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Publié par Furne, à Paris,
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DES BALEINES
forme. On dirait que tout ce qui s'éloigne des autres êtres par un attribut très-frappant, tel que celui de la grandeur, s’en écarte aussi par
le plus grand nombre de ses autres propriétés 5 et l’on croirait que lorsque la nature faconne
plus de matière, produit un plus grand volume, anime des organes plus étendus, elle est forcée, pour ainsi dire, d'employer des précautions particulières, de réunir des proportions peu communes, de fortifier les ressorts en les rapprochant, de consolider l’ensemble par la juxtaposition d’un très-grand nombre de parties , et d’exclure ainsi ces rapports entre lesdimensions, i que nous considérons comme les éiéments de la “beautédes formes, pare 3) que nous les trouvons ‘dans les objets les plus analogues à à nos sens , à nos qualités, à nos modifications et avec rs quels nous communiquons le plus. fréquemment.
+ s’approchant néanmoins de cette masse informe, x Où la voit en | quelque sorte se changer
en un tout mieux ordonné. On peut comparer ce gisantesqu ensemble à une espèce de cylindre immense et irrégulier, dont le diamètre est égal. ou à peu près, au tiers de la longueur.
. La tête forme la partie antérieure de ce cylindre démesuré;sson volume égale le quaft et quelquefoisle tiers total du volumedela baleine. ElleréSt convexe par-dessus, de manière à re- “ri une portion d’une large sphère. Vers 1e milieu de cette grande voûte et un peu sur le derrière s’élève une bosse, sur laquelle sont placés les orifices des deux events.
On donne ce nom d'éven/s à deux canaux qui partent du fond de la bouche , parcourent obliquement, et en se courbant, l'intérieur de la tête, et aboutissent vers le. PR de sa partie
supérieure. Le diamètre de leur orifice extérieur
est ordinairement le centième, ou énviron, de la longueur totale de l'individu.
Ils servent à rejeter l’eau qui pénètré dans l’intérieur de la gueule de la baleine franche, où à introduire jusqu’à son larynx, et par conséquent jusqu’à ses, poumons , l’air nécessaire à la respiration de ce cétacée, lorsque ce grand mammifère nage à la nee de là mer, mais que sa tête est assez enfoncée dans l’eau pour qu’il ne puisse aspirer l'air par la bouche, sans aspirer en mème temps une trop grande quantité de flui jaqueux.
La baleine fait sortir par ces événts un assez grand volüme d’eau pour qu'un canot puisse
une distance de plus de deux mille mètres :
en être bientôt rempli. Elle lance ce fluide avec tant de rapidité, particulièrement quand elle est animée par des affections vives, tourmentée par des blessures et irritée par Ja Hot ,; que lé bruit de l’eau qui s’élève et.retombe en colonnes ou se disperse en gouttés. effraie presque tous Ceux qui l’entendent pour là prémière
“fois , et peut retentir fort loin, si la mer est très-
calme. On ascomparé ce bruit , ainsi quecelui que produit l'aspiration de‘la pce au bruissement sourd et terrible d’un orageéloigné: On à écrit qu’on le distinguait d’aussi loin que le coup d’un gros caiôn. On. a prétendu d’ailleurs
que cette aspiration de Pair atmosphérique et ce double jet: d’eau communiquaient à la surface de la mer un mouvement que l’on apercevait à et comment ces effets serdientsils surprenants, s’il est vrai, comme on la assuré; que la baleine franche fait monter l’eau qui jaillit de ses évents
jusqu’à plus: de treize mètres de hauteur ?
Il parait que cette baleine. a, recu un organe particulier pour lancer âinsi l’eau au-dessus de sa tête. On sait du:moins que d’autres cétacées présentent cet organe, dont on peut voir la des-
eription dans les Leçons d'anatomie comparée
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de notre savant collègue M. Cuvier (tome IE, page 672); et il existe vraisemblablement das tous les cétacées, avec quelques modifications relatives à leur genretet à leur espèce.
Cet organe consiste dans deux poches grandes et membranéuses..formées d’une peau noirâtre et muqueusé, He lorsqu'elles sont vides, ovoides lorsqu'elles sont gonflées. Ces deux so ches sont couchées sous la peau, au-devant des éveñits’, avec là partie supérieure desquels elles coiiiiquent, Des fibres charnues très-fortes partéñt de ia circonférence du crâne, $e réunissent au-dessus de ces poches ou es et les compriment violemment à la volonté Fe ur mal.
Lors donc que le cétacée veut faire ji une certaine quantité d’eau contenue dans sa bou= che, il donne à sa langue et à ses mâchoires le. mouvement nécessaire pour avaler cette eau :
mais comme il ferme en même temps son pharynx, il force ce fluide à remonter dans les évents ; il lui imprime un mouvement assez rapide pour que cette eau très-pressée soulève une valvule charnue* placée dans l’évent vers son extrémité supérieure, et au-dessous des poches : l’eau pénètre dans les poches ; la valvule
se referme; l'animal comprime. ses bourses ; ; l'eau en du avec violence; la valvule, qui ne peut s'ouvrir que de bas en haut, résiste à son
effort, et ce liquide, au lieu de rent dans la:
batch sort par l’orifice supérieur de l'évent,
ets réèvé dans l'air à-une hauteur VEN
née à la force dela compression des bourses.
L'ouverture de la bouche de la baleïne fran-
che est très-sgrande; elle se prolonge jusqu’au-
dessous des orifices supérieurs des évents ; elle s'étend même vers la base de la nageoire pectorale ; qu’elle va presque jusqu'à l'épaule. Si l’on regarde l'animal par côté, on voit le bord supérieur et le bord mférieer de cette ouvertur e présenter, depuis le bout du museau jusqu’auprès de l'œil, lettre S placée horizontalement.
Les deux mâchoires sont à peu près aussi avancées l’une que l’autre. Celle de dessous est très-large, surtout vers le milieu de sa longueur.
L'intérieur de la gueule est si vaste dans la baleine franche, que dans un individu de cette espèce , qui n’était encore parvenu qu'à vingt
Somme. Ja capacité de là bouche était assez grande pour que deux hommes aient pu y entrer sans se baisser !. |
La langue est molle, spongieuse, arrondie par-devant , blanche , tachetée de noir sur les côtés , adhérente à la mâchoire inférieure , mais susceptible de quelques mouvements. Sa longueur surpasse souvent neuf mètres ; sa largeur est de trois ou quatre. Elle peut donner plus de six tonneaux d'huile; et Duhamel assure que lorsqu'elle est salée, “elle peut être FEEREMRRE comme un mets déNedt,
La baleine franche n’a pas de dents ; mais tout le dessous de la mâchoire supérieure , ou , pour mieux dire, toute la voûte du palais est . garnie de lames que l’on désigne sous le nom de fanons. Donnons une idée nette de leur contexture, de leur forme, de leur grandeur , de leur couleur , de leur position, de leur nombre, de leur mobilité, de leur développement, de l'usage auquel la nature les a destinés, et de ceux auxquels l’art a su les faire servir.
4 Mémoires envoyés au savant et respectable Duhamel du Monceau.
et l’on pourrait dire par conséquent
une courbe tres-semblable à la
La surface d’un fanon est unie, polie, et sem: blable à celle de la corne. Il est composé de poils , ou plutôt de crins , placés à côté les uns des autres dans le sens de sa longueur, trèsrapprochés, réunis et comme collés par une substance gélatineuse , qui, lorsqu’elle est sèche, lui donne presque toutes les qualités de la
corne, dont il a l'apparence.
Chacun de ces fanons est d’ailleurs trèsaplati , allongé, et très-semblable, parsa forme générale, à la lame d’une faux. Il se courbe un peu dans sa longueur comme cette lame, diminue graduellement de hauteur et d’épaisseur, se termine en pointe, et montre sur son bord inférieur ou concayé un tranchant analogue à celui de la faux. Ce bord concave ou inférieur est garni, pr esque, depuis son origine jusqu’à la pointe du fanon, de crins qu'aucune substance vélat use ne ere et qui représentent , le “long de ce bord tranchant et aminei, une Pts de frange d'autant plus longue et. d'autant plus touffue, qu’elle est plus pi près de la pointe ou de l’extrémité du fanon. ;
La couleur de cette lame cornée est ordinairement noire, et marbrée de nuances: moins
quatre mètres de longueur, et qui fut pris en | foncées ; mais le fanon est souvent caché sous.
1726, au cap de Hourdel, dans la baie de Ja
une espèce d’épiderme dont. os teinte est grisâtre.
Maintenant disons comment les fanons sont placés. S > Le palais présente un os qui s'étend depuis le bout du museau jusqu’à l’entrée du gosier. Cet os est recouvert d’une substance blanche et ferme, à laquelle on a donné le nom de gencive de la buleine. C’est le long et de chaque côté de cet os que les fanons sont distribués et situés transversalèement.
En se supposant dans l'intérieur d’une baleine franche, on voit done au-dessus de sa tête deux rangées de lames parallèles et transversäles. Ces lames, presque verticales, ne sont que très-faiblement inclinées en arrière, Le bout de chaque fanon, opposé à sa pointe, entre dans la gencive, la traverse, et pénètre jusqu’à l’os buste a Le bord colis de la lame s'applique contre le palais , s’insère même dans sa substance. Les franges de crin attachées au bord concave de chaque fanon font paraître le palais comme hérissé de poils trèsoros et très-durs ; et sortant vers la pointe de chaque lame at-delé des lèvres, elles forment le long de ces lèvres uneautre fa extérieure,
ou une sorte de barbe , qui a fait donner le nom de burbes aux fanons des baleines.
Le palais étant un peu ovale, il est évident que les lames transversales sont d'autant plus longues , qu’elles sont situées plus près du plus grand diamètre transversal de cet ovale, lequel
se trouve vers le milieu de [a longueur du pa-
lais. Les fanons les plus courts sont vers l'entrée du gosier, ou vers le bout du museau.
Il n’est pas rare de mesurer des fanons de cing mètres de longueur. Is ont alors , au bout qui pénètre dans la gencive, quatre ou cinq déeimètres de hauteur, et deux ou trois centimetres d'épaisseur ; et l’on compte fréquemment trois ou quatre cents de ces lames cornées, grandes ou petites , de chaque côté de l'os lon: gitudinal.
Mais , indépendamment de ces lames, en forme de faux , on trouve des fanons très-petits, couchés l’un au-dessus de l’autre , comme les tuiles qui recouvrent les toits, et placés dans une gouttière longitudinale , que l'on voit audessous de l'extrémité de l'os longitudinal du palais. Ces fanons particuliers empêchent que cette extrémité, quelque mince, et, par conséquent , quelque tranchante qu’elle puisse être, né blesse la lèvre inférieure.
Cependant, comment se développent ces fanons ?
LeSavant anatomiste de Londres, M. Hunter, a fait voir que ces productions, se développaient d’une manière très-analogue à celle dont croissent les cheveux de l’homme et la corne des animaux ruminants. C’est une nouvelle preuve de l'identité de nature que nous ayons tâché de faire reconnaître entre les cheveux, les poils, les erins, la corne, les plumes, les écailles, les tubercules , les piquants et les aiguillons *. Mais, quoi qu'il en soit, le fanon tire sa nourriture, et en quelque sorte le ressort de son extension graduelle, de la substance blanche à laquelle on a donné le nom de gencive. Il est accompagné, pour ainsi dire, dans son développement , par des lames an ’on a. nommées intermédiaires , parce qu’elles le séparent du fanon le plus voisin, et qui, posées sur la même
e, produites de la même substance , formées dans le même temps, ne faisant qu’un seul corps avec le fanon, le renfor cant, le maintenant à sa place, croissant dans la même pro-
4 Voyez, au commencement de l'Histoire Naturelle des poissons, notre Discours sur la nature de ces animaux.
DES BALEINES
portion , ets ’étendant jusqu’à la lèvre un rieure, s’y altèrent, s'y ramollissent, s'y delaient et s’y. ARE comme un épiderme trop longtemps. plongé dans l’eau. L'auteur de L'Histoire hollandaise des pêches dans la mer du Nord! rapporte qu’on trouve souyent, au milieu de beaux fanons, des fanons plus. petits, que l’on regarde comme ayant poussé à à la place de lames plus grandes, déracinées et arrachées par quelque’accident.
‘On assure que lorsque la baleine franche ferme. entièrement la gueule, ou dans quelque autre circonstance , les fanons peuvent se rapprocher un peu l’un de l’autre, et se disposer de manière à être un peu plus incl inés que dans leur position ordinaire. d
Après la mort de la baleine , l’épiderme glutineux qui recouvre les fanons , se sèche, etles colle les uns aux autres. Sil’on veut les préparer pour le commerce et les arts, on commence donc par les séparer avec un coin ; on les fend' ensuite dans le sens de leur longueur avec des couperets bien aiguisés ; on divise ainsi les différentes couches dont ils sont composés, ét qui étaient retenues l’une contre lPautre par des filaments entrelacés et par une substance gélatineuse ; on les met dans de l’eau froide, ou quelquefois dans de l’eau chaude ; on les attendrit souvent dans l’huile que la se a fournie ; on les ratisse au bout de quelques heures ; 5 les brosse; on les place, un à un, sur une planche bien polie ; on les racle de nouveau ; on en coupe les extrémités ; on les expose à l'air pendant quelques heures, et on les dispose de manière qu’ils puissent continuer de sécher sans s’altérer et se corrompre ?
C’est après avoir eu recours à ces procédés qu’on se sert ou qu’on s’est servi de ces fanons pour plusieurs ouvrages, et particulièrement pour fortifier des corsets , soutenir des paniers, former des parapluies , monter des lunettesÿ, garnir des éventails, composer des baguettes, et
1 Histoire des pêches, des découvertes et des établissements des Hollandais dans les mers du Nord; ouvrage traduit du hollandais, par M. Bernard Dereste, etc.
2 Histoire des pêches des Hollandais, etc., tomel, pag. 134.
5 Depuis 1787, à Songeons, près de Beauvais , département de l'Oise, on monte les lunettes en fanon, au lieu de les monter en cuir ou en métal. Ce changement a beaucoup augmeénté la fabrique. On y voit à présent des femmes, et même des enfants de dix à douze ans, monter des lunettes avec adresse et habileté. (Description du département de l'Oise, par M. de Cambri; ouvrage digne d'un administrateur habile et d'un ami très-éclairé de sa patrie, des sciences et des arts.)
faire des cannes flexibles et légères. On a pensé aussi qu’on pourrait en dégager les crins,de manière à s’en servir pour faire, des cordes , de la ficelle, et même une sorte de grosse étoffe !. Mais al est l'organe de la baleine qui ne mérite pas une attention particulière ? Examinons ses yeux, et. reconnaissons les rapports de leur EL avec la nature de son séjour.
L’œil est placé immédiatement au-dessus de la commissure des lèvrés et par conséquent très-près de l'épaule de la baleine. Presque également éloigné du monticule des évents et de l'extrémité du museau, très-rapproché du bord inférieur de. l’animal ,.très-écarté de l'œil opposé, il ne paraît destiné qu'à voir les objets auxquels la baleine présente son immense côté ; et il ne faut pas négliger d'observer que voilà un rapport frappant entre la baleine franche, qui parcourt avec tant de vitesse la surface de . l'océan et plonge dans ses abimes , et plusieurs des oiseaux privilégiés qui traversent avec tantde rapidité les vastes champs de l'air et s’élancent au plus haut de l’atmosphèr e. L’œil de la baleine est cependant placé sur une espèce de petite conyexité , qui, s’élevant au-dessus de la surface des lèvres , lui permet de se diriger de telle sorte , que lorsque l’animal considère un objet
un peu éloigné , il peut le voir de ses deux yeux : à la fois; rectifier les résultats de ses sensa-
tions , et mieux juger de la distance.
Mais ce qui étonne dans le premier moment de l’examen , c’est que l’œil dela.baleine soit s petit, qu’on a peine quelquefois à le découvrir. Son diamètre n’est souvent que la cent quatrevinot-douzième partie, de la longueur totale du cétacée. Il est garni de paupières, comme l’œil des autres mammifères : mais ces paupières sont si gonflées par la graisse huileuse qui en
occupe l’intérieur, qu’elies n'ont presque au-
cune mobilité ; elles sont d’ailleurs dénuées de cils , et l’on ne voittaucun vestige de cette troisième paupière que l’on peut apercevoir dans l’homme, que l’on remarque dans les quadrupèdes, et qui est si développée dans les oiseaux.
La baleine parait donc privée de presque tous les moyens de garantir l’intérieur de son œil, des impressions douloureuses de Ia lumière très-vive que répandent autour. d'elle, pendant les longs jours de l'été , la surface des
3 Histoire des pêches des Hollandais ; etc., tomelI, pag. 69.
mers qu’elle fréquente, ou les montagnes de glace -dont elle est entourée. Mais , avant la fin de cet article , nous remarquerons combien les effets de la confomation particulière de cet organe peuvent suppléer au nombre et à la mobilité des paupières.
+ L'œil de la baleine , considéré dans son ensemble, est assez aplati par-devant pour .que son axe longitudinal ne soit quelquefois , à son axe transverse, que-dans le rapport de 6 à 11. Mais il n’en est pas de même du cristallin :
conformé comme celui des poissons , des phoques, de plusieurs quadrupèdes ovipares qui marchent ou nagent souvent. au-dessous. de l’eau, et des Cormorans , ainsi que de. quelques autres oiseaux plongeurs , le cristallin de Ja baleiné franche est assez convexe par-devant et par-derrière pour ressembler à une sphère , au lieu de représenter une lentille, de même que celui des quadrupèdes, et surtout celui des. oiseaux. Il parait. du moins que le rapport de l’axe longitudinal , .du cristallin à son diamè ètre transverse , est, ‘dans la baleine franche, comme celui de 13 à 15, lors même que ce diamètre et cet axe sont F plus différents l’un de l’autre !. | La fonc générale de l’œil .est maintenue ; en très-crande partie , dans la baleine franche, comme dans les animaux dont l’œil n’est pas sphérique, par l'enveloppe à laquelle on a donné le nom de sclérolique,; et quienvironne tout l’organe de la vue ,-excepté dans endroit où la cornée est située. Ce nom de.
sclérotique venant de sclerotes, qui , ‘en grec, signifie durelé, convient bien mieux à l’enveloppe de l’œil de la baleine franche dans laquelle elle est très-dure, qu’à celle de l’œil de l’homme et de l'œil des quadrupèdes , dans :
lesquels , ainsi quésdans l’homme , elle est remarquable par sa mollesse. Mais la sclérotique de là baleine franche n’a pas dans toute son étendue une égale dureté : elle est beaucoup plus dure dans ses parties latérales que dans le fond de l'œil, quoiqu’elle.soit très-fréquems ment , dans ce même fond, épaisse de plus de trente-six millimètres, pendant que l’ épaisseur =. des parties latérales n’en excède guère 4 quatre. Cette différence vient de ce que’less, mailles que l’on voit dans la substance fibreuse, et en apparence tendineuse , dela sclérotique,
+ Cuvier, Lecons d'anatomie comparée, vol. IF, p. 576.
