‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 144 sur 470 · partie antérieure du corps. Lorsqu'on la tou · texte numérisé non relu

partie antérieure du corps. Lorsqu'on la tou

che, elle se couvre promptement de cette es-

pèce d’enduit dont nous avons parlé; etelle

peut également faire passer très-rapidement sa peau de cet état humide à celui de sécheresse.

Le lait qui sort par les petits trous que l’on:

voit sur sa surface, est très-âcre,; lorsqu'on en

a mis sur la langue, on croit sentir une sorte.

de cicatrice à l’endroit où il a touché. Ce lait, qui est regardé comme un excellent dépilatoire ?, ressemble un peu à celui qui découle des plantes appelées tithymales et des euphorbes. Quand on écrase , ou seulement quand on presse la salamandre , elle répand d’ailleurs une mauvaise odeur qui lui est particulière.

Les salamandres terrestres aiment les lieux . humides et froids, les ombres épaisses, les bois touffus des hautes montagnes, les bords

des fontaines qui coulent dans les prés; elles :

se retirent quelquefois en grand nombre dans les creux des arbres, dans les haies, au-des- |

sous des vieilles souches pourries ; et elles passent l'hiver des contrées trop élevées en latitude, dans des espèces de terriers où 6n les trouve rassemblées, et entortillées plusieurs ensemble #,

La salamandre étant dépourvue d’ongles, wayant que quatre doigts aux pieds de devant, et aucun avantage de conformation ne remplacant ce qui lui manque, ses mœurs doivent ètre et sont en effet très-différentes de celles de

la plupart des lézards : elle est très-lente dans sa marche ; bien loin de pouvoir grimper avec

vitesse sur les arbres, elle paraît le plus sou-.

* Matthiole,

2 Salamandra atra.kLaurentispecimen medicum, Vienne, |

5 Gesner, de Quadrup. ovip., de Salamandra, p, 79, 4 Idem. ibid,

terre. Elle ne s'éloigne que peu des abris qu’elle a choisis. Elle passe sa vié sous terre , souvent au pied des vieilles murailles; pendant l'été, elle craint l’ardeur du soleil , qui la dessécherait; et ce n’est ordinairement que lorsque la pluie est prête à tomber, qu’elle sort de son asile secret, comme par une sorte de besoin de se baigner et de s’imbiber d’un élément qui lui est analogue. Peut-être aussi trouve-t-elle alors avec plus de facilité les in-

sectes dont elle se nourrit. Elle vit de mouches,

de scarabées, de limacons et de vers de terre. Lorsqu'elle est en repos, elle se replie souvent sur elle-même comme les serpents !. Elle peut rester quelque temps dans Peau sans y périr ; elle s’y dépouille d’une pellicule mince d’un cendré verdâtre. On à même conservé des salamandres pendant plus de six mois dans de l’eau de puits ; on ne leur donnaït aucune nourriture; on avait seulement le soin de changer souvent l’eau.

On observe que toutes les fois qu’on plonge une salamandre terrestre dans l’eau, elle s’efforce d'élever ses narines au-dessus de la surface, comme si elle cherchait l’air de l’atmosphère, ce qui est une nouvelle preuve du besoin qu’ont tous les quadrupèdes ovipares de respirer pendant tout le temps où ils ne sont point engourdis ?. La salamandre terrestre n’a point d'oreilles apparentes ; et en ceci elle ressemble aux serpents. On a prétendu qu’elle n’entendait point, et c’est ce qui lui a fait donner le nom de Sourd dans certaines provinces de France : on pourrait le présumer, parce qu’on nelui à jamais entendu jeter aucun cri, et qu’en général le silence est lié avec la surdité.

Ayant donc peut-être un sens de moins, et privée de la faculté de communiquer ses sensations aux animaux de son espèce, même par des sons imparfaits, elle doit être réduite à un bien moindre degré d’instinct, aussi est-elle stupide, et non pas courageuse comme on l’a écrit; elle ne brave pas le danger, ainsi qu’on Va prétendu, mais elle ne laperçoit point; quelques gestes qu’on fasse pour l’effrayer, elle s'avance toujours sans se détourner de sa route ; cependant , comme aucun animal n’est

4 Haurenti specimen medicum, p. 155, | | 2 Yoyez le Discours sur la nature des Quadrupédes, OvIpares,

privé du sentiment nécessaire à sa conservation; elle comprime, dit-on, rapidement sa peau lorsqu'on la tourmente, et fait rejaillir contre ceux qui l’attaquent le lait âcre que cette peau recouvre. Si on la frappe, elle commence par dresser sa queue; elle devient ensuite immobile, comme si elle était saisie par une sorte de paralysie; car il ne faut pas, avec quelques naturalistes , attribuer à un animal si dénué d’instinet, assez de finesse et de ruse pour contrefaire la morte, ainsi qu'ils l'ont écrit. Au reste, il est difficile de la tuer, elle est très-vivace ; mais, trempée dans du vinaigre ou entourée de sel en poudre, elle périt

bientôt dans des convulsions, ainsi que plu-

sieurs autres lézards et les vers.

