‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 57 sur 190 · Piutarque, Vie de César, traduction de- Dacier, p. â · texte numérisé non relu

Piutarque, Vie de César, traduction de- Dacier, p. â

aussi que cet homme qui, toute sa vie, acheta des consciences, dut faire tout au monde pour s'attacher Yercingétorix, pour jouer avec lui le rôle qui lui avait si bien réussi auprès d'Epadnact et de tant d'autres chefs gaulois. Quoi* qu'il s'appuyât surtout sur les Ëduens, ces éternels rivaux des Arvernes, il ne dut rien négliger pour attirer dans son parti un jeune homme qui, certes, avait laissé dans ses montagnes de nombreux partisans et dont le clan était considérable. En effet, malgré le triomphe de Gobanition et de la faction particulariste, le proconsul ne devait pas voir sans inquiétude cette ter red'Arvernie, toute hérissée de montagnes et qui formait, au centre même des Gaules, une immense forteresse dont tous les bastions étaient d'anciens volcans.

Suivant nous, César en fut pour ses tentatives. Vercingétorix détestait trop vivement Rome pour se laisser prendre à ce piège grossier. Nous ne pensons pas non plus qu'il soit jamais resté dans un camp pour étudier la tactique des ennemis qu'il voulait combattre un jour et apprendre à les vaincre. Son âme était trop fière pour pouvoir se plier à cette dissimulation de tous les instants.

Comment alors pourrons-nous expliquer ces accusations qui poursuivirent Vercingétorix pendant toute sa carrière ? Rien ne nous paraît plus aisé. Le caractère gaulois était extrêmement impressionnable. Toutes les fois que nos ancêtres dans la lutte de l'indépendance eurent un écho^, ils dirent que leur chef était vendu aux Romains. En 1871, cette année à jamais néfaste que Victor Hugo a dénommée Vannée terrible, nom qui certainement lui sera conservé par les générations futures, n'avons-nous pas vu souvent nos soldats attribuer exclusivement les revers à la trahison quand il était si facile de leur trouver d'autres causes ?

De plus, il y avait dans les Gaules, à coup sûr, certains guerriers d'une vertu excessive, qui trouvaient déjà trop que Vercingétorix ait eu, contre son gré sans doute, quelques relations avec César. Le proconsul eut d'ailleurs tout intérêt à faire circuler le bruit qu'il avait comblé notre héros de bienfaits. C'était le plus sûr moyen de le perdre aux yeux des populations qui l'avaient acclamé.

Au surplus, pour en finir avec cette question, si Vercingétorix avait été véritablement l'obligé de César, celui-ci n'eût pas manqué de nous dire quelle sorte de services il lui avait rendu. Il faut toujours songer que les Commentaires sont un livre apologétique ^ Le vainqueur des Gaules, dont la conduite envers le héros d'Âlésia fut si odieuse, ne cherche point à se disculper en motivant sa cruauté par la nécessité de se montrer sans pitié pour un homme qui avait reconnu ses bienfaits parla plus noire ingratitude. Nos lecteurs pour être édifiés peuvent consulter le livre septième des Commentaires aux paragraphes IV et LXXXIX. Ce sont donc uniquement des historiens moins bien informés, entre autres Florus et Plutarque^, qui nous relatent les griefs sans toutefois les préciser.

On peut objecter que César ne crut pas nécessaire de justifier sa cruauté. Vercingétorix avait fait courir les plus grands dangers à la République, puisqu'il avait battu le proconsul devant les murs de Gergovie et avait changé en véritable désastre sa retraite précipitée vers les Alpes ; nous le verrons bientôt. Sans un combat de cavalerie imprudemment engagé et certainement contre l'ordre de Vercingétorix, c'en était fait à tout jamais peut-être de la domination romaine dans les Gaules. Il pouvait penser qu'aucune expiation n'était trop forte pour châtier l'homme qui un instanfavait failli renverser l'édifice de sa fortune militaire et politique. César se vengeait et se vengeait cruellement.

Le proconsul, qui aimait à prendre Alexandre pour modèle, était bien loin de valoir le roi de Macédoine. Celui-ci, en effet, était accessible à la pitié. César, lui, ne l'était point. C'était une âme basse dans un corps vil.

Sans craindre d'être taxé d'exagération ou de parti pris, nous pouvons avancer hardiment que ce fut la conduite atroce de César, plus encore que les exhortations de Vercingétorix, qui amena la révolte de toutes les Gaules. Il semble

1. Mommsen, Rom. Gesch.y tome Vlil, p. 271, note 1, de la traduction de M. Alexandre.

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