DES BALEINES
sont plus grandes dans le fond que sur les côtés de l’œil, et qu’au lieu de contenir une matière fongueuse et flexible, comme sur ces mêmes côtés , elles sont remplies, vers le fond de l’œil, d’une huile proprement dite.
Au reste, cette portion moins dure de la sclérotique de la baleine est traversée par un canal dans lequel passe l’extrémité du nerf optique : les parois de ce canal sont formées par la dure-mère ; et c’est de la face externe de cette dure-mère que se détachent , comme par un épanouissement, les fibres qui composent la selérotique.
On distingue d’autant plus ces fibres , que leur couleur est blanche , et que la substance renfermée dans les mailles qu’elles entourent est d’une nuance brune.
Nous entrons avec plaisir dans les détails en apparence les plus minutieux , parce que tout intéresse dans un colosse tel que la baleine franche , et que nous découvrons facilement dans ses organes très-développés , ce que notre vue, même aidée par la loupe et par le microscope , ne peut pas toujours distinguer dans les organes analogues des autres animaux. La baleine franche est, pour ainsi dire, un grand exemplaire de l’être organisé, vivant et sensible, dont aucun caractère ne peut échapper à l’examen.
C’est ainsi, par exemple, qu’on voit dans la baleine, encore mieux que dans les rhinocéros ou dans d’autres énormes quadrupèdes, la manière dont la sclérotique se réunit souvent à la cornée, Au lieu d’être simplement attachée à cette cornée par une cellulosité, elle pénètre fréquemment dans sa substance; et l’on apercoit facilement les fibres blanches de la sclérotique de la baleine, qui entrent dans l’épaisseur de sa cornée, en filamentstrès-déliés, mais assez longs.
C’est ericore ainsi que, dans la choroïde ou seconde enveloppe de l’œil de la baleine, on peut distinguer sans aucune loupe les ouvertures des vaisseaux, de même que la membrane intérieure que l’on connaît sous le nom de Ruyschienne ; et qu’on compte, pour ainsi dire , les fibres rayonnantes qui, semblables à des cercles , entourent le cristallin sphérique.
Continuons cependant.
Lorsque la prunelle de la baleine franche est rétrécie par la dilatation de l'iris, elle devient une ouverture allongée transversalement.
Je
L'ensemble de l’œil est d’ailleurs mü dans ce cétacée par quatre muscles droits , par un autre muscle droit , nommé suspenseur, et divisé en quatre ; et par deux muscles obliques, l’un su. périeur et l’autre inférieur.
Remarquons encore que la baleine , comme la plupart des animaux qui vivent dans l'eau, n’a pas de points lacrymaux , nide glandes destinées à répandre sur le devant de l’œil une liqueur propre à le tenir dans l’état de propreté et de souplesse nécessaire ; mais que l’on trouve sous la paupière supérieure des sortes de lacunes d’où s’écoule une humeur épaisse et mucilagineuse.
Passons maintenant à l’examen de l’organe de l’ouie.
La baleine a dans cet organe , comme tous les cétacées , un labyrinthe, trois canaux membraneux et demi-cireulaires, un limaçon, un orifice cochléaire, un vestibule , un orifice veslibulaire ‘, une cavité appelée caisse du tympan, une membrane du tympan, des osselets articulés et placés dans cette caisse depuis cette membrane du tympan jusqu'à l’orifice vestibulaire, une trompe nommée frompe d’Eustache ?, et un canal qui, de la membranedutympan , aboutit et s'ouvre à l’extérieur.
Le limaçon dela baleine est même fort grand ; toutes ses parties sont bien développées. L’orifice ou la fenêtre cochléaire qui fait communiquer ce limaçon avec la caisse du tympan, offre une grande étendue. Le marteau, un des osselets de la caisse du tympan , et qui communique immédiatement avec la membrane du même nom, présente aussi des dimensions trèsremarquables par leur grandeur.
Mais la spirale du limaçon ne fait qu’un tour et demi, et ne s’élève pas à mesure qu’elle enveloppe son axe. Il est si difficile d’apercevoir les canaux demi-circulaires, qu’un trèsgrand anatomiste, Pierre Camper, en a nié l'existence, et qu’on croirait peut-être encore qu’ils manquent à Poreillede la baleine, malgré les indications de l’analogie, sans les recher-
1 Nous préférons les épithètes de cochléaire et de vestibulaire , proposées par notre collègne Cuvier, à celles de r'unde et d'ovale, qui ne peuvent être employées avec exactitude qu'en parlant de l'organe de l'ouie de l'homme et d'un petit nombre d'animaux.
2 Le tube dont nous parlons, et tous lis tubes analogues que peut présenter l'organe de l'ouie de l'homme ou des animaux, ont été appelés trompe d'Eustache , parce que celui de l'oreille de l'homme a été découvert par Eustache , habile
anatomiste du seizième siècle,
ches éclairées de notre confrère Cuvier. Le marteau n’a point cet appendice que l’on connaît sous le nom de manche, le tympan a la forme d’un entonnoir allongé , dont la pointe est fixée au bas du col du marteau. Le méat, où conduit extérieur , n’est osseux dans aucune de ses portions ; c’est un canal cartilagineux ettrès-mince, qui part du tympan, serpente dans la couche graisseuse, parvient jusqu’à la surface de la peau, s’ouvre à l’extérieur par un trou très-petit, et n’est terminé par aucun vestige de conque, de pavillon membraneux ou cartilagineux , d'oreille externe plus ou moins large ou plus ou moins longue.
Ce défaut d'oreille extérieure qui lie la baleine franche avec tous les autres cétacées, avec les lamantins, les dugons, les morses, et le plus grand nombre de phoques , les éloigne de tous les autres mammifères, et pourrait presque être compté parmi les caractères distinetifs des animaux qui passent la plus grande partie de leur vie dans l’eau douce ou salée.
L’oreille des cétacées présente cependant des particularités plus dignes d’attention que celles que nous venons d'indiquer.
L’étrier, l’un des osselets de la caisse du tympan , n’a , au lieu des deux branches qu’il offre dans la plupart des mammifères, qu’un corps conique, comprimé , et percé d’un trèspetit trou.
La partie de l'os temporal à laquelle on a donné le nom de rocher, et dans l’intérieur de laquelle sont creusées les cavités de l’oreille des mammifères, est, dans la baleine, d’une substance plus dure que dans aucune autre espèce d’animal vertébré. Mais voici un fait plus extraordinaire et plus curieux.
Le rocher de la baleine franche n’est point articulé avec les autres parties osseuses de la tête; il est suspendu par des ligaments, et placé à côté de la base du crâne, sous une sorte de voûte formée en grande partie par los occipital,
Ce rocher, ainsi isolé et suspendu, présente, vers le bord interne de sa face supérieure, une proéminence demi-cireulaire , qui contient le limaçon. On voit sur cette même proéminence un orifice qui appartient au méat ou conduit
auditif interne, et qui répond à un trou de la
base du crâne.
Au-dessous du labyrinthe que renferme ce rocher , est la caisse du tympan.
Cette caisse est formée par une lame osseuse ,
que lou croirait roulée sur elle-même, et dont.
| le côté interne est beaucoup plus épais que le.
côté extérieur.
L'ouverture extérieure de cette caisse, sur laquelle est tendue la membrane du tympan, n’est pas limitée par un cadre osseux et régulier comme dans plusieurs mammifères, mais rendue très-irrégulière par trois apophyses placées sur sa circonférence.
Cette même caisse du tympan adhère aux autres portions du rocher par son extrémité postérieure, et par une apophyse de la partie antérieure de son bord le plus mince.
De l’extrémité antérieure de la caisse part la trompe, analogue à la {rompe d’Eustache de l’homme. Ce tube est membraneux, perce l’os maxillaire supérieur, et aboutit à la partie supérieure de l’évent par un orifice qu’une valvule rend impénétrable à l’eau lancée par ce même évent, même avec toute la vitesse que Parimal peut imprimer à ee fluide.
Mais après avoir jeté un coup d’œil sur le corps de la baleine franche, après avoir considéré sa tête et les principaux organes que contient cette tête si extraordinaire et si vaste,que devons-nous d’abord examiner ?
La queue de ce cétacée.
Cette partie de la baleine a la figure d’un cône , dont la base s’applique au corps proprement dit. Les muscles qui la composent sont très-vigoureux. Une saillie longitudinale s’étend . dans sa partie supérieure, depuis le milieu de sa longueur jusqu’à son extrémité. Elle est terminée par une grande nageoire, dont la position est remarquable, Cettenageoire est horizontale, au lieu d’être verticale comme la nageoire de la queue des poissons ; et cette situation, qui est aussi celle de la caudale de tous les autres cé: tacées, suffirait seule pour faire distinguer toutes les espèces de cette famille d’avec tous les autres animaux vertébrés et à sang rouge.
Cette nageoire horizontale est composée de deux lobes ovales, dont la réunion produit ur croissant échancré dans trois endroits de son intérieur , et dont chacun peut offrir un mouvement très-rapide, un jeu trés-varié, et une action indépendante.
Dans une baleine franche, qui n'avait que vingt-quatre mètres de longueur , et qui échoua en 1726 au cap de Hourdel, il y avait un espace de quatre mètres entreles deux pointes du croissant formé par les deux lobes de la cau-
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dale , et par conséquent une distance égale au sixième de la longueur totale. Dans une baleine plus petite encore , et qui n’était longue que de seize mètres, cette distance entreles deux pointes du croissant surpassait le tiers de la plus grande longueur de l’animal.
Ce grand instrument de natation est le plus puissant de ceux que la baleine a reçus; mais il West pas le seul. Ses deux bras peuvent être comparés aux deux nageoires pectorales des poissons : au lieu d’être composés, ainsi que ces nageoires , de rayons soutenus et liés par une membrane , ils sont formés, sans doute, d'os que nous décrirons bientôt, de muscles, et de chair tendineuse, recouverts par une peau épaisse ; mais l’ensemble que chacun de ces bras présente consiste dans une sorte de sac aplati, arrondi dans la plus grande partiede sa circonférence, terminé en pointe, ayant une surface assez étendue pour que sa longueur surpasse le sixième de la longueur totale du cétaeée, et que sa largeur égale le plus souvent la moitié de sa longueur , réunissant enfin tous les caractères d’une rame agile et forte.
Cependant , si la présence de ces trois rames ou nageoires donne à la baleine un nouveau trait de conformité avec les autres habitants des eaux, et l’éloigne des quadrupèdes, elle se rapproche de ces mammifères par une partie . essentielle de sa conformation, par les organes . qui lui servent à perpétuer son espèce.
Le mâle a reçu un balénas long de trois mètres ou environ, large de deux décimètres à sa base, environné d’une peau double qui lui donne quelque ressemblance avec un cylindre renfermé dans une gaine , composé dans son intérieur de branches, d’un corps caverneux , d’une substance spongieuse , d’un urètre , demuseles érecteurs, de muscles accélérateurs, et placé auprès de deux testicules que l’on peut voir à côté l’un de l’autre au-dessus des museles abdominaux.
De chaque côté de la vulve , qui a son clitoris, son méat urinaire et son vagin, l’on peut distinguer dans la femelle, à une petite distance de l’anus, une mamelle placée dans un sillon longitudinal et plissé, aplatie et peu apparente, excepté dans le temps où la baleine nourrit et où cette mamelle s'étend et s’allonge au point d’avoir quelquefois une longueur et un diamètre égaux au cinquantième ou à peu près de la longueur totale.
La peau du sillon longitudinal, qui garantit !
la mamelle, esi moins serrée et moins dure que celle qui revêt le reste de la surface de Ja baleine.
Cette dernière peau est très-forte, quoique percée de grands pores. Son épaisseur surpasse deux décimètres. Elle n’est pas garnie de poils comme celle de Ia plupart des mammifères.
L’épiderme qui la recouvre est très-lisse, très-poreux, composé de plusieurs couches, dont la plus intérieure à le plus d’épaisseur et de dureté, luisant , et pénétré d’une humeur muqueuse ainsi que d’une sorte d’huile qui diminue sa rigidité, et le préserve des altérations que ferait subir à cette surpeau le séjour alternatif de la baleine dans l’eau et à la surface des mers.
Cette huile et cette substance visqueuse rendent même l’épiderme si brillant, que lorsque la baleine franche est exposée aux rayons du soleil , sa surface est resplendissante comme celle du métal poli.
Le tissu muqueux qui sépare l’épiderme de la peau est plus épais que dans tous les autres
| mammifères. La couleur de ce tissu, ou , ce
qui est la même chose, la couleur de la baleine, varie beaucoup suivant la nourriture, l’âge, le sexe, et peut-être suivant la température du séjour habituel de ce cétacée. Elle est quelquefois d’un noir très-pur, très-foncé, et sans mélange ; d’autres fois d’un noir nuancé ou mêlé de gris. Plusieurs baleines sont moitié blanches et moitié brunes. On en trouve d’autres jaspées ou rayées de noir et de jaunâtre. Souvent le dessous de la tête et du corps présente une blancheur éclatante. On a vu dans les mers du Japon, et, ce qui est moins surprenant, au Spitzherg , et par conséquent à dix degrés du pôle boréal, des baleines entièrement blanches , et l’on peut rencontrer fréquemment de ces cétacées marqués de blane sur un fond noir, ou gris, ou jaspé, etc., parce que la cicatrice des blessures de ces animaux produit presque toujours une tache blanche.
La chair qui est au-dessous de l’épiderme et de la peau, est rougeâtre , grossière, dure et sèche, excepté celle de la queue, qui est moins coriace et plus succulente, quoique peu agréable à un goût délicat, surtout dans certaines circonstances où elle répand une odeur rebutante. Les Japonais cependant, et particulièrement ceux qui sont obligés de supporter des travaux pénibles, l'ont préférée à plusieurs au-
tres aliments; ils l'ont trouvée très-bonne, très-fortifiante et très-salubre.
Entre cette chair et la peau, est un lard épais, dont une partie de la graisse est si liquide, qu’elle s'écoule et forme une huile, même sans être exprimée.
Il est possible que cette huile très-fluide passe au travers des intervalles des tissus et des pores des membranes , qu’elle parvienne jusque dans l’intérieur de la gueule, qu’elle soit rejetée par les évents avec l’eau de la mer, qu’elle nage sur l’eau salée, et qu’elle soit avidement recherchée par des oiseaux de mer, ainsi que Duhamel l’a rapporté.
Le lard a moins d'épaisseur autour de la queue qu'autour du corps proprement dit; mais il en a une très-grande au-dessous de la mâchoire inférieure, où cette épaisseur est quelquefois de plus d’un mètre !. Lorsqu'on le fait bouillir, on en retire deux sortes d’huiles : l’une pure et légère; l’autre un peu mêlée , onctueuse, gluante, d’une fluidité que le froid diminue beaucoup , moins légère que la première, mais cependant moins pesante que l’eau. Il n’est pas rare qu’une seule baleine franche donne jusqu'à quatre-vingt-dix tonneaux de ces différentes huiles.
Lorsqu'on a sous les yeux le cadavre d’une baleine franche, et qu’on a enlevé son ébpiderme, son tissu muqueux, Sa peau, SON lard et sa chair, que découvre-t-on? sa charpente osseuse.
Quelles particularités présentent les os de la tête ?
Pendant que l’animal est encore très-jeune , les pariétaux se soudent avec les temporaux et avec l’occipital, et ces cinq os réunis forment une voûte de plusieurs mètres de long , sur une largeur égale à plus de la moitié de la lonsueur.
Le sphénoïde reste divisé en plusieurs pièces pendant toute la vie de la baleine.
Les sutures que l’animal présente lorsqu'il est un peu avancé en âge sont telles , que les deux pièces qui se réunissent, amincies dans leurs bords et taillées en biseau à l’endroit de leur jonction, représentent chacune une bande ou face inclinée, et s’apptiquent, dans cette portion de leur surface, l’une au-dessus de l’autre, comme les écailles de plusieurs poissons.
1 Histoire des pêches des Hollandais , ete.,t, 1, p.76,
Si l’on ouvre le crâne, on voit que l’intérieur de sa base est presque de niveau. On ne découvre ni fosse cthmoidale , ni lame criblée, ni aucune protubérance semblable à ces quatre crochets, ou apophyses clinoides, qui s'élèvent sur le fond du crâne de l’homme et d’un si grand nombre de mammifères.
Que remarque-t-on cependant de particulier à la baleine franche , lorsqu’on regarde le dehors de ce crâne ?
Les deux ouvertures que l’on nomme frous orbilaires internes antérieurs, et qui font communiquer la cavité de l'orbite de l’œil , ou la fosse orbitaire, avec le creux auquel.on à donné le nom de fosse nasale, sont, dans la baleine franche, très-petits et recouverts par des lames osseuses.
Ce cétacée n’a pas ce trou qu’on appelle incisif, et que montre, dans tant de mammifères, la partie des os intermaxillaires qui suit l’extrémité de la mâchoire.
Mais au lieu d’un seul orifice comme dans l’homme , trois ou quatre trous servent à la communication de la cavité de l'orbite avec l’intérieur de l’os maxillaire supérieur.
Les deux os de la mâchoire inférieure forment par leur réunion une portion de cercle ou d’ellipse qui a communément plus de huit ou neuf mètres d’étendue, et que les pêcheurs ont fréquemment employée comme un trophée , et dressée sur le tillac, pour annoncer la prise d’une baleine et la grandeur de leur conquête.
L'une des galeries du Muséum d'histoire naturelle renferme trois os maxillaires d’une bajeine : la longueur de ces os est de neuf mètres ou environ.
L'occiput est arrondi. Il s’articule avec lé:
pine dorsale à son extrémité postérieure, et par de larges condyles ou faces saillantes.
- On compte sept vertèbres du cou , comme dans l’homme et presque tous les mammifères. La première de ces vertèbres, qu’on appelle l’atlas, est soudée avec la seconde, qui a reçu le nom d’axis.
Dans la baleine de vingt-quatre mètres de longueur, qui échoua en 1726 au cap de Hourdel, l’épine dorsale avait auprès de la caudale un demi-mètre de diamètre , et par conséquent a été comparée avec raison à une grosse poutre de quatorze ou quinze mètres de longueur. On a écrit que sa couleur et sa contexture paraissaient, au premier coup d'œil, semblables
DES BALEINES. 4
à celles d’un grès grisâtre ; on aurait pu ajouter, et enduit d’une substance huileuse. Presque tous les os de la baleine franche réunissent en effet à une compacité et à un tissu particuliers, une sorte d’apparence onctueuse qu'ils doivent à l’huile dont ils sont pénétrés pendant qu’ils sont encore frais.
