‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 216 sur 470 · ARR RAR A A A = À A À · texte numérisé non relu

ARR RAR A A A = À A À

choire supérieure, et de vingt-quatre dans linférieure; mais toutes les vipères ont, de

LA

« n'ont d'autre articulation que celle que nous avons dit de « leur bout interne avec la clavicule qui descend du crâne, et « avec le bout interne des mâchoires supérieures. Chacune « de ces mâchoires est composée de deux os, articulés ensem- « ble vers le milieu de la mâchoire; celui de devant embrasse « dessus et dessous celui de derrière, et se peut ployer en de- « hors en cet endroit lorsque la vipère veut mordre, et il est « tant soit peu recourbé en dedans vers son extrémité; c'est « sur cet os seul que les dents de dessous sont fichées. L

« Les nerfs principaux de la tête de la vipère sont, en pre- « mier lieu, ceux dont nous avons parlé; savoir, ceux de l'o- « dorat, ceux des yeux et de l'ouïe, Il y a, outre ceux-là, ceux « du goût, celui qu’on peut appeler la sixième paire errante, « quise distribue après dans toutes les parties vitales et natu- « relles, et ceux qui, sortant de la moelle spinale, sont portés « par toute l'habitude du corps. Il y a aussi plusieurs nerfs qui « partent de la partie inférieure du cerveau , et qui passent au « travers du crâne; mais à cause de leur délicatesse, il est très- « difficile de les suivre jusqu'à leur insertion.

« Il y à encore un nerf considérablé qui sort du crâne der- «rière celui de l’ouîe, qui laisse dans l'entre-deux une petite « äpophyse au cräne, et qui, descendant le iong de la clavi- « cuie, fait son cours sur la mâchoire inférieure, et.s'insère « dans son milieu, puis il poursuit au-dedans jusqu'à son ex- « trémité, et se distribue dans toutes les dents qui y sont x fichées.

« La lête a aussises veines et sesartères, qui venant du foie et «du cœur, s'y distribuent en une infinité de rameaux, dont tou- «tes ses parties sont arrosées. Elle est aussi garnie de plu- «sieurs muscles aux côtés et au-dessous du crâne, et aux « environs desciavicules et des mâchoires supérieures et infé- « rieures, qui servent non-seulement à remplir les creux du « crâne et à couvrir les os qui y sont articulés, mais à donner «le mouvement à toutes les parties qui en ont besoïn ; à quoi «aussi les nerfs contribuent de leur part.

« Le grand nombre des os qui restent au corps de la vipèreé, « après cenxdéla tête, ne consiste qu'en vertèbres,et en côtes. « Les vertèbres commencent à la partie postérieure du crâne, « à laquelle la première est articulée; les autres sont arran- « gées de suite, fortement articulées l'une à l'autre , et conti- « nuent jusqu'à l'extrémité de la queue. Chaque vipère, tant « mâle que femelle, a cent quarante-cinq vertèbres depuis la « fin de la tête jusqu’au commencement de la queue ; et deux « cent quatre-vingt-dix côtes, qui est le nombre double des « vertèbres, à chacune desquelles il y a deux côtes articulées, « une de chaque côté, qui sont ployées et qui embrassent les « parties vitales et les naturelles de la vipère, et dont chaque « pointe vient se rendre à un: des bouts de la grande écaille de « dessous le ventre, qui est propre à toutes les deux; en sorte «qu'il y a autant de grandes écailles sous le ventre, depuis « la fin de la tête jusqu'au commencement de la queue; qu'il y « a de vertèbres assorties de ieurs deux côtes. Outre cela, il y «a vingi-cinq vertèbres depuis le haut de la queue jusqu'à « son extrémité, et ces vertèbres n'ont plus de côtes, mais “elles ont , en leur place, de petites apophyses qui diminuent «en grandeur, de même que les vertèbres, en tendant vers le « bout de la queue.

« Les vertèbres ont une apophyse épineuse en leur partie « supérieure, qui va de long en long, et qui à près d'une ligne « a TR elles en ont au-dessous une autre pointue, qui est « courbée vers le côté de la queue, et qui est de même hau- « teur que la supérieure : elles ont aussi des apophyses trans- « verses aux deux côtés, auxquelles les côtes sont articulées ; ..« elles sont creuses dans leur milieu, et reçoivent lecorps de la «moelle qui part du derrière dela tête, qui fournit autant de

« paires de nerfs qu'il y a de vertèbres, et qui continue jusqu'à « l'extrémité de la queue.

« Il y à quatre grands muscles bien forts et bien longs, qui « prenuent leur origine du derrière de la tête, et qui descen-

chaque côté de la mâchoire supérieure , une ou deux , et quelquefois trois ou quatre dents lon-

« dent deux de chaque côté des apophyses épineuses, l'unjoi- « gnant l'épine ; et l’autre au côté et un peu au-dessous du « premier, qu'il accompasne de long en long jusqu'au bout « de la queue. 11 y a aussi deux grands muscles de pareille « longueur qui sont attachés à la partie inférieure des vertè- « bres, et qui les accompagnent d'un bout à l'autre, de même « que les supérieurs. Nous remarquons aussi de chaque côté, « autant de muscles intercostaux qu'il y a de vertèbres, ser- « vant au même usage que ceux des autres animaux, qui sépa- « rent les côtes depuis la racine jusqu'à leur pointe ; tous ces « muscles sont aussi accompagnés de veines et d’artères, de « même que les plus grands,

« La trachée-artère est sitnée au-dessus et tout le long de + la langue, et lui sert comme de couverture par ga partie an- « térieure ; elle a son commencement à l'entrée de la gueule, « où elle présente un trou ovale relevé en haut, et ayant « comme un petit bec en sa partie inférieure. Elle est compo- « sée, à l'entrée, de plusieurs anneaux cartilagineux joints les «uns.aux autres, qui continuent environ la longueur d’un « bon pouce, et qui se jettent dans le côté droit de la vipère, «oùils rencontrent le poumon; et depuis cet endroit-là, on € ne voit plus que les demi-anneaux renversés, lesquels étant « joints des deux côtés à des membranes qui dépendent du « poumon et qui jui sont annexées par-dessous d'un bout à « l'autre, étant aidés du même poumon, servent à la respira- «tion, et continuent keur rang et leur connexion jusque vers « la quatrième partie du foie, qui lui est soumis, aussi bien « que le cœur. La trachée-artère a en tont huit ou neufpouces « de long, et à l'endroit où ses demi-anneaux finissent, elle «s’unit avec une membrane qui attire et reçoit l'air jusqu'au « commencement des-intestins, où elle forme comme un enl- « de-sac en rond.

« Le poumon étant joint à la trachée-artère , et faisant « avec elle un même corps, est, par conséquent, situé, comme « elle, au côté droit; ils commencent là où finissent les an- « neaux entiers de la trachée-artère. Le poumon est fait en « forme de rets, il n'a aucuns lobes, il est d’une couleur « rouge, fort claire et fort vive, d'une substance assez mince, « assez transparente, et un peu rugueuse; il est attaché par « des membranes à la parlie supérieure des anneaux impar- « faits, il a sept ou huit pouces de long, et un petit travers de « doigt de large ; il est tout semé de veines et d'artères.

« Le cœur et le foie sont aussi situés au côté droit de la vi- «père; et au-devant du cœur il y a, à environ le tiers d'un « travers de doigt, un petit corps charnu et un peu plat, de la « grosseur d'un petit pois, qui est remplid'eau; ce pelit corps « est situé au-dessous du poumon, de même que le cœur et le « foie, et est suspendu par les mêmes membranes qui les sou- « tiennent; on peut le prendre pour une espèce de sagouëé ou « de tymus, et il peut avoir les mêmes usages.

