‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 123 sur 470 · LE STELLION · texte numérisé non relu

LE STELLION

Calotes ( Agama ) cordylea, Merr. ; Lacerta Stellio Linn.; Stellio vulgaris, Daud.,-Latr., Fitz,

La queue de ce lézard est communément assez courte, et diminue de grosseur jusqu’à l’extrémité. Les écailles qui la couvrent sont aiguës, et disposées par anneaux. D’autres écailles, petites et pointues , revêtent le dessus et le dessous du corps, qui d’ailleurs est garni, ainsi que la tête, de tubercules aigus ou de piquants plus ou moins grands; bien loin d’avoir une forme agréable, le Stellion ressemble un peu au crapaud, surtout par la tête, de même que le tapaye avec lequel il a beaucoup de rapports, et dont quelques auteurs lui ont donné les divers noms. Mais si ses proportions déplaisent, ses couleurs charment ordinairement la vue. Il présente le plus souvent un doux mélange de blanc, de noir, de gris , et quelquefois de vert, dont il est comme marbré.

Il habite l’Afrique, et il n’y est pas confiné dans les régions les plus chaudes, puisqu'il est également au cap de Bonne-Espérance et en Égypte ‘. On le rencontre aussi dans les contrées orientales et dans les îles de l’Archipel,

1 Voyage de M. Shaw dans plusieurs provinces de là Barbarie et du Levant, à La Haye, 1745, t.I, p.524.

2 Supplément au Voyage de M. Pallas.

s Stellione tarentole, en plusieurs endroits d'Italie. —Pistilloni, en plusieurs autres endroits du même pays.—7apa yaæin, en Afrique.—Le Stellion. M. Daubenton, Encycl. méth.—Hasselquist, Itin. 504. Zacerta Stellio.—Tournefort, Voyag. 1, p. 119, t. 120. Cossordilos.—Séba, mus. 2, tab. 8, fig. 6 et 7.—Cordylus Stellio, 80. Laurenti specimen medicum. ; « L'individu que nous avons décrit a été apporté d'Egypte au Cabinet dn Roi,

ainsi qu’en Judée et en Syrie, où il paraît, d’après Bélon, qu'il devient très-grand M. François Cetti dit qu’il est assez commun en Sardaigne, et qu’il y habite dans les maisons ; on l’y nomme T'arentole, ainsi que dans plusieurs provinces d'Italie *; et c’est une nouvelle preuve de l’emploi qu’on à fait pour plusieurs espèces de lézards de ce nom de Tarentole, donné, ainsi que nous l’avons dit , à une variété du lézard vert. Mais c’est surtout aux environs du Nil, que les stellions sont en grand nombre. On en trouve beaucoup autour des pyramides et des anciens tombeaux qui subsistent encore sur l'antique terre d'Égypte. Ils s’y logent dans les intervalles que laissent les différents lits de pierres, et ils s’y nourrissent de mouches et d'insectes ailés.

On dirait que ces pyramides, ces éternels monuments de la puissance et de la vanité humaines , ont été destinées à présenter des objets extraordinaires en plus d’un genre; c’est en effet dans ces vastes mausolées qu’on va recueillir avec soin les excréments du petit lézard dont nous traitons dans cet article. Les anciens , qui en faisaient usage ainsi que les Orientaux modernes, leur donnaient le nom de Crocodilea , apparemment parce qu’ils pensaient qu’ils venaient du crocodile * ; et peut-être ces excréments n’auraient-ils pas été aussi recherchés, si l’on avait su que l’animal qui les produit n’était ni le plus grand ni le plus petit des lézards , tant il est vrai que les extrêmes en imposent presque toujours à ceux dont les regards ne peuvent pas embrasser la chaine entière des objets.

Les modernes, mieux instruits, ont rapporté ces excréments au Stellion , à un lézard qui n’a rien de très-remarquable ; mais déjà le sort de cette matière abjecte était décidé , et sa valeur vraie ou fausse était établie. Les Tures en ont fait une grande consommation , ils s’en fardaient le visage; et il faut que les stellions

4 «ïl y a une manière de lézards noirs, nommés Stellions, « quasi anssi gros qu'est une pelite belette, leur ventre fort « enflé et la tête grosse, desquels le pays de Judée et de Syrie « est bien garni. » Bélon, Observations, etc. Édit. de Paris, 1554, liv. IE, chap. 79, p. 159.