Dans une baleine échouée, en 1763, sur un des rivages d'Islande , on compta en tout soixante-trois vertèbres , suivant MM. Olafsen et Povelsen.
Il paraît que la baleine dont nous écrivons l’histoire a quinze côtes de chaque côté de l’épine du dos, et que chacune de ces côtes a trèssouvent plus de sept mètres de longueur, sur un demi-mètre de circonférence.
Le sternum, avec lequel les premières de ces côtes s’articulent , est large, mais peu épais, surtout dans sa partie antérieure.
Les clavicules que l’on trouve dans ceux des mammifères qui font un très-grand usage de leurs bras, soit pour grimper sur les arbres, soit pour attaquer et se défendre, soit pour saisir et porter à leur bouche l’aliment qu’ils préfèrent, n’ont point d’analogues dans la baleine franche.
On peut voir dans l’une des galeries du Muséum national d’histoire naturelle , une omoplate qui appartenait à une baleine, et dont la longueur est de trois mètres.
L’os du bras proprement dit, ou l’humérus, est très-court, arrondi vers le haut, et comme marqué par une petite tubérosité.
Le eubitus et le radius , ou les deux os de l’avant-bras, sont très-comprimés ou aplatis latéralement.
On ne compte que cinq os dans le carpe ou dans la main proprement dite. Ils forment deux rangées, l’une de trois, l’autre de deux pièces ; ils sont très-aplatis , réunis de manière à présenter l’image d’une sorte de pavé, et presque tous hexagones.
Les os du métacarpe sont aussi très-aplatis, et soudés les uns aux autres.
Le nombre des phalanges n’est pas le même dans les cinq doigts.
Tous ces os du bras, de l’avant-bras , du carpe , du métacarpe et des doigts, non-seulement sont articulés de manière qu’ils ne peuvent se mouvoir les uns sur les autres, comme les os des extrémités antérieures de l’homme et de plusieurs mammifères, mais encore sont
réunis par des cartilages très-longs , qui recouvrent quelquefois la moitié des os qu’ils joignent l’un à l’autre, et ne laissent qu’un peu de souplesse à l’ensemble qu’ils contribuent à former. Il n’y a d’ailleurs aueun muscle propre à tourner l’avant-bras de telle sorte que la paume de la main devienne alternativement supérieure ou inférieure à la face qui lui est opposée ; ou, ce qui est la même chose, il n’y a ni supinaleur, ni pronateur. Des rudiments aponévrotiques de muscles sont étendus sur toute la surface des os, et en consolident les articulations.
Tout concourt donc pour que l'extrémité antérieure de la baleine franche soit une véritable rame élastique et puissante , plutôt qu’un organe propre à saisir, retenir et palper les objets extérieurs.
Cette élasticité et cette vigueur doivent d’autant moins étonner, que la nageoïire pectorale ou l’extrémité antérieure de la baleine est trèscharnue ; que lorsqu’on dépèce ce cétacée, on enlève de cette nageoire de grandes portions de muscles ; et que l’irritabilité de ces parties musculaires est si vive, qu’elles bondissent longtemps après avoir été détachées du corps de l’animal.
Mais qu’avons-nous à dire du fluide qui nourrit ces muscles et entretient ces qualités ?
La quantité de sang qui circule dans la baleine , est plus grande à proportion que celle qui coule dans les quadrupèdes. Le diamètre de l’aorte surpasse souvent quatre décimètres. Le cœur est large et aplati. On a écrit que le trou botal, par lequel le sang des mammifères qui ne sont pas encore nés, peut parcourir les cavités du cœur, aller des veines dans les arteres, et circuler dans la totalité du système vasculaire sans passer par les poumons, restait ouvert dans la baleine franche pendant toute sa vie, et qu’elle devait à cette particularité la facilité de vivre longtemps sous l’eau. On pourrait croire que cette ouverture du trou botal est en effet maintenue par l’habitude que la jeune baleine contracte en naissant de passer un temps assez long dans le fond de la mer, et par conséquent sans gonfler ses poumons par des inspirations de l’air atmosphérique, et sans donner accès dans leurs vaisseaux au sang apporté par les veines, qui alors est forcé de couler par le trou botal pour pénétrer jusqu’à l'aorte. Quoi qu'il en soit cependant de la du-
rée de cette ouverture , la baleine franche est obligée de venir fréquemment à la surface de la mer, pour respirer l’air de atmosphère, et introduire dans ses poumons le fluide réparateur sans lequel le sang aurait bientôt perdu les qualités les plus nécessaires à la vie ; mais comme ses poumons sont très-volumineux , elle a moins besoin de renouveler souvent les inspirations qui les remplissent de fluide atmosphérique.
Le gosier de la baleine est très-étroit, et beaucoup plus qu’on ne le croirait lorsqu'on voit toute l'étendue de la gueule de cet animal démesuré.
L’œsophage est beaucoup plus grand à proportion, long de plus de trois mètres, et revêtu à intérieur d’une membrane très-dense , glanduleuse et plissée.
Le célèbre Hunter nous a appris que la baleine, ainsi que tous les autres cétacées, présentait dans son estomac une conformation bien remarquable dans un habitant des mers, qui vit de substance animale. Cet organe a de très-grands rapports avec l’estomac des animaux ruminants. il est partagé en plusieurs cavités très-distinctes ; etil en offre mème cinq, au lieu de n’en montrer que quatre, comme ces ruminants.
Ces cinq portions , ou , si on l’aime mieux, ces cinq estomacs sont renfermés dans une enveloppe commune ; et voici les formes particulières qui leur sont propres. Le premier est un ovoide imparfait, sillonné à l’iatérieur de rides grandes et irrégulières. Le second , très-grand,
et plus long que le premier , a sur sa surface
intérieure des plis nombreux et inégaux ; il communique avec le troisième par un orifice rond et étroit, mais qu'aucune valvule ne ferme. Le troisième ne parait, à cause de sa petitesse, qu’un passage du second au quatrième. Les parois intérieures de ce dernier sont garnies d’appendices menus et déliés, que l’on a comparés à des poils ; il aboutit au cinquième par une ouverture ronde, plus étroite que l’orifice par lequel les aliments entrent du troisième estomac dans cette quatrième poche ; et enfin, le cinquième est lisse, et se réunit par le pylore avec les intestins proprement dits, dont la longueur est souvent de plus de cent vingt métres.
La baleine franche a un véritable cœcum , un foie très-volumineux, une rate peu étendue,
un pancréas très-long, une vessie ordinairement allongée et-de grandeur médiocre.
Mais ne devons-nous pas maintenant remarquer quels sont les effets des divers organes que nous venons de décrire, quel usage la baleine peut en faire ; et avant cette recherche, quels caractères particuliers appartiennent aux centres d’action qui produisent ou modifient les sensations de la baleine, ses mouvements et ses habitudes ?
Le cerveau de la baleine non-seulement ne renferme pas cette cavité digitale et ce lobe postérieur qui n’appartiennent qu’à l’homme et à des espèces de la famille des singes , maïs encore est très-petit relativement à la masse de ce cétacée, IH est des baleines franches dans lesquelles le poids du cerveau n’est que le vingt-cinq millième du poids total de l’animal, pendant que dans l’homme il est au-dessus du quarantième ; dans tous les quadrupèdes dont on a pu connaître exactement l’intérieur de la tête, et particulièrement dans l’éléphant, au-dessus du cinq-centième; dans le serin, audessus du vingtième; dans le cog et le moineau, au-dessus du trentième; dans l'aigle, au-dessus du deux-centième; dans l’oie, au-dessus du quatre-centième ; dans la grenouille, au-dessus du deux-centième; dans la couleuvre à collier, au-dessus du huit-centième ; et dans le cyprin carpe, au-dessus du six-centième.
À la vérité, il r’est guère que du six-millième du poids total de l'individu dans la tortue marine, du quatorze-centième dans l’ésoce brochet, du deux-millième dans le silure glanis, du deux-mille-cinq-centième dans le squale requin, et du trente-huit-millième dans le scombrethon.
Le diaphragme de la baleine franche est doué d’une grande vigueur. Les muscles abdominaux, qui sont très-puissants et composés d’un mélange de fibres musculaires et de fibres tendineuses , l’attachent par devant. La baleine a, par cette organisation , la force nécessaire pour contre-balancer la résistance du fluide aqueux qui l’entoure, lorsqu'elle à besoin d’inspirer un grand volume d’air; et d’ailleurs, la position du diaphragme , qui, au lieu d’être verticale, est inclinée en arrière, rend plus facile cette grande inspiration, parce qu’elle permet aux poumons de s'étendre le long de lépine du dos , et de se développer dans un plus grand espace,
Mais animons le colosse dont nous étudions
DES BALEINES
les propriétés : nous avons vu la structure des organes de ses sens : quels en sont les résultats? quelle est la délicatesse de ces sens? quelle est, par exemple, la finesse du toucher ?
La baleine a deux bras ; elle peut les appliquer à des objets étrangers ; elle peut placer ces objets entre son corps et l’un de ses bras, les retenir dans cette position, toucher à la fois plus d’une de leurs surfaces. Mais ce bras ne se plie pas comme celui de l’homme, et la main qui le termine ne se courbe pas, et ne se divise pas en doigts déliés et flexibles, pour s’appliquer à tous les contours, pénétrer dans les cavités, saisir toutes les formes. La peau de la baleine,
dénuée d’écailles et de tubercules, n’arrête pas
les impressions; elle ne les intercepte pas, si elle les amortit par son épaisseur, et les diminue par sa densité; elle les laisse pénétrer iusqu'aux houppes nerveuses répandues auprès de presque tous les points de la surface extérieure de l’animal. Mais quelle couche de oraisse ne trouve-t-on pas au-dessous de cette peau? et tout le monde sait que les animaux dans lesquels la peau recouvre une très-grande quantité de graisse ont à proportion beaucoup moins de sensibilité dans cette même peau.
La grandeur, la mollesse et la mobilité de la langue ne permettent pas de douter que le sens du goût n'ait une sorte de finesse dans la baleine franche. La voilà done beaücoup plus favorisée que les poissons pour le goût et pour le toucher, quoique moins bien traitée pour ces deux sens que la plupart des mammifères. Mais quel degré de force à, dans cet animal extraordinaire, le sens de l’odorat, si étonnant dans plusieurs quadrupèdes , si puissant dans presque tous les poissons? Ce cétacée a-t-il reçu un odorat exquis, que semblent lui assurer, d’un côté, sa qualité de mammifère, et de l’autre, celle d’habitant des eaux?
Au premier coup d'œil. non-seulement on considérerait l’odorat de la baleine comme trèsfaible, mais même on pourrait croire qu’elle est entièrement privée d’odorat ; et dès lors combien l’analogie serait trompeuse relativement à ce cétacée !
En effet, la baleine franche manque de cette paire de nerfs qui appartient aux quadrupèdes, aux oiseaux , aux quadrupèdes ovipares, aux serpents et aux poissons , que l’on a nommée la première paire à cause de la portion du cerveau de laquelle elle sort, et de sa direction
vers la partie la plus avancée du museau , et qui à reçu aussi le nom de paire de nerfs olfactifs, parce qu’elle communique au cerveau les impressions des substances odorantes.
De plus, les longs tuyaux que l’on nomme évents, et que l’on a aussi appelés narines, ne présentent ni eryples ou cavités, ni follicules Mmuqueux, ni lames saillantes, ne communiquent avec aucun sinus, ne montrent aucun appareil propre à donner ou fortifier les sensations de l’odorat, et ne sont revêtus à l’intérieur que d’une peau sèche, peu sensible, et capable de résister, sans en être offensée, aux courants si souvent renouvelés d’une eau salée, rejetée avec violence.
Mais apprenons de notre savant confrère M. Cuvier, que la baïeine franche doit avoir, comme les autres cétacées, un organe particulier, qui est dans ces animaux celui de l’odorat, et qu’il a vu dans le dauphin vulgaire, ainsi que dans le marsouin.
Nous avons dit, en parlant de la conformation de l'oreille, que le tuyau auquel on a donné le nom de {rompe d’ Eustache, et qui fait communiquer l’intérieur de la caisse du tympan avec la bouche, remontait vers le haut de l’évent, dans la cavité duquel il aboutissait. La partie de ce tuyau qui est voisine de l’oreille montre à sa face interne un trou assez large, qui donne dans un espace vide. Ce creux est grand , situé profondément , placé entre l’œil, l'oreille et le crâne, et entouré d’une cellulosité très-ferme, qui en maintient les parois. Ce creux se prolonge en différents sinus, terminés par des membranes collées contre les os. Ces sinus et cette cavité sont tapissés d’une membrane noirâtre, muqueuse et tendre. Ils communiquent avec les sinus frontaux par un canal qui va en montant, et qui passe au-devant de l'orbite.
On voit donc que les émanations odorantes, apportées par l’eau de la mer ou par l'air de l'atmosphère, pénètrent facilement jusqu’à ce creux et à ces sinus par. l’orifice de l’évent ou l'ouverture de la bouche, par l’évent et par la trompe d’Eustache. On doit y supposer le siége de l’oiorat.
A la vérité, on ne trouve dans ces sinus ni dans cette cavité, que des ramifications de la cinquième paire de nerfs; et c’est la première paire qui, dans presque tous les animaux, reçoit et transmet les impressions des corps odorants.
Mais qu’on ait sans cesse présente une importante vérité : les nerfs qui se distribuent dans les divers organes des sens, sont tous de même nature; ils ne diffèrent que par leurs divisions plus ou moins grandes : ils feraient naitre les mêmes sensations s’ils étaient également déliés, et placés de manière à être également ébranlés par la présence des corps extérieurs. Nous ne voyons par l’œil et n’entendons par l'oreille , au lieu de voir par l’oreille et d’entendre par l'œil, que parce que le nerf optique est placé au fond d’une sorte de lunette qui écarte les rayons inutiles, réunit ceux qui forment l’image de l’objet , proportionne la vivacité de la lumière à la délicatesse des rameaux nerveux, et parce que le nerf acoustique se développe dans un appareil qui donne aux vibrations sonores le degré de netteté et de force le plus analogue à la ténuité des expansions de ce même nerf. Plusieurs fois, enfin, des coups violents , ou d’autres impressions que l’on n’éprouvait que par un véritable toucher, soit à l'extérieur, soit à l’intérieur, ont donné la sensation du son ou celle de la lumière.
Quoi qu’il en soit cependant du véritable organe de l’odorat dans la baleine, les observations prouvent, indépendamment de toute analogie, qu’elle sent les corpuscules odorants, et même qu’elle distingue de loin les nuances ou les diverses qualités des odeurs.
Nous préférons de rapporter à ce sujet un fait que nous trouvons dans les notes manuscrites qui nous ont été remises par notre vénérable collègue, le sénateur Pléville-le-Peley, vice-amiral et ancien ministre de la marine. Ce respectable homme d'état, l’un des plus braves militaires, des plus intrépides navigateurs et des plus habiles marins, dit, dans une de ses notes, que nous transerivons avec d'autant plus d’empressement qu’elle peut être très-utile à ceux qui s’occupent de la grande pêche de la morue : « La baleine, poursuivant à la côte de « Terre-Neuve la morue, le capelan, le ma- « quereau, inquiète souvent les bateaux pê- « cheurs; elle les oblige quelquefois à quitter « le fond dans le fort de la pîche, et leur fait « perdre la journée.
« J'étais un jour avec mes pêcheurs, des ba- «leines parurent sur l’horizon; je me préparai « à leur céder la place; mais la quantité de mo- « rue qui était dans le bateau y avait répandu « beaucoup d’eau qui s'était pourrie; pour por-
« ter la voile nécessaire, j’ordonnai qu’on jetàt « à la mer cette eau, quiempoisonnait ; peu après « je vis les baleines s’éloigner, et mes bateaux « conutinuèrent de pêcher.
« Je réfléchis sur ce qui venait de se passer, «et j’admis pour un moment la possibilité que « cette eau infecte avait fait fuir les baleines.
« Quelques jours après, j'ordonnai à tou- « mes bateaux de conserver cette même eau, et « de la jeter à la mer tous ensemble, si les ba- « leines approchaient, sauf à couper leurs eà- «bles et à fuir si ces monstres continuaient « d'avancer.
« Ce second essai réussit à merveille ; il fut
«répété deux ou trois fois, et toujours avec
« succès ; et depuis je me suis intimement per- « suadé que la mauvaise odeur de cette eau « pourrie est sentie de loin par la baleine, et qu'elle lui déplait.
« Ceite découverte est fort utile à toutes les « pêches faites par bateaux, ete. »
Les baleines franches sont donc averties fortement et de loin de la présence des corps odorants.
Elles entendent aussi, à de grandes distances, des sons ou des bruits même assez faibles.
Et d'abord, pour percevoir les vibrations du fluide atmosphérique, eiles ont reçu un canal déférent très-large, leur /rompe d’'Eustache ayant un grand diamètre. Mais de plus, dans le temps même où elles nagent à la surface de l'Océan, leur oreille est presque toujours plongée à deux ou trois mètres au-dessous du niveau de la mer. C’est donc par le moyen &e l’eau que les vibrations sonores parviennent à leur organe acoustique; et tout le monde sait que l’eau est un des meilleurs conducteurs de ces vibrations , que les sons les plus faibles suivent des courants ou des masses d’eau jusqu’à des distances bien supérieures à l’espace que leur fait parcourir le fluide atmosphérique: et combien de fois , assis sur les rives d’un grand fleuve, n’ai-je pas, dans ma patrie !, entendu, de près de vingt myriamètres, des bruits, et particulièrement des coups de canon, que je n'aurais peut-être pas distingués de quatre ou cinq myriamètres, s’ils ne m’avaient été transmis que par l’air de l’atmosphère.
Voici d’ailleurs une raison forte pour supposer dans l'oreille de la baleine franche un assez
1 Près d'Agen.
DES BALEINES
haut degré de délicatesse. Ceux qui se sont occupés d’acoustique ont pu remarquer depuis longtemps , comme moi , que les personnes dont l'organe de l’ouïe est le plus sensible, et qui reconnaissent dans un son les plus faibles nuances d’élévation, d'intensité ou de toute autre modification, ne reçoivent cependant des corps sonores que les impressions les plus confuses, lorsqu'un bruit violent , tel que celui du tambour ou d’une grosse cloche, retentit auprès d'elles. On les croirait alors très-sourdes; elles ne s’aperçoivent même , dans ces moments d’ébranlement extraordinaire, d'aucun autre effet sonore que celui qui agite leur organe auditif, très-facile à émouvoir. D’un autre côté, les pécheurs qui poursuivent la baleine franche savent que, lorsqu’elle rejette par ses évents une très-grande quantité d’eau , le bruit du fluide qui s’élève en gerbes et retombe en pluie sur la surface de l'Océan l'empêche si fort de distinguer d’autres effets sonores, que, dans cette circonstance , des bâtiments peuvent souvent s'approcher d’elle sans qu’elle en soit avertie, et qu’on choisit presque toujours ce temps d’étourdissement pour l’atteindre avec plus de facilité, l’attaquer de plus près et la harponner plus sûrement.
