‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 215 sur 470 · LA VIPÈRE COMMUNE · texte numérisé non relu

LA VIPÈRE COMMUNE

Pelias Berus, Merr. ; Col. Berus, var. «, Linn., Laur., Lacep., Shaw. ; Vipera vulgaris, Latr.; Vipera Berus., Daud., Fitz; Vip. Chersea, Sturm.

L'ordre des serpents paraît être un de ceux

4 En grec, Exts, le mâle , Eyxdva, la femelle, —Viper 0r

qui renferment le plus de ces espèces funestes dont les sucs empoisonnés donnent la mort

adder , en anglais. — La vipére, M. Daubenton , Hist. nat. des Serpents, Encycl. méth.— Coluber Berus. — Vipera Francisci Redi.—Vipera mosis, charus.—Laurenti Spec. Med. Viennæ, 1768, fol. 97 et seq. — Fipera , Rai, Synopsis Quadrupedum et Serpentini generis, Lond., 1695 , p. 285. — Vipera, Gesner. de Serpentum natura, fol. 71. — Col. Berus, Wulf, Ichthyologia cum amphibiis regni Borussici. — Viper or adder, Essay Touwards a natural History of Serpents by Charles Owen. Lond. , 1742, p. 51, pl. 1. — Fiper, Zoologie Brit., vol. 5, p. 25, pl. 4, n° 12. — Vipera anglica , fusca dorso line& undat& nigricante conspicuä. Petiv. mus. fol. 47, n° 105. — Y’ipére, M. Valmont de Bomare. — Vipera vera Indiæ orientalis. Seba, mus. 2, tab. 8, fig. 4. — Nous croyons devoir prévenir ici, relativement à la nomenclature des diverses espèces de serpents dont nous allons traiter, que plusieurs noms dont les modernes se servent pour les désigner ont été également employés par les anciens; tels sont les noms de berus , prester, aspic, bo, padera, cœcilia , miliaris, triscalis, dipsas, dryinus, elops, elaps, molurus, schytale, ete. Mais les anciens ont si peu caractérisé les différentes espèces auxquelles ils ont attribué ces noms , qu'il est presque impossible de les reconnaître; tout ce que j'ai cru découvrir, en général , par une comparaison attentive des expressions des anciens , avec les descrip-

lorsqu'ils se mêlent avec le sang. Il ne faut pas croire cependant que le plus grand nombre de ces reptiles soient venimeux; l’on doit présumer que, tout au plus, le tiers des diverses espèces de serpents renferme un poison trèsactif. Ce sont ces espèces redoutables qu’il importe le plus de connaître, pour les éviter ; aussi commencerons-nous , en traitant de chaque genre de serpents , par donner l’histoire de ceux qui, pour ainsi dire , recèlent la mort, et dont l’approche est d’autant plus dangereuse, que leurs armes empoisonnées, presque toujours enveloppées dans une sorte de fourreau qui les dérobe aux regards, ne peuvent faire naitre aucune méfiance ni inspirer aucune précaution.

Parmi ces espèces , dont le venin est plus ou moins funeste, une des plus anciennement et des mieux connues est la vipère commune.

Elle est, en effet, très-multipliée en Europe; elle habite autour de nous, elle infeste nos bois, et souvent nos demeures ; aussi a-t-elle inspiré, depuis longtemps, une grande crainte ; et cependant avec quelle attention n’a-t-elle pas été observée? Cbjet d'importantes recherches et de travaux multipliés d’un grand nombre de savants, combien de fois n’a-t-elle pas été décrite, disséquée et soumise à diverses épreuves? Nous avons donc cru devoir commencer l’histoire de tous les serpents par celle de la vipère commune; sa conformation, tant intérieure qu’extérieure, ses propriétés, ses habitudes naturelles ayant été très-étudiées , et pouvant par conséquent être présentées avec clarté, répandront une grande lumière sur tous les objets que nous leur comparerons , et dont on pourra connaître plusieurs parties, encore voilées pour nous, par cela seul qu’on verra un grand nombre de leurs rapports avec un premier objet bien connu et vivement éclairé.

La vipère commune est aussi petite, aussi faible, aussi innocente en apparence que son venin est dangereux. Paraïissant avoir recu la plus petite part des propriétés brillantes que nous avons reconnues en général dans l’ordre des serpents, n’ayant ni couleurs agréables, “ni proportions très-déliées, ni mouvements agiles , elle seraït presque ignorée , sans le poison funeste qu’elle distille. Sa longueur totale est

tions des serpents qui ont été bien observés , c'est que les anciens n'ont pas toujours appliqué ces noms à des espèces distinctes, et qu'ils les ont souvent employés pour de simples variétés d'âge ou de sexe, appartenähtes à des espèces communes en Europe, et particulièrement en Grèce.