2 Hist. nat, des Amphibies et des Poissons de la Sardaigne. Sassari, 1777, p. 20.

5 « Nous trouvions aussi des stellions, desquels les Arabes « recueil'ent les excréments, qu'ils portent vendre au Caire, « nommés en grec Cr'ocodilea. De là, les marchands nous « les apportent vendre. » Bélou, iv. H, chap. 68. p. 132,

« Stercore fucatus crocodili. » Horace,

aient été bien nombreux en Égypte, puisque pendant longtemps on trouvait presque partout , et en très-grande abondance, cette matière que l’on nommait Séercus lacerli, ainsi que Crocodilea.

LE SCINQUE :.

Scineus officinalis, Laur., Daud., Merr.; Lacerta Scincus ; Hasselq., Linn.

Ce lézard est fameux, depuis longtemps,

par la vertu remarquable qu’on lui a attribuée.

On a prétendu que pris intérieurement, il

pouvait ranimer des forces éteintes ; et rallumer

les feux de l’amour malgré les ass de l’âge et les suites funestes des excès. Aussi lui a-t-on déclaré en plusieurs endroits , et lui fait-on encore une guerre cruelle. Les paysans d'Égypte prennent un grand nombre de Seinques , qu’ils portent au Caire et à Alexandrie, d’où on les répand dans différentes contrées de l'Asie.

Lorsqu'ils viennent d’être tués , on entire une sorte de jus dont on se sert dans les maladies ; et, quand ils ont été desséchés, on les réduit en poudre, qu’on emploie dans les mêmes vues que les sues de leur chair. Ce n’est pas seulement en Asie, mais même en Europe, qu’on a eu recours à ces moyens désavoués par Ja nature, de suppléer par des apparences trompeuses à des forces qu’elle refuse, de hâter le dépérissement plutôt que de le retarder, et de remplacer par des jouissances vaines, des plaisirs qui ne valent que par un sentiment que tous Les secours d’un art mensonger ne peuvent faire naître ?.

Il n’est pas surprenant que ceux qui n’ont vu le seinque que de loin et qui l’ont aperçu sur le bord des eaux, l’aient pris pour un poisson ; il en a un peu l’apparence par sa tête qui semble tenir immédiatement au corps , et par ses écailles assez grandes, lisses, d’une forme semblable tant au-dessus qu’au-dessous du

{ Zxlyxos Ou oxlyyos, en grec.—Scincus, en latin.—Rai, Synopsis animalium, p.271. Scincus.—Le Scinque. M. Daubenton, Encycl. méth.—Gron. mus. 2, 76, n° 49. Scincus.— Séb. mus. 2, fol. 412, tab. 105, fig. 3.—Imperat. Nat., 906. Lacerta Lybia. — Olear. mus. 9, tab. 8, fig: 1.—Aldr. Ovip., liv. 1, chap. 12. ZLacertus cyprius Scincoides.

2 Hasselquist dit que l’on rapporte les scinques de l' Égypte supérieure et de l'Arabie à Alexandrie, d'où on les envoie à Venise et à Marseille, et de là dans les différents endroits de l'Europe. Voyage en Palestine, p. 561.

LE CAMÉLEON.

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LE SCINQUE.

Publié par Furne, Paris.

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DU MABOUYA.

corps , et qui se recouvrent comme des ardoises sur les toits. La mâchoire de dessus est plus avancée que celle de dessous : la queue est courte et comprimée par le bout.

La couleur du scinque est d’un roux plus ou moins foncé, blanchâtre sous le corps, et traversée sur le dos par des bandes brunes. Mais il en est de ce lézard, comme de tous les autres animaux dont la couverture est trop faible ou trop mince pour ne point participer aux différentes altérations que l’intérieur de l’animal éprouve. Les couleurs du scinque se ternissent et blanchissent lorsqu'il est mort; et, dans l’état de dessiccation et d’une sorte de salaison où on l’apporte en Europe, il paraît d’un jauneblanchâtre et comme argenté. Au reste, les couleurs de ce lézard, ainsi que celles du plus grand nombre des animaux, sont toujours plus vives dans les pays chauds que dans les pays tempérés ; et leur éclat ne doit-il pas augmenter en effet avec l’abondance de la lumière, la vraie et l’unique source première de toute sorte de couleurs ?

Linnée a écrit que les scinques n’avaient point d’ongles : tous les individus que nous avons examinés paraissaient en avoir : mais, comme ces animaux étaient desséchés , nous ne pouvons rien assurer "à ce sujet. Au reste, notre présomption se trouve confirmée par celle d’un bon observateur , M. François Cetti *.