La vue des baleines franches doit être néanmoins aussi bonne , et peut-être meilleure que leur ouïe.
En effet, nous avons dit que leur cristallin était presque sphérique. Il a souvent une densité supérieure à celle du cristallin des quadrupèdes et des autres animaux qui vivent toujours dans l’air del’atmosphère. Il présente même une seconde qualité plus remarquable encore : imprégné de substance huileuse, il est plus inflammable que le cristallin des animaux terrestres.
Aucun physicien n’ignore que plus les rayons lumineux tombent obliquement sur la surface d’un corps diaphane, et plus, en le traversant, ils sont réfractés, c'est-à-dire détournés de leur première direction, et réunis dans un foyer à une plus petite distance de la substance transparente.
La réfraction des rayons de la lumière est donc plus grande au travers d’une sphère que d’une lentille aplatie. Elle est aussi proportionnée à la densité du corps diaphane ; et Newton a appris qu’elle est également d’autant plus forte que la substance traversée par les rayons lumineux exerce, par sa nature inflammable,
une attraction plus puissante sur ces mêmes rayons.
Trois causes très-actives donnent donc au cristallin des baleines, comme à celui des phoques et des poissons , une réfraction des plus fortes.
Quel est cependant le fluide que traverse la lumière pour arriver à l’organe de la vue des baleines franches? Leur œil, placé auprès de la commissure des lèvres , est presque toujours situé à plusieurs mètres au-dessous du niveau de la mer, lors même qu’elles nagent à la surface de l'Océan, les rayons lumineux ne parviennent donc à l’œil des baleines qu’en passant au travers de l’eau. La densité de l’eau est très-supérieure à celle de l’air, et beaucoup plus rapprochée de la densité du cristallin des baleines. La réfraction des rayons lumineux est d'autant plus faible que la densité du fluide qu’ils traversent est moins différente de celle du corps diaphane qui doit les réfracter. La lumière , passant de l’eau dans l’œil et dans le cristallin des baleines , serait donc très-peu réfractée; le foyer où les rayons se réuniraient serait très-éloigné de ce cristallin; les rayons ne seraient pas rassemblés au degré convenable lorsqu'ils tomberaient sur la rétine, etil n’y aurait pas de vision distincte, si cette cause d’une grande faiblesse dans la réfraction n’était contre-balancée par les trois causes puissantes et contraires que nous venons d’indiquer.
Le cristallin des baleines franches présente un degré de sphéricité, de densité et d’inflammabilité, ou, en un seul mot, un degré de force réfringente très-propre à compenser le défaut de réfraction que produit la densité de l’eau. Ces cétacées ont done un organe optique trèsadapté au fluide dans lequel ils vivent; la lame d’eau qui couvre leur œil, et au travers de laquelle its aperçoivent les corps étrangers, est pour eux comme un instrument de dioptrique, comme un verre artificiel, comme une lunette capable de rendre leur vue nette et distincte,
avec cette différence qu'ici c’est l’organisation
de l’œil qui corrige les effets d’un verre qu’ils ne peuvent quitter, et que les lunettes de l’homme compensent au contraire les défauts d’un œil déformé, altéré ou affaibli, auquel on ne peut rendre ni sa force, ni sa pureté, ni sa forme.
. Ajoutons une nouvelle considération,
Les rivages couverts d’une neige brillante, et les montagnes de glaces polies et éclatantes,
dont les baleines franches sont souvent très-
près, blesseraient d’autant plus leurs yeux que
ces organes ne sont pas garantis par des paupiè- .
res mobiles , comme ceux des quadrupèdes, et que pendant plusieurs mois de suite ces mers hyperboréennesetgelées réfléchissent les rayons du soleil. Mais la lame d’eau qui recouvre l'œil de ces cétacées, est comme un voile qui intercepte une grande quantité de rayons de lumière; l'animal peut l'épaissir facilement et avec promptitude, en s’enfonçant de quelques mètres au-dessous de la surface de la mer; et si, dans quelques circonstances très-rares et pendant des moments très-courts, l’œil de la baleine est tout-à-fait hors de l’eau, on va comprendre aisément ce qui remplace le voile aqueux qui ne le garantit plus d’une lumière trop vive.
La réfraction que le cristallin produit est si fort augmentée par le peu de densité de l’air qui a pris alors la place de l’eau, et qui aboutit jusqu'à la cornée , que le foyer des rayons lumineux, plus rapproché du cristallin , ne tombe plus sur la rétine , n’agit plus sur les houppes nerveuses qui composent la véritable partie sensible de l’organe , et ne peut plus éblouir le cétacée.
Les baleines franches ont donc recu de grandes sources de sensibilité, d’instinct et d’intelligence, de grands principes de mouvement, de grandes causes d’action.
Voyons agir ces animaux, dont tous les attributs sont des sujets d’admiration et d'étude.
Suivons-les sur les mers.
Le printemps leur donne une force nouvelle ; une chaleur secrète pénètre dans tous leurs organes; la vie s’y ranime; ils agitent leur masse énorme; cédant au besoin impérieux qui les consume , le mâle se rapproche plus que jamais de la femelle ; ils cherchent dans une baie, dans le fond d’un golfe, dans une grande rivière, une sorte de retraite et d’asile ; et brülant l’un pour l’autre d’une ardeur que ne peuvent calmer, ni l’eau qui les arrose, ni le souffle des vents, ni les glaces qui flottent encore autour d’eux , ils se livrent à cette union intime qui seule peut l’apaiser.
En comparant et en pesant les témoignages des pêcheurs et des observateurs, on doit croire que, lors de leur accouplement, le mâle et la femelle se dressent, pour ainsidire, l’un contre
l’autre, enfoncent leur queue, relèvent la partie antérieure de leur corps, portent leur tête audessus de l’eau , et se maintiennent dans cette situation verticaie, en s’embrassant et se serrant étroitement avec leurs nageoires pectorales '. Comment pourraient-ils, dans toute autre position, respirer l’air de l’atmosphère, qui leur est alors d'autant plus nécessaire , u’ils ont besoin de tempérer l’ardeur qui les anime? D'ailleurs, indépendamment des relations uniformes que font à ce sujet les pêcheurs du Groenland, nous avons en faveur de notre opinion une autorité irrécusable, Notre célèbre confrère M. de Saint-Pierre , membre de l’Institut national, assure avoir vu plusieurs fois , dans son voyage à l’île de France, des baleines accouplées dans la situation que nous venons d'indiquer,
Ceux qui ont lu l’histoire de la tortue franche n’ont pas besoin que nous fassions remarquer la ressemblance qu’il y a entre cette situation et celle dans laquelle nagent les tortues franches lorsqu'elles sont accouplées. On ne doit pas cependant retrouver la même analogie dans la durée de l’accouplement. Nous ignorons pendant quel temps se prolonge celui des baleines franches ; mais d’après les rapports qui les lient aux autres mammifères , nous devons le croire très-court, au lieu de le supposer très-long, comme celui des tortues marines.
Il n’en est pas de même de la durée de l’attachement du mâle pour sa femelle. On leur a at-
tribué une grande constance; et on a cru recon-
naitre pendant plusieurs années le même mâle assidu auprès de la même femelle, partager son repos et ses jeux, la. suivre avec fidélité dans ses voyages, la défendre avec courage, et ne l’abanädonner qu’à la mort.
On dit que la mère porte son fœtus pendant dix mois ouenviron; que pendant la gestation elle est plus grasse qu'auparavant, surtout lorsqu’elle approche du temps où elle doit mettre bas.
Quoi qu’il en soit, elle ne donne ordinairement le jour qu’à un baleineau à la fois , et jamais la même portée n’en a renfermé plus de deux. Le baleineau a presque toujours plus de sept ou huit mètres en venant à la lumière. Les pêcheurs du Groenland, qui ont eu tant d’occasions d'examiner les habitudes de la baleine
+ Bonnalerre, Cétologie. Planches de l'Encyc. méth.
DES BALEINES
franche, ont exposé la manière dont la baleine mère allaite son baleineau. Lorsqu’elle veut lui donner à teter, elle s'approche de la surface de la mer, se retourne à demi, nage ou flotte sur uncôté, et, pardelégères, mais fréquentes oscillations, se place tantôt au-dessous, tantôt audessus dé son baleineau, de manière que l’un et l’autre puissent alternativement rejeter par leurs évents l’eau salée trop abondante dans leur gueule, et recevoir le nouvel air atmosphérique nécessaire à leur respiration.
Le lait ressemble beaucoup à celui de la vache , mais contient plus de crème et de substance nutritive.
Le baleïneau tette au moins pendant un an ; les Anglais l’appellent alors Shortead. Il est très-oros, et peut donner environ cinquante tonneaux de graisse. Au bout de deux ans, il reçoit le nom de Sant, paraît, dit-on, comme hébété, et ne fournit qu’une trentaine de tonneaux de substance huileuse. On le nomme ensuite Seulfish , et l’on ne connait plus son âge que par la longueur des barbes ou extrémités de fanons qui bordent ses mâchoires.
Ce baleïneau est, pendant le temps qui suit immédiatement sa naissance, l’objet d’une grande tendresse , et d’une sollicitude qu'aucun obstacle ne lasse, qu’aucun-danger n’intimide. La mère le soigne même quelquefois pendant trois ou quatre ans , suivant l’assertion des premiers navigateurs qui sont allés à la pêche de la baleine, et suivant l’opinion d’Albert, ainsi que dequelques autres écrivains qui sont venus après lui. Elle ne le perd pas un instant de vue. S’il ne nage encore qu’avec peine, elle le précède, lui ouvre la route au milieu des flots agités , ne souffre pas qu’il reste trop longtemps sous l’eau, l’instruit par son exemple, l’encourage, pour ainsi dire , par son attention , le soulage dans sa fatigue, le soutient lorsqu'il ne ferait plus que de vains efforts , le prend entre sa nageoire pectorale et son corps, l’embrasse ivec tendresse, le serre avec précaution , le met quelquefois sur son dos , l'emporte avec elle, modère ses mouvements pour ne pas laisser échapper son doux fardeau, pare les coups qui pourraient l’atteindre, attaque l’ennemi qui voudrait le lui ravir, et, lors même qu’elle trouverait aisément son salut dans la fuite, combat avec acharnement, brave les douleurs les plus vives , renverse et anéantit ee qui s’oppose à sa force, ou répand tout son sang et
meurt plutôt que d'abandonner l’être qu’elle chérit plus que sa vie.
Affection mutuelle et touchante du mâle , de la femelle, et de l’individu qui leur doit le jour, première source du bonheur pour tout être sensible, la surface entière du globe ne peut donc vous offrir un asile! ! Ces immenses mers , ces vastes solitudes, ces déserts reculés des pôles , ne peuvent done vous donner une retraite inviolable! En vain vous vous êtes confiée à la grandeur de la distance, à la rigueur des frimas, à la violence des tempêtes : ce besoin impérieux de jouissances sans cesse renouvelées , que la société humaine a fait naître, vous poursuit au travers de l’espace, des orages et des glaces, il vous trouble au bout du monde, comme au sein des cités qu’il a élevées ; et, fils ingrat de la nature, il ne tend qu’à l’attrister et l’asservir !
Cependant quel temps est nécessaire pour que ce baleineau si chéri, si soigné, si protégé, si défendu, parvienne au terme de son accroissement ?
On l’ignore. On ne connait pas la durée du développement des baleines : nous savons seulement qu’il s’opère avec une grande lenteur. Il y a plus de cinq ou six siècles qu’on donne la chasse à ces animaux ; et néanmoins, depuis le premier carnage que l’homme en a fait, aucun de ces cétacées ne parait avoir encore eu le temps nécessaire pour acquérir le volume qu’ils présentaient lors des premières navigations et des premières pêches dans les mers polaires. La vie de la baleine peut donc être de bien des siècles ; et lorsque Buffon a dit: Une baleine peul bien vivre mille ans, puisqu’une carpe en vil plus de deux cents, il n’a rien dit d’exagéré. Quel nouveau sujet de réflexions !
Voilà, dans le mème objet, l'exemple de la plus longue durée, en même temps que de la plus grande masse; et cet être si supérieur est un des habitants de l’antique océan.
Mais quelle quantité d'aliments et quelle nourriture particulière doivent développer un volume si énorme, et conserver pendant tant de siècles le souffle qui l'anime, et les ressorts qui le font mouvoir?
Quelques auteurs ont pensé que la baleine franche se nourrissait de poissons, et particu-
4 Voyez particulièrement une lettre de M. de la Courtaudière, adressée de Saint-Jean-de-Luz à Duhamel, et publié par ce dernier dans son Traité des pêches,
lièrement de gades , de scombres et de clupées ; ils ont même indiqué les espèces de ces osseux qu’elle préférait : mais il parait qu’ils ont attribué à la baleine franche ce qui appartient au nordcaper et à quelques autres baleines.
La franche n’a vraisemblablement pour aliments que des crabes et des mollusques , tels que des actinies et des clios. Ces animaux, dont elle fait sa proie, sont bien petits; mais leur nombre compense le peu de substance que présente chacun de ces mollusques ou insectes. Ils sont si multipliés dans les mers fréquentées par la baleine franche, que ce cétacée n’a souvent qu'à ouvrir la gueule pour en prendre plusieurs milliers à la fois. Elle les aspire, pour ainsi dire, avec l’eau de la mer qui les entraine, et qu’elle rejette ensuite par ses évents ; et comme cette eau salée est quelquefois chargée de vase, et charrie des algues et des débris de ces plantes marines, il ne serait pas surprenant qu'on eût trouvé dans l’estomac de quelques baleines franches , des sédiments de limon et des fragments de végétaux marins , quoique l'aliment qui convient au cétacée dont nous écrivons l’histoire ne soit composé que de substances véritablement animales.
Une nouvelle preuve du besoin qu'ont les baleines franches de se nourrir de mollusques et de crabes, est l’état de maigreur auquel elles sont réduites lorsqu'elles séjournent dans des mers où ces mollusques et ces crabes sont en très-petit nombre. Le capitaine Jacques Colnett a vu et pris de ces baleines dénuées de graisse, à seize degrés treize minutes de latitude boréale, dans le grand Océan équinoxial , auprès de Guatimala, et par conséquent dans la zone torride ‘. Elles étaient si maigres, qu’elles avaient à peine assez d’huile pour flotter; et lorsqu'elles furent dépecées , leurs carcasses coulèrent à fond comme des pierres pesantes.
Les qualités des aliments de la baleine franche donnent à ses excréments un peu de solidité , et une couleur ordinairement voisine de celle du safran , mais qui, dans certaines circonstances, offre des nuances rougeâtres, et peut fournir, suivant l’opinion de certains auteurs, une teinture assez belle et durable. Cette dernière propriété s’accorderaitavec ce quenous
4 À Voyage to the south Atlantic, for the purpose of extending the spermaceti whale fisheries, etc., by captain James Colnett, London, 4798,
avons dit dans plus d’un endroit de l'Histoire des poissons. Nous y avons fait observer que les mollusques non-seulement élaboraient cette substance, qui, en se durcissant autour d’eux, devenait une nacre brillante ou une coquille ornée des plus vives couleurs, mais encore paraissaient fournir aux poissons dont ils étaient la proie ia matière argentine qui se rassemblait en écailles resplendissantes du feu des diamants et des pierres précieuses. La chair et les sues de ces mollusques, décomposés et remaniés, pour ainsi dire , dans les organes de la baleine franche, ne produisent ni nacre, ni coquille, ni écailles vivement colorées, mais transmettraient à un des résultats de la digestion de ce cétacée des éléments de couleur plus ou moins nombreux et plus ou moins actifs.
Au reste , à quelque distance que la baleine franche doive aller chercher Paliment qui lui convient, elle peut la franchir avec une grande facilité ; sa vitesse est si grande, que ce cétacée laisse derrière lui une voie large et profonde, comme celle d’un vaisseau qui vogue à pleines voiles. Elle parcourt onze mètres par seconde. Elle va plus vite que les vents alizés; deux fois plus prompte, elle dépasserait les vents les plus impétueux; trente fois plus rapide, elle aurait franchi l’espace aussitôt que le son. En supposant que douze heures de repos lui suffisent par jour , il ne lui faudrait que quarantesept jours ou enviren pour fairele tour du monde en suivant l'équateur, et vingt-quatre jours pour aller d’un pôle à l’autre, le long d’un méridien.
Comment se donne-t-elle cette vitesse prodigieuse? par sa caudale, mais surtout par sa
Ses muscles étant non-seulement très-puissants, mais très-souples , ses mouvements sont faciles et soudains. L’éclair n’est pas plus prompt qu’un coup de sa caudale. Cette nageoire, dont la surface est quelquefois de neuf ou dix mètres carrés, et qui est horizontale, frappe l’eau avec violence , de haut en bas, ou de bas en haut, lorsque l’animal a besoin , pour s'élever, d’éprouver de la résistance dans le fluide au-dessus duquel sa queue se trouve, ou que, tendant à s’enfoncer dans l’océan, il cherche un obstacle dans la couche aqueuse qui recouvre sa queue. Cependant, Jorsque la baleine part des profondeurs de l'océan pour monter jusqu’à la surface de la mer,
DES BALEINES
et qué sa caudale agit plusieurs fois de haut en bas, il est évident qu’elle est obligée, à chaque coup, de relever sa caudale pour la rabaisser ensuite. Elle ne la porte cependant vers le haut
qu’avec lenteur, au lieu que c’est avec rapidité qu’elle la ramène vers le bas jusqu’à la ligne horizontale et même au-delà.
Par une suite de cette différence, l’action que le cétacée peut exercer de bas en haut, et qui l’empêcherait de s’élever, est presque nulle relativement à celle qu’il exerce de haut en bas; et ne perdant presque aucune partie de la grande force qu’il emploie pour son ascension, il monte avec une vitesse extraordinaire.
Mais, lorsqu’au lieu de monter ou de descendre, la.baleine veut s’avancer horizontalement, elle frappe vers le haut et vers le bas avec une égale vitesse; elle agit dans les deux sens avec une force égale; elle trouve une égale résistance; elle éprouve une égale réaction. La caudalenéanmoins, en se portant vers le bas et vers le haut, et en se relevant ou se rabaissant ensuitecomme un ressort puissant, est hors de la ligne horizontale; elle est pliée sur l’extrémité de la queue à laquelle elle est attachée ; elle forme avec cette queue un angle plus ou moins ouvert et tourné alternativement vers le fond de l’océan et vers l'atmosphère ; elle présente donc aux couches d’eau supérieures et aux couches inférieures une surface inclinée; elle reçoit, pour ainsidire, leur réaction sur un plan incliné.
