Fétis, Hist. génér. de la musique^ I, p
nous nous rapprochons de la Phénicie, et nous sommes heureux que le savant musicographe ait reconnu que de toute antiquité il y eut dans cette partie du monde, un instrument se rapprochant beaucoup de celui que nous avons vu figurer sur plusieurs médailles gauloises. *
A côté de ces pseudolyres, de ces cithares, si l'on préfère les désigner sous ce nom, qui rappelle mieux leur origine, il existait encore dans les Gaules des harpes dont Fétis n'est pas disposé à admettre l'ancienneté dans notre pays. Il pense qu'elles nous ont été apportées par les peuples du Nord, quand ceux-ci à tant de reprises fondirent sur les contrées habitées par des tribus celtiques. — Cet auteur, qui dans tant de passages s'est extasié sur la fidélité de notre race à garder ses vieilles traditions, en vient à nier tous les témoignages que nous fournissent notamment les écrits conservés • en Irlande ou dans le pays de Galles. Sans doute, on ne saurait attribuera ces textes une valeur historique absolue, mais nous pensons qu'il ne faut pas non plus le? dédaigner entièrement. Sous des mythes en effet, sous des images se cachent des faits réels dont on doit tenir compte. Nous sommes surpris que Fétis n'ait pas été plus frappé par les traditions qu'il rapporte. Suivant l'une d'elles, Blegywied-ap-Sieffylk, roi de l'île de Bretagne, qui vivait 160 ans avant l'ère chrétienne, était un habile musicien et un joueur de harpe fort expert dans son art. — Suivant une autre tradition, dont le colonel Vallencey s'est fait l'écho, les Milésiens auraient eu parmi eux un poète appelé Cir-mac-cis et un harpiste célèbre du nom de Onna Céanfinn. — S'il est vrai, comme le dit Fétis, que la musique irlandaise notamment tire son origine de l'Orient, nous sommes surpris qu'il ne soit pas arrivé à cette autre conclusion, c'est que les instruments irlandais et, par extension, tous ceux des pays celtiques devaient être également orientaux.
Quel besoin Fétis éprouve-t-il d'aller chercher les peuplades du Nord? N'y avait-il pas dans l'antiquité des nations d'Afrique et d'Asie connaissant les harpes? Ne les retrouvet-on pas dans l'Assyrie, la Babylonie, l'Egypte, la Judée et la Phénicie ? Du moment où elles existaient dans le cœur de
l'Asie, dans ces contrées qui ont vu la dispersion des tribus aÎ7ennes, du moment aussi où leur existence est bien établie à Carthage, cette ville dont Tinfluence sur les Gaules a été si grande, nous ne devons pas être surpris de les rencontrer dans notre pays. Les Gertnains, les Suèves et les Saxons, dirait-on, connaissaient aussi l'usage de cet instrument ; mais ceci ne peut infirmer en rien notre théorie.
Tous les barbares, et il faut bien parmi eux comprendre les Gaulois, aimaient, au dire des Romains, les sons de la harpe» et voilà tout : <c Romanusque lyra^ plandat tibi barbarùsharpaK »
La harpe est si bien le symbole des pays celtiques que le seul qui n'ait pas gémi sous le joug des Romains, l'Irlande, a mis une harpe dorée sur son drapeau dont la couleur est celle des anciens cevates.
Le mot par lequel les nations celtiques désignaient l'instrument qui, par excellence, était celui des druides et des bardes, se nommait telen ou telyn, suivant le dialecte. On peut se demander maintenant ce qu'étaient ces telens, ces harpes dont le son passionnait si fort nos aieux. Nous ne pensons pas que ces instruments fussent semblables aux harpes des Gallois modernes, à ces harpes à triple voiXy c'est-à-dire à triple rangs de cordes si difficiles à jouer.
C'étaient sans doute des instruments de faible dimension montés seulement d'une dizaine de cordes, leur principale qualité consistait en ce qu'elles était très portatives. Les plus anciens modèles de harpes welches jettent ici une vive lumière sur nos. recherches. Ils sont petits et très légers ; ils doivent certainement ressembler aux instruments des bardes primitifs.
L'évêque Fortunat, que nous avons déjà cité, nous parle d'un instrument que les Bretons appréciaient beaucoup : c'est la rote. M. Botte * prétend qu'on doit voir dans la rhote ou rote le type des instruments qui de nos jours ont été