‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 24 sur 470 · LA BALEINE FRANCHE · texte numérisé non relu

LA BALEINE FRANCHE

Balæna Mysticetus, Linn., Bonn., Cuv.

En iraitant de la baleine, nous ne voulons parler qu'à la raison; et cependant l’imagination sera émue par l’immensité des objets que nous exposerons.

Nous aurons sous les yeux le plus grand des animaux. La masse et la vitesse concourent à sa force : l’océan lui a été donné pour empire; et, en le créant, la nature paraît avoir épuisé sa puissance merveilleuse.

Nous deyons, en effet, rejeter parmi les fables l’existence de ce monstre hyperboréen, de ce redoutable habitant des mers, que des pécheurs effrayés ont nommé Xraken, et qui, long de plusieurs milliers de mètres, étendu comme un banc de sable , semblable à un amas de roches , colorant l’eau salée , attirant sa proie par le liquide abondant que répandaient ses pores,

1. Voyez à la tête de ce volume, le Tableau des ordres, genres et espèces de cétacées.!

? Baleine de grande baie. — Whalffisch, par les Allemands. — Æ#hallvisch, par les Hollandais, — Slichteback, par les Danois, — Sarndhual, idem. — Hvalfisk, par les Suédois. — Hvafisk, parles Norwégiens. — Sielback , idem. — Vatushalr, par les Islandais. — A4rbek, par les Groen-

andais. — Arbavirksoak, idem. — /hale,, par les Anglais.

— V'allena, par les Espagnols. — Tkakæ, par les Hottén-

Mots. — Serbio, par les Japonais. — Baleine franche. Bon-

naterre , planches de l'Encycl. méth.— Jdem ; R. R. Castel, édit. de Bloch. — Fauna Suecic., 49. — Balæna naribus fleæuosis, etc. Artedi, gen. 76, spec. 106 , syn. 106. — Balæna major, laminäs cornéäs in superiore maxillà habens, fistulà donatà , bipinnis. Sibbald. — 74, vel balæna vulgaris edentula , dorso non pinnato. Raï p. 6 et 16. — Baleine vulgare. Rondelet, Hist. des poissous , première partie, liv. 16, Chap. 7 ( a de Lyon, 1558). —#Balæna vulgà dicta, sive

Mysticetus.Aristotelis, Musculus Plinii. Gessner, page (14. — Balæna vulgis Aldrovand. Cét., cap. 3, pag. 688, t, 732. — Id. Johnston, pag. 216. — Balæna vulyaris. Charleton, pag. 167. — Balæna. Schoneveld, pag. 24.—Balæna Rond. Willughby, pag. 35. — Balæna Spitzbeïgensis. Martens, Spitzb., pag. 98, tab. O , fig. a, b. — Balæna vulgù dicta, et Musculus mysticetos, etc. Gessner, Aquat., pag. 132, et (germ.) fol. 99, b. — Balæna Groenlandica. Mus. Ad. Frider., 4, pag. 51. — Balæna dorso impinni, fistulé in medio capite, etc. Gronoôv. Zooph. 139. — Balæna (vulgaris ; ‘Groenlandira) b'winnis, etc. Brisson, Regn. anim., pag. 347, n04.— Balæna vera Zorgdrageri. Klein, Miss, pisC.2, pag. 11: — Balæna vulgi. Mus. Wortni., pag. 281. — Hvalfisk. Eggedde, Groenl., pag. 48, — Der rechte Groenlandische walfisch. Anderson , Isl., pag. 212. — Baleine franche. Valmont-Bomäre, Dict. d'hist. naturelle.

s’agitant en polype gigantesque, et relevant des bras nombreux comme autant de mâts démesurés , agissait de même qu’un volcan sous-marin, et entr’ouvrait,‘disait-on, son large dos pour engloutir, ainsi que dans un abime , des jésion de poissons et de mollusques.