Quelles sont les deux d rections dans lesquelles elle est repoussée ?
Lorsque , après avoir été relevée, et descendant vers la ligne horizontale , elle frappe la couche d’eau inférieure, il est clair qu’elle est repoussée dans une ligne dirigée de bas en haut, mais inclinée en avant. Lorsqu’au contraire, après avoir été rabaissée elle se relève vers la ligne horizontale pour agir contre la couche d’eau supérieure, la réaction qu’elle recoit est dans le sens d’une ligne dirigée de haut en bas, et néanmoins inclinée en avant. L’impulsion supérieure et l’impulsion inférieure se succédant avec tant de rapidité, que leurs effets doivent être considérés comme simultanés, la caudale est donc poussée en même temps dans deux directions qui tendent l’une vers le haut, et l’autre vers le bas. Mais ces deux directions sont obliques; mais elles partent en quelque sorte du même point ; mais elles forment un angle ; mais elles peuvent être regardées comme les
deux côtés contigus d’un parallélogramme. La caudale et par conséquent la baleine, dont tout le corps partage le mouvement de cette nageoire, doivent donc suivre la diagonale de ce parallélogramme, et par conséquent se mouvoir en avant. La baleine parcourt une ligne horizontale, si la répulsion supérieure et la répulsion inférieure sont égales : elle s’avance en s’élevant, si Ja réaction qui vient d’en-bas l’emporte sur l’autre ; elle s’avance en s’abaissant, si la répulsion produite par les couches supérieures est la plus forte ; et la diagonale qu’elle décrit est d’autant plus longue dans un temps donné, ou, ce qui est la même chose, sa vitesse est d’autant plus grande que les couches d’eau ont été frappées avec plus de vigueur, que les deux réactions sont plus puissantes , et que l’angle formé par les directions de ces deux forces est plus aigu.
Ce que nous venons de dire explique pourquoi, dans les moments où la baleine veut monter verticalement, elle est obligée, après avoir relevé sa caudale, et à l'instant où elle veut frapper l’eau , non-seulement de ramener cette nageoire jusqu’à la ligne horizontale, comme lorsqu'elle ne veut que s’avancer horizontalement , mais même de la lui faire dépasser vers le bas, En effet, sans cette précaution, la caudale, en se mouvant sur son articulation, en tournant sur l’extrémité de la queue comme sur une charnière, et en ne retombant cependant que jusqu’à la ligne horizontale, serait repoussée de bas en haut sans doute, maïs dans une ligne inclinée en avant , parce qu’elle aurait agi elle-même par un plan incliné sur Ja couche d’eau inférieure. Ce n’est qu'après avo'r dépassé la ligne horizontale, qu’elle reçoit de la couche inférieure une impulsion qui tend à la porter de bas en haut, et en même temps en arrière , et qui , se combinant avec la première répulsion , laquelle est dirigée vers le haut et obliquement en avant, peut déterminer la caudale à parcourir une diagonale qui se trouve la ligne verticale, et par conséquent forcer la baleine à monter verticalement.
Un raisonnement semblable démontrerait pourquoi la baleine qui veut descendre dans une ligne verticale est obligée , après avoir rabaissé sa caudale, de la relever contre les couches supérieures, non-seulement jusqu’à la ligne horizontale, mais même au-dessus de cette
ligne.
effets que nous venons d'exposer, lorsqu’on saura de quelle maniere ja baleine franche est plongée dans l’eaa , même lorsqu’elle nage à la surface de la mer. On peut commencer d’en avoir uneidée nette, en jetant les yeux sur les dessins que sir Joseph Bancks, mon illustre confrère, a bien voulu m'envoyer, que j’ai fait graver, et qui représentent la baleine nord-caper. Qu'on regarde ensuite le dessin qui représente la baleine franche , et que l’on sache que lorsqu’elle nage même au plus haut des eaux, elle est assez enfoncée dans le fluide qui la soutient, pour qu’on n’apercoive que le sommet de sa tête et celui de son dos. Ces deux sommités s’élèvent seules au-dessus de la surface de la mer. Elles paraissent comme deux portions de sphère séparées; car l’enfoncement compris entre le dos et la tête est recouvert par l’eau ; et du haut de la sommité antérieure, mais très-près de la surface des flots, jaillissent les deux colonnes aqueuses que la baleine franche lance par ses évents.
La caudale est done placée à une distance de la surface de l'Océan, égale au sixième ou à peu près de la longueur totale du cétacée; et par conséquent, il est des baleines où cette nageoire est surmontée par une couche d’eau épaisse de six ou sept mètres.
La caudale cependant n’est pas pour la baleine le plus puissant instrument de natation.
La queue de ce cétacée exécute, vers la droite ou vers la gauche, à la volonté de l’animal, des mouvements analogues a ceux qu’il imprime à sa caudale; et dès lors cette queue doit lui servir, non-seulement à changer de direction et à tourner vers la gauche ou vers la droite, mais encore à s’avancer horizontalement. Quelle différence cependant entre les effets que la caudale peut produire, et la vitesse que la baleine peut recevoir de sa queue qui, mue avec agilité comme la caudale , présente des dimensions si supérieures à celles de cette nageoire! C’est dans cette queue que réside la véritable puissance de la baleine franche ; c'est le grand ressort de sa vitesse; c’est le grand levier avec lequel elle ébranle, fracasse et anéantit ; ou plutôt toute la force du cétacée réside dans l’ensemble formé par sa queue et par la nageoire qui la termine. Ses bras, ou, sion l’aime mieux, ses nageoires pectorales, peuvent bien ajouter à la facilité avec laquelle la baleine change lin-
Au reste, on comprendra encore mieux les
tensité ou la direction de ses mouvements, repousse ses ennemis ou leur donne la mort; mais , nous le répétons , elle a reçu ses rames proprement dites, son gouvernail, ses armes, sa lourde massue, lorsque la nature a donné à sa queue et à la nageoire qui y est attachée, la figure, la disposition , le volume, la masse, la mobilité, la souplesse, la vigueur qu’elles montrent, et par le moyen desquelles elle a pu tant de fois briser ou renverser et submerger de grandes embarcations.
Ajoutons que la facilité avec laquelle la ba-
leine franche agite non-seulement ses deux bras, mais encore les deux lobes de sa caudale, indépendamment l’un de l’autre, est pour elle un moyen bien utile de varier ses mouvements , de fléchir sa route, de changer sa position, et particulièrement de se coucher sur le côté, de se renverser sur le dos , et de tourner à volonté sur l’axe que l’on peut supposer dans le sens de sa plus grande longueur.
S’il est vrai que la baleine franche a au-dessous de la gorge un vaste réservoir qu’elle gonfle en y introduisant de l'air de l’atmosphère , et qui ressemble plus ou moins à celui que nous ferons reconnaitre dans d’autres énormes cétacées !, elle est aidée dans plusieurs circonstances de ses mouvements, de ses voyages, de ses combats, par une nouvelle et grande cause d’agilité et de succès.
Mais, quoi qu’il en soit, comment pourrait-on être étonné des effets terribles qu’une baleine
franche peut produire, si l’on réfléchit au eal-.
cu} suivant ?
Une baleine franche peut peser plus de cent cinquante mille kilogrammes. Sa masse est donc égale à celle de cent rhinocéros, ou de cent hippopotames , ou de cent éléphants ; elle est égale à celle de cent quinze millions de quelques-uns des quadrupèdes qui appartiennent à la famille des rongeurs et au genre des musaraignes. 11 faut multiplier les nombres qui représentent cette masse, par ceux qui dési-
gnent une vitesse suffisante pour faire parcou-
rir à la baleine onze mètres par seconde. Il est évident que voilà une mesure de la force de la baleine. Quel choc ce eétacée doit produire!
Un boulet de quarante-huit a sans doute une vitesse cent fois plus grande; mais comme sa
4 Voyez, dans l'article de la baleinoptère museau-pointu |
(baleine à bec), la description d'un réservoir d'air que l'on trouve au-dessous du cou de cette baleinoptère.
DES BALEINES. | si
masse est au moins six mille fois plus petite, sa force n’est que le soixantième de celle de la baleine. Le choc de ce cétacée est done égal à celui de soixante boulets de quarante-huit. Quelle terrible batterie! et cependant, lorsqu'elle agite une grande païtie de sa masse, lorsqu’elle fait vibrer sa queue, qu’elle lui imprime un
mouvement bien supérieur à celui qui fait par-
courir onze mètres par seconde, qu’elle lui donne, pour ainsi dire, la rapidité de l'éclair, quel violent coup de ue elle doit frapper !
Est-on surpris maintenant que , lorsque des bâtiments l’assiégent dans une baie , elle n’ait besoin que de Dauer et de se réleyee avec violence au-dessous de ces vaisseaux, pour les soulever , les culbuter, les couler à fond , disperser cette faible barrière, et cingler en vainqueur sur le vaste océan ! ?
A la force individuelle les baleines franches peuvent réunir la puissance que donne le nombre, Quelque troublées qu’elles soient maintenant dans leurs-retraites boréales , elles vont encore souvent par troupes. Ne se disputant pas une nourriture qu’elles trouvent ordinairement
en très-grande abondance , et n’étant pas habi- .
tuellement agitées par des passions violentes , elles sont naturellement pacifiques , douces, et entrainées les unes vers les autres par une sorte d'affection quelquefois assez vive et même assez constante. Mais si elles n’ont pas besoin de se défendre les unes contre les autres, elles peuvent être contraintes d'employer leur puissance pour repousser des ennemis dangereux, ou d’avoir recours à quelques manœuvres pour se délivrer d'attaques importunes, se débarrasser d’un concours fatigant , et faire cesser des douleurs trop prolongées.
Un insecte de la famille des . et auquel on a donné le nom de Pou D , tourmente beaucoup la baleine franche. I] s’attache si fortement à la peau de ce cétacée, qu’on la déchire plutôt que de l'en arracher. I] se cramponne particulièrement à la commissure des nageoires , aux lèvres, aux parties de la génération, aux endroits les plus sensibles , et où la baleïne ne peut pas, en se frottant , se délivrer de cet ennemi dont les morsures sont très-douloureuses et très-vives , surtout pendant le temps des chaleurs.
4 On peu’ voir, dans l'ouvrage du savait professeur Schneider sur la Synonymie des poissons et des cétacées décrits par Artédi , le passage d'Albert , qu'il cite page 465.
D’autres insectes pullulent aussi sur son corps. Très-souvent épaisseur de ses téguments la préserve de leur piqûre , et même du sentiment de leur présence ; mais, dans quelques circonstances , ils doivent l’agiter , comme la mouche du désert rend furieux le lion et la panthère, au moins, s’il est vrai, ainsi qu’on l’a écrit, qu'ils se multiplient quelquefois sur la langue de ce cétacée, la rongent et la dévorent , au point de la détruire presque en entier, et de donner la mort à la baleine.
Ces insectes et ces crustacées attirent fréquemment sûr le dos de la baleine franche un grand nombre d'oiseaux de mer qui aiment à se nourrir de ces crustacées et de ces insectes , les cherchent sans crainte sur ce large dos, et débarrassent le cétacée de ces animaux incommodes, comme le pique-bœuf délivre les bœufs qui habitent les plaines brûlantes de lPAfrique des larves de taons ou d’autres insectes fatigants et funestes.
Aussi n’avons-nous pas été surpris de lire , dans le Voyage du capitaine Colnett autour du cap de Horn et dans le grand Océan, que depuis ile Grande de l'Océan Atlantique, jusqu’auprès des côtes de la Californie, il avait vu des troupes de pétrels bleus accompagner les baleines franches ‘.
Mais voici trois ennemis de la baleine, remarquables par leur grandeur, leur agilite, leurs forces et leurs armes. Ils la suivent avec acharnement, ils la combattent avec fureur ; et cependant reconnaissons de nouveau la puissance de la baleine franche : leur audace s’évanouit devant elle , s’ils ne peuvent pas, réunis plusieurs ensemble , concerter différentes attaques simultanées , combiner les efforts suecessifs de divers combattants, et si elle n’est pas encore trop jeune pour présenter tous les attributs de l'espèce.
Ces trois ennemis sont le squale scie, le cétacée auquel nous donnons le nom de Dauphin gladiateur, et le squale requin.
Le squale scie, que les pêcheurs nomment souvent Vivelle, rencontre-t-il une baleine frarche dont l’âge soit encore très-peu avancé et la vigueur peu développée, il ose, si la faim le dévore, se jeter sur ce cétacée.
La jeune baleine, pour le repousser, enfonce sa tête dans l’eau , relève sa queue, l'agite et frappe des deux côtés.
VA Voyage ete., by James Golnett. London, 1798,
Si elle atteint son ennemi, elle l’accable, le tue , l’écrase d’un seul coup. Maïs le squale se précipite en arrière , l’évite, bondit , tourne et retourne autour de son adversaire, change à chaque instant son attaque, saisit le moment le plus favorable , s’élance sur la baleine, enfonce dans son dos la lame longue , osseuse et dentelée , dont son museau est garni, la retire avec violence , blesse profondément le jeune cétacée , le déchire, le suit dans les profondeurs de l’océan , le force à remonter vers la surface de la mer , recommence un combat terrible, et, s’il ne peut lui donner la mort, expire en frémissant.
Les dauphins gladiateurs se réunissent, forment une grande troupe, s’avancent tous ensemble vers la baleine franche, l’attaquént de toutes parts , la mordent , la harcèlent , la fatiguent, la contraignent à ouvrir sa gueule, et, se jetant sur sa langue , dont on dit qu’ils sont très-avides , la mettant en pièces , et l’arrachant par lambeaux, causent des douleurs insupportables au cétacée vaincu par le nombre, et l’ensanglantent par des blessures mortelles.
Les énormes requins du.Nord, que quelques navigateurs ont nommés Ours de mer à cause de leur voracité, combattent la baleine sous l’eau : ils ne cherchent pas à se jeter sur sa langue; mais ils parviennent à enfoncer dans son ventre les quintuples rangs de leurs dents pointues et dentelées, et lui enlèvent d’énormes morceaux de téguments et de muscles,
Cependant un mugissement sourd exprime, a-t-on dit, et les tourments et la rage de la baleine.
Une sueur abondante manifeste l’excès de sa lassitude et le commencement de son épuisement. Elle moutre par là un nouveau rapport avec les quadrupèdes , et particulièrement avec le cheval. Mais cette transpiration a un caractère particulier : elle est, au moins en grande partie, le produit de cette substance graisseuse que nous avons vue distribuée au-dessous de ses téguments , et que des mouvements forcés et une extrême lassitude font suinter par les pores de la peau. Une agitation violente et une natation très-rapide peuvent donc, en se prolongeant trop longtemps, ou en revenant trèsfréquemment, maigrir la baleine franche, comme le défaut d’une nourriture assez Copieuse et assez substantielle.
Au reste, cette sueur, qui annonce la dimi-
nution de ses forces, n'étant qu’une transpiration huileuse ou graisseuse très-échauffée , il n’est pas surprenant qu’elle répande une odeur souvent très-fétide; et cette émanation infecte est une nouvelle cause qui attire les oiseaux de mer autour des troupes de baleines franches, dont elle peut leur indiquer de loin la présence.
Cependant la baleine blessée, privée de presque tout son sang, harassée, excédée, accablée par ses propres efforts, n’a plus qu’un faible reste de sa vigueur et de sa puissance.
L'Ours blanc, ou plutôt l'Ours maritime, ce vorace et redoutable animal que la faim rend si souvent plus terrible encore, quitte alors les banes de glace ou les rives gelées sur lesquels il se tient en embuscade, se jette à la nage, arrive jusqu’à ce cétacée, ose l’attaquer. Mais, Œuoique expirante, elle montre encore qu’elle est le plus grand des animaux : elle ranime ses forces défaillantes; et peu d’instants même avant sa mort, un coup de sa queue immole l'ennemi trop audacieux qui a cru ne trouver en elle qu’une victime sans défense. Elle peut d'autant plus faire ce dernier effort, que ses muscles sont très-susceptibles d’une excitation soudaine. IIS conservent une grande irritabilité longtemps après la mort du cétacée : ils sont par conséquent très-propres à montrer les phénomènes électriques auxquels on a donné le nom de galvanisme ; et un physicien attentif ne manquera pas d'observer que la baleine franche non-seulement. vit au milieu des eaux comme la Raie Torpille , le Gymnole engourdissant , le Malaplérure électrique, ete., mais encore est imprégnée, comme ces poissons, d’une grande quantité de substance huileuse et idioélectrique.
Le cadavre de la baleine flotte sur la mer.
L'ours maritime, les squales, les oiseaux de mer, se précipitent alors sur cette proie facile, la déchirent et la dévorent.
Mais cet ours maritime n’insulte ainsi , pour ainsi dire, aux derniers moments de la jeune baleine , que dans les parages polaires , les seuls qu’il infeste ; et la baleine franche habite dans tous les climats. Elle appartient aux deux hémisphères, ou plutôt les mers australes et les mers boréales lui appartiennent.
Disons maintenant quels sont les endroits qu’elle parait préférer.
Quels sont les rivages, les continents et les
DES BALEINES
îles auprès desquels on l’a vue, ou les mers dans lesquelles on l’a rencontrée?
Le Spitzherg , vers le quatre-vingtième degré de latitude ; le nouveau Groenland, l’Islande, le vieux Groenland, le détroit de Davis, le Canada, Terre-Neuve, la Caroline, cette partie de l’Océan atlantique austral qui est siiuée au quarantième degré de latitude et vers le trente-sixième degré de longitude occidentale, à compter du méridien de Paris ; l’île Mocha, placée également au quarantième degré de latitude , et voisine des côtes du Chili, dans le grand Océan méridional ; Guatimala, le golfe de Panama , les îles Gallapago , et les rivages occidentaux du Mexique , dans la zohe torride; le Japon, la Corée, les Philippines, le cap de Galles, à la pointe de l’ile de Ceylan; les environs du golfe Persique , l’ile de Socotora , près de l’Arabie heureuse; la côte orientale d’Afrique, Madagascar, la baie de Sainte-Hélène, la Guinée , la Corse, dans la Méditerranée; le golfe de Gascogne, la Baltique , la Norwége.
Nous venons , par la pensée, de faire le tour du monde; et dans tous les climats , dans toutes les parties de l'Océan, nous voyons que la baleine franche s’y est montrée. Mais nous avons trois considérations importantes à présenter à ce sujet.
