CHAPITRE VII
Vftrcingétorix en exil. — César a-t-il réellement comblé Vercingétorix de bienfaits. — Bésumé des six premières campagnes du proconsul.
— Les cruautés de Gés.ir. — Histoire d'Accon. — La Gaule fermente.
— Réunions secrètes au fond des bois. — Prise de Cenabum et mar- ^ cher sur Gergovie. — Ce que furent les premiers soldats de Vercingétorix. — 11 est élu chef suprême des Ârvernes. — Il est placé à la têts de toutes les Gaules soulevées. — Les premières mesures. — Vieux bardit gaulois. — Premières opérations de Vercingétorix. — Un corps d*armée est confié à Luctère. — Malheureux état de la Narbonaise. — La métallurgie gauloise. — Défection de Bituriges. — Campagnes de Luctère. — César passe les Cévennes. — Le dunum. — César rallie ses légions. — Siège de Gorgobina. — Prise de V^Uaunodunum. — Sac et incendie de Cenabum.
Pendant la période de neuf années qui s'étend entre le drame sanglant dont nous avons donné le récit et le grand soulèvement de toutes les Gaules, Dion Cassius nous rapporte que Vercingétorix fit un voyage à Rome. Nous ne le pensons pas. Suétone, Plutarque et surtout César, si le fait était vrai, n'auraient pas manqué de le signaler.
Indépendamment du silence des auteurs que nous venons de citer, nous avons encore un autre argument à invoquer en faveur du fait que nous avons annoncé. Si notre héros avait réellement étudié à Rome même les causes de la force et de la faiblesse des ennemis qu'il voulait chasser du sol sacré de sa patrie, il aurait parfaitement connu les Romajns, et dans ce cas, il aurait fait tout son possible pour retarder le soulèvement général qu'il semble au contraire avoir hâté. S'il s'était réellement rendu compte de visu des forces romaines, il aurait retardé le plus possible l'action, afin d'y être beaucoup mieux préparé. Il aurait certainement fait construire des machines de guerre pour les opposer à
celles des Romains, il aurait perfectionné sans aucun doute l'armement des Gaulois. Tandis que Vercirigétorix n'en fit rien. Il pensait que les Gaules étaient suffisamment éclairées par les crimes dont César s'était rendu coupable, et par les campagnes injustes qu'il avait entreprises plusieurs fois. La situation du proconsul lui paraissait être très ébranlée. Les pères conscrits à plusieurs reprises n'avaient-ils pas envoyé des sortes de commissaires pour s'enquérir de la conduite de César? Il pouvait donc avoir l'intime conviction que l'heure choisie par lui était propice pour une prise d'armes générale.
S'il eût vécu pendant quelque temps à Rome, ainsi que le veut Dion Cassius, il eût, au contraire, encore attendu. Vercingétorix n'est point seulement un grand général, c'est aussi un habile politique. Il eût compris que les embarras de César, à un moment donné, deviendraient inextricables, et que malgré tout son talent, il ne pourrait les surmonter. Il eût dû en un mot différer jusqu'à ce qu'une rupture eût eu lieu enlre César et Pompée. Pour tout observateur un peu attentif, elle fut aisée à prévoir après la mort de Julie, femme de Pompée et femme de César, après surtout la mort de son enfant. Une fois la guerre civile commencée, Vercingétorix eût dû seulement grouper toutes les Gaules autour de son sanglier de bronze. Piutarque nous dit positivement qu'alors «la frayeur que Vercingétorix aurait' répandue dans toute l'Italie n'aurait pas été moindre que celle qui y avaient autrefois semée les armes des Cimbres^ i^
C'est donc à l'opinion de Piutarque que nous nous rattachons. Le soulèvement eut lieu trop tôt, parce que Vercingétorix était imparfaitement renseigné sur ce qui se passait à Rome.
Pendant les quelques années que notre héros employa à préparer l'affranchissement de sa patrie, il dut à coup sûr, se rencontrer avec César. Le proconsul l'affirme, et nous n'avons ici aucun motif de mettre en doute sa véracité. 11 savait quel rôle avait joué Keltil. Nous pouvons supposer