« Le cœur est situé environ quatre ou cinq pouces au-des- « sous du commencement du poumon ; il est de la grosseur « d'une féverole ou d'une petite fève, il est longuet, charnu, « et environné de son péricarde, qui est composé d'une tuni- « que assez épaisse; il à deux ventricules, l'uu du côté droit, «et l’autre du côté gauche; il a aussi deux ouvertures. Le «sang qui vient de la veine-cave entre dans le ventricule « droit, et se jetant dans le gauche; en sort par l'artère aorte, «qui se divise d'abord en deux gros rameaux, dont l'un « monte vers les parties supérieures, et l'autre, passant au- « dessous de l'œsophage et prenant son chemin en biaïs, se « divise dans la suite en plusieurs rameaux, qui se répandent « et sont portés à toutes les parties, jusqu’au bout de la queue.

« Le foie est un corps charnu, de couleur rouge brun, si- « tué demi-pouce au-dessous du cœur, et soutenu des mêmes « membranes; sa longueur et sa grosseur sont assez inégales, « mais les plus grands foies ont jusqu'à cinq et six pouces de « loug, et un demi-pouce de large. Le foie est composé de « deux grands lobes, dont le droit descend un bon*pouce plus

DES SERPENTS

ques d'environ trois lignes, blanches, diaphanes, crochues et très-aigués ; on les a appelées

« bas que le gauche. Ces deux lobes sont arrosés de la veine- « câve, qui semble les séparer de long en long en deux corps, «et même elle le fait dans leur moitié inférieure, coulant « dans leur entre-deux, et leur servant pour les joindre en un « même corps. La moitié supérieure du foie est continue, et « né se peut diviser sans la couper. Le tronc de la veine-cave « «e divise en deux rameaux en sa partie supérieure, dont le « principal et le plus gros laboutit au cœur, et l'autre passe * « sous le poumon, et de là aux parties supérieures; la même « veine-cave, dans sa partie inférieure, se divise en plusieurs « rameaux qui déscendent dans toutes les parties du dessous. « La vipèreest dépourvue de diaphragme, n'y ayant aucune « tunique transversale qui sépare les parties vitales d'avecles «naturelles : on pourrait néanmoins dire que cette tunique « déliée qui, dépend de la trachée-artère et du poumon, et « qui déscend vers les intestins et y forme comme un cul-de- « sac, en fait en quelque sorte la fonction.

« La vessie du fiel est située un travers de doigt au-dessous « du foie, et à cêté du fond de l'estomac, et elle penche sur « le côté gauche; elle est presque de la forme êt de la gros- « Seur d'une petite fèvé couchée sut son plat. Le fiel est d'une « couleur fort verte, son goût est très-amer et très-âcre, sa « consistance approche de celle d'un sirop peu cuit. Je n'ai « trouvé, dans la vessie du fiél, qu’une issue par un petit « vaisseau, qui, sortant du côté interne de sa partie supé- « rieure, est recourbé dès son origine, et descéndant et adhé- « rant, même dans son commencement, à la partie interne de « cétte vessie, se divise après en deux rameaux, dont le prin- « cipal et le plus droit, passant par ce corps que les anciens « ont pris pour là rate, se jette dans l'intestin qui le recoit, et « l’autre moindre, en rebroussant chemin, semble remonter « contre lé foie ; maïs sédivisant en plusieurs petits rameaux, « On né saurait plus le discerner ni le suivre. Ce n'est pas en « ce lien que je veux combattre le sentiment des anciens sur « la qualité vénéneuse qu'ils ont atiribuée au fiel; je renvoie « cela à un autre lieu, où je tächerai de soutenir la qualité « balsamique de ce suc, en faisant voir qu'il est exempt de * toute sorte de venin. Le pancréas, que tous les auteurs ont « nommé rate, est situé près et tant suit peu au-dessous du fiel «et au côté droit de la vipère ; il est de la grosseur d'un bon « pois, de substance charneuse en apparence, mais en effet « glanduleusé ; sa situation, qui est tout joignant le fond de « l'estomac, et vers l'entrée des intestins, considérée avec sa r substance glanduleuse, me fait croire que c'est plutôt un « pancréas qu'une rate; j'en laisse néanmoins la décision à “ ceux qui voudront prendre là peine de L'examiner. « L'œsophage prend son commencement au fond du gosier; « sa situation est auscôté gauche, et son chemin est tout droit « au côté dupoumon et du foie, jusqu'à son union avec l'ori- « fice de l'estomac. Elle est composée d'une seule membrane, « fort molle et fort aisée à s'étendre, et qui même peut être « entlée de la grosseur de deux doigts ; c'est elle qui recoit la « première tous les animaux que la vipère a tués avec ses « grosses dents et qu'elle a avalés tout entiers, étant propre à « cela, tant par sa large capacité, que par sa longueur, qui est «d'un bon pied.

« L'estomac qui la suit est comme cousu à son fond, et 1 Semble ne faire qu'un même corps avec elle; il est toutefois «beaucoup plus épais, et composé de deux fortes tuniques « l'une dans l’autre , et adhérente l'une à l’autre. L'épaisseur « de ses tuniques fait qu'on ne peut l'enfler de la même gros- «seur de l'æsophage, car il ne peut guère excéder la grosseur « d'un pouct; il a trois à quatre pouces de long, son orifice est «assez large, de même que son milieu, mais son fond va en « étrécissant , et est d'ordinaire fort étroitement fermé, et ne « s'ouvre que pour rejeter ses excréments dans les intestins. « Sa tunique interne est pleine de rugosités lorsqu'il est vide, « et on y trouve fort souvent plusieurs petits vers de la lon- « gueur ét de la grosseur de petites épingles. L'estomac est si-

les dents canines de la vipère, à cause d’une ressemblance imparfaite qu’elles ont avec les dents canines de plusieurs quadrupèdes. Ces dents , longues et crochues , sont très-mobiles, ainsi que celles des autres serpents vipères ; l’animal les peut incliner ou redresser à volonté : communément elles sont couchées en arrière le long de la mâchoire , et alors leur pointe ne paraît point ; mais, lorsque la vipère veut mordre, elle les relève et les enfonce dans la plaie en même temps qu’elle y répand son venin.

« tué du côté gauche, comme l'œsophage, mais son fond est « tourné vers le milieu du corps, pour se vider dans le pre- « mier intestin.

« La longueur et la capacité de l'æœsophage, et la largeur de « l'entrée de l'estomac, sont fort accommodés au naturel de « la vipère, laquelle n’envoie rien de mâché à son estomac, « mais avale, pour sa nourriture, des animaux tout entiers, « quelquefois plus gros, et quelquefois plus pêtits; et lors. « qu'ils se rencontrent plus longs que la profondeur de l'es. « tomac, le reste demeure dans l'œsophage, en attendant que « l'estomac ait tiré et envoyé à tout le corps, le suc des par- «ties dévorées qu'il pouvait contenir, après quoi il reçoit « celles qui restaient encore dans l'œsophage ; mais il faut un « grand temps pour tout cela, à cause que l'estomac ne se « ferme point, et qu'il ne saurait ramasser aucune chaleur « considérable pour faire une prompte digestion.

« Les intestins des vipères sont situés au milieu du corps, « sous l'épine du dos, et immédiatement après le fond de l'es- « tomac. J'en ai remarqué seulement trois, dont le premier et « le plus étroit de tous peut être appelé duodenum; le se- « con}, qui est plus large et qui est rempli de plusieurs si- « nuosités, peut être nommé colon; et le troisième et dernier, « rectum ; lequel aussi est fort large et fort droit et lequel a « son ouverture au-dessous et près du commencement de la « queue, par où les excréments sortent. Cesintestins ont à « leurs côtés les testicules avec leurs vaisseaux, tant des mâles « que des femelles, et les deux corps de la matrice des der- « nières, dont nous parlerons après cette section; ils ont aus i « les reins, avec leurs vaisseaux qui en partent, et qui sunt ac- « compagués de leurs veines et de leurs artères, de même que « tous les vaisseaux qui servent à la génération; et les intes- « tins n’en sont pas aussi dépourvus,

* Les reins sont situés au-dessous des testicules ; ils sont « composés de plusieurs corps glanduleux, contigus et rangés