Il semble que l’on ne peut accorder à un être une qualité chimérique, sans lui refuser en même temps une propriété réelle. Ona regardéla froide salamandre comme un animal doué du pouvoir miraculeux de résister aux flammes, et même de les éteindre ; mais en même temps on l’a rabaissée autant qu'on l’avait élevée par ce privilége unique. On en a fait le plus funeste des animaux; les anciens, et même Pline, l'ont dévouée à une sorte d’anathème, en la considérant comme celui dont le poison était le plus dangereux ‘. Ils ont écrit qu’en infectant de son venin presque tous les végétaux d’une vaste contrée , elle pourrait donnér la mort à des nations entières. Les modernes ont aussi cru pendant longtemps au poison de la salamandre ; on a dit que sa morsure était mortelle, comme celle de la vipère ? : on a cherché et prescrit des remèdes contre son venin; mais enfin on a eu recours aux observations par lesquelles on aurait dû commencer. Le fameux Bacon avait voulu engager les physiciens à s'assurer de l'existence du venin de la salamandre ; Gesner prouve par l'expérience qu’elle ne mordait point, de quelque manière qu’on cherchât à l’irriter; et Wurfbainus fit voir qu'on pouvait impunément la toucher, ainsi que boire de l’eau des fontaines qu’elle habite. M. de Maupertuis s’est aussi occupé de ce lézard ?: en recherchant ce que pouvait être son prétendu poison, il a démontré, par l’expérience , l’action des flammes sur la salamandre, comme sur les autres animaux. Il à remarqué qu’à

4 Pline, Liv. XXIX, chap. 4.

3 Matthiole, liv. VE, chap. #4, Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1727,

peine elle est sur le feu , qu’elle paraît couverte de gouttes de son lait qui , raréfié par la chaleur , s’échappe par tous les pores de la peau, sort en plus grande quantité sur la tête ainsi que sur les mamelons, et se durcit sur-le-champ. Mais on n’a certainement pas besoin de dire que ce lait n’est jamais assez abondant pour éteindre le moindre feu.

M. de Maupertuis , dans le cours de ses expériences , irrita en vain plusieurs salamandres; jamais aucune n’ouvrit la bouche; il fallut la leur ouvrir par force.

Comme les dents de ces lézards sont trèspetites , on eut beaucoup de peine à trouver un animal dont la peau fût assez fine pour être entamée par ces dents. Il essaya inutilement de les faire pénétrer dans la chair d’un poulet déplumé ; il pressa en vain les dents contrela peau, elles se dérangèrent plutôt que de l’entamer; il parvint enfin à faire mordre par une salamandre la cuisse d’un poulet dont il avait enlevé la peau. Il fit mordre aussi par des salamandres récemment prises, la langue et les lèvres d’un chien , ainsi que la langue d’un coq d’Inde:

aucun de ces animaux n’éprouva le moindre accident. M. de Maupertuis fit avaler ensuite des salamandres entières ou coupées par morceaux à un coq d'Inde et à un chien, qui ne parurent pas en‘souffrir.

M. Laurenti a fait depuis des expériences dans les mêmes vues: il a forcé des \ézards gris à mordre des salamandres , et il leur én a fait avaler du lait : les lézards sont morts trèspromptement ‘. Le lait de la salamandre pris intérieurement pourrait done être très-funeste et même mortel à certains animaux, surtout aux plus petits, mais il ne parait pas nuisible aux grands animaux.

On a cru pendant longtemps que les salamandres n'avaient point de sexe, et que chaque individu était en état d’engendrer seul son semblable , comme dans plusieurs espèces de vers ?. Ce n’est pas la fable la plus absurde qu’on ait imaginée au sujet des salamandres ; maïs si la manière dont elles viennent à la lumière n’est pas aussi merveilleuse qu’on l’a écrit, elle est remarquable en ce qu’elle diffère de celle dont naissent presque tous les autres lézards , et en

+ Joseph Nicok, Laurenti specimen :medicum. Viennæ, 1768, fol. 158.

