mille, francs par an, somme énorme pour cette époque. Du reste,

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