‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 145 sur 470 · ADDITION À L'ARTICLE DE LA SALAMANDRE TERRESTRE · texte numérisé non relu

ADDITION À L'ARTICLE DE LA SALAMANDRE TERRESTRE

Nous plaçons ici un extrait d’une lettre qui nous a été adressée par dom Saint-Julien, bénédictin de la congrégation de Cluni. On y trouvera des observations intéressantes relativement

1 Mém. de l'Acad, de Stockholm, trimestre d'avril, 1787. 3 Ce reptilé constitue une espèce particulière de molge que M, Merrem appelle Molge strials. D,

AT Doi

à Ja manière dont les salamandres terrestres viennent au jour.

« Je trouvai à la fin du printemps de l’année « dernière 1787, une superbe salamandre ter- « restre (de l’espèce appelée Scorpion dans la « basse Guienne, et qu’on y confond même « quelquefois avec cet insecte)... . Elle avait « un peu plus de huit pouces depuis le bout du « museau jusqu’à l'extrémité de la queue. La « grosseur de son ventre me fit espérer de trou- « ver quelque éclaireissement sur la génération « de ce reptile ; en conséquence je procédai à « sa dissection , que je commençai par l’anus. « Dès que j’eus fait une ouverture d’environ un « demi-pouce , je vis sortir une espèce de sac, « que je pris d’abord pour un boyau, mais « j’aperçus bientôt un mouvement très-sensible « dans l'intérieur; je vis même à travers la « membrane fort mince, de petits corps mou- « vants ; je ne doutai point alors que ce ne füt « des êtres animés, en un mot les petits de « l'animal. Je continuai à faire sortir cette po- « che, jusqu’à ce que je trouvai un étrangle- « ment; alors j'ouvris la membrane dans le «sens de sa longueur ; je la trouvai pleine « d’une espèce de sanie dans laquelle les petits « étaient pliés en double , précisément dans ja « forme que M. l’abbé Spallanzani attribue aux « petits de la salamandre aquatique, lorsqu'ils « sont encore renfermés dans l’amnios. Bientôt « cette sanie se répandit, les petits s’allongè- «rent, sautèrent sur la table, et parurent «animés d’un mouvement très-vif. Ils étaient « au nombre de sept ou huit. Je les examinai « à la vue simple, et un avec le secours de la « loupe; et je leur reconnus très-bien la forme « de petits poissons avec deux sortes de nageoi- « res assez longues du côté de la tête, qui était «grosse par rapport au corps, et dont les yeux, « qui paraissaient très-vifs , étaient très-sail- « lants ; il n’y avait rien à la place des pieds de « derrière. Comme la mère avait été prise dans « l’eau et paraissait très-proche de son terme , « je pensai que l’eau était l’élément qui conve- « nait à ces nouveau-nés, ce qui d’ailleurs se « trouvait confirmé par leur état pisciforme ; « c'est pourquoi je me pressai de les faire tom- « ber dansunejattepleined'eau ,oùilsnagèrent « très-bien. J’agrandis encore l’ouverture de la « mière, et je fis sortir une seconde et puis une « Lroisième poches , semblables à la première, £# et séparées par des étranglements. Ces poches

ouvertes me donnèrent des êtres semblables aux premiers et à peu près aussi bien formés ; ils s’y trouvaient renfermés par huit ou dix en pelotons, sans aucune séparation ou diaphragme, au moins sensible. Une quatrième poche pareille me donna des êtres dela même nature, mais moins formés ; ils étaient presque

‘tous chargés sur le côté droit, vers le milieu

du corps , d’une espèce de tumeur ou protubérance d’un jaune foncé paraissant un peu sanguinolent ; ils avaient néanmoins leurs mouvements libres, pas assez pour sauter d'eux-mêmes ; il fallut les retirer de leurs bourses avec des pinces. Enfin une cinquième poche pareille me fournit des êtres sembla.

bles, dont il ne paraissait que la moitié du corps depuis le milieu jusqu’au bout de la queue ; l’autre partie consistait seulement en un segment de cette matière jaune dont je viens de parler : la partie formée avait un mouvement sensible. Je retirai ainsi vingt huit ou trente petits tout formés , qui nagèrent dans l’eau , et qui y vécurent dans mon appartement pendant vingt-quatre heures.

Les avortons informes se précipitèrent au fond, et ne donnèrent plus aucun signe de vie. La mère vivait encore après que j’en eus tiré tous ses petits, formés ou informes.

J’achevai de l’ouvrir , et à la suite de cette espèce de matrice, qui paraissait n’être qu’un boyau étranglé de distance en distance, je trouvai deux grappes d'œufs de forme sensiblement sphérique , d’environ une ligne de diamètre, et d’une matière semblable à ceile que j'avais vue adhérente aux deux différentes espèces d’avortons. Je ne comptai pas le nombre de ces œufs, mais j'appelle ieurs collections Grappes, parce que réellement elles représentaient une grappe de raisin.

