‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 129 sur 470 · LE ROQUET · texte numérisé non relu

LE ROQUET

Anolis Cepedii, Merr., Fitz; l’Anolis des Antilles ou Roquet, Cury.

Nous appelons ainsi un lézard de la Martinique qui a été envoyé au Cabinet du Roi, sous le nom d’Anolis et de Lézard de jardin. Il n’est point le vrai anolis de Rochefort et de Rai, que nous avons cru devoir regarder comme une variété de l’améiva. Ce nom d’Anolis a été plus d’une fois attribué à des espèces différentes l’une de l’autre. Mais si le lézard, dont il est question dans cet article, n’a Dot les caractères distinctifs du véritable anolis ou de l’améiva, il a beaucoup de rapports avec ce dernier animal.

Il est semblable au lézard décrit sous le nom de roquet, par Dutertre et par Rochefort , qui connaissaient bien le vrai anolis , et qui avaient observé l’un et l’autre en vie dans leur pays natal. Nous avons donc cru devoir adopter l’opinion de ces deux voyageurs; et c’est ce qui nous à engagé à lui conserver le nom de Roquet, que Rai lui a aussi donné.

Il se rapproche beaucoup , par sa conformation , du lézard gris, mais il en diffère princi-

4 Voyage de Shaw, dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, à La Haye, 1745, vol. I, p. 525 et suiv.

? Du Tertre, vol. If, p. 515. Roquet.—Rochefort, Hist. des

Antilles, p. 147. Roquet,— Rai, Synopsis Quadrupedum, p. 268.—Sloane, vol. 1[, pl. 275, fig. 4.—Zacerlus cinereus

minor, en anglais, the least light broivn, or grey lisard,

palement en ce que le dessous de son corps n’est point garni d’écailles plus grandes que les autres , et disposées en bandes transversales. Il ne devient jamais fort grand ; celui qui est au Cabinet du Roi a deux pouces et demi @ long, sans compter la queue, qui est une fois plus longue que le corps !. Il est d’une couleur de feuille morte, tachetée de jaune et de noirâtre : les yeux sont brillants, et l’ouverture des narines est assez grande ; il a, presque en tout, les habitudes du lézard gris. IL vit Comme lui dans les jardins ; il est d’autant plus agile , que ses pattes de devant sont longues, et en élevant son corps, augmentent sa légèreté. Il a d’ailleurs les ongles longs et erochus, et, par conséquent il doit grimper aisément. I] joint à la rapidité des mouvements l'habitude de tenir toujours la tête haute. Cette attitude distinguée ajoute à la grâce de sa démarche, ou plutôt à l'agrément de sa course , ear il ne cesse, pour ainsi dire, de s’élancer avec tant de promptitude, que l’on a comparé la vivacité de ces petits bonds à la vitesse du vol des oiseaux ?. IL aime les lieux humides ; on le trouve souvent parmi les pierres , où il se plait à sauter de l’une sur l’autre ?. Soit qu’il coure ou qu’il s’arrête, il tient sa queue presque toujours relevée audessus de son dos , comme le lézard de la Caroline, auquel nous avons conservé le nom de Lézard-lion. Il replie même cette queue, quiest très-déliée, de manière à ce qu’elle forme une espèce de cercle. Malgré sa pétulance , son caractère est doux : il aime la compagnie de l’homme , comme le lézard gris et le lézard vert. Lorsque ses courses répétées l’ont fatigué, et qu'il a trop chaud , il ouvre la gueule, tire sa langue, qui est très-large et fendue à l’extré-. mité, et demeure pendant quelque temps haletant comme les petits chiens. C’est apparemment cette habitude , qui, jointe à sa queue retroussée , et à sa tête relevée, aura déterminé les voyageurs à lui donner le nom de Lézard Roquet. X1 détruit un grand nombre d'insectes ; il s'enfonce aisément dans les petits trous des terrains qu’il fréquente , et. lorsqu'il y rencontre de petits œufs de lézards ou de tortues , qui, n’étant revêtus que d’une mem-

4 Le Roquet, que Sloane a décrit, était beaucoup plus petit. Le corps n'avait qu'un Ps de long, et la queue, ua pouce et demi.

? Raï, Synopsis animalium, p. 268.

5 Sloane, vol, If, pl. 275, fig. 4

DU TÉGUIXIN.

brane molle, n’opposent pas une grande résistance à sa dentsona prétendu qu’il s’en nourrissait !. Nous avons déjà vu quelque chose de semblable dans l’histoire du lézard gris; et si le roquet présente une plus grande avidité que ce dernier animal , ne doit-on pas penser qu’elle vient de la vivacité de la chaleur bien plus forte aux Antilles , où ill'a été observé, que dans les différentes res de l’Europe, où l’on a étudié les mœurs du lézard gris ?

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