‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 151 sur 470 · QUI N’'ONT POINT DE QUEUE · texte numérisé non relu

QUI N’'ONT POINT DE QUEUE

Ïl ne nous reste, pour compléter l'Histoire des Quadrupèdes ovipares , qu’à parler de ceux de ces animaux qui n’ont point de queue. Le défaut de cette partie est un caractère constant et très-sensible, d’après lequel il est aisé de séparer cette seconde classe d’avec la première, dans laquelle nous avons compris les tortues et les lézards , qui tous ont une queue plus ou moins longue. Mais, indépendamment de cette différence, les quadrupèdes ovipares sans queue présentent des caractères d’après lesquels ii est facile de les distinguer. Leur grandeur est toujours très-limitée en comparaison de celle de plusieurs lézards ou tortues : la longueur des plus grands n'excède guère huit ou dix pouces ; leur corps n’est point couvert d’écailles ; leur peau, plus ou moins dure, est garnie de verrues ou de tubereules, et enduite d’une humeur visqueuse.

La plupart n’ont que quatre doigts aux pieds de devant, et par ce caractère se lient avec les salamandres. Quelques-uns , au lieu de n’avoir que cinq doigts aux pieds de derrière comme le plus grand nombre des lézards, en ont six plus ou moins marqués : les doigts tant des pattes

rés dans plusieurs de ces quadrupèdes ovipares, et réunis dans d’autres par une membrane, comme ceux des oiseaux à pieds palmés, tels que les oies, les canards , les mouettes, ete. Les pattes de derrière sont, dans tous les quadrupèdes ovipares sans queue, beaucoup plus longues que celles de devant. Aussi ces animaux ne marchent-ils point, ne s’avancent jamais que par sauts, et ne se servent de leurs pattes de derrière que comme d’un ressort qu'ils plient et qu’ils laissent se débander ensuite pour s’élancer à une distance et à une hauteur plus ou moins grandes. Ces pattes de derrière sont remarquables , en ce que le tarse est presque toujours aussi long que la jambe proprement dite.

Tous les animaux qui composent cette elasse ont d’ailleurs une charpente osseuse bien plus simple que ceux dont nous venons de parler. Ils n’ont point de côtes, non plus que la plupart des salamandres; ils n’ont pas même de vertè-

bres cervicales , ou du moins ils n’en ont qu’une

ou deux; leur tête est attachée presque immédiatement au corps, comme dans les poissons , avec lesquels ils ont aussi de grands rapports

de devant que de celles de derrière , sont sépa- | par leurs habitudes, et surtout par la manière

DE LA GRENOUILLE COMMUNE

dont ils se multiplient ‘. Ils n’ont aucun organe extérieur propre à la génération ; les fœtus ne sont pas fécondés dans le corps de la femelle; mais à mesure qu’elle pond ses œufs , le mâle les arrose de sa liqueur prolifique, qu’il lance par l'anus : les petits paraissent pendant longtemps sous une espèce d’enveloppe étrangère, sous une forme particulière, à laquelle on a donné le nom de Z'élard , et qui ressemble plus où moins à celle des poissons ; et ce n’est qu’à mesure qu’ils se développent qu’ils acquièrent la véritable forme de leur espèce.

Tels sont les faits généraux communs à tous les quadrupèdes ovipares sans queue. Mais si on les examine de plus près on verra qu’ils forment trois troupes bien distinctes , tant par leurs habitudes que par leur conformation.

Les premiers ont le corps allongé, ainsi que la tête ; l’un ou l’autre anguleux, et relevé en arêtes longitudinales ; le bas du ventre presque toujours délié, et les pattes très-longues. Le plus souvent la longueur de celles de devant est double du diamètre du corps vers la poitrine ; et celles de derrière sont au moins de la longueur de la tête et du corps. Ils présentent des proportions agréables ; ils sautent avec agilité; bien loin de craindre la lumière du jour, ils aiment à s’imbiber des rayons du soleil.

Les seconds , plus petits en général que les premiers , et plus sveltes dans leurs proportions , ont leurs doigts garnis de petites pelotes visqueuses , à l’aide desquelles ils s’attachent , même sur la face inférieure des corps les plus polis. Pouvant d’ailleurs s’élancer avec beaucoup de force, ils poursuivent les insectes avec vivacité jusque sur les branches et les feuilles des arbres.

Les troisièmes ont, au contraire , le corps presque rond , la tête très-convexe , les pattes de devant très-courtes ; celles de derrière n’égalent pas quelquefois la longueur du corps et de la tête; ils ne s’élancent qu’avec peine ; bien loin de rechercher les rayons du soleil , ils fuient toute lumière; et ce n’est que lorsque la nuit est venue qu'ils sortent de leur trou pour aller chercher leur proie. Leurs yeux sont aussi

4 Les quadrupèdes ovipares sans queue manquent de vessie proprement dite, de même que les lézards, le vaisseau qui contient leur urine différant des vessies proprement dites, non-seulement par sa forme et par sa graudeur, mais encore par sa position , ainsi que par le nombre et la nature des canauz avec lesquels il comiaunique.

beaucoup mieux conformés que ceux des autres quadrupèdes ovipares sans queue, pour recevoir la plus faible clarté; et lorsqu'on les porte au grand jour , leur prunelle se contracte, et ne présente qu’une fente allongée. Ils diffèrent donc autant des premiers et des seconds que les hiboux et les chouettes diffèrent des oiseaux de jour.

Nous avons done cru devoir former trois genres différents des quadrupèdes ovipares sans queue.

Dans le premier , qui renferme la grenouille commune, nous placons douze espèces, qui toutes ont la tête et le corps allongés ; et l’un ou l’autre anguleux.

Nous comprenons dans le second genre la petite grenouille d’arbre , connue en France sous le nom de Raine ou de Rainette, et six autres espèces qu’il sera aisé de distinguer par les pelotes visqueuses de leurs doigts.

Nous composons enfin le troisième genre, dans lequel se trouve le crapaud commun, de quatorze espèces , dont le corps ni la tête ne sont relevés en arêtes saillantes.

Ces trente-trois espèces , qui forment les trois genres des Grenouilles , des Raines et des Crapauds, sont les seules que nous comptions dans la classe des quadrupèdes ovipares sans queue, et auxquelles nous avons cru, d’après la comparaison exacte des descriptions des auteurs , ainsi que d’après les individus conservés au Cabinet du Roi, devoir réduire toutes celles dont les naturalistes et les voyageurs ont fait mention.

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PREMIER GENRE

QUADRUPÈDES OVIPARES SANS QUEUE, DONT LA TÊTE ET }K CORPS SONT ALLONGÉS, ET E‘UN OÙ L'AUTRE ANGULEUX.

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