HISTOIRE NAÏURELLE

communément de deux pieds ; celle de la queue, de trois ou quatre pouces, et ordinairement cette partie du corps est plus longue et plus grosse dans le mâle que dans la femelle ; sa couleur est d’un gris cendré , et le long de son dos , depuis la tête jusqu’à l'extrémité de la queue, s’étend une sorte de chaine composée de taches noirâtres de forme irrégulière, et qui, en se réunissant en plusieurs endroits les unes aux autres, représentent fort bien une bande dentelée et sinuée en zig-zag. On voit aussi, de chaque côté du corps, une rangée de petites taches noirâtres, dont chacune correspond à l'angle rentrant de la bande en zig-zag.

Toutes les écailles du dessus du corps sont relevées au milieu par une petite arête , excepté la dernière rangée de chaque côté, où les écailles sont unies et un peu plus grandes que les autres. Le dessous du corps est garni de grandes plaques couleur d'acier et d’une teinte plus ou moins foncée, ainsi que les deux rangs de petites plaques qui sont au-dessous de la queue.

Quelquefois, dans la vipère commune, de même que dans un très-grand nombre d’autres espèces de serpents , les grandes pièces qui recouvrent le ventre et le dessous de la queue sont, ainsi que les autres écailles, plus pâles ou plus blanches dans la partie qui est cachée par la plaque ou l’écaille voisine, que dans la partie découverte, et le défaut de lumière paraît nuire à la vivacité des couleurs sur les écailles des serpents, comme sur les pétales des fleurs ; mais on ne remarque communément cette nuance plus faible de la partie cachée que sur les serpents en vie ou sur ceux qui ont été desséchés. Il arrive le plus souvent, au contraire , que, sur les serpents conservés dans lesprit-de-vin, la partie des grandes plaques ou des autres écailles, qui est toujours découverte, est d’une nuance plus blanchâtre, comme plus exposée à l’action de l'esprit ardent qui altère toutes les couleurs.

Le dessus du museau et l’entre-deux des

* Nous avons compté sur le plus grand nombre d'individus que nous avons examinés , {46 grandes plaques et 59 rangées de petites.

« Depuis ie commencement du cou jusqu'au commence- « ment de la queue, il y a autant de grandes écailles qu'il y a « de vertèbres, et comme chaque vertèbre a de chaque côté « une eôte, chaque écaille rencontre par ses deux bouts la « pointe de toutes les deux , et leur sert comme de défense et « de soutien. » Mém. pour servir à l’hist. nat. des anim Description anatomique de la vipère , t, I, p. 608.

Pl Y 71 C7 k 4, 4 Wu

LH CHRASTE ,.

Publié par Hume, Paris

DES SERPENTS. 329

veux sont noirâtres; et sur le sommet de la tête, deux taches allongées, placées obliquement, se réunissent par un bout et sous un angle aigu.

La tête va en diminuant de largeur du côté du museau, où elle se termine en s’arrondissant; et les bords des mâchoires sont revêtus d’écailles plus grandes que celles du dos, tachetées de blanchâtre et de noirâtre , et formant un rebord assez saillant *.

4 Nous avons cru qu'on verrait avec d’antant plus de plaisir ici une courte exposition des principales parties intérieures de la vipère, que sa conformation interne est trèssemblable à celle du plus grand nombre de serpents dont nous traiterons dans cet ouvrage , et qui, par là, seront connus à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur. Nous n'avons pu mieux faire que de rapporter les propres paroles de M. Charas, qui a disséqué avec soin la vipère commune, etdont nous avons vérifié les observations que l'on trouvera ici. « Le mu- « seau est composé d'un os en partie cartilagineux, garni aux « environs de quelques bouts de muscles quiviennent de plus « loin, qui sont aussi accompagnés de quelques petites veines « et de quelques petites artères. Cet os est encore couvert de « la peau écailleuse, retroussée, comme nous l'avons dit, dans « ses extrémités. Il y a deux conduits dans ses deux côtés qui « forment les narines, lesquelles ont chacune une ouverture « petite et ronde, à droite et à gauche sur le devant, etlenr

.« nerf propre, qui vient depuis la partie antérieure du cerveau « jusqu'à leur orifice, et qui leur communique l'odorat.. Get « os cartilogineux a tout autour divers angles , et est articulé « par de forts ligaments au-dedans et autour de la partie « creuse et antérieure du crâne ; ce qui n'empêche pas qu'il « ne soit un peu flexible dans cette articulation.

« Le crânese trouve creusé dans sa partie antérieure, et re- « présente une forme de cœur dorsqu'on en sépare l'os du « museau. Il a deux pointes avancées qui embrassent en para tie cet os-là; il est entouré, en sa partie supérieure, d'un pe- « tit bord avancé en forme de corniche; il est échancré aux « deux côtés où sont situés les yeux, et y forme leurs orbites, « dont la partie postérieure est étendue en pointe qui répond « à celle de devant. Tout le crâne, en toutes ses parties , est « d'une substance fort compacte et fort dure ; il y a trois su- « tures principales dans sa partie supérieure; l'une qu'on « peut nommer sagittale, qui divise de long en long la partie « du dessus des deux yeux; l'autre, quise peut nommer co- « ronale , qui divise le crâne en travers derrière les deux or- « bites ; et la troisième, qui le sépare encore en travers près « du commencement de l'épine. Dans la superficie de la par- « tie supérieure du crâne, on remarque la forme d'un cœur « bien représenté, situé dans son milieu, qui a sa base près de « la suture que j'ai nommée coronale, et qui porte sa pointe