« de long en long, les uns après les autres; ils ont d'ordi-

« naire deux pouces et demi de long , et deux lignes et demie « de large sur leur rondeur, qui estunpeu aplatie; ils sont de « couleur rouge pâle : le droit est toujours situé plus haut « que le gauche dans l'un et dans l'autresexe; ils ont aussileurs « uretères, par où ils déchargent les sérosités près de l'extré- « mité de l'intestin. |

« Tous les intestins, les testicules et les reins sont couverts « de graisse fort blanche et fort molle, laquelle étant fondue, « demeure en forme d'huile; on voit aussi quelquefois, en « certaines vipères, quelque peu de graisse auprès du cœur, « du poumon et du foie, et surtout près du fiel, et près de «ceite partie que les uns prennent pour rate, et les antres «pour pancréas. Toutes ces parties sont enveloppes d'une « tunique forte et fermement attachée aux extrémités des cô- « tes, qui pourrait passer pour épiploon, si on y joignait la « graisse; mais comme la vipère, qui est une espèce de ser- « pent, ne peut passer que parmi les animaux imparfaits; je « ne détérminerai pas le nom de cette tunique, à laquelle « ceux qui seront plus éclairés que moi donneront le nom qui «leur semblera le plus raisonnable. » Mém. pour servir à l'Hist. nat. des animaux, t. IIL, p. 611 ets. «

Auprès de la base de ces grosses dents, et hors de leurs alvéoles, on voit, dans des enfoncements de la gencive, un certain nombre de petites dents crochues, inégales en longueur, conformées comme les dents canines, et qui paraissent destinées à remplacer ces dernières lorsque la vipère les perd par quelque accident. On en a trouvé depuis deux jusqu’à huit !. L’on peut présumer que le nombre de ces dents de remplacement est limité, et que lorsque la vipère a réparé plusieurs fois la perte de ses crochets, elle ne peut plus les remplacer ; elle demeure privée de dents canines pendant le reste de sa vie; et peut-être qu’alors on en serait mordu sans éprouver l’action de son venin, qu’elle ne pourrait plus faire pénétrer dans la blessure. Ce défaut absolu de crochets , auquel la viperé serait sujette, devrait être une raison de plus de chercher des caractères extérieurs , autres que les dents canines, pour distinguer les vipères d’avec les serpents ovipares.

Ces dents canines de la vipère sont creuses, elles renferment une double cavité et comme un double tube, dont l’un est contenu dans la partie convexe de la dent, et l’autre dans ja partie concave. Le premier de ces deux conduits s’ouvre à l'extérieur par deux petits trous, dont l’un est situé à la base de la dent , et l’autre vers sa pointe; et le second n’est ouvert que vers la base, où il recoit les vaisseaux et les nerfs qui attachent la dent à la mâchoire ?.

Ces mêmes dents canines sont renfermées , jusqu'aux deux tiers de leur longueur, dans une espèce de gaine composée de fibres très-fortes et d’un tissu cellulaire; cette gaine ou tunique est toujours ouverte vers la pointe de la dent ; elle s’y termine par une espèce d’ourlet, souvent dentelé, et formé par un repli de deux membranes qui la composent.

Le poison de la vipère est contenu dans une vésicule placée de chaque côté de la tête, au-

# «Lorsqu'on les examine attentivement avec une loupe, on « voitqu'elles tiennent, par leur base, à une espèce de tissu « membraneux très-fin et très-mou. Ces petites dents vont en « diminuant de grosseur, à mesure qu'elles s'éloignent des « alvéoles des dents canines; celles qui sont le plus près de « ces alvéoles sont aussi les mierx formées et les plus dures ; « les autres sont plus petites, plus tendres, moins bien for- « mées, etccomme muqueuses , particulièrement à leur base; « elles paraissent , en effet, devoir leur formation à une ma- « tière blanchâtre ét gélatineuse. » Ouvrage de M. l'abbé Fontaua, sur les poisons , et particulièrement sur celui de la vipère. Florence, 1781, t. I, p. 6.

2 Voyez à ce sujet, l'ouvrage déjà cité, de M. l'abbé Fontana, t. 1, p. 8."

dessous du muscle dela mâchoire supérieure; le mouvement du muscle pressant cette vésicule, en fait sortir le venin, qui arrive par un conduit à la base de la dent, traverse la gaine qui l'enveloppe, entre dans la cavité de cette dent par le trou situé près de la base, en sort par celui qui est auprès de la pointe, et pénètre dans la blessure. Ce poison est la seule humeur malfaisante que renferme la vipère, et c’est en vain qu’on a prétendu que l’espèce de bave qui couvre ses mâchoires lorsqu’elle est en fureur est un venin plus ou moins dangereux ; l’expérience a démontré le contraire.

Le suc empoisonné, renfermé dans les vésicules de chaque côté de la tête, est une liqueur jaune dont la nature n’est ni alkaline ni acide, comme on l’a écrit en divers temps ; elle ne produit pas non plus les effets d’un caustique, ainsi qu’on l’a pensé; et il paraît qu’elle ne contient aucun sel proprement dit, puisque, lorsqu'elle se dessèche, elle ne présente pas un commencement de cristallisation, comme les sels dont l’eau surabondante s’évapore, mais se gerce, se retire, se fend, se divise en très-petites portions, de manière à représenter, par toutes ses fentes très-déliées et très-multipliées, une espèce de réseau que l’on a comparé à une toile d’araignée ?.

Quelque subtil que soit le poison de la vipère, il parait qu’il n’a point d’effet sur les animaux qui n’ont pas de sang ; il paraît aussi qu’il ne peut pas donner la mort aux vipères elles-mémes ; et à l’égard des animaux à sang chaud, la morsure de la vipère leur est d'autant moins funeste que leur grosseur est plus considérable, de telle sorte qu’on peut présumer qu’il n’est pas toujours mortel pour l’homme ni pour les grands quadrupèdes ou oiseaux. L'expérience a prouvé aussi qu’il est d'autant plus dangereux qu'il a été distillé en plus grande quantité dans les plaies par des morsures répétées. Le poison de la vipère est donc funeste en raison de sa quantité, de la chaleur du sang et de la petitesse de l’animal qui est mordu; ne doit-il pas aussi être plus ou moins mortel, suivant la chaleur de la saison, la température du climat et l’état de la vipère, plus ou moins irritée, plus ou moins animée , plus ou moins pressée par la faim , ete. ? Et voilà pourquoi Pline avait peutêtre raison de dire que la vipère, ainsi que les

4 M. l'abbé Fontana, ouvrage déjà cité.

? M, l'abbé Fontana. dans le même ouvrage.

DES SERPENTS

autres serpents venimeux , ne renfermait point de poison pendant le temps de son engourdissement !. Au reste, M. l’abbé Fontana, l’un des meilleurs physiciens et naturalistes de l’Europe, pense que le venin de la vipère tue en détruisant l’irritabilité des nerfs , de même que plusieurs autres poisons tirés du règne animal ou du règne végétal ?; et il a aussi fait voir que cette liqueur jaune et vénéneuse était un poison très-dangereux lorsqu'elle était prise intérieurement , et que Rédi, ainsi que d’autres observateurs, n’ont écrit le contraire que parce qu’on

avait avalé de ce poison en trop petite quantité

pour qu’il püt être très-nuisible ?.

On à fait depuis longtemps beaucoup de recherches relativement aux moyens de prévenir les suites funestes de la morsure des vipères ; mais M. l’abbé Fontana, que nous venons de citer, s’est occupé de cet important objet plus qu'aucun autre physicien :

plus que lui, la patience et le courage nécessaires pour une longue suite d'expériences ; il en a fait plus de six mille; il a essayé l’effet des diverses substances indiquées avant lui comme des remèdes plus ou moins assurés contre le vepin dé la vipère ; ila trouvé, en comparant un très-grand nombre de faits, que, par exemple, l'alkali volatil, appliqué extérieurement ou pris intérieurement, était sans effet contre ce poison. Il en est de même, suivant ce savant, de l’acide vitriolique , de l’acide nitreux ; de l'acide marin, de l'acide phosphorique, de l'acide spathique, des alkalis caustiques ou non caustiques, tant minéraux que végétaux, du sel marin et des autres sels neutres. Les huiles, et particulièrement Celle de térébenthine, lui ont paru de quelque utilité contre les accidents produits par la morsure des vipères, et il a pensé que la meilleure manière d'employer ce remède était detremper, pendant longtemps, la partie mordue dans cette huile de térébenthine extrème-

ment chaude. Le célèbre physicien de Florence:

pense aussi qu'il est avantageux de tenir cette même partie mordue dans de l’eau, soit pure, soit mêlée avec de l’eau de chaux, soit chargée de sel commun, ou d'autres substances salines ; la douleur diminue, ainsi que linflammation, et la couleur de la partie blessée est moins altérée et moins livide. Les vomissements produits par l'émétique peuvent aussi n'être pas | 4pline, LS . | a :

? Traité des Poisons. Florence, 1781.

