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la lumière de la vérité ne tombe que de loin sur les objets de cette croyance arbitraire ; que lorsque l’espace, le temps ou leur nature les séparent de nous; et voilà pourquoi, parmi tous les ordres d’animaux, il n’en est peutêtre aucun qui ait donné lieu à tant de fables que celui des lézards. Nous avons déjà vu des propriétés aussi absurdes qu’imaginaires accordées à plusieurs espèces de ces quadrupèdes ovipares; mais nous voici maintenant à l’histoire d’un lézard pour lequel l'imagination humaine s’est surpassée ; on lui a attribué la plus merveilleuse de toutes les propriétés. Tandis cçue les corps les plus durs ne peuvent échapper à la force de l'élément du feu , on a voulu qu'un petit lézard non-seulement ne fût pas consumé par les flammes, mais parvint même à les éteindre. Et comme les fables agréables s’accréditent aisément, l’on s’est empressé d’accueillir celle d’un petit animal si privilégié, si supérieur à l'agent le plus actif de la nature, et qui devait fournir tant d’objets de comparaison à la poésie, ‘tant d’emblèmes galants à l’amour, tant de brillantes devises à la valeur. Les anciens ont cru à cette propriété de la salamandre; désirant que son origine fût aussi surprenante que sa puissance, et voulant réaliser les fictions ingénieuses des poëtes, ils ont écrit qu’elle devait son existence au plus pur des éléments, qui ne pouvait la consumer, et ils l’ont dite fiile du feu !, en lui donnant cependant un corps de glace. Les modernes ont adopté les fables ridicules des anciens; et, comme on ne peut jamais s’arrêter quand on a dépassé les bornes de la vraisemblance, on est allé jusqu’à penser que le feu le plus violent pouvait être éteint par la salamandre terrestre. Des charlatans vendäient ce petit lézard, qui, jeté dans le plus grand incendie, devait, disaient-ils, en arrêter les progrès. Il a fallu que
des physiciens, que des philosophes prissent la
peine de prouver par le fait ce que la raison seule aurait dû démontrer ; et ce n’est que lorsque les lumières de la science ont été très-répandues , qu’on a cessé de croire à la propriété de la salamandre.
Ce lézard, qui se trouve dans tant de pays de l’ancien monde, et même à de très-hautes latitudes *, a été cependant très-peu observé,
4 Conrad Gesner, de Quadrup. ovip. De Salamandiä, foi. 79.
3 4 Aussi tronuvâmes an rivage du Pont des salamandres
parce qu’on le voit rarement hors de son trou, et parce qu’il a, pendant longtemps, inspiré une assez grande frayeur : Aristote même ne paraît en parler que comme d’un animal qu’il ne connaissait presque point.
IL est aisé à distinguer de tous ceux dont nous nous sommes occupés , par la conformation particulière de ses pieds de devant, où il n’a que quatre doigts, tandis qu'ilen a cinq à ceux de derrière. Un des plus grands individus de cette espèce, conservés au Cabinet du Roi, a sept pouces cinq lignes de longueur depuis le bout du museau jusqu’à l'origine de la queue, qui est longue de trois pouces huit lignes. La peau n’est revêtue d'aucune écaille sensible; mais elle est garnie d’une grande quantité de mamelons, et percée d’un grand nombre de petits trous, dont plusieurs sont très-sensibles à ia vue simple, et par lesquels découle une sorte de lait, qui se répand ordinairement de manière à former un vernis transparent au-dessus de la peau naturellement sèche de ce quadrupède ovipare.
Les yeux de la salamandre sont placés à la partie supérieure de la tête, qui est un peu aplatie ; leur orbite est saillante dans l’intérieur du palais , et elle y est presque entourée d’un rang de très-petites dents, semblables à celles qui garnissent les mâchoires ‘. Ces dents établissent un nouveau rapport entre les lézards et les poissons, dont plusieurs espèces ont de même plusieurs dents placées dans le fond de la gueule. ;
La couleur de ce lézard est très-foncée ; elle prend une teinte bleuâtre sur le ventre, et présente des taches jaunes assez grandes , irrégulières, et qui s'étendent sur tout le corps, même sur les pieds et sur les paupières. Quelques-unes de ces taches sont parsemées de petits points noirs, et celles qui sont sur le dos se touchent souvent sans interruption, et forment deux longues bandes jaunes. La figure de ces taches a fait donner le nom de Sféel/ion à la salamandre , ainsi qu’au lézard vert , au véritable stellion et au geckotte. Au reste, la couleur des salamandres terrestres doit être sujette à varier, et il parait qu’on en trouve dans les bois humides d'Allemagne , qui sont toutes « que nous nommons Sourds, Pluvines, Mirtils, sont qua- « si communs en tous lieux,» Bélon, ouvrage déjà cité, liv. Ii, chap. LI, p. 210.
+ Mém, pour servir à l’Hist, des Animaux, art, de ja Sala. mantire.
DE LA SALAMANDRE TERRESTRE
noires par-dessus et jaunes par-dessous ?. C’est | vent se traîner avec peine à la surface de la
à cette variété qu’il faut rapporter, ce me semble, la salamandre noire que M. Laurenti a trouvée dans les Alpes , qu’il a regardée comme une espèce distincte, et qui me paraît trop ressembler par sa forme à la salamandre ordinaire pour en être séparée ?.
La queue, presque cylindrique, paraît divisée en anneaux par es renflements d’une substance très-molle.
La salamandre terrestre n’a point de côtes, non plus que les grenouilles, auxquelles elle
ressemble d’ailleurs par la forme générale de la