Premièrement , on peut croire qu’à toutes les latitudes on a vu les baleines franches réunies plusieurs ensemble, pourvu qu’on les rencontrât dans l'Océan; et ce n’est presque jamais que dans de petites mers , dans des mers intérieures et très-fréquentées, comme la Méditerranée , que ces cétacées , tels que la baleine franche prise près de l’ile de Corse en 1620, ont paru isolés , après avoir été apparemment rejetés de leur route, entraînés et égarés par quelque grande agitation des eaux.
Secondement , les anciens Grecs , et surtout Aristote, ses contemporains , et ceux qui sont venus après lui, ont pu avoir des notions trèsmultipliées sur les baleines franches , non-seulement parce que plusieurs de ces baleines ont pu entrer accidentellement dans la Méditerranée , dont ils habitaient les bords , mais encore à cause des relations que la guerre et le commerce avaient données à la Grèce avec la mer d’Arabie , celle de Perse, et les golfes du Sinde et du Gange, que fréquentaient les cétacées dont nous parlons , et où ces baleines franches
devaient être plus nombreuses que de nos jours. F
Troisièmement , les géographes apprendront avec intérêt que pendant longtemps on à vu tous les ans près des côtes de la Corée , entre le Japon et la Chine, des baleines dont le dos était encore chargé de harpons lancés par des pêcheurs européens près des rivages du Spitzberg ou du Groenland *.
Il est donc au moins une saison de l’année où la mer est assez dégagée de glaces pour livrer un passage qui conduise de l'Océan atlantique septentrional dans le grand Océan boréal , au travers de l’Océan glacial arctique.
Les baleines harponnées dans le nord de l'Europe, et retrouvées dans le nord de l'Asie, ont dû passer au nord de la nouvelle Zemble , s'approcher très-près du pôle, suivre presque un diamètre du cercle polaire , pénétrer dans le grand Océan par le détroit de Behring, traverser le bassin du même nom, voguer le long du Kamtschatka, des îles Kuriles, de l’ile de Jéso , et parvenir jusque vers le trentième degré de latitude boréale, près de l’embouchure du fleuve qui baigne les murs de Naukin.
Elles ont dû, pendant ce long trajet, parcourir une ligne au moins de quatre-vingts degrés, ou de mille myriamètres : mais , d’après ce que nous avons déjà dit, il est possible que, pour ce grand voyage , elles n’aïent cu besoin que de dix ou onze jours.
Et quel obstacle la température de l'air Rgurrait-elle opposer à la baleine franche ? Dans les zones brülantes, elle trouve aisément au fond des eaux un abri ou un soulagement contre les effets de la chaleur de l’atmosphère. Lorsqu’elle nage à la surface de l'Océan équinoxial, elle ne craint pas que l’ardeur du soleil de la zone torride dessèche sa peau d’une manière funeste , comme les rayons de cet astre desséchent, dans quelques circonstances , la peau de l’éléphant et des autres pachydermes ; les téguments qui revêtent son dos, continuellement arrosés par les vagues , ou submergés à sa volonté lorsqu'elle sillonne pendant le calme la surface unie de la mer , ne cessent de conserver toute la souplesse qui lui est nécessaire: et lorsqu’elle s’approche du pôle , n’est-elle pas garantie des effets nuisibles du froid par la couche épaisse de graisse qui la recouvre ?
Si elle abandonne certains parages, c’est done principalement ou pour se procurer une
‘ Duhamel , Traité des pêches; pêcue de la baleine , ete, Hi
nourriture plus abondante, ou pour chercher à se dérober à la poursuite de l’homme.
Dans le douzième, le treizième et le quatorzième siècle, les baleines franches étaient si répandues auprès des rivages français , que la pêche de ces animaux y était très-lucrative ; mais, harcelées avec acharnement, elles se retirèrent vers des latitudes plus septentrionales.
L’historien des pêches des Hollandais dans les mers du nord dit que les baleines franches, trouvant une nourriture abondante et un repos très-peu troublé auprès des côtes du Groenland, de l’ile de J. Mayen, et du Spitzberg, y étaient très-multipliées ; mais que les pêcheurs des différentes nations arrivant dans ces parages , se les partageant comme leur domaine , et ne cessant d’y attaquer ces grands cétacées , les baleines franches , devenues farouches , abandonnèrent des mers où un combat succédait sans cesse à un autre combat , se réfugièrent vers les glaces du pôle, et conserveront cet asile jusqu’à l’époque où , poursuivies au milieu de ces glaces les plus septentrionales , elles reviendront vers les côtes du Spitzherg et les baïes du Groenland , qu’elles habitaient paisiblement avant l’arrivée des premiers navigateurs.
Voilà pourquoi plus on approche du pôle, plus on trouve de bancs de glace , et plus les baleines que l’on rencontre sont grosses , chargées de graisse huileuse, familières, pouŸ ainsi dire, et faciles à ses
Et voilà pourquoi encore les grandes baleines franches que l’on voit en deçà du soixantième degré de latitude , vers le Labrador, par exemple, et vers le Canada , paraissent presque toutes blessées par des harpons lancés dans les parages polaires.
On assure néanmoins que pendant l’hiver les baleines disparaissent d’auprès des rivages envahis par les glaces, quittent le voisinage du pôle, et s’avancent dans la zone tempérée, jusqu’au retour du printemps. Mais , dans cette migration périodique, elles ne doivent pas fuir un froid qu’elles peuvent supporter; elles n’évitent pas les effets directs d’une température rigoureuse ; elles ne s’éloignent que de ces croûtes de glace , ou de ces masses congelées , durcies , immobiles et profondes , qui ne leur permettraient ni de chercher leur nourriture sur les bas-fonds , ni de venir à la surface de l’Océan respirer l'air de l’atmosphère, sans lequel elles ne peuvent vivre.
Lorsqu'on réfléchit aux troupes nombreuses de baleines franches qui dans des temps trèsreculés habitaient toutes les mers ,à l’énormité de leurs os , à la nature de ces parties osseuses, à la facilité avec laquelle ces portions compactes et huileuses peuvent résister aux effets de l’humidité, on n’est pas surpris qu’on ait trouvé des fragments de squelette de baleine dans plusieurs contrées du globe, sous des couches plus ou moins épaisses ; ces fragments ne sont que de nouvelles preuves du séjour de l’Océan au-dessus de toutes les portions de la terre qui sont maintenant plus élevées que le niveau des mers.
Et cependant, comment le nombre de ces cétacées ne serait-il pas très-diminué ?
Il y à plus de deux ou trois siècles que les Basques, ces marins intrépides, les premiers qui aient osé affronter les dangers de l’Océan glacial et voguer vers le pôle arctique , animés par le succès avec lequel ils avaient pêché la baleine franche dans le golfe de Gascogne , s’avancèrent en haute mer, parvinrent, après différentes tentatives , jusqu'aux côtes d'Islande et à celles du Groenland , développèrent toutes les ressources d’un peuple entreprenant et laborieux, équipèrent des flottes de cinquante ou soixante navires , et, aidés par les Islandais, trouvèrent dans une pêche abondante le dédommagement de leurs peines et la cc de leurs efforts.
Dès la fin du seizième siècle ; en 1598 , sous le règne d’Élisabeth , les fee , qui pr été obligés jusqu’à cette époque de se servir des Basques pour la pêche de la baleine, l’extraction de l’huile, et même, suivant MM. Pennant et Hackluyts, pour le radoub des tonneaux, envoyèrent dans le Groenland des navires destinés à cette même pêche.
Dès 1608, ils s’'avancèrent jusqu’au quatrevingtième degré de latitude septentrionale, et prirent possession de l’île de J. Mayen, et du Spitzherg, que les Hollandais avaient découvert en 1596.
On vit dès 1612 ces mêmes Hollandais , aidés par les Basques , qui composaient une partie de leurs équipages et dirigeaient leurs tentatives, se montrer sur les côtes du Spitzberg, sur celles du Groenland, dans le détroit de Davis, résister avec constance aux efforts que les Anglais ne cessèrent de renouveler afin de leur interdire les parages fréquentés par les baleines
de MEL
DES BALEINES
franches, et faire construire avec soin dans leur patrie les magasins, les ateliers et Îles fourneaux nécessaires pour tirer le parti le plus avantageux des produits de la prise de ces cétacées.
D’autres peuples , encouragés par les succès des Anglais et des Hollandais , les Brémois , les Hambourgeoïis , les Danois, arrivèrent dans les mers du Nord : tout concourut à la destruction de la baleine ; leurs rivalités se turent ; ils partagèrent les rivages les plus favorables à leur entreprise ; ils élevèrent paisiblement leurs fourneaux sur les côtes et dans le fond des baies qu’ils avaient choisies ou qu’on leur avait cédées.
Les Hollandais particulièrement , réunis en compagnies , formèrent de grands établissements sur les rivages du Spitzherg , de l’île de J. Mayen, de l'Islande, du Groenland , et du détroit de Davis, dont les golfes et les anses étaient encore peuplés d’un grand nombre de cétacées.
Ils fondèrent dans l’île d'Amsterdam le village de Smeerenbourg (bourg de la fonte); ils y bâtirent des boulangeries , des entrepôts , des boutiques de diverses marchandises , des cabarets, des auberges ; ils y envoyèrent , à la suite de leurs escadres pêcheuses , des navires chargés de vin, d'eau-de-vie, de tabac, de différents
comestibles.
On fondit dans ces établissements , ainsi que dans les fourneaux des autres nations , presque tout le lard des baleines dont on s’était rendu maître ; on y prépara l'huile que donnait cette fonte ; un égal nombre de vaisseaux put rapporter le produit d’un plus grand nombre de ces animaux.
Les baleines franches étaient encore sans méfiance ; une expérience cruelle ne leur avait pas appris à reconnaître les piéges de l’homme et à redouter l’arrivée de ses flottes : loin de les fuir, elles nageaïent avec assurance le long des côtes et dans les baies les plus voisines ; elles se montraient avec sécurité à la surface de la mer ; elles environnaient en foule les navires ; se jouant autour de ces bâtiments, elles se livraient, pour ainsi dire, à l’avidité des pêcheurs, et les escadres les plus nombreuses ne pouvaient emporter la dépouille que d’une petite partie de celles qui se présentaient d’ellesmêmes au harpon.
En 1672, le gouvernement anglais encouragea par une prime la pêche de la baleine.
En 1695, la compagnie anglaise formée pour cette même pêche était soutenue par des souscriptions dont la valeur montait à 82,000 livres sterling.
Le capitaine hollandais Zorgdrager, qui commandait le vaisseau nommé les Quatre-Frères, rapporte qu’en 1697 il se trouva dans une baie du Groenland, avec quinze navires brémois qui avaient pris cent quatre-vingt-dix baleines ; cinquante bâtiments de Hambourg, qui en avaient harponné cinq cent quinze; et cent vingt et un vaisseaux hollandais, qui en avaient pris douze cent cinquante-deux.
Pendant près d’un siècle, on n’a pas eu besoin , pour trouver de grandes troupes de tes cétacées de toucher aux plages de glace : on se contentait de faire voile vers le Spitzberg et les autres iles du nord; et l’on fondait dans les fourneaux de ces contrées boréales une si grande quantité d’huile de baleine, que les navires pêcheurs ne suffisaient pas pour la rapporter, et qu’on était obligé d'envoyer chercher une partie considérable de cette huile par d’autres bâtiments.
Lorsque ensuite les baleines franches furent devenues si farouches dans les environs de Smeerenbourg et des autres endroits fréquentés par les pêcheurs, qu’on ne pouvait plus ni les approcher ni les surprendre, ni les tromper et les retenir par des appâts, on redoubla de patience et d'efforts. On ne cessa de les suivre dans leurs retraites successives. On put d’autant plus aisément ne pas s’écarter de leurs traces, que ces animaux paraissaient n’abandonner qu’à regret les plages où ils avaient pendant tant de temps vogué en liberté, et les banes de sable qui leur avaient fourni l’aliment qu’ils préfèrent. Leur migration fut lente et progressive : elles ne s’éloignèrent d’abord qu’à de petites distances ; et lorsque , voulant, pour ainsi dire , le repos par-dessus tout , elles quittèrent une patrie trop fréquemment troublée, abandonnèrent pour toujours les côtes, les baïes, les bancs auprès desquels elles étaient nées, et allèrent au loin se réfugier sur les bords des glaces , elles virent arriver leurs ennemis d'autant plus acharnés contre elles , que pour les atteindre ils avaient été forcés de braver les tempêtes et la mort.
En vain un brouillard , une brume , un orage >
un vent impétueux, empêchaient souvent qu’on ne poursuivit celles que le harpon avait percées ; en vain ces cétacées blessés s’échappaient quelquefois à de si grandes distances, que l’équipage du canot pêcheur était obligé de couper la ligne attachée au harpon, et qui, l’entrainant avec vitesse, l’aurait bientôt assez éloigné des vaisseaux pour qu’il fût perdu sur la surface des mers ; en vain les baleines que la lance avait ensanglantées avertissaient par leur fuite précipitée celles que l’on n’avait pas encore découvertes de l’approche de l’ennemi : le courage ou plutôt l’audace des pêcheurs surmontait tous les obstacles. Ils montaient au haut des mâts pour apercevoir de loin les cétacées qu’ils cherchaient; ils affrontaient les glacons flottants, et, voulant trouver leur salut dans le danger même, ils amarraient leurs bâtiments aux extrémités des glaces mouvantes.
Les baleines, fatiguées enfin d’une guerre si longue et si opiniâtre , disparurent de nouveau, s’enfoncèrent sous les glaces fixes , et choisirent particulièrement leur asile sous cette croûte immense et congelée que les Bataves avaient nommée Westys (la glace de l’ouest).
Les pêcheurs allèrent jusqu’à ces glaces immobiles, au travers de glaçons mouvants, de montagnes flottantes ,et par conséquent de tous les périls ; ils les investirent; et s’approchant dans leurs chaloupes de ces bords glacés, ils épièrent avec une constance merveilleuse les moments où les baleines étaient contraintes de sortir de dessous leur voûte gelée et protectrice, pour respirer l’air de l'atmosphère.
Immédiatement avant la guerre de 1744, les Basques se livraient encore à ces nobles et périlleuses entreprises, dont ils avaient les premiers donné le glorieux exemple.
Bientôt après, les Anglais donnèrent de nouveaux encouragements à la pêche de la baleine, par la formation d’une société respectable, par l'assurance d’un intérêt avantageux , par une prime très-forte, par de grandes récompenses distribuées à ceux dont la pêche avait été la plus abondante, par des indemnités égales aux pertes éprouvées dans les premières tentatives, par une exemption de droits sur les objets d’approvisionnement , par la liberté la plus illimitée accordée pour la formation des équipages que dans aucune circonstance une Jevée forcée de matelots ne pouvait atteindre ni inquiéter,
Avant la révolution qui a crééles États-Unis, les habitants du continent de l'Amérique sep: tentrionale avaient obtenu, dans la pêche de la baleine, des succès qui présageaient ceux qui leur étaient réservés. Dès 1765 , Anticost , Rhode-fsland, et d’autres villes américaines, avaient armé un grand nombre de navires.
Deux ans après, les Bataves envoyèrent cent trente-deux navires pêcheurs sur les côtes du Groenland , et trente-deux au détroit de Davis. En 1768, le grand Frédéric, dont les vues politiques étaient aussi admirables que les talents militaires, ordonna que la ville d'Embden équipât plusieurs navires pour la pêche des baleines franches. En 1774, une compagnie suédoise, très-favorisée , fut établie à Gothembourg, pour envoyer pêcher dans le détroit de Davis et près des rivages du Groenland. En 1775, le roi de Danemarck donna des bâtiments de l’état à une compagnie établie à Berghem pour le même objet. Le parlement d'Angleterre augmenta, en 1779, les faveurs dont jouissaient ceux qui prenaient part à la pêche de la baleine. Le gouvernement français ordonna , en 1784, qu’on armât à ses frais six bâtiments pour la même pêche, et engagea plusieurs familles de l’ile de Nantuckett, très-habiles et très-exercées dans l’art de la pêche, à venir s’établir à Dunkerque. Les Hambourgeois ont encore envoyé, en 1789, trente-deux navires au Groenland, ou au détroit de Davis. Et comment un peuple navigateur et éclairé n’aurait-il pas cherché à commencer, conserver ou perfectionner des entreprises qui procurent une si grande quantité d’objets de commerce nécessaires ou précieux, emploient tant de constructeurs, donnent des bénéfices considérables à tant de fournisseurs d’agrès, d’apparaux ou de vivres , font mouvoir tant de bras, et forment les matelots les plus sobres, les plus robustes,
Jes plus expérimentés , les plus intrépides.
En considérant un si grand nombre de résultats importants , pourrait-on être étonné de Vattention , des soins, des précautions multipliées, par lesquels on tâche d’assurer ou d’accroître les succès de la pêche de la baleine?
Les navires qu’on emploie à cette pêche ont ordinairement de trente-cinq à quarante mètres de longueur. On les double d’un bordage de chêne assez épais et assez fort pour résister au choc des glaces. On leur donne à chacun depuis six jusqu’à huit ou neuf chaloupes, d’un peu
DES BALEINES
plus de huit mètres de longueur , de deux mètres ou environ de largeur, et d’un mètre de profondeur, depuis le plat-bord jusqu’à la quille. Un ou deux harponneurs sont destinés pour chacune de ces chaloupes pêcheuses. On les choisit assez adroits pour percer la baleine , encore éloignée, dans l’endroit le plus convenable; assez habiles pour diriger la chaloupe suivant la route de la baleine franche, même lorsqu’elle nage entre deux eaux ; et assez expérimentés pour juger de l’endroit où ce cétacée élèvera le sommet de sa tête au-dessus de la surface de la mer, afin de respirer par ses évents l’air de l’atmosphère.
Le harpon qu’ils lancent est un dard un peu pesant et triangulaire, dont le fer, long de près d’un mètre, doit être doux , bien corroyé, trèsaffilé au bout, tranchant des deux côtés, et barbelé sur ses bords. Ce fer, ou le dard proprement dit, se termine par une douille de près d’un mètre de longueur, et dans laquelle on fait entrer un manche très-gros , et long de deux ou trois mètres. On attache au dard même, ou à sa douille, la ligne, qui est faite du plus beau chanvre, et que l’on ne goudronne pas, pour qu’elle conserve sa flexibilité, malgré le froid extrême que l’on éprouve dans les parages où l’on fait la pêche de la baleine.
La lance dont on se sert pour cette pêche diffère du harpon, en ce que le fer n’a pas d’ailes ou oreilles qui empêchent qu’on ne la retire facilement du corps de la baleine, et qu’on n’en porte plusieurs eoups de suite avec force et rapidité. Elle a souvent cinq mètres de long, et la longueur du fer est à peu près le tiers de la longueur totale de cet instrument.