5 Ibid. t, IL, p. 308.

personne n’a eu, |

inutiles ; mais le traitement que M. l'abbé Fontana avait regardé comme le plus assuré contre les effets du venin de la vipère consistait à couper la partie mordue, peu de secondes ou du moins peu de minutes après l’accident, Suivant la grosseur des ‘animaux blessés , les plus petits étant les plus susceptibles de l’action du poison. Bien plus, cet observateur ayant trouvé que les nerfs ne peuvent pas communiquer le venin, que ce poison ne se répand que par le sang, et que les blessures envenimées, mais superficielles de la peau, ne sont pas dangereuses, il avait pensé qu’il suffisait d'empêcher la circulation du sang dans la partie mordue, et qu’il n’était pas même nécessaire de la suspendre dans les plus petits vaisseaux, pour arrèter les effets du poison. Ungrand nombre d’expériences l’avaient conduit à croire qu’une ligature mise à la partie blessée prévenait la maladie interne et générale qui donne. la mort à l'animal; que dès que le venin avait agi sur le sang, dans les parties mordues par la vipère, il cessait d’être nuisible, comme s’il se décomposait en produisant un mal local, et qu’au bout d’un temps déterminé il ne pouvait plus faire naître de maladie interne. A la vérité, le mäl local était très-grand et paraissait quelquefois tendre à la gangrène ; et, comme il était d'autant plus violent que la ligature était plus serrée et plus longtemps appliquée, il était important de connaitre, avec quelque précision, le degré de tension de la ligature et le temps de son application, nécessaires pour qu’elle püt produire tout son effet. Au reste, M. l’abbé Fontana, en remarquant avec raison qu’un mauvais traitement peut changer la piqüre en une plaie considérable qui dégénère en gangrène, assurait en même temps que le venin de la vipère n’est pas aussi dangereux qu’on l’a pensé. Lorsqu'on a été mordu par ce serpent, on ne doit pas désespérer de sa vie, quand bien même on ne ferait aucun remède, et la frayeur extrême qu’inspire l’accident ést souvent une grande cause de ses suites funestes"!.

Pour faire Connaître avec plus d’exactitude le résultat que ce physicien croyait devoir tirer

4 « Une simple morsure de vipère n'est pas mortelle natu- « rellement; quinû même il y aurait eu deux ou trois vipères, « la maladie serait plus grave , mais elle ne serait probable- « ment pas mortelle; quand une vipère aurait mordu un - « homme six ou sept fois, quand elle aurait distillé dans les « morsures tout le venin de ses vésicules, on ne doit pas dés- « espérer. » Ouvrage déja cité t. IT, p. 45.

lui-même de ses belles et très-nombreuses expé- , riences,. nous avons cru devoir rapporter ses

propres paroles dans la note suivante !, d'a-

près laquelle on verra aussi que M. l'abbé Fontana reconnaît, ainsi que nous, l’influence des saisons et de diverses autres causes locales ou accidenteilles sur la force du venin des serpents, et qu’il croit que plusieurs circonstances particulières ont pu altérer les résultats de ces différentes éxpériences.

Mais enfin, dans un Supplément imprimé à la fin de son second volume;:M: l’abbé Fontana

annonce, d’après de nouvelles épreuves, que la |

pierre à cautère détruit la vertu malfaisante du venin de la vipère avec lequel on la mêle; que tout concourt à la faire regarder comme le véritable et seul spécifique contre ce poison, et

qu’il suffit de l'appliquer sur la plaie, après | | veineux, de manière -que le poison soit porté . vérs le cœur très-rapidement et ,en abondance

l'avoir agrandie par des incisions convenables ?.

4 « Le dernier résultat-de tant d'expériences sur l'usage de « la ligature contre la morsure de la vipère ne présente ni

« cette certitude, ni cette généralité auxquelles on se serait

« attendu dans le commencement. Ce n’est pas que la:liga-

« l'avons trouvée un reinède assuré pour les pigeons et pour |

| remède toujours assuré contre les- effets de la « maux, et peut-être serait-elle’ utile pour tous, si l'on con- |

« les cochons d'Inde; elle peut donc l'être pour d'autres ani-

a naissait mieux les circonstances dans lesquelles il faut la |

« praliquer. Il paraît, en général, qu'on ne doit rien attendré

« des scarifications plus ou moins grandes, plus’ou moins

« simples, puisqu'on a vu mourir, avec cette opération, les |

«“ animaux mêmes qui auraient été Le plus facilement guéris « avec les seules ligatures.

«.Je n'ose pas décider de quelle utilité elle pourrait être | « dans l'homme, parce que je n'ai point d'expériences direc- |

« tes. Mais comme je suis d'avis que la morsure de la vipère « n’est pas naturellement meurtrière pour l'homme , la li- & gature, dans ce cas, ne pourrait faire autre chose que dimi-

« nuer la maladie; peut-être une: ligaturé très-légère pour: |

«rait-elle suffire; peut-être pourrait-on l'ôter peu de temps |

« après ; mais il faut des expériences pour nous mettre en état

« de prononcer, et les expériences sur les hommes sont très- | - res, ainsi que éeux des quadrupèdes ovipares ; « Je dois encore ave qu'une partie de mes expériences !

« rares.

«sur le venin dela vipère ont été faites dans la-plus rude «“ saison, en hiver. Il est naturel de concevoir que les vipères « dont je me suis servi ne pouvaient être dans toute léur vi- « gueur ; qu'elles devaient mordre les animaux avec moins de « force, et que n'étant pas nourries depuis plusieurs mois, « leur venin devait être en moindre quaïitité. Je n'ai aucune « peine à croire que däns une autre saison plus favorable, « comme dans l'été, dans uy climat plus chaud, les effets dus- « sent être, en quelque sorte, différénts, et,.en général, plus « grands.

« Je puis encore avoir été trompé par ceux qui me fournis- « saient ies vipères. J'étais en usage, dans le commencement, « de rendre les vipères même dontje m'étais servi pour faire « mordre les animaux, et que je n'avais pas besoin de tuer. « J'ai tout lieu de croire qu'on m'a vendu pour la seconde « fois les vipèrés que j'avais déja employées ; mais, dès que je «me suis aperçu de cela, je me suis déterminé à tuer toutes

«les vipères, après m'en être servi dans mes expériences. » Ouvrage déja cité, t; II, p.59 et s.