Mais à la place de cette chimère, la baleine franche montre sur la surface des mers son énorme volume. Lorsque le temps ng manque pas à son développement, ses dimensions étonnent. On ne peut guère douter qu’on ne l’ait vue, à certaines époques et dans certainessmers , longue de près de cent mètres ; et dès lors, pour avoir une idée distincte de sa grandeur , nous ne devons plus la comparer avec les plus colossaux des animaux terrestres. L’hippopotame, le rhinocéros , l’éléphant, ne peuvent pas nous servir de terme de comparaison. Nous ne trouvons pas non plus cette mesure dans ces arbres antiques dont nous admirons les cimes élevées : cette échelle est encore trop courte. IL faut que nous ayons recours à ces flèches élancées dansles airs, au-dessus de quelques temples gothiques ; ou plutôtil faut que nous comparions la longueur de la baleine entièrement développée à la hauteur de ces monts qui forment les rives de tant defleuves, lorsqu'ils ne coulent plus qu’à une pe- - tite distance de l'océan, et particulièrement à celle des montagnes qui bordent les rivages de la Seine. En vain, par exemple. placerions-nous par la pensée une grande baleine auprès d’une des tours du principal temple de Paris; en vain la dresserlons-nous contre ce monument , un tiers de l’animal s’élèverait au-dessus du sommet de la tour.

Longtemps ce géant des géants a exercé sur son vaste empire une domination non combattue.

Sans rival redoutable, sans besoins difficiles à satisfaire, sans appétits cruels, il régnait paisiblement sur la surface des mers dont les vents ne bouleversaient pas les flots, ou trouvait aisément , dans des baies entourées de rivages escarpés, un abri sûr contre les fureurs des tempêtes.

Mais le pouvoir de l’homme a tout changé pour la baleine. Part de la navigation a détruit la sécurité, diminué le domaine, altéré la destinée du plus grand des animaux. L'homme a su lui opposer un volume égal au sien, une force égale à la sienne. Il a construit, pour ainsi dire, une montagne flottante ; il l’a animée, en quel-

que sorte, par son génie; il lui a donné la résistance des bois les plus compactes ; il lui a imprimé la vitesse des vents, qu’il a su maitriser par ses voiles ; et, la conduisant contre le colosse de l’océan , il l’a contraint à fuir jusque vers les extrémités du monde.

C’est malgré lui néanmoins que l’homme a ainsi relégué la baleine. Il ne l’a pas attaquée pour l’éloigner de sa demeure ; comme il en a écarté le tigre, le condor, le crocodile, et le serpent devin : il l’a combattue pour la conquérir. Mais pour la vaincre il ne s’est pas contenté d'entreprises isolées et de combats partiels : il a médité de grands préparatifs , réuni de grands moyens, concerté de grands mouvements, combiné de grandes manœuvres; il a fait à la baleine une véritable guerre navale; et la poursuivant avec ses flottes jusqu’au milieu des glaces polaires , il a ensanglanté cet empire du froid , comme il avait ensanglanté le reste de la terre; et les cris du carnage ont retenti dans ces montagnes flottantes , dans ces solitudes profondes, dans ces asiles redoutabies des brumes, du silence et de la nuit. |

Cependant, avant de décrire ces terribles expéditions, connaissons mieux cette énorme baleine. |

Les individus de cette espèce, que l’on rencontre à une assez grande distance du pôle arctique , ont depuis vingt jusqu’à quarante mètres de longueur. Leur circonférence , dans l’endroit le plus gros de leur tête, de leur corps ou de leur queue , n’est pas toujours dans la même proportion avec leur longueur totale. La plus grande circonférence surpassait en effet la moitié de la longueur dans un individu de seize mètres de long; elle n’égalait pas cette même longueur totale dans d’autres individus longs de plus de trente mètres.

Le poids total de ces derniers individus surpassait cent cinquante mille kilogrammes.

On a écrit que les femelles étaient plus grosses que les mâles. Cette différence , que Buffon a fait observer dans les oiseaux de proie, et que nous avons indiquée pour le plus grand nombre de poissons , lesquels viennent d’un œuf, comme les oiseaux, serait remarquable dans des animaux qui ont des mamelles, et qui mettent au jour des petits tout formés.

Quoi qu’il en soit de cette supériorité de la baleine femelle sur la baleine mâle , l’une et l’autre, vues de loin, paraissent une masse in-

ire

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