Le printemps est la saison la plus favorable pour la pêche des baleines franches, aux degrés très-voisins du pôle. L’été l’est beaucoup moins. En effet, la chaleur du soleil , après le solstice, fondant la glace en différents endroits, produit des ouvertures très-larges dans les portions de plages congelées où la croûte était le moins , épaisse. Les baleines quittent alors les bords des immenses bancs de glace, même lorsqu'elles ne sont pas poursuivies. Elles parcourent de très-grandes distances au-dessous de ces champs vastes et endurcis, parce qu’elles respirent facilement dans cette vaste retraite, en nageant d'ouverture en ouverture ; et les pêcheurs peuvent d'autant moins les suivre dans ces espaces ouverts, que les glaçons détachés qui y flottent
briseraient ou arréteraient les canots que l’on voudrait y faire voguer.
D’ailleurs , pendant le printemps les baleines trouvent, en avant des champs immobiles de glace , une nourriture abondante et convenable.
Il est sans doute des années et des parages où l'on ne peut que pendant l’été ou pendant l’automne surprendre les baleines, ou se rencontrer avec leur passage ; mais on a souvent vu , dans le mois d'avril ou de mai, un si grand nombre de baleines franches réunies entre le soixantedix-septième et le soixante-dix-neuvième degrés de latitude nord, que l’eau lancée par leurs évents, et retombant en pluie plus ou moins divisée, représentait de loin la fumée qui s’élève au-dessus d’une immense capitale.
Néanmoins les pêcheurs , qui, par exemple, dans le détroit de Davis , ou vers le Spitzberg, pénètrent très-avant au milieu des glaces, doivent commencer leurs tentatives plus tard et les finir plus tôt, pour ne pas s’exposer à des dégels imprévus ou à des gelées subites , dont les effets pourraient leur être funestes.
Au reste, les glaces des mers polaires se présentent aux pêcheurs de baleines dans quatre états différents.
Premièrement, ces glaces sont contiguës ; secondement, elles sont divisées en grandes plages immobiles ; troisièmement, elles consistent dans des bancs de glaçons accumulés; quatrièmement, enfin, ces bancs ou montagnes d’eau gelée sont mouvants, et les courants , ainsi que les vents, les entraînent.
Les pêcheurs hollandais ont donné le nom de champs de glace aux espaces glacés de plus de deux milles de diamètre ; de bancs de glace, aux espaces gelés dont le diamètre a moins de deux milles, mais plus d’un demi-mille; et de grands glaçons, aux espaces glacés quin’ont pas plus d’un demi-mille de diamètre.
On rencontre vers le Spitzhberg de grands bancs de glace qui ont quatre ou cinq myriamètres de circonférence. Comme les intervalles qui les séparent forment une sorte de port naturel, dans lequel la mer est presque toujours tranquille, les pêcheurs s’y établissent sans crainte; mais ils redoutent de se placer entre les petits banes qui n’ont que deux ou trois cents mètres de tour, et que la moindre agitation de l'Océan peut rapprocher les uns des autres. Ils peuvent bien, avec des gaffes ou d’autres instruments, détourner de petits glaçons. Ils not
aussi employé souvent avec succès, pour amortir le choc des glaçons plus étendus et plus rapides, le corps d’une baleine dépouillée de son lard, et placé sur le côté et en dehors du bâtiment. Mais que servent ces précautions, ou d’autres semblables, contre ces masses durcies et mobiles qui ont plus de cinquante mètres d’élévation? ce n’est que lorsque ces glaçons étendus et flottants sont très-éloignés l’un de l’autre qu’on ose pêcher la baleine dans les vides qui les séparent. On cherche un banc qui ait an moins trois ou quatre drasses de profondeur audessous de la surface de l’eau , et qui soit assez fort par son volume, et assez stable par sa masse, pour retenir le navire qu’on y amarre.
Il est très-rare que l’équipage d’un seul navire puisse poursuivre en même temps deux baleines au milieu des glaces mouvantes. On ne hasarde une seconde attaque que lorsque la baleine franche, harponnée et suivie, est entièrement épuisée et près d'expirer.
Mais, dans quelque parage que l’on pêche, dès que le matelot guetteur, qui est placé dans un point élevé äu bâtiment, d’où sa vue peut s'étendre au loin , aperçoit une baleine , il donne le signal convenu; les chaloupes partent , et, à force de rames , on s’avance en silence vers l’endroit où on l’a vue. Le pêcheur le plus hardi et le plus vigoureux est debout sur l'avant de sa chaloupe, tenant le harpon de la main droite. Les Basques sont fameux par leur habileté à lancer cet instrument de mort.
Dans les premiers temps de la pêche de la baleine , on approchait le plus possible de cet animal avant de lui donner le premier coup de harpon. Quelquefois même le harponneur ne Pattaquait que lorsque la chaloupe était arrivée sur Je dos de ce cétacée.
Mais le nlus souvent, dès que la chaloupe est parvenue à dix mètres de la baleine franche, le harponneur jette avec force le harpon contre l’un des endroits les plus sensibles de f’animal, comme le dos, le dessous du ventre, les deux masses de chair mollasse qui sont à côté des events. Le plus grand poids de l'instrument étant dans le fer triangulaire, de quelque manière qu’il soit lancé, sa pointe tombe et frappe la première. Une ligne de douze brasses ou environ est attachée à ce fer, et prolongée par d’autres cordages.
Albert rapporte que , de son temps, des pécheurs , au lieu de jeter le harpon avec la main,
le lançaient par le moyen d’une baliste; et le savant Schneïder fait observer que les Anglais, voulant atteindre la baleine à une distance bien supérieure à celle de dix mètres, ont renouvelé ce dernier moyen, en remplaçant la baliste par une arme à feu, et en substituant le harpon à la balle de cette arme, dans le canon de laquelle ils font entrer le manche de cet instrument'. Les Hollandais ont employé, comme les Anglais, une sorte de mousquet pour lancer le harpon avec moins de danger et avec plus de force et de facilité ?.
A l'instant où la baleine se sent blessée, elle s'échappe avec vitesse. Sa fuite est si rapide, que si la corde, formée par toutes les lignes qu’elle entraîne , lui résistait un instant , la chaioupe chavirerait ct coulerait à fond : aussi at-on le plus grand soin d'empêcher que cette corde ou ligne générale ne s’accroche; et de plus, on ne cesse de la mouiller, afin que son frottement contre le bord de la chaloupe ne l’enflamme pas et n’allume pas le bois.
Cependant l’équipage, resté à bord du vaisseau , observe de loin les manœuvres de la chaloupe. Lorsqu'il croit que la baleïne s’est assez éloignée pour avoir obligé de filer la plus grande partie des cordages , une seconde chaloupe force de rames vers la première, et attache successivement ses lignes à celles qu’emporte le cétacée.
Le secours se fait-il attendre; les matelots de la chaloupe lappellent à grands cris. Ils se servent de grands porte-voix; ils font entendre leurs trompes ou cornets de détresse. Ils ont recours aux deux lignes qu’ils nomment lignes de réserve; ils font deux tours de la dernière qui leur reste ; ils l’attachent au bord de leur nacelle ; ils se laissent remorquer par l’énorme animal ; ils relèvent de temps en temps la chaloupe, qui s’enfonce presque jusqu’à fleur d’eau, en laissant couler peu à peu cette seconde ligne de réserve, leur dernière ressource ; et enfin, s’ils ne voient pas la corde extrêmement longue et violemment tendue se casser avec effort, ou le harpon se détacher de la baleine en déchirant les chairs du cétacée, ils sont forcés de couper eux-mêmes cette corde, et d'abandonner leur proie, le harpon et leurs lignes, pour éviter
4 Petri Artedi Synonymia piscium, eic., auctore J. G. Schneider, etc., pag. 163.
2 Histoire des pêches des Hollandais ,etc. t, 1,p. 94.
DES BALEINES
d'être précipités sous les glaces , ou FRAME dans les abîmes de l'océan.
Mais lorsque le service se fait avec exactitude, la seconde chaloupe arrive au moment convenable ; les autres la suivent , et se placent autour de la première, à la distance d’une portée de canon l’une de l’autre, pour veiller sur un plus grand champ. Un pavillon particulier nommé gaillardet, et élevé sur le vaisseau, indique ce que l’on reconnaît, du haut des mâts, de la route du cétacée. La baleine, tourmentée par la douleur que lui cause sa large blessure, fait les plus grands efforts pour se délivrer du harpon qui la déchire ; elle s’agite, se fatigue, s’echauffe; elle vient à la surface de la mer chercher un air qui la rafraîchisse et lui donne des forces nouvelles. Toutes les chaloupes voguent alors vers elle ; le harponneur du second de ces bâtiments lui lance un second harpon ; on l’attaque avec la lance. L’animal plonge , et fuit de nouveau avec vitesse; on le poursuit avec courage ; on le suit avec précauion. Si la corde attachée au second harpon se relâche, et surtout si elle flotte sur l’eau , on est sûr que le cétacée est très-affaibli, et peutêtre déjà mort; on la ramène à soi; on la retire, en la disposant en cercles ou plutôt en spirales , afin de pouvoir la filer de nouveau avec facilité, si le cétacée, par un dernier effort, s’enfuit une troisième fois. Mais, quelques forces que la baleine conserve après la seconde attaque, elle ua: à la surface de l'Océan beaucoup plus tôt qu’après sa première blessure. Si quelque coup de lance a pénétré jusqu’à ses poumons, le sang sort en abondance par ses deux évents. On ose alors s’approcher de plus près du colosse; on le perce avec la lance ; on le frappe à coups redoublés ; on tâche de fie pénétrer larme meurtrière au défaut des côtes. La baleine, blessée mortellement, se réfugie quelquefois sous des glaces voisines : mais la douleur insupportable que ses plaies profondes lui font éprouver, les harpons qu’elle emporte , qu’elle secoue, et dont le mouvement agrandit ses blessures , sa fatigue extrême, son affaiblissement que chaque instant accroît, tout loblige à sortir de cet asile, Elle ne suit plus dans sa fuite de direction déterminée. Bientôt elle s’arrête ; et réduite aux abois, elle ne peut plus que soulever son énorme masse, et chercher à parer avec ses nageoires les coups qu’on lui porte encore. Redoutable cependant lors
même qu’elle expire, ses derniers moments sont ceux du plus grand des animaux. Tant qu’elle combat encore contre la mort, on évite avec effroi sa terrible queue, dont un seul coup ferait voler la chaloupe en éclats; on ne manœuvre que pour l’empêcher d’aller terminer sa cruelle agonie dans des profondeurs recouvertes par des bancs de glace, qui ne permettraient d’en retirer son cadavre qu’avec beaucoup de peine.
Les Groenlandais , par un usage semblable à celui qu’Oppien attribue à ceux qui péchaient de son temps dans la mer Atlantique, attachent aux harpons qu’ils lancent, avec autant d’adresse que d’intrépidité, contre la baleine, des espèces d’outres faites avec de la peau de phoque, et pleines d’air atmosphérique. Ces outres très-légères non-seulement font que les harpons qui se détachent flottent et ne sont pas perdus , mais encore empêchent le cétacée blessé de plonger dans la mer, et de disparaître aux yeux des pêcheurs. Elles augmentent assez la légereté spécifique de l’animal , dans un moment où l’affaiblissement de ses forces ne permet à ses nageoires et à sa queue de lutter contre cette légèreté qu'avec beaucoup de désavantage, pour que la petite différence qui existe ordinairement entre cette légèreté et celle de l’eau salée s’évanouisse, et que la baleine ne puisse pas s’enfoncer.
Les habitants de plusieurs iles voisines du Kamtschatka vont, pendant l’automne, à la recherche des baleines franches, qui abondent alors près de leurs côtes. Lorsqu’ils en trouvent d’endormies , ils s’en approchent sans bruit, et les percent avec des dards empoisonnés. La blessure, d’abord légère, fait bientôt éprouver à l’animal des tourments insupportables : il pousse, at-on écrit, des mugissements horribles , s’enfle et périt.
Duhamel dit, dans son Traité des pêches, que plusieurs témoins oculaires, dignes de foi, ont assuré les faits suivants :
Dans l'Amérique septentrionale , près des rivages de la Floride, des sauvages , aussi exercés à plonger qu’à nager, et aussi audacieux qu’adroits, ont pris des baleines franches, en se jetant sur leur tête, enfonçant dans un de leurs évents un long cône de bois, se cramponnant à ce cône, se laissant entrainer sous l’eau, reparaissant avec l'animal, faisant entrer un autre cône dans le second évent, réduisant ainsi les
baleines à ne respirer que par l’ouverture deleur
gueule, et les forçant à se jeter sur la côte, ou à s’échouer sur des bas-fonds, pour tenir leur bouche ouverte sans avaler un fluide qu’elles ne pourraient plus rejeter par des évents entièrement bouchés.
Les pêcheurs de quelques contrées sont quelquefois parvenus à fermer, avec des filets trèsforts , l’entrée très-étroite d’anses dans lesquelles des baleines avaient pénétré pendant la haute mer, et où , laissées à sec par la retraite de la marée, que les filets les ont empêchées de suivre, elles se sont trouvées livrées sans défense aux lances et aux harpons.
Lorsqu'on s’est assuré que la baleine est morte, ou si affaiblie, qu’on n’a plus à craindre qu'une blessure nouvelle lui redonne un accès de rage dont les pêcheurs seraient à l’instant les victimes , on la remet dans sa position naturelle, parle moyen de cordages fixés à deux chaloupes qui s’éloignent en sens contraire , si elle s’était tournée sur un de ses côtés ou sur son dos. On passe un nœud coulant par-dessus la nageoire de la queue, ou on perce cette queue pour y attacher une corde; on fait passer ensuite un funin au travers des deux nageoires pectorales qu'on a percées, on les ramène sur le ventre de l'animal ; on les serre avec force, afin qu’elles n’opposent aucun obstacle aux rameurs pendant la remorque de la baleine; et les chaloupes se préparent à l’entrainer vers le navire ou vers le rivage où l’on doit la dépecer.
Si l’on tardait trop d’attacher une corde à l'animal expiré, son cadavre dériverait, et, entrainé par des courants ou par l’agitation des vagues, pourrait échapper aux matelots , ou , dénué d’une assez grande quantité de matière huileuse et légère, s’enfoncerait , et ne remonterait que lorsque la putréfaction des organes intérieurs l’aurait gonflé au point d'augmenter beaucoup son volume.
L'auteur de l’Hisloire des pêches des Hollandais dans les mers du Nord fait observer avec soin que , si l’on remorquait la baleine franche par la tête, la gueule énorme de ce cétacée, qui est toujours ouverte après la mort de l'animal, parce que la mâchoire inférieure n’est plus maintenue contre celle d’en haut , serait comme une sorte de gouffre, qui agirait sur un immense volume d’eau, et ferait éprouver aux rameurs une résistance souvent insurmontable.
Lo:squ’on a amarré le cadavre d’une baleine franche au navire, et que son volnme n’est pas
EL
trop grand relativement aux dimensions du vaisseau , les chaloupes vont souvent à la recherche d’autres individus, avant qu’on ne s’occupe de dépecer la première baleine.
Mais enfin on prépare deux palans, l’un pour tourner le cétacée, et l’autre pour tenir sa gueule élevée au-dessus de l’eau, de manière qu’elle ne puisse pas se remplir. Les dépeceurs garnissent leurs bottes de crampons, afin de se tenir fermes ou de marcher en sûreté sur la baleine ; et les opérations du dépécement commencent.
Elles se font communément à bâbord. Avant tout, on tourne un peu l’animal sur lui-même par le moyen d’un palan fixé par un bout au mât de misaine, et attaché par l’autre à la queue de la baleine. Cette manœuvre fait que la tête du cétacée , laquelle se trouve du côté de la poupe, s’enfonce un peu dans l’eau. On la relève, et un funin serre assez fortement une mâchoire contre l’autre, pour que les dépeceurs puissent marcher sur la mâchoire inférieure sans courir le danger de tomber dans la mer, entrainés par le mouvement de cette mâchoire d'en bas. Deux dépeceurs se placent sur la tête et sur Je cou de la baleine; deux harponneurs se mettent sur son dos; et des aides, distribués dans deux chaloupes , dont l’une est à l'avant et l’autre à l'arrière de l’animal, éloignent du cadavre les oiseaux d’eau , qui se précipiteraient hardiment et en grand nombre sur la chair et sur le lard du cétacée. Cette occupation a fait donner à ces aides le nom de cormorans. Leur fonction est aussi de fournir aux travailleurs les instruments dont ces derniers peuvent avoir besoin. Les principaux de ces instruments consistent dans des couteaux de bon acier, nommés tranchants, dont la longueur est de deux‘tiers de mètre, et dont le manche a deux mètres de long ; dans d’autres couteaux, dans des mains de fer, dans des crochets, etc.
Le dépécement commence derrière la tête, très-près de l’œil. La pièce de lard qu’on enlève, et que l’on nomme pièce de revirement, a deux tiers de mètre de largeur; on la lève dans toute la longueur de la baleine. On donne communément un demi-mètre de large aux autres bandes, qu’on coupe ensuite, et qu’on lève toujours de la tête à la queue, dans toute l’épaisseur de ce lard huileux. On tire ces différentes bandes dessus le navire, par le moyen de crochets; on les traine sur le tillac, et on les fait tomber dans la
DES BALEINES. 4
cale, où on les arrange. On continue alors de tourner la baleine , afin de mettre entièrement à découvert le côté par lequel on a commencé le dépécement , et de dépouiller la partie inférieure de ce même côté, sur laquelle on enlève les bandes huileuses avec plus de facilité que sur le dos , parce que le lard y est moins épais.
Quand cette dernière opération est terminée , on travaille au dépouillement de la tête. On coupe la langue très-profondément , et avec d'autant plus de soin, que celle d’une baleine franche ordinaire donne communément six tonneaux d'huile. Plusieurs pêcheurs cependant ne cherchent à extraire cette huile que lorsque la pêche n’a pas été abondante : on a prétendu qu’elle était plus sèche que les huiles provenues des autres parties de la baleine ; qu’elle était assez Corrosive pour altérer les chaudières dans lesquelles on la faisait couler; et que c’était principalement cette huile extraite de la langue que les ouvriers employés à découper le lard prenaient garde de laisser rejaillir sur leurs mains ou sur leurs bras, pour.ne pas être incommodés au point de courir le danger de devenir perelus.
Pour enlever plus facilement les fanons , on soulève la tête avec une amure fixée au pied de Partimon ; et trois crochets attachés aux palans dont nous avons parlé, et enfoncés dans la partie supérieure du museau, font ouvrir la gueule au point que les dépeceurs peuvent couper les racines des fanons.