3 Ibid. p. 515.

. Quelquefois cependant le remède n'est pas apporté à temps, ou ne sé mêle pas avec le venin. On ne peut pas toujours faire pénétrer la | pierre à cautère dans tous les endroits dans lesquels le poison est parvenu. Les trous que font les dents de la vipère sont très-petits, et souvent invisibles ; ils s'étendent dans’ la peau. en différentes dinéétiohis et à diverses profondeurs, suivant plusieurs circonstances très-variables. L’inflammation et l’enflure qui surviennent, augmentent encore la difficulté de découvrir ces directions, en sorte que les incisions se font presque au Facid” D'ailleurs le venin s’introduit quelquefois tout d'un coup et en grande quantité dans l'animal, par le moyen dequelques vaisseaux que la dent pénètre; et la morsure de la vipère peut donner la mort la plus prompte, si les dents percent un gros vaisseau

L'animal mordu éprouve alorsune sorte d'injection artificielle du venin, et le mal peut être in-

AL "HR | Curable, On ne peut done pas, suivant M. Fon- « ture soit à rejeter comme absolument inutile, puisque nous

tana, regarder-la pierre à cautère comme un

morsure des vipères; mais on ne doit pas douter de ses bons effets, et même on peut dire qu'elle est le véritable nes contre Je poison de ces serpents. RE

Tels sont les résultats des expériences les plus intéressantes qu’on ait encore. faites sur

Jes effets ainsi que sur la. nature du venin que-

la vipère distille par le moyen de ses dents mo-

biles et crochues. Achevons. maintenant de dé-

crire cet animal funeste. din Elle a les yeux très-vifs et garnis de paupiè-

et, comme si elle sentait la puissance redoutable du venin qu’elle recèle, son regard paraît hardi; ses yeux brillent, 1. Surtout. lorsqu'on Virrite; et alors non- seulement elle les anime , ais, ouvrant sa gueule, elle darde-sa langue, qui est communément grise, fendue en deux, et composée de deux petits cylindres charnus adhérents l’un à l’autre jusque vers les deux tiers de leur longueur; l'animal l’agite avec tant de vitesse, qu’elle étincelle, pour ainsi dire, et que la lis” qu elle: réfléchit la fait paraître comme une sorte de petit phosphore.

On a regardé pendant longtemps cette langue comine une sorte de dard dont la vipère se ser-

vait pour percer sa proie; on a cru que c'était

DES SERPENTS

à l'extrémité de cette langue que résidait le venin , et on l’a comparée à une flèche empoisonnée. Cette erreur est fondée sur ceque , toutes les fois que. la .vipère- veut. mordre -elle tire sa langue et la darde avec rapidité. Cet organe est enveloppé, d’un bout à l’autre, dans une espèce de, fourreau qui ne contient aucun poison ! ; ce n’est qu'avec ses crochets que la vipère donne la mort, ét sa langue ne lui sert qu'à retenir les Hooths dont elle se nourrit quelquefois.

Non-seulement la vipère a ses re inAchoires-articulées de telle sorte qu’elle peut beaucoup les écarter l’uné de l’autre, ainsi que nous l'avons dit ?; ; mais encore les he côtés de chaque ichoire sont attachés ensemble de manière qu’elle peut les mouvoir indépendamment l’un de l’autre, beaucoup plus librement peut-être que la plupart des autres reptiles ; et cette faculté lui sert à avaler ses aliments avec plus de facilité : tandis que les dents d’un côté sont, immobiles et enfoncées dans la proie qu’elle a saisie, les dents de l’autre côté s’avancent, accrochent cette même proie, la tirent vers le gosier, l’assujettissent, s’arrêtent à leur tour, et celles du côté opposé se portent alors en avant pour attirer aussi la proie et rester ensuité immobiles. C’est par ce jeu, plusieurs fois répété, et par cemouvementalternatif des deux côtés de ses mâchoirés, que la vipère parvient à avaler des animaux quelquefois assez considérables, qui, à la vérité, sont pendant longtemps presque tout entiers dans son œæsophage où dans son éstomac, mais qui, dissous insensible

ment, par les sucs et digestifs, se résolvent.

en une pâte liquide, tandis. que : leurs parties trop grossières sont rejetées par- l’animal ÿ.

$ VS, sur la fortié de la langue des serpents, le Discours sur Ja nature de ces reptiles. à

ue Discour s sur la nature des Ser penis.

8 4 Nous avons remarqué cela depuis peu dans une grande « partie du corps du lézard qu'une vipère-a vomi douze jours «après avoir élé prise, où nous avons vu qu'à la tête et aux ‘« jambes de devant, et à la partie du corps qui les touchait et «qui avait pu être placée commodément dans l'estomac de « la vipère, ilne restait guère que les os; mais qu'une boune « partie du tronc, avec les jambes de derrière et touie la « queue, élaient presque en même état que si la vipère les eût « avalées cé jour-là, comme on le verra dans la figure quej'en «ai fait graver; mais où fut surpris, entre autres Choses, de « voir que les parties qui n'avaient pu entrer dans l'estomac, « et qui avaient resté dans l'æsophage , se fussent conservées « silongtemps sans souffrir aucune altération dans la peau, « bien que celles du dessous eussent de la lividité, qui était « en apparence.un effet du. venin de la morsure, » Descrip-

Non-seulement, en effet, la vipère se nourrit de petits télés qu 'elle retient par le moyen de sa langue, ainsi qu’un grand nombre d’autres serpents et plusieurs quadr upèdes ovipares; non-seulement elle dévore des insectes plus gros ; des buprestes, des cantharides , et même ceux qui souvent sont très-dangereux, tels que les scorpions ?, mais elle fait sa proie de petits lézürds, de jeunes grenouilles, et quelquefois de petits rats, de petites taupes, etd’assez gros crapauds, dont l’odeur ne la rebute pas, etdont l’espèce de venin ne paraît pas luinuire.

Elle peut passer un très-long temps sans manger , et l’on a même écrit qu’elle pouvait vivre un an et plus sans rien prendre ; ce fait est peut-être exagéré, mais du moins il est sûr qu’elle vit plusieurs mois privée de toute nourriture. M, Pennant en a gardé plusieurs renfermées dans une boite, pendant plus de six mois, sans qu’on leur donnât aucun aliment, et cependant sans qu’elles parussent rien perdre de leur vivacité. Il semble même que, pendant cette longue diète, non-seulement leürs :fonctions vitales ne sont ni arrétées ni suspendues , mais même qu’elles n’éprouvent pas une faim tres-pressante., puisqu'on a vu des vipères renfermées pendant plusieurs jours avec des souris ou des lézards , tuer ces animaux sans chercher à s’en nourrir ?. 1

Les vipères communés ne fuient pas les animaux de leur espèce; il paraît même que, dans certaines saisons de l’année, elles se recherchent mutuellement. Lorsque les grands froids sont arrivés, on les trouve ordinairement sous des tas de pierres ou: dans des trous de vieux

murs, réunies plusieurs énsemble et entortiliées

les unes autour des autres. Elles. ne $e craignent pas , parce que leur venin n’est point dangereux pour elles-mêmes, ainsi que nous l'avons vu; et l'on peut présumer qu’elles se rapprochent ainsi les unes des autres pour ajouter à leur chaleur naturelle , contrebalancer les effets du froid, et reculer (e temps qu’elles passent dans l'énpordisséent et dans une diète absolue.

Pour peu que leur peau extérieure s’altère, les sues destinés à l’entretenir cessent de s’y porter, et commencent à en former une. nouvelle au-dessous; et voilà pourquoi , dans quel-

vi: à l'hist-nat. des animaux, par MM, de l’Acad. royale des

Sc.. t. III, p: 605.

‘ Aristote, L. 8, 0:29, de Histor. animal, ‘ 2 PDrscription anatomique de la -vipère, par M. Charas, à

tion anatomique de la vipère, par M. Charus. Xé:n, pour ser- l'endroit déja cité.

que temps qu'on prenne des vipères, on les trouve presque toujours revêtues d’une double

peau, de l’ancienne, qui est plus ou moins.

altérée, et d’une nouvelle, placée au-dessous

et plus ou moins formée. Elles quittent leur :

et ne conservent plus que la nouvelle, dont les couleurs sont alors bien plus vives que. celles de l’ancienne. Souvent cette peau nouvelle, altérée par les divers accidents que.les vipères éprouvent pendant les chaleurs, se dessèche, se sépare du corps de Panimal dès la fin de

l’automne , est remplacée par la peau qui s’est : | « réplié dans tout son cours en forme de plusieurs S jointes

formée pendant l'été, et, dans la même année, la vipère se dépouille deux fois.