« vers la partie postérieure du crâne, qui est séparée par la « troisième suture. Il y a aussi une autre grande suture tout « autour des parties latérales inférieures du crâne, par la- « quelle il se peut diviser en deux corps, l'un supérieur et « l'autre inférieur : ce dernier est fait en forme de dos ren- « versé, allant de long en long, creusé au-dedans, et repré- « sentant la forme d'un soc qui a comme des ailerons à ses « côtés, et dont la pointe avance au-dessous de l'entre-deux «“ des yeux; sa partie postérieure descend jusqu'au fond du « palais , où elle a, dans son dessous, une pointe descendant « en forme de monticule renversé. Toutes les sutures du crâne « sont si bien unies dans leur jonction, et si fortement an- « nexées , qu'il est fort difficile de les distinguer, et encore « plus d'en séparer les parties sans les casser, à moins que de « faire bouillir le crâne dans quelque liqueur.

« La substance du cerveau de la vipère est divisée en cinq

2 ann nn = À À = 2 nm

Le nombre des dents varie suivant les individus ; il est souvent de vingt-huit dans la mä-

LA corps principaux, dont les deux premiers sont ronds et longuets ; chacun de la grandeur et de la forme d'un grain de semence de chicorée ; ils sont situés de long en long entre les deux yeux, et c'est de ces corps que partent les nerfs de l'odorat; les trois autres sont dans la partie moyenne du crâne, et au-dessous de cette forme de cœur dont nous avons parlé; chacun de ces corps approche de la grosseur d'un grain de semence de milium solis, et représente à peu près la forme d'une poire, dont la pointe est tournée vers la partie antérieure de la tête, Deux de ces corps sont sitnés dans la partie supérieure , de long en long et à côté l'un de l’autre ; le troisième, qui est tant soit peu plus petit, est situé sous le milieu des deux, et peut être nommé le cervelet ou le petit cerveau.

« La moelle spinale semble être un même corps avec ce dernier, quoiqu'elle ait sa place séparée dans la partie postérieure du crâne : elle est d'une substance un peu plus blanche et un peu plus molle que les corps dont nous venons de parler, et de la grosseur d'un petit grain de froment ; elle produit un corps de la même substance, qui s'étend en long, et, passant en droite ligne au travers de toutes les vertèbres de l'épine du dos, vient aboutir à l'extrémité de Ja queue. Les corps du cerveau de la vipère sont couverts d'une tunique assez épaisse, et qui leur est assez adhérente, qu'on peut nommer dure-mère; elle est de couleur noire, d'où il est arrivé que quelques auteurs, qui n'avaient pas pris la peine de regarder sous la tunique, ont dit que le cerveau de la vipère était de couleur noire. Sous cette duremère, chaque corps du cerveau, séparément, a encore une petite membrane qui l'enveloppe, qu'on peut nommer piemère. Ou remarque de petits interstices entre ces corps, et même dans le corps de la moelle spinale , qui pourraient passer pour des ventricules; et je ne doute pas que, si le sujet était un peu plus gros, on n'y pût remarquer la plupart des parties considérables qui se voient dans les aniünaux plus grands. :

« À chaque côté supérieur du milieu de ce cœur, que l'on voit au-dessus du crâne, il y a un petit os plat qui a environ une ligne et demie de long, qui lui est fortement articulé, lequel, suivant et adhérant au même côté du crâne jusqu'à sa partie postérieure, vient s'articuler de nouveau à un au- {re os plat plus long ét plus fort, et y forme comme un coude : ce dernier os descend en bas et vient s'articuler fortement au bout interne de la mâchoire inférieure, au milieu de laquelle articulation la mâchoire supérieure vient aboutir et s'y articule, mais non pas si fortement, parce | qu'elle a d’autres articulations dont l'inférieure est déponrvue. Ces os, qui sout comme des clavicules, servent et de soutien aux mâchoires. et à les ouvrir et resserrer, et ils y sont aidés par les nerfs et pär les muscies dont la nature les a pourvus.

€ Il y a aussi à chaque bout avancé de l'orbite, un petit os plat, ayant environ deux lignes et demie de long, qui est fortement articulé et conjointement avec la racine de la dent canine, lequel, par son autre bout, est aussi fortement articulé au milieu de la mâchoire supérieure, tant pour la soutenir que pour la faire avancer ensemble avec la grosse dent lorsqu'elle se relève pour mordre. La mâchoire supérieure est divisée en deux sur le devant, et est séparée: par l'os cartilagineux du museau, où ses deux bouts sout articulés de chaque côté. Ces deux mächoires sont beaucoup plus internes que celles de dessous , et les grosses dents sont situées hors de leur rang et à leur côté, en tendant en dehors, et leur servent comme de défenses ; elles sont composées chacune d'un seul os, qui a environ dix lignes de long. « La mâchoire de dessous est aussi divisée en deux : ces mâchoires sont annexées par devant l'une à l’aut'e, par un muscle qui les ouvre ou les resserre au gré de l'animal, et

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