On s'occupe ensuite du dépécement du second côté de la baleine franche. On achève de faire tourner le cétacée sur son axe longitudinal; et on enlève le lard du second côté , comme on a enlevé celui du premier. Mais comme, dans le revirement de l’animal, la partie inférieure du second côté est celle qui se présente la première, la dernière bande dont ce même côté est dépouillé est la grande pièce dite derevirement. Cette grande bande a ordinairement dix mètres de longueur, lors même que le cétacée ne fournit que deux cent cinquante myriagrammes d'huile, et cent myriagrammes de fanons.
IL est aisé d'imaginer les différences que l’on introduit dans les opérations que nous venons d'indiquer, si on dépouille la baleine sur la côte ou près du rivage , au lieu de la dépecer auprès du vaisseau.
Lorsqu'on a fini d’enlever le lard, la langue et les fanons, on repousse et laisse aller à la dérive
la carcasse gigantesque de la baleine franche, Les oiseaux d’eau s’attroupent sur ces restes immenses , quoiqu’ils soient moins attirés par ces débris que par un cadavre qui n’est pas encore dénué de graisse. Les ours maritimes s’assemblent autour de cette masse flottante, et en font curée avec avidité.
Veut-on cependant arranger le lard dans les tonneaux? On le sépare de la couenne. On le coupe par morceaux de trois décimètres carrés de surface ou environ , et on entasse ces morceaux dans les tonnes.
Veut-onle faire fondre , soit à bord du navire, comme les Basques le préféraient ; soit dans un atelier établi à terre, comme on le fait dans plusieurs contrées , et comme les Hollandais l’ont pratiqué pendant longtemps à Smeerenbourg dans le Spitzherg ?
On se sert de chaudières de cuivre rouge, ou de fer fondu. Ces chaudières sont très-grandes ; ordivairement elles contiennent chacune environ cinq tonneaux de graisse huileuse. On les pose sur un fourneau de cuivre, et on les y maconne pour éviter que la chaudière , en se renversant sur le feu, n’allume un incendie dangereux. On met de l’eau dans la chaudière avant d’y jeter le lard, afin que cette graisse ne s’attache pas au fond de ce vaste récipient , et ne s’y grille pas sans se fondre ; on le remue d’ailleurs avec soin dès qu’il commence à s’échauffer.
Trois heures après le commencement de l’opération, on puise l’huile toute bouillante avec de grandes cuillères de cuivre; on la verse sur une grille qui recouvre un grand baquet de bois; la crille purifie l’huile en retenant les morceaux, pour ainsi dire infusibles , que l’on nomme /urdons ‘.
L'huile, encore bouillante , coule du premier baquet dans un second, que l’on a rempli aux deux tiers d’eau froide , et auquel on à donné communément un mètre de profondeur, deux de large, et cinççou six de long. L'huile surnage dans ce second baquet, se refroidit et continue de se purifier en se séparant des matières étrangères , qui tombent au fond du réservoir. On la fait passer du second baquet dans un troisième, et du troisième dans un quatrième. Ces deux derniers sont remplis , comme le second , d’eau
4 On remet ces lardons dans la chaudière , pour en tirer une colle qui sert à différents usages; et après l'extraction de cette colle , on emploie à nourrir des chiens le marc épais qui re-te av fond de la cuve,
froide jusqu'aux deux tiers; l’huile achève de s’y perfectionner , et, du dernier baquet, on la fait entrer par une longue gouttière dans les tonneaux destinés à la conserver ou à la transporter au loin.
Au reste, moins le temps pendant lequel on garde le lard dans les tonnes est long, et plus l'huile qu’on en retire doit être recherchée.
L'huile et les fanons de la baleine franche ne sont pas les seules parties utiles de cet animal. Les Groenlandais , et d’autres habitants des contrées du Nord, trouvent la peau et les naveoires de ce cétacée très-agréables au goût. Sa chair fraîche ou salée a souvent servi à la nourriture des équipages basques. Le capitaine Colnett rapporte que le cœur d’une jeune baleine qui n'avait encore que cinq mètres de longueur, et que ses matelots prirent au mois d’août 1793, près de Guatimala, dans le grand Océan équinoxial , parut un mets exquis à son équipage. Les intestins de la baleine franche servent à remplacer le verre des fenêtres; les tendons fournissent des fils propres à faire des filets; on fait de très-bonnes lignes avec les poils qui terminent les fanons, et on emploie dans plusieurs pays les côtes et les grands os des mâchoires pour composer la charpente des cabanes, ou o ur mieux enclore des jardins et des champs.
Les avantages que l’on retire de la pêche des ja leines franches ont facilement engagé dans 108 temps modernes les peuples entreprenants vt déjà familiarisés avec les navigations lointai- 4es , à chercher ces cétacées partout où ils ont es péré de les trouver. On les poursuit maintenant dans l’hémisphère austral eomme dans l’hémisphère arctique , et dans le grand Océan boréal comme dans }’Océan atlantique septentrional ; on les y pêche même, au moins très-souvent, avec plus de facilité, avec moins de danger, avec moins de peine. On les atteint à une assez grande distance du cercle polaire pour n’avoir pas besoin de braver les rigueurs du froid ni les écueils de glace. Le capitaine Colnett trouva, par exemple, un grand nombre de ces animaux
vers le quarantième degré de latitude australe, |
auprès de l’ile Mocha et des côtes occidentales du Chili; et, à la même latitude, ainsi que dans le même hémisphère, et vers le trente-septième degré de longitude occidentale du méridien de Paris , il avait vu, peu de temps auparavant, de si grandes troupes de ces baleines, qu’il Les crut assez nombreuses pour fournir toute Phuile que
pourrait emporter la moitié des vaisseaux baleiniers de Londres !. tt
Cette multitude de baleines disparaitra cependant dans l’hémisphère austral, de même que äans le boréal. La plus grande des espèces s’'éteindra comme tant d’autres. Découverte dans ses retraites les plus cachées, atteinte dans ses asiles les plus reculés , vaincue par la force irrésistible de l'intelligence humaine, elle disparaîtra de dessus le globe; il ne restera pas même l’espérance de la retrouver dans quelque partie de la terre non encore visitée par des voyageurs civilisés, comme on peut avoir celle de découvrir, dans les immenses solitudes du
nouveau continent, l'éléphant de l'Ohio et le
mégathérium ?. Quelle portion de l'Océan n'aura pas été en effet traversée dans tous les sens ? quel rivage n’aura pas été reconnu ? de quelles plages gelées les deux zones glaciales auront-elles pu dérober les tristes bords? On ne verra plus que quelques restes de cette espèce gigantesque; ses débris deviendront une poussière que les vents disperseront, et elle ne subsistera que dans le souvenir des hommes et dans les tableaux du génie. Tout diminue et dépérit done sur le globe? quelle révolution en remontera les ressorts? La nature n’est immor- . telle que dans son ensemble, et si l’art de l’homme.embellit et ranime quelques-uns de ses ouvrages, combien d’autres qu’il dégrade , mutile et anéantit!
4 Voyage du capitaine J. Colnett , déjà cité , page 44.
? M. Jefferson , l'illustre président des États-Unis, m'écrit, dans une lettre du 24 février 1805 , qu'ainsi que je l'avais prévu et annoncé dans le Discours d'ouverture de mon Cours de zoologie de l'an 1X , il va faire faire un voyage pour recounaître les sources du Missouri, et pour découvrir une rivière qui, prenant son origine très-près de ces sources, ait son embouchure dans le grand Océan boréal. « Ce voyage, dit « M. Jefferson , accroitra nos connaissances sur la géographie « de notre continent, en nous donnant de nouvelles luimières sur cette intéressante ligne de communication au travers de l'Amérique septentrionale, et nous procurera une vue générale de sa population , de son histoire naturelle, de ses productions , de son sol et de son climat. II n'est pas improbable, ajoute ce respectable et savant premier migis'rat, que ce voyage dé découverte ne nous fasse avoir des informations ultérieures sur le mammoth (l'éléphant de l'Ohio ) et sur le mégathérium dont vous parlez. Vous avez vraisemblablement vu, dans nos Transactions philosophiques, qu'avant de connaître la notice que M, Cuvier a donnée de ce mégathérium, nous avions trouvé ici des restes d'un énorme animal inconnu, que nous avons nommé mégalonyx, à cause de la longueur disproportionnée de ses ongles , et qui est probablement le même animal que le mégathérium ; et qu'il y avait ici des traces de son existence récente et même présente. La route que nous allons découvrir nous mettra peut-être à même de n'avoir plus aucun doute à ce sujet. Le voyage sera terminé « dans deux élés, »
RAA RAR RAR An R À AR A «
DES BALEINES
LA BALEINE NORDCAPER !.
Balæna glacialis, Klein, Linn., Bonn., Cuvy.
Ce cétacée vit dans la partie de l'Océan atlantique septentrional située entre le Spitzherg, la Norwége et l'Islande. Il habite aussi dans les mers du Groenland , où un individu de cette espèce a été dessiné, en 1779, par M. Bachstrom , dont le travail , remis dans le temps à sir Joseph Banks, m'a été envoyé il y a trois mois par cet illustre président de la société royale de
Londres. 11 parait qu’on l’a trouvé d’ailleurs
dans les eaux du Japon, et par conséquent dans le grand Océan boréal, vers le quarantième degré de latitude.
Son corps est plus allongé que celui de la baleine franche.
La mâchoire inférieure est au contraire trèsarrondie, très-haute, et plus large à proportion de celle d’en haut, que dans le plus grand des cétacées. La forme générale de la tête, vue pardessus et par-dessous , est celle d’un ovale tronqué par derrière, et un peu échancré à l’extrémité du museau. Parmi les dessins de M. Bachstrom , que nous avons fait graver, il en est un qui montre d’une manière particulière cette forme ovale présentée et maintenue par les deux os de la mâchoire inférieure. Ces deuxos, réunis sur le devant par un cartilage qui en lie les extrémités pointues, et terminés par deux apophyses, dont l’une s'articule avec l’humerus, forment comme le cadre d’un ovale presque parfait.
L'ensemble de la tête et les fanons sont cependant plus petits dans le nordcaper que dans la
* Balæna Nordcaper. — Sarde, — Baleine de Sarde. — Nordkaper, par les Allemands. -— Zdem , en Norvége.— Sildqual, ibid. — ZLilie-Hual, ibid. — Norakapper, dans le Groenland. — Balæna mysticetus, var. B, Linné, édition de Gmelin. — Balæna islandica , bipinnis ex nigro candicans, dorso lævi. Briss. Regn. anim., pag. 350, no 2, — Nord= caper. Anders. Island., pag. 219. — Zdem, Cranz, Groenland., pag. 145. — Baleine Nordcaper.— Bonnaterre, planches de l'Encyel. méth, — Horrebows , Description d'Islande, pag. 309. — Rai. Pisc., page 17. — Nordcaper. Edition de Bloch, donnée par R. R. Castel, etc. — Nordcaper. Valmont-Bomare, Dict. d'hist. naturelle. — C'est avec beaucoup d'empressement que nous engageons nos lecteurs à consulter les articles relatifs aux cétacées qu'ils trouveront dans l'Encyclopédie méthodique, et dans les Dictionnaires d'histoire naturelle , ainsi que dans les différentes éditions de Buffon que l'on vient de publier ou dont la publication n'est pas encore terminée. Les auteurs de ces Dictionnaires , et des additions importantes que ces éditions renferment , sont trop
célèbres pour que nous devions les indiquer aux amis des sciences naturelles.
baleine franche ,; proportionnellement à la longueur totale. À
Les dimensions du nordecaper sont, d’ailleurs, très-inférieures à celles de la baleine franche ; et comme il est aussi moins chargé de graisse, même à proportion de sa grandeur, il n’est pas surprenant qu’il ne donne souvent que trente tonnes d’huile.
Les deux évents représentent deux petits croissants, un peu séparés l’un de l’autre, et dont les convexités sont opposées.
L’œil est très-petit; et son diamètre le moins court, placé obliquement.
Le bord des fanons, qui touche la langue, est garni de crins noirs qui la préservent d’être blessé par un tranchant trop aigu. La partie de ces mêmes fanons qui rencontre la lèvre inférieure est unie et douce, mais dénuée de crins ou filaments.
La longueur de chaque nageoire pectorale excède le cinquième de la longueur totale , el ces deux bras sont situés au delà du premier tiers de cette même longueur.
La queue est déliée, très-menue à son extrémité, terminée par une nageoire non-seulement échancrée, mais un peu festonnée par derrière, et dont les lobes sont si longs, que, du bout extérieur de l’un au bout extérieur de l’autre, il y a une distance égale aux trois septièmes ou environ de la longueur totale du cétacée.
On voit surle ventre du mâle une fente longitudinale, dont la longueur est égale au sixième de la longueur de l’animal , et dont les bords se séparent pour laisser sortir le Balénas.
L’anus est une petiteouvertureronde, située, dans le mâle, au delà de cette fentelongitudinale,
La couleur du nordcaper est ordinairement d’un gris plus ou moins clair ; ses nuances sont assez uniformes; et souvent le dessous de la tête paraît un grand ovale d’un blanc très-éclatant , au centre et à la circonférence duquel on voit des taches grises ou noirâtres , irrégulières , confuses et nuageuses. |
Quelque étonnante que soit la vitesse de la baleine franche , celle du nordeaper est encore plus grande. Sa queue, beaucoup plus déliée , et par conséquent beaucoup plus mobile; sa nageoire caudale, plus étendue à proportion de son corps; l'extrémité de sa queue , à laquelle cette nageoire est attachée, plus étroite et plus flexible, lui donnent une rame bien plus large, bien plus vivement agitée, bien plus puissante,
etla force aveclaquelleiltend à se mouvoir, doit en effetêtre bien considérable, puisqu’ii échappe à la poursuite, et, pour ainsi dire , à l’œil, avec ‘la rapidité d’un trait, et que cependant il déplace un très-grand volume d’eau. Lors même que le nordcaper nage à la surface de l'Océan, il ne montre au-dessus de la mer qu’une petite partie de sa tête et de son corps. On peut remarquer, aisément sur un des dessins de M. Bachstrom , que la ligne du niveau de l’eau est alors au-dessus de la partie la plus haute de l'ouverture de la gueule ; que la queue, toutes les nageoires, l’œil , et les deux mâchoires, sont sous l’eau ; que le cétacée ne laisse voir que la sommité du dos et celle du crâne; et qu’il ne tient dans l’atmosphère que ce qu’il ne pourrait enfoncer dans l’eau sans y plonger en même temps les orifices supérieurs de ses évents.
Cette rapidité dans la natation est d’autant plus utile au nordeaper, qu’il ne se nourrit pas uniquement, comme la baleine franche, de mollusques, de crabes, ou d’autres animaux privés de mouvement progressif, ou réduits à ne changer de place qu’avec plus ou moins de difficulté et de lenteur. Sa proie a reçu une grande vitesse. Il préfère, en effet , les clupées, les scombres, les gades , et particulièrement les harengs , les maquereaux , les thons et les morues. Lorsqu'il en a atteint les troupes ou les bancs, il frappe l’eau avec sa queue , et la fait bouillonner si vivement, que les poissons qu’il veut dévorer , étourdis , saisis et comme paralysés , n’opposent à sa voracité ni la fuite, ni l’agilité, ni la ruse. Il en peut avaler un si grand nombre, que Willughby compta une trentaine de gades dans l’intérieur d’un nordcaper ; que, suivant Martens, un autre nordeaper , pris auprès de Hitland, avait dans son estomac plus d’une tonne de harengs ; et que, selon Horrebows, des pêcheurs islandais trouvèrent six cents gades morues encore palpitants, et une grande quantité de clupées sardines , dans un autre individu de la même espèce, qui s'était jeté sur le rivage en poursuivant des poissons avec trop d’acharnement.
Ces clupées , ces scombres et ces gades trouvent quelquefois leur vengeur dans le squale scie.
Eunemi audacieux de la baleine franche, il attaque avec encore plus de hardiesse le nordcaper, qui, malgré la prestesse de ses mouvements et Pagilité avec laquelle il remue ses
armes, lui oppose souvent moins de force, parce qu’il lui présente moins de masse. Martens raconte qu’il fut témoin d’un combat sanglant entre un nordcaper et un squale scie. Il n’osa pas faire approcher son bâtiment du lieu où ces deux terribles rivaux cherchaient à se donner la mort; mais il les vit pendant longtemps se poursuivre, se précipiter l’uu sur l’autre , et se porter des coups si violents, que Peau de la mer jaillissaittrès-haut autour d’eux, et retombait en brouillard. | Mais le nordcaper n’est pas seulement vif et agile , il est encore farouche ; aussi est-il trèsdifficile de l’atteindre. Néanmoins, lorsque la pêche de la baleine franche n’a pas réussi , on cherche à s’en dédommager par celle du nordeaper. On est souvent obligé d'employer, pour le prendre , un plus grand nombre de chaloupes , et des matelots ou harponneurs plus vifs et plus alertes que pour la pêche de la grande baleine, afin de lui couper plus aisément la retraite. La femelle, dans cette espèce , est atteinte plus facilement que le mâle , lorsqu'elle a un petit : elle l'aime trop pour vouloir l’abandonner.
Cependant, lorsqu'on est parvenu auprés du nordcaper, il faut redoubler de précautions. Il se tourne et retourne avec une force extrême, bondit , élève sa nageoire caudale , devient furieux par le danger , attaque la chaloupe la plus avancée, et d’un seul coup de queue la fait voler en éclats, ou, cédant à des efforts supérieurs, contraint de fuir, emportant le harpon qui la blesse , entraine jusqu’à mille brasses de corde, et, malgré ce poids aussi embarrassant que lourd , nage avec une telle rapidité , que les matelots, qu’il remorque , pour ainsi dire, peuvent à peine se soutenir , et se sentent suffoquer. Les habitants de la Norwége ont moins de dangers à courir pour se saisir du nordeaper, lorsque cette baleine s’engage dans des anses qui aboutissent à un grand lac de leurs rivages : ils ferment la sortie du lac. avec des filets composés de cordes d’écorce d’arbre, et donnent ensuite la mort au cétacée, sans être forcés de combattre.
Duhamel a écrit qu’on lui avait assuré que la graisse ou le lard du nordcaper n’avait pas les qualités malfaisantes qu’on a attribuées à la graisse de la baleine franche.
Au reste , Klein a distingué dans cette espèce deux variétés : l’une, qu’il a nomméenordcaper austral, et dont le dos est très-aplati; et l’autre,
DES BALEINES,
dont le dos est moins plat, et à laquelle il a donné le nom de nordcaper occidental. De nouvelles observations apprendront si ces variétés existent encore, sielles sont constantes , et si on doit les rapporter au sexe , à l’âge , ou à quelque autre cause.