Les vipères communes ne parviennent à leur entier accroissement qu’au bout de six ou sept ans ; mais , après deux ou trois ans, elles sont déjà en état de se reproduire ; c’est au retour du beau teinps, ét communément au mois de mai, que Je mâle et la femelle se recherchent.

ainsi que les modernes, ont quelquefois pris des faits particuliers , des accidents bizarres :

« fortes membranes qui viennent du dessous du Foie, < et sont : « d'ordinaireenveloppés de graisse, qui fait qu'on a peine à

« les discerner, à cause de la conformité de couleur ap; ‘ils ont

vieille peau dans les beaux jours du printemps, “ayec cette graisse.

-« Du uiilieu’dé chacun de ces testicules de la partie ntene, € on voit sortir un petit corps long et menu, assez solide, et « même un peu plus blänc que la substance des testicules, qui « descend et qui leur est attaché tout le long jusqu'à leur « bout inférieur; on peut l'appeler épididyme. On yoit-au « bout de chacun de commencement d'un petit vaisseau vari-

| «queux, qu'on peut nommier spermatique, à cause de sa

« fonction, qui e:t un peu aplati, de couleur fort blanche et « assez luisante, et qui est d'ordinaire rempli. de semence ei « forme de suc laiteux. Ce vaisseau est assez délicat , et il est

“ensemble d’une façon fort agréable à voir; de là, descend

| «entre l'intestin et le rein, duquel il suit l’uretère jusqu'au « trou du dernier intestin, par où sortent les -excrémeuts.

«Il est aussi accompagné. de veines et-d'artères d'un bout à « l'autre, de même que les testicules, etil cesse d'être anfrac- « tieux un peu avant que d'arriver à l' ouverture de l'intestin. « Chicun de ces deux vaisseaux spermatiques vient se rendre «a son propre réservoir-de semence, dont il y. en a deux « qu'on peut nommer parastates, qui sont comme des glandes

. « blanches, chacune de la longueur, de la grosseur et de la

La femelle porte ses petits trois ou quatre mois, | | « parties naturelles ; elles sont toujours remplies d'un suc lai-

et si, lorsqu'elle a mis bas, le temps des gran-

des chaleurs n’est pas encore passé, elle s’ac-

couple de nouveau et produit deux fois dans la même année.

Les anciens, trop amis du merveilleux, ont écrit que , lors ‘46 l’accouplement, le mâlé faisait entrer sa tête dans la gueule de la femelle ; que c'était ainsi qu'il la fécondait; que la femelle, bien loin de lui rendre caresse pour caresse , même où elle devenait mère serpents, éclos: dans le “he de la vipère, déchiraient ses flancs pour en sortir; que par là ils vengeaient, pour ainsi dire, 4 mort de léur père, ete.*. Nous n'avons pas besoin de réfuter ces opinions extraordinaires; les vipères communes viennent au jour et s’accouplent comme LE autres vipères *; maïs les anciens ,

4 « Vipéra mas ET inserit in os, quod illa abrodit volup- « tatis dulcedine... Eadem tertià die intrà uterum catulos ex- « cludit : deindè singulos singulis diebus parit, viginti ferè «numero. Itaque cæteri tarditatis impatientes, perrurmpunt « latera occisâ parente, » Pline, 1. 40.

? « Le mâle a deux testicules qui sont de forme longe, ar- « roudie et un peu aplatie dans sa longueur : ils vont aussi un « peu en pointe vers leurs deux bouts; leur couleur est blanche «et leur substance glanduleuse; leur longueur est inégale, car « le droit a plus d'un pouce de long, mais le gauche est plus « court et un peu moindre en grosseur: l'un et l'autre nesont s pas plus gros que le tuyau d'une plume de l' aile d'un gros « chapon. Leur situation est différente, car le droitcommence «proche et au-dessous du fiel, au lieu que le gauche com- « mence environ huit lignes Re bas que le droit. Ils sont «tous deux suspendus en léur partie supérieure, par deux

« forme d'un grain de semence de chardon bénit. Ces glan- « des sônt situées de long en long au-dessous etentre les deux

« teux ét tout. semblable à celui des vaisseaux spermatiques « que nous venons de décrire ; et pour fournir. à l'éjaculation,

«lors du coït, elles transmettent la semence qu'elles contien-

« nent dans les canaux éjaculatoires des deux parties natu-

!.« relles qui leur sont voisines. : 2"

« Je puis dire là-dessus que ceux qui ont pris ces deux ré- « servoirs de semence pour d’autres lesticules, se ‘sont bien

: « trompés dans l'opinion qu'ils avaient. qu'y ayant’ deux par-

«ties naturelles, il y devait aussi avoir, pour chacun , deux « testicules : mais leur substance étant tout à fait différente « dés véritahles testicules que nous avons décrits, etleur fonc-

| «tion étant de recevoir et non de. former, nous’ ne jes COn-

lui-coupait la tête dans le moment |.

; que les jeunes

« naissons que pour parastates, qui reçoivent peu à peu la se- « mence qu? les testicules leur envoient, qu'ils réservent et « qu'ils tiennent toute prête pour le temps du coït et pour « faire, dans un moment-et à propos, ce que les vaisseaux

:« spermatiques ne sauraient éxétuler sitôt-ni si bien, à cause

«de leur longueur ét de leur entortillément EE y

« Le mâle a deux parties naturelles toutes pareilles, qui, « étant attachées, sont chacune de là longueur de la queue de « l'animal ; leur.naissance vient de l'extrémité de la queue, « sous laquelle elles sont situées de. long en long, l'uné près de « l'autre; elles vont en grossissant, de même que la queue, au «commencement de laquelle elles finissent ;-et'elles ont leur

| « issue auprès ét à-côté l’une de l'autre, et tout joignant l'ou-

« verture de l'intestin , qui fait en spéliie sorte leur kel

« tion. : < « Chacune de ces partiés est ébmpdiée de deux corps longs «et caverneux situés ensemble l'un contre l'autre, etquise

«joignent vers leur sommité en un même corps, : qui se”

« trouve environné de son prépuce, et.qui a ses muscles érec- « teurs, conformément à ceux de plusieurs animaux. Ces par- «tices sont remplies par de‘lans de plusieurs aiguillons fort

*« blancs, fort durs, fort pointus'et piquants, qui y sont plan-

ctés, et qui ont leur pointe diversement tournée, dont la : « grandeur et la grosseur se rapportent à l'endroit de la par- « tie naturelle où ils sont situés, en-sorte qué comme Jasom- «mité est plus grande et plus grosse , ses ‘aiguillons le sont « aussi, et ils ne s'avancent et ne paraissént que lorsque le « prépuce qui les couvre s’abaisse, qui est J0rsque l'animal se « dispose pour le coït, d “

DES SERPENTS

ou des chservations exagérées, pour des lois générales, et d’ailleurs il semble qu'ils avaient quelque plaisir à croire que la naissance d’une génération d'animaux aussi redoutés que la vipère ne pouvait avoir lieu que par l'extinction de la génération précédente.

Les œufs de la vipère commune sont distribués en deux paquets ; celui qui est à droite est

« Ces parties naturelles sont d'ordinaire cachées, et elles ne « s'euflent et nesortent que pour le coît, si ce n'est qu'ayant « pris l'animal, on les fasse sortir par force en les pressant ; car « alors on les voit sortir toutes deux également, chacune en- « viron de la grosseur d'un noyau de datte et des deux tiers « de sa longueur, et leur sommité se trouve toute couverte et « toute environnée de ces aiguillons, comme la peau d'un hé- « risson, et ces aiguillons se retirent et se cachent sous ie pré- « puce, lorsqu'on cesse de les presser.

« L'issue de ces deux parties est environnée d'un muscle « bien fort et bien épais, auquel la peau est fortement atta- « chée, en sorte qu'il est fort difficile de l'en séparer; le « même muscle sert aussi à ouvrir et à resscrrer l'intestin.