? Georg. Agricola,—Conrad Gesn(r, dé Quadraj. ovip., de | Sulamandré.

/ DE LA SALAMANDRE TERRESTRE

ce qu’elle est analogue à celles dont voient le jour les seps ou chalcides , ainsi que les vipères et plusieurs espèces de serpents. La salamandre mérite par là l'attention des naturalistes , bien plus que par la fausse et brillante réputation dont elle a joui si longtemps. M. de Maupertuis ayant ouvert quelques salamandres, y trouva des œufs, et en même temps des petits tout formés ; les œufs étaient divisés en deux grappes allongées ; et les petits étaient renfermés dans deux espèces de tuyaux transparents ; ils étaient aussi bien conformés , et bien plus agiles que les salamandres adultes. La salarnandre met donc bas des petits venus d’un œuf éclos dans son ventre, ainsi que ceux des vipères !. Mais d’ailleurs on a écrit qu’elle pond, comme les salamandres aquatiques, des œufs elliptiques , d’où sortent de petites salamandres sous la forme de Zétard *. Nous avons souvent vérifié le premier fait, qui d’ailleurs est bien connu depuis longtemps *; mais nous n’avons pas été à même de vérifier le second. H serait intéressant de constater que le même quadrupède produit ses petits, en quelque sorte, de - deux manières différentes ; qu’il y a des œufs que la mère pond , et d’autres dont le fœtus sort dans le ventre de la salamandre , pour demeurer ensuite renfermé avec plusieurs autres fœtus dans une espèce de membrane transparente, jusqu’au moment où il vient à la lumière. Si cela était, on devrait disséquer des salamandres à différentes époques très-rapprochées , depuis le moment où elles s’accouplent, jusqu’à celui où elles mettent bas leurs petits ; l’on suivrait avec soin l’accroissement successif de ces petits venus à la lumière tout formés ; on le comparerait avec le développement de ceux qui sortiraient de l’œuf hors du ventre de leur mère, etc. Quoi qu’il en soit, la salamandre femelle met bas des petits tout formés , et sa fécondité est très-grande : les naturalistes ont écrit depuis longtemps qu’elle faisait quarante où cinquante petits ‘; et M. de Maupertuis a trouvé quarante-deux petites salarmandres dans le corps d’une femelle , et cinquante-quatre dans une autre.

Les petites salamandres sont souvent d’une

‘ Rai, Synopsis Quadrupedum, p. 274.

? Wurfbainus el Impérati.

5 Conrad Gesner, de Quadruped, ovip., de Salamandrä, p. 79.

4 Idem, ibid,

couleur noire, presque sans taches , qu’elles conservent quelquefois pendant toute leur vie, dans certaines contrées où on les a prises alors pour une espèce particulière, ainsi que nous Vavons dit.

M. Thunberg a donné, dans les Mémoires de l’Académie de Suède ‘ , la description d’un lézard qu’il nomme Lézard du Japon, et qui ne paraît différer de notre salamandre terrestre que par l’arrangement de ses couleurs ?. Cet animal est presque noir , avec plusieurs taches blanchätres et irrégulières, tant au-dessus du corps, qu’au-dessus des pattes. Le dos présente une bande d’un blanc sale, divisée en deux vers la tête, et qui s’étend ensuite irrégulièrement et en se rétrécissant jusqu’à l’extrémité de la queue. Cette bande blanchâtre est semée de très-petits points , ce qui forme un des caractères distinctifs de notre salamandre terrestre. Nous croyons donc devoir considérer le lézard du Japon, décrit par M. Thunberg, comme une variété constante de notre salamandre terrestre , dont l’espèce aura pu être modifiée par le climat du Japon : c’est dans la plus grande ie de cet empire, nommée ÂViphon, que l’on trouve cette variété ; elle y habite dans les montagnes et dans les endroits pierreux, ce qui indique que ses habitudes sont semblables à celles de ia salamandre terrestre, et confirme notre conjecture au sujet de l'identité d'espèce de ces deux animaux. Les Japonais lui attribuent les mêmes propriétés dont on a cru pendant longtemps que le scinque était doué, ainsi qu’on les a attribuées en Europe à la salamandre à queue plate ; ils la regardent comme un puissant stimulant et un remède très-actif ; aussi trouve-t-on aux environs de Jédo un grand nombre de ces salamandres de Japon, séchées et suspendues aux planchers des boutiques.

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