Leur tige était attachée à l’épine dorsale, derrière une bourse flottante située un peu au-dessous du bras , de couleur brune foncée :

« je reconnus cette bourse pour l'estomac du

reptile, parce que l'ayant ouverte, jy trouvai de petits limaçons , quelques scarabées , et du sable noirâtre. »

D, re

SX Q(UIR CS TOUR (

LA SALAMANDRE À QUEUE PLÂTE (mâle)

Publié par Furne, Paris

sorte de crête membraneuse et entière, et le bord inférieur de cette même .queue est garni de la bande très-blanche qu’on remarque dans le mâle. En général, les couleurs sont plus päles et plus égales dans la femelle; elles sont aussi moins foncées dans les ap salamandres.

La salamandre à queue plate aime les eaux limoneuses , où elle se plait à se cacher sous les pierres ; on la trouve dans les vieux fossés, dans les marais, dans les étangs ; on ne la rencontre presque jamais dans les eaux courantes : l'hiver, elle se retire quelquefois dans les souterrains humides.

Lorsqu'elle va à terre, elle ne marche qu'avec

peine et très-lentement. Quelquefois, lorsqu'elle.

vient respirer au bord de l’eau , elle fait entendre un petit sifflement. Elle perd difficilement la vie, et comme elle n’est ni aussi sourde, ni aussi silencieuse que la salamandre terrestre, elle doit, à certains égards, avoir linstinct moins borné.

Le conte ridicule qu’on a répété pendant tant de temps sur la salamandre terrestre n’a pas été étendu jusqu’à la salamandre à queue plate. Mais, au lieu de lui attribuer le pouvoir fabuleux de vivre au milieu des flammes, on a reconnu dans cette salamandre une propriété réelle et opposée. Elle peut vivre assez longtemps , non-seulement dans une eau très-froide, mais même au milieu de la glace ‘. Elle est quelquefois saisie par les glaçons quise forment dans les fossés , dans les étangs qu’elle habite; lorsque ces glaçons se fondent, elle sort de son engourdissement en même temps que sa prison se dissout , et elle reprend tous ses mouvements avec sa bb te:

On a même trouvé, pendant l'été, des salamandres aquatiques renfermées das des morceaux de glaces tirés des glacières, et où elles devaient avoir été sans mouvement et sans nourriture, depuis le moment où on avait ramassé l’eau gelée dans les marais pour en remplir ces mêmes glacières. Ce phénomène, en apparence très-surprenant, n’est qu’une suite des propriétés que nous avons reconnues dans tous les lézards et dans tous les quadrupèdes ovipares ?

La salamandre ne mord point , à moins qu’on

! Voyez le Mémoire déjà cité de M. Dufay.

2 Voyez le Discours sur la nature des Quadrupèdes ovipares,

ne lui fasse ouvrir la bouche par force; et ses dents sont presque imperceptibles : elle se nourrit de mouches, de divers insectes qu’elle peut trouver à la surface de l’eau, du frai des grenouilles , etc. Elle est aussi herbivore; car elle mange des lenticules , ou lentilles d’eau, qui flottent sur la surface des étangs qu’elle habite.

Un des faits qui méritent le plus d’être rapportés dans l’histoire de la salamandre à queue plate, est la manière dont ses petits se développent ‘; elle n’est point vivipare, comme la terrestre ; elle pond, dans le mois d’avril ou de mai, des œufs qui, dans certaines variétés,

‘sont ordinairement au nombre de vingt, for-

ment deux cordons , et sont joints ensemble par

une matière visqueuse, dont ils sont également

revêtus lorsqu'ils sont détachés les uns des au-

tres. Ils se chargent de cette matière gluante

dans deux canaux blancs et très-plissés, qui

s'étendent depuis les pattes de devant jusque

vers l’origine de la queue, un de chaque côté

de l’épine du dos, et dans lesquels ils entrent

en sortant des deux ovaires. On aperçoit, atta-

chés aux parois de ces ovaires , une multitude

de très-petits œufs jaunâtres; ils grossissent. insensiblement à l’approche du printemps , * ceux qui sont parvenus à leur maturité dans la saison des amours, descendent dans les tuyaux

blancs et plissés , dont nous venons de parler,

et où ils doivent être fécondés ?.

Lorsqu'ils sont pondus, ils tombent au fond de l’eau, d’où ils se relèvent quelquefois jusqu’à la surface des marais, parce qu’il se forme, dans la matière visqueuse qui les entoure, des bulles d’air qui les rendent très-légers ; mais ces bulles se dissipent , et ils retombent sur la vase.

A mesure qu’ils grossissent, l’on distingue au travers de la matière visqueuse, et de la membrane transparente qui en est enduite, la petite salamandre repliée dans la liqueur que contient cette membrane. Cet embryon s’y développe insensiblement ; bientôt il s’y meut, et s’y retourne avec une très-grande agilité; et enfin au bout de huit ou dix jours, suivant la chaleur du climat ‘et celle de la saison, il déchire, par de petits coups réitérés, la mem-

1 Mémoire de M. Dufay, déjà cité.

3 Œuvres de M. l'abbé Spallanzani , traduction de M. Sen- .

nebier, t. II, p.60,

Page 1