« La vipère femelle a deux testicules, de même que le mâle, « ils sont toutefois plus longs et plus gros, mais de la même « forme. Ils sont situés aux côtés et proche du fond des deux « corps de la matrice, et le droit est plus haut que le gauche, « de même qu'aux mâles ; leur substance et leur couleur sont « aussi fort semblables : le droit a environ un pouce et demi « de long et deux lignes et demie de large, le gauche a quel- « que chose de moins; ils ont leur épididyme et leurs vais- « seaux spermatiques, qui portent la semence dans les deux « corps de la matrice, et qui sont bien plus courts que ceux « des mâles. Je dirai néanmoins que ces testicuies ne parais- « sent pas toujours tels en toutes les femelles, surtout en « celles qui sont amaigries, ou par maladie, ou pour avoir été « longtemps gardées, car leurs testicules s'accourcissent, se « rétrécissent et se dessèchent, de même qu'en celles qui ont « leurs œufs déjà grands ; ayant remarqué qu'en celles-ci, les « testicules sont fort raccourcis et fort desséchés , et même « qu'ils sont descendus plus bas, quoique le droit se trouve s toujours plus haut que le gauche. ’

« La matrice commence par un Corps assez épais, qui est « composé de deux fortes tuniques , et qui, étant situé au- « dessus de l'intestin, a au même lieu, son orifice, qui est « large, et qui se dilate aisément, pour recevoir tout à la fois, « par une même ouverture, les deux parties naturelles du « mâle dans le coït. Ce corps est environ de la grandeur de « l'ongle d'un doigt médiocre, et il se divise, fort près de son « commencement, en deux petites poches ouvertes au fond, « et que la nature a formées pour recevoir et pour embrasser « les deux membres du mâle dans le coît. Leur tunique inté- « rieure est pleine de rugosités et est fort dure, de même que « celle de tout le corps dont nous avons parlé...

« La matrice commence par ces deux petites poches à se « diviser en deux corps qui montent, chacun de leur côté, le « long des reins, et entre eux et les intestins, jusque vers le « fond de l'estomac, où ils sont suspendus par des ligaments « qui viensent d'auprès du foie , étant aussi soutenus, d'es- « pace en espace, par divers petits ligaments qui viennent de « l'épine du dos. Ces deux corps sont composés de deux tuni- « ques molles, minces et transparentes, qui sont l'une dans « l’autre; leur commencement est au fond de ces deux petites « poches qui embrassent les deux membres du mâle, dont ils « recoivent la semence, chacun de leur côté, pour en former « des œufs, et ensuite des vipereaux, par la jonction de leur « propre semence que les testicules y envoient. Ces deux « corps de matrice sont fort aisés à se dilater, pour contenir + un grand nombre de vipereaux jusqu’à leur perfection, » Mém. pour servir à l'hist, nat, des animaux, t. IF, p. 650et s.

ES

tles communément le plus considérable ; et chacun de ces paquets est renfermé dans une membrane qui sert comme d’ovaire ; le nombre de ces œufs varie beaucoup suivant les individus, depuis douze ou treize jusqu'à vingt ou vingtcinq, et l’on a comparé leur grosseur à celle des œufs de merle.

Le vipereau est replié dans l’œuf ; il y preua de la nourriture par une espèce d’arrière-faix attaché à son nombril, et dont il n’est pas encore délivré lorsqu'il a percé sa coque ainsi que la tunique qui renferme les œufs, et qu'il est venu à la lumière. Il entraine avec lui cet arrière-faix, et ce n’est que par les soins de la vipère-mère qu’il en est débarrassé.

On a prétendu que les vipereaux n'étaient abandonnés par leur mère que lorsqu'ils étaient parvenus à une grandeur un peu considérable, et qu’ils avaient acquis assez de force pour se défendre. L'on ne s'est pas contenté d’un fait aussi extraordinaire dans l’histoire des serpents; on a ajouté que, lorsqu'ils étaient effrayés, ils allaient chercher un asile dans l'endroit même où leur mère recélait son arme empoisonnée; que, sans craindre ses crochets venimeux , ils entraient dans sa bouche, se réfugiaient jusque dans son ventre, qui s'étendait et se gonflait pour les recevoir, et que lorsque le danger était passé, ils ressortaient par la gueule de leur mère. Nous n'avons pas besoin de réfuter ce conte ridicule, et s'il a jamais pu paraitre fondé sur quelque observation, si l’on a jamais vu des vipereaux effrayés se précipiter dans la gueule d'une vipère, ils y auront été engloutis comme une proie, et non pas reçus comme dans un endroit de sûreté ; l’on aura eu seulement une preuve de plus de la voracité des vipères, qui, en effet, se nourrissent souvent de petits lézards, de petites couleuvres, et quelquefois même de vipereaux auxquels elles viennent de donner le jour. Mais quelles habitudes peuvent être plus éloignées de l'espèce de tendresse et des soins maternels qu’on a voulu leur attribuer ?

La vipère commune se trouve dans presque toutes les contrées de l’ancien continent; on la rencontre aux grandes Indes, où elle ne présente que de légères variétés ; et non-seulement elle habite dans toutes les contrées chaudes de l’ancien monde, mais elle y supporte assez facilement les températures les plus froides, puisqu’elle est assez commune en Suède, où sa morsure est presque aussi dangereuse que dans les

998 | autres pays de l’Europe. Elle habite aussi la Russie et plusieurs contrées de la Sibérie; elle s'y est même d'autant plus multipliée, que, pendant longtemps, la superstition a empêché

qu’on ne cherchât à l’y détruire ‘. Et comme |

les qualités vénéneuses s’accroissent ou s’affaiblissent à mesure que la chaleur augmente ou diminue, on peut croire que les humeurs de la vipère sont bien propres à acquérir cette espèce d'exaltation qui produit ses propriétés funestes, puisque sa morsure est dangereuse même dans les contrées très-septentrionales. C’est peut-être à cette cause qu’il faut rapporter l’activité de ses sucs, que la médecine a souvent employés avec succès ; peu d'animaux fournissent même des remèdes aussi vantés, contre autant d’espèces de maladies : les modernes en font autant d'usage que les anciens, ils se servent de toutes les parties de son corps, excepté de celles de la tête qui peuvent être imprégnées de poison ; ils emploient son cœur, son foie, sa graisse; on a cru cette graisse utile dans les maladies de la peau, pour effacer les rides, pour embellir le teint; et de tous les avantages que l’on retire des préparations de la vipère, ce ne serait peutêtre pas celui que la classe la plus aimable de nos lecteurs estimerait le moins. Au reste, comme des effets opposés dépendent souvent de la même cause, lorsqu'elle agit dans des circonstances différentes, il ne serait pas surprenant que les mêmes sucs actifs qui produisent, dans les vésicules de la tête de la vipère, le venin qui la fait redouter, donnassent au sang et aux humeurs de ceux qui s’en nourrissent, assez de force pour expulser les poisons dont ils ont été infectés, ainsi que l’on prétend qu’on l’a éprouvé plusieurs fois.

On ignore quel degré de température les vipères communes peuvent supporter sans s’engourdir ; mais, tout égal d’ailleurs, elles doivent tomber dans une torpeur plus grande que plusieurs espèces de serpents, ces derniers se renfermant, pendant l’hiver, dans des trous souterrains, et cherchant, dans ces asiles cachés, une température plus douce, tandis que

{ « On porte un respect singulier aux vipères en Russie et « en Sibérie, et on les épargne soigneusement , parce qu'on « croit que, si on fait du mal à cette espèce de rep iles, ils se « vengeront d'une manière terrible. On raconte, à ce sujet, « bien des aventures où l'on ne voit qu'une superstition ridi- « cule; il y a cependant aujourd'hui des gens qui en ont se- «coué le joug, et j'ai vu, dit M. Gmelin, un soldat qui tua

«quinze vipères en un jour. » Hist. gén. des Voyages, éd, in-12, t. LXXI, p. 268.

{ les vipères ne se mettent communément à J’abri que sous des tas de pierres et dans des trous de murailles, où le froid peut pénétrer plus aisément.