On trouve le scinque dans presque toutes les contrées de l'Afrique, en Égypte, en Arabie, en Lybie, où on dit qu’il est plus grand qu’ailleurs, dans les Indes, et peut-être même dans la plupart des pays très-chauds de l’Europe.

Non-seulement son habitation de choix doit être déterminée par la chaleur du climat, mais encore par l’abondance des plantes aromatiques dont on dit qu’il se nourrit. C’est peutêtre à cet aliment plus exalté, et par Conséquent plus actif, qu’il doit cette vertu stimulante qu'on aurait pu sans doute employer pour soulager quelques maux * , mais dont il ne fallait pas se servir pour dégrader le noble feu que la nature fait naître, en s’efforçant en vain de le rallumer, lorsqu'une passion imprudente l’a éteint pour toujours.

Le scinque vit dans l’eau , ainsi qu’à terre.

* Hist. nat. des Amphibies et des Poissons de la Sardaigne. ? Pline dit que le scinque a été regardé comme un remède contre les blessures faites par des flèches empoisonnées, liv. XX VIII, chap. 30.

On l’a cependant appelé Crocodile terrestre, et certainement c’est un grand abus des dénominations que l’application du nom de cet énorme animal à un petit lézard, qui n’a que sept ou huit pouces de longueur. Aussi Prosper Alpin pense-t-il que le scinque des modernes n’est pas le lézard désigné sous le nom de Crocodèle terrestre par les anciens, particulièrement par Hérodote , Pausanias, Dioscoride, et célébré pour ses vertus actives et stimulantes. Il croit qu’ils avaient en vue un plus grand lézard que l’on trouve, ajoute-t-il, au-dessus de Memphis , dans les lieux secs, et dont il donne la figure. Mais cette figure ni le texte n’indiquant point de caractère très-précis, nous ne pouvons rien déterminer au sujet de ce lézard mentionné par Alpin ‘. Au reste, la forme et la brièveté de sa queue empêchent qu’on ne le regarde comme de la même espèce que la dragonne , ou le tupinambis, ou l’iguane.

LE MABOUYA ?

Mabuya dominicensis, Fitz; Lacerta Mabouya , Shaw.

Le lézard dont il est ici question a une trèsgrande ressemblance avec le scinque; il n’en diffère bien sensiblement à lextérieur que parce que ses pattes sont plus courtes en proportion du corps , et parce que sa mâchoire supérieure ne recouvre pas la mâchoire inférieure comme celle du scinque. Il n’est point le seul quadrupède ovipare auquel le nom de Mabouya ait été donné. Les voyageurs ont appelé de même un assez grand lézard, dont nous parlerons sous le nom de Doré, et qui a aussi beaucoup de ressemblance avec le scinque, maïs qui est distingué de notre mabouya, en ce que sa queue est plus longue que le corps, tandis qu’elle est beaucoup plus courte dans le lézard dont nous traitons.

Le mabouya paraît être d’ailleurs plus petit que le doré; leurs habitudes diffèrent à beaucoup d’égards; et comme ils habitent dans le même pays, on ne peut pas les regarder comme deux variétés dépendantes du climat; nous les

4 Prosper Alpin, tome !, chap. 5. De Animalibus lacertosis in Ægypto viventibus.

2 Sloave, vol. II, pl. 275, fig. 7 et 8. Salamandra minima fusca maculis albis notata. — Dutertre, Hist. nat. des Antilles, vol. I, p. 315. Mabouya.—Rochefort, p.147. Mabouya.— Tiligugu et Tilingoni, en Sardaigne.

considérerons donc comme deux espèces distinctes, jusqu'à ce que de nouvelles observations détruisent notre opinion à ce sujet. Ce nom de Mabouya, tiré de la langue des sauvages de l'Amérique septentrionale , désigne tout objet qui inspire du dégoût ou de l'horreur ; et à moins qu’il ne soit relatif aux habitudes du lézard dont il est ici question, ainsi qu’à celles du doré, il ne nous parait pas devoir convenir à ces animaux , leur conformation ne présentant rien qui doive rappeler des images très-désagréables. Nous l’adoptons cependant, parce que sa vraie signification peut être regardée comme nulle, peu de gens sachant la langue des sauvages d’où il a été tiré , et parce qu'il faut éviter avec soin de multiplier sans nécessité les noms donnés aux animaux. Nous le conservons de préférence au lézard dont nous parlons, parce qu’il n’en a jamais reçu d’autre , et que le grand mabouya a été nommé le Doré par Linnée et par d’autres naturalistes.

