LE DRAGON
Draco viridis, Daud., Merr.; Draco volans et præpos, Linn.; Draco major et minor, Laur.
À ce nom de Dragon , l’on conçoit toujours
3 Le Dragon, M. Daubenton, Encyci. méth,—Bont. jav., Î.
une idée extraordinaire. La mémoire rappelle avec promptitude tout ce qu’on a lu , tout ce qu’on a oui dire sur ce monstre fameux ; l’imagination s’enflamme par le souvenir des grandes images qu'il a présentées au génie poétique ; une sorte de frayeur saisit les cœurs timides ; et la curiosité s'empare de tous les esprits. Les anciens, les modernes ont tous parlé du Dragon. Consacré par la religion des premiers peuples , devenu l’objet de leur mythologie, ministre des volontés des dieux , gardien de leurs trésors , servant leur amour et leur haine , soumis au pouvoir des enchanteurs , vaincu par les demi-dieux des temps antiques , entrant mème dans les allégories sacrées du plus saint des recueils , ii a été chanté par les premiers poëtes , et représenté avec toutes les couleurs qui pouvaient en embellir l’image : principal ornement des fables pieuses imaginées dans des temps plus récents , dompté par les héros, et même par les jeunes héroïnes , qui combattaient pour une loi divine ; adopté par une seconde mythologie, qui plaça les fées surletrône des anciennes enchanteresses; devenu l’emblème des actions éclatantes des vaillants chevaliers , il a vivifié la poésie moderne , ainsi qu’il avait animé l’ancienne : proclamé par la voix sévère de l’histoire, partout décrit, partout célébré, partout redouté , montré sous toutes les formes , toujours revêtu de la plus grande puissance , immolant ses victimes par son regard , se transportant au milieu des nuées avec la rapidité de l’éclair , frappant comme la foudre, dissipant l’obscurité des nuits par l’éclat de ses yeux étincelants, réunissant l’agilité de l’aigle, la force du lion , la grandeur du serpent !, présentant même quelquefois une figure humaine, doué d’une intelligence presque divine , et adoré de nos jours dans de grands empires de l'Orient , le dragon a été tout , et s’est trouvé partout , hors dans la nature. Il vivra cependant toujours , cet être fabuleux, daus les heureux produits d’une imagination féconde. Il embellira longtemps les images hardies d’une poésie enchanteresse : le récit de sa puissance merveilleuse charmera les loisirs de ceux qui
lib. V, cap.1, fol. 59. ZLacertus volans seu dracuncutrs indica. The flying indian lizard.— Rai, Synopsis Quadrupedum, fol. 275. Lacerta volans.—Brad. Nat. t.9, fol.5. Zacerta volans.—Grim. Lacerta volans.—Séba, 1, tab. 88, fig. 5:
8 Il y a des serpents qui ont plus de quarante pieds de long.
ont besoin d’être quelquefois transportés au milieu des chimères , et qui désirent de voir la vérité parée des ornements d’une fiction agréable : maïs à la place de cet être fantastique , que trouvons-nous dans la réalité? Un animal aussi petit que faible , un lézard innocent et tranquille , un des moins armés de tous les quadrupèdes ovipares , et qui, par une conformation particulière , a la facilité de se transporter avec agilité , et de voltiger de branche en branche dans les forêts qu’il habite. Les espèces d’ailes dont il a été pourvu , son corps de lézard, et tous ses rapports avec les serpents, ont fait trouver quelque sorte de ressemblance éloignée entre ce petit animal et le monstre imaginaire dont nous avons parlé, et lui ont fait donner le nom de Dragon par les naturalistes.