Quelque chaleur qu’elles éprouvent, elles rampent toujours lentement, elles ne se jettent communément que sur les petits animaux dont elles font leur nourriture; elles n’attaquent point l’homme ni les gros animaux; mais cependant lorsqu'on les blesse, ou seulement lorsqu’on les agace et qu’on les irrite, elles deviennent furieuses et font alors des morsures assez profondes. Leurs vertèbres sont articulées de manière qu’elles ne peuvent pas se relever et s’entortiller dans tous les sens aussi aisément que la plupart des serpents, quoiqu’elles renversent et retournent facilement leur tête. Cette conformation les rend plus aisées à prendre ; les uns les saisissent au cou à l’aide d’une branche fourchue , et les enlèvent ensuite par la queue pour les faire tomber dans un sac, dans lequel ils les emportent ; d’autres appuient l’extrémité d’un bâton sur la tête de la vipère, et la serrent fortement au cou avec la main; l’animal fait des efforts inutiles pour se défendre, et tandis qu’il tient sa gueule béante, on lui coupe facilement, avec des ciseaux, ses dents venimeuses ; ou bien, comme ses dents sont recourbées et tournées vers le gosier, on les fait tomber avec une lame de canif que l’on passe entre ces crochets et les mâchoires, en allant vers le museau : l'animal est alors hors d’état de nuire, et on peut le manier impunément. Il y a même des chasseurs de vipères assez hardis pour les saisir brusquement au cou, ou pour les prendre rapidement par la queue; de quelque force que jouisse l’animal, il ne peut pas se redresser et se replier assez pour blesser la main avec laquelle on le tiént suspendu.

L'on ignore quelle est la durée de la vie des vipères; mais comme ces animaux n’ont acquis leur entier accroissement qu'après six ou sept ans, on doit conjecturer qu'ils vivent, en général, d'autant plus de temps, que leur vie est, pour ainsi dire, très-tenace, et qu’ils résistent aux blessures et aux coups beaucoup plus peut-être qu’un grand nombre d’autres serpents. Plusieurs parties de leur corps, tant intérieures qu’extérieures, se meuvent en effet, et, pour ainsi dire, exercent encore leurs fonctions lorsqu’elles sont séparées de l'animal. Le cœur des vipères palpite longtemps après avoir été arra-

DES SERPENTS

ché, et les muscles de leurs mâchoires ont encore la faculté d'ouvrir la gueule et de la refermer, lorsque cependant la tête ne tient plus au corps depuis quelque temps ?. On prétend même que ces muscles peuvent exercer cette faculté avec assez de force pour exprimer le venin de Ja vipère , serrer fortement la main de ceux qui manient la tête , faire pénétrer jusqu’à leur sang le poison de l’animal ; et, comme, lorsqu'on coupe la tête à des vipères pour les employer en médecine, on la jette ordinairement dans le feu , on assure que plusieurs personnes ont été mordues par cette tête, perdue dans les cendres, même quelques heures après sa séparation du tronc, et qu’elles ont éprouvé des accidents très-graves ?.

Il est d’ailleurs assez difficite d'étouffer lavipère commune; quoiqu'’elle n’aille pas naturellement dans l’eau, elle peut y vivre quelques heures sans périr; lors même qu’on la plonge dans de l’esprit-de-vin , elle y vit trois ou quatre heures et peut-être davantage, et non-seulement son mouvement vital n’est pas alors tout à fait suspendu, mais elle doit jouir encore de la plus grande partie de ses facultés, puisqu'on a vu des vipères que l’on avait renfermées dans un vase plein d’esprit-de-vin s’y attaquer les unes les autres et s’y mordre trois ou quatre heures après y avoir été plongées. Mais , malgré cette force avec laquelle elles résistent,

1 « L'on voit que les esprits demeurent encore plusieurs « heures dans la tête et dans toutes les parties du tronc, après « qu'il a été écorché, vidé de toutes ses entrailles, et coupé « en plusieurs morceaux ; ce qui fait que le mouvement et le « fléchissement y continuent fort longtemps, que la tête est « en état de mordre, et que sa morsure est aussi dangereuse « que lorsque là vipère était tout entière; et que le cœur « même, quand il estarraché du corps et séparé des autres « entrailles, conserve son battement pendant quelques heu- « res. » Description anatomique de la vipère, à l'endroit déjà cité. 4 |

2 Plusieurs personnes, maniant imprademment des vipères, tant communes que d'autres espèces, desséchées ou conservées dans l'esprit-de-vin, se sont blessées à leurs crochets, encore remplis de venin , très-longtemps et même plusieurs années après la mort de l'animal; le venin, dissous par le sang sorti de la blessure, s'est échappé par le trou de la dent, a pénétré dans la plaie et a donné la mort. « Le venin de la « vipère, dit M. l'abbé Fontana, se conserve pendant des an- « nées dans la cavité de sa dent, sans perdre de sa couleur ni « de sa transparence; si on met alors dans de l’ean tiède cette « dent, il se dissout très-promptement, et se trouve encore « en état de tuer les animaux; car d'ailleurs le venin de la vi- « père , séché et mis en poudre, conserve, pendant plusieurs « mois, son activité, ainsi que je l'ai éprouvé plusieurs fois « d'après Rédi; il suffit qu'il soit porté, comme à l'ordinaire, « dans le sang, par quelque blessure; mais il ne faut cepen- « dant pas qu'il ait été gardé trop longtemps : je l'ai vu sou- « vent sans effet au bout de dix mois. » M. l'abbé Fontana, t.4, p. 52.

pendant plus ou moins de temps, aux effets des fluides dans lesquels on les enfonce, ainsi qu'aux blessures et aux amputations , il paraît que le tabac et l’huile essentielle de cette plante leur donnent la mort, ainsi qu’à plusieurs autres serpents. L'huile du laurier-cerise leur est aussi très-funeste , lors même qu’on ne fait que l'appliquer sur leurs muscles mis à découvert par des blessures !.

LA VIPÈRE CHERSEA ?.

Pelias Berus, var. 8, Merr.; Col. Chersea, Linn., Gmel., Lacep., Latr.; Vipera Chersea, Daud., Fitz. ‘.

Ce serpent a d’assez grands rapports avec la vipère commune, que nous venons de décrire :

il habite également l’Europe, mais il paraît qu’on le trouve principalement dans les contrées septentrionales; il y est répandu jusqu’en Suède , où il est même très-venimeux. M. Wulf l’a observé en Prusse. Cette vipère a communément au-dessous du corps cent cinquante plaques très-longues, et trente-quatre paires de petites plaques au-dessous de la queue. Les écailles dont son dos est garni sont relevées par une petite arête longitudinale; sa couleur est d’un gris d’acier : on voit une tache noire en forme de cœur sur le sommet de sa tête, qui est blanchâtre , et sur son dos règne une bande formée par une suite de taches noires et rondes qui se touchent en plusieurs endroits du corps. Elle se tient ordinairement dans les lieux garnis de brossailles ou d’arbres touffus ; on la redoute beaucoup aux environs d’Upsal. M. Linnée ayant rencontré , dans un de ses voyages, en diverses parties de la Suède, une femme qui venait d’être mordue par une chersea, lui fit prendre de l’huile d'olive à la dose prescrite contre la morsure de la vipère noire, mais ce remède fut inutile, et la femme mourut. On trouvera dans la note suivante * les divers au-

4 M. l'abbé Fontana, t. II, p. 532.

? Æsping, en Suède. — Act. Stockh. 1749, p. 246, (ab. 6. — Aspis colore ferrugineo. Aldr. Serp. 197. — C. Chersea. Wuilf, Ichthyologia cum amphibiis regai Borussici. — Coluber Chersea. Laur. Spec. med. , p. 97.

5 Ce reptile est considéré, par les erpétologistes modernes, comme une simple variété de la vipère commune. D.

4« La vipère Æsping est très-venimeuse , et l'huile ne « suffit pas pour en arrêter l'effet; les racines du mongos, du « mogori , du polygala seneka, guériraient sans doute en ce « cas; mais elles sont extrêmement rares en Europe, et il « faut des remèdes faciles et peu chers dans les Campagnes , « où ces accidents arrivent toujours,

tres remèdes auxquels on à eu recours en préférer l'opinion de M. Linnée, qui le regarde Suède contre le venin de la chersea, que l’on y ! comme contenant un poison très-dangereux.

nomme Æsping.

Page 1