La tête du mabouya paraît tenir immédiatement au corps, dont la grosseur diminue insensiblement du côté de la tête et de celui de la queue. Il est tout couvert par-dessus et par-dessous d’écailles rhomboïdales, semblables à celles des poissons ; le fond de leur couleur est d’un jaune doré ; plusieurs de celles qui garnissent le dos sont quelquefois d’une couleur trèsfoncée, avec une petite ligne blanche au milieu. Des écailles noirâtres forment, de chaque côté du corps, une bande longitudinale ; la couleur du fond s’éclaircit le long du côté intérieur de ces deux bandes , et on y voit régner deux autres bandes presque blanches. Au reste, la couleur de ces écailles varie suivant l'habitation des mabouya : ceux qui demeurent au milieu des bois pourris, dans les endroits marécageux, ainsi que dans les vallées profondes et ombragées , où les rayons du soleil ne peuvent point parvenir , sont presque noirs ; et peut-être leurs couleurs justifient-elles alors, jusqu’à un certain point, ce qu’on a dit de leur aspect, que l'on a voulu trouver hideux; leurs écailles paraissent enduites d'huile, ou d’une sorte de vernis !.

= Le museau des mabouya est obtus ; les ou-

4 « Tertiam speciem Mabouyas appellat. Colore different « qui in arboribus putridis, in Locis palustribus, aut vallibus « profundioribus qu radii solares non penetrant, degunt. « Nigri sunt et aspectu horridi; unde Maubouyas, id est dia-

« bolorum nomen ab Indis iis impositum. Pollicem circiter, « aut paulo plus crassi sunt; sex aut septem pollices longi.

vertures des oreilles sont assez grandes ; les ongles crochus ; la queue est grosse, émoussée, et très-courte. L’individu conservé au Cabinet du Roi, a huit pouces de long. Les mabouya décrits par Sloane étaient beaucoup plus petits, parce qu’ils n’avaient pas encore atteint leur entier développement.

Les mabouya grimpent sur les arbres, ainsi que sur le faite et les chevrons des cases des Nègres et des Indiens ; maisils selogent communément dans les crevasses des vieux bois pourris ; ce n’est ordinairement que pendant la cha-

| leur qu'ils en sortent. Lorsque le temps menace

de la pluie, on les entend faire beaucoup de bruit , et on les voit même quelquefois quitter leurs habitations. Sloane pense que l’humidité qui règne dans l'air, aux approches de la pluie, gonfle les bois, et en diminue par conséquent les intervalles au point d’incommoder les mabouya , et de les obliger à sortir. Indépendamment de cette raison, que rien ne force à rejeter, ne pourrait-on pas dire que ces animaux sont naturellement sensibles à l’humidité ou à la sécheresse , de même que les grenouilles, avec lesquelles la plupart des lézards oat de grands rapports ; et que ce sont les impressions que les mabouya reçoivent de l’état de l’atmosphère, qu'ils expriment par leurs mouvements et par le bruit qu’ils font ? Les Américains les croient venimeux , ainsi que le Doré, avec lequel il doit être aisé, au premier coup d’œil, de les confondre ; mais cependant Sloane et Browne disent qu’ils n’ont jamais pu avoir une preuve

| certaine de l’existence de leur venin !. Il arrive

seulement queiquefois qu’ils se jettent avec hardiesse sur ceux qui les irritent , et qu'ils s’y attachent assez fortement pour qu’on ait de la peine à s’en débarrasser. SE

C’est principalement aux Antilles qu’on les rencontre, Lorsqu'ils sont très-petits, ils deviennent quelquefois la proie d’animaux qui ne paraissent pas au premier coup d'œil devoir être bien dangereux pour eux. Sloane prétend

: en avoir vu un à demi dévoré par une de ces | grosses araignées , qui sont si communes dans

les contrées chaudes de l’ Amérique ?. On trouve aussi le mabouya dans l’ancien monde : il est très-commun dans l’île de Sardaigne , où il 4

« Pellis velut oleo inuncta videtur: » Rai, Synopsis Quadrupedum, p. 268.

4 Sloane, vol. 11, p. 257.

3 Idem, ibiul,

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