Ces ailes sont composées de six espèces de rayons cartilagineux , situés horizontalement de chaque côté de l’épine du dos, et auprès des jambes de devant. Ces rayons sont courbés en arrière ; ils soutiennent une membrane, qui s'étend le long du rayon le plus antérieur jusqu’à son extrémité, et va ensuite se rattacher, en s’arrondissant un peu, auprès des jambes de derrière. Chaque aile représente ainsi un triangle, dont la base s’appuie sur l’épine du dos ; du sommet d’un triangle à celui de l’autre, il y a à peu près la même distance que des pattes de devant à celles de derrière. La membrane qui recouvre les rayons est garnie d’écailles, ainsi que le corps du lézard, que l’on ne peut bien voir qu’en regardant au-dessous des ailes, et dont on ne distingue par-dessus que la partie la plus élevée du dos. Ces ailes sont conformées commeles nageoires des poissons , surtout comme celles dont les poissons volants se servent pour se soutenir en l’air. Ellesneressemblent pas aux ailes dontles chauves-souris sont pourvues, et qui sont composées d’une membrane placée entre les doigts très-longs de leurs pieds de devant ; elles diffèrent encore plus de celles des oiseaux formées de membres, que l’on à appelés leurs bras : ellesont plus de rapport avecles mem: branes qui s’étendent des jambes de devant à celles de derrière dans le polatouche et dans le taguan, et qui leur servent à voltiger. Voilà donc le dragon , qui placé, comme tous les lézards , entre les poissons et les quadrupèdes vivipares , se rapproche des uns par ses rapports avec les poissons volants, et des autres,
par ses ressemblances avee les polatouches et les écureuils , dont il est l’analogue dans son ordre.
Le dragon est aussi remarquable , par trois espèces de poches allongées et pointues , qui garnissent le dessous de sa gorge, et qu’il peut enfler à volonté pour augmenter son volume , se rendre plus léger , et voler plus facilement. C’est ainsi qu’il peut un peu compenser l’infériorité de ses ailes, relativement à celles des oiseaux , et la facilité avee laquelle ces derhiers , lorsqu'ils veulent s’alléger, font parvenir l'air de leurs poumons dans diverses parties de : leur corps.
Si l’on Ôtait au dragon ses ailes et les espèces de poches qu’il porte sous son gosier, il serait très-semblable à la plupart des lézards.Sa gueule est très-ouverte , et garnie de dents nombreuses et aiguës. Il a sur le dos trois rangées longitudinales de turbercules plus où moins saillants, dont le nombre varie suivant les individus. Les deux rangées extérieures forment une ligne courbe , dont la convexité est en dehors. Les jambes sont assez longues ; les doigts, au nombre de cinq à chaque pied, sont longs, séparés et garnis d’ongles crochus. La queue est ordinairement très-déliée , deux fois plus longue que le corps, et couverte d’écailles un peu relevées en carène. La longueur totale du dragon n’excède guère un pied. Le plus grand des individus de cette espèce conservés au Cabinet du Roi a huit pouces deux lignes de long, depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité de la queue , qui est longue de quatre pouces dix
| lignes.
Bien différent du dragon de la fable ; il passe innocemment sa vie sur les arbres , où il vole de branche en branche , cherchant les fourmis, les mouches, les papillons et les autres insectes dont il fait sa nourriture. Lorsqu'il s’élance d’un arbre à un autre , il frappe l’air avec ses ailes , de manière à produire un bruit assez sensible, et il franchit quelquefois un espace de trente pas. Il habite en Asie ! , en Afrique
4 « Dans une petite ile voisine de celle de Java, La Barbinaïis vit des lézards qui volaient d'arbres en arbres, comme des cigales. Il en tua un, dont les couleurs lui causèrent de l'étonnement par leur variété, Cet animal était long d'un pied; il avait quatre pattes comme les lézards ordinaires. Sa tête était plate, et sè bien percée au milieu, qu'on y aurail pu passer une aiguille sans le blesser. Ses ailes étaient fort déliées, etressemblaient à celles du poisson volant. Il avait, autour du cou, une espèce de fraise sembla- « ble à celle que les coqs ont au-dessous du gosier. On prit