‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 259 sur 470 · LA DOUBLE -TACHE · texte numérisé non relu

LA DOUBLE -TACHE

Coluber (Natrix) bimaeulatus, Merr. ; Col, bimaculatus, Lacep., Daud.

Les couleurs de cette couleuvre sont aussi agréables que ses proportions sont légères; le dessus de son corps est roux; sur ce fond on voit de petites taches blanches irrégulières, bordées de noir, assez éloignées l'une de l’au-

4 L'individu que nous avons décrit avait deux pieds un

pouce de longueur totale, el sa queue était longue de six pou- "ces six lignes.

; tre, disposées le long du dos; et deux taches : blanches , plus grandes que les autres , paraissent derrière la tête. Cette dernière partie est | un peu conformée comme dans le molure; le sommet en est garni de neuf grandes écailles ; les mâchoires ne présentent pas de crochets mo- biles, et les écailles du dos sont unies et en losange. L’individu que nous avons décrit, et qui | a été envoyé au Cabinet du Roi avec la double- | raie et le molure, a deux cent quatre-vingt-dixsept grandes plaques , et soixante-douze paires de petites; sa longueur totale est d'un pied huit | pouces deux lignes , et celle de la queue, de trois pouces dix lignes. |

LE BOIGA *.

Coluber (Natrix) Ahætulla, Merr. ; Col. Ahætulla, Linn., Latr., Daud.; Natrix Ahætulla, Laur.

Que l’on se représente les couleurs les plus riches et les plus agréablement variées dont la nature ait décoré ses ouvrages, et l’on n’aura peut-être pas une idée exagérée de la beauté du serpent dont nous nous occupons. Le boiga doit, en effet, par la richesse de sa parure, tenir, dans son ordre, le même rang que l’oiseau- | mouche dans celui des oiseaux : même éclat, même variété de nuances, même réunion de reflets agréables dans ces deux animaux , d’ail- | leurs si différents l’un de l’autre. Les couleurs vives des pierreries et l’éclat brillant de l'or resplendissent sur les écailles du boiga, ainsi que sur les plumes de l’oiseau-mouche ; . et comme si, en embellissant ces deux êtres ; Ja nature avait voulu donner à l’art un modèle parfait du plus bel assortiment de couleurs, les teintes les plus brunes , répandues sur l’un et sur l’autre, au milieu des nuances les plus claires , sont ménagées de manière à faire ressortir, par un heureux contraste, les couleurs éclatantes dont ils brillent.

La tète du boiga, assez grosse à proportion de son corps, est recouverte de neuf grandes | écailles disposées sur quatre rangs. Ces neuf plaques , ainsi que les autres écailles qui garnissent le dessus de la tête de ce serpent, sont d’un bleu foncé et comme soyeux; une bande

4 Le Boiga. M. Daubenton , Encycl. méth. — Gron. mus.2, p.61, n°24. — Séba, mus. 2, tab. 65, fig. 5, tab. 82, fig. 1. — Brad]. natur., t. 9, fig.2. — Ahætulla. Mus. Petiver. — Ser. pens indicus gracilis, viridis; Ahœtulla seylonensibus. Raï, Sinopsis, p. 554.

DES SERPENTS

blanche qui règne le long de la mâchoire supérieure, relève cet espace azuré, au milieu duquel on voit briller les yeux du boiga , et qui ressort d'autant plus, qu’une petite bande noire s'étend entre le bleu et la bordure blanche.

Tout lé dessus du corps , jusqu’à l'extrémité de la queue, est également d’un bleu variant par reflets, et présentant même , à certaines expositions , le vert de l’émeraude. Sur ce beau fond de saphir règne une espèce de raie ou de chainette que l’on croirait dorée par l’art, et qui s'étend jusqu’au bout de la queue ; et non-seulement cette espèce de riche broderie présente l'éclat métallique de l'or, lorsque l’animal est encore en vie, mais même lorsqu'il a été conservé pendant longtemps dans l’esprit-de-vin , on croirait que les écailles qui composent cette petite chaine sont autant de feuilles d’or appliquées sur la peau du serpent. Tout le dessous du corps et de la tête est d’un blanc argentin, séparé des couleurs bleues du dos par deux autres petites chaînes dorées qui, de chaque côté, parcourent toute la longueur du corps.

Mais l’on n’aurait encore qu’une idée imparfaite de la beauté du boiga, si l’on se représentait uniquement cet azur et ce blanc agréablement contrastés et relevés par ces trois broderies dorées; il faut se peindre tous les reflets du dessus et du dessous du corps, et les différentes teintes de couleur d’argent, de jaune, de rouge et de noir , qu’ils produisent. Le bleu et le blanc, au travers desquels il semble qu’on aperçoit ces teintes merveilleusement fondues, mêlent encore la douceur de leurs nuances à la vivacité de ces divers reflets, de telle sorte que, lorsque le boiga se meut, l'on croirait voir briller au-dessous d’un cristal transparent et quelquefois bleuâtre , une longue chaîne de diamants, d’émeraudes, de topazes , de saphirs et de rubis. Et il est à remarquer que c’est dans les belles et brülantes campagnes de l’Inde, où les cristaux et les pierres dures présentent les nuances les plus vives, que la nature s’est plu, pour ainsi dire , à réunir ainsi sur la robe du boïiga une image fidèle de ces riches ornements.

Le boiga est un des serpents les plus menus, relativement à sa longueur ; à peine les individus de cette espèce que l’on conserve au Cabinet du Roi, et dont la longueur est de plus de trois pieds, ont-ils quelques lignes de diamètre ; leur queue est presque aussi longue que leur

corps, et v4 toujours en diminuant, de manière à représenter une aiguille très-déliée, quelquefois cependant un peu aplatie par-dessus, par-dessous et par les côtés. Les boiga joignent donc des proportions très-sveltes à la richesse de leur parure; aussi leurs mouvements sont-ils très-agiles, et peuvent-ils, en se repliant plusieurs fois sur eux-mêmes , s’élancer avec rapidité, s’entortiller aisément autour de divers corps, monter, descendre, se suspendre , et faire briller en un clin d'œil , sur les rameaux des arbres qu’ils habitent , l’azur et l'or de leurs écailles luisantes et unies.

Ils se nourrissent de petits oiseaux qu’ils avalent avec assez de facilité, malgré la petitesse de leur corps, et par une suite de la faculté qu’ils ont d'élargir leur gosier, ainsi que leur estomac. D’ailleurs l’on doit présumer qu’ils ne cherchent à dévorer leur proie qu’après lavoir comprimée, ainsi que les grands serpents écrasent et compriment la leur. Le boiga se tient caché sous les feuilles pour surprendre. les oiseaux; il les attire, dit-on , par une espèce de sifflement qu’il fait entendre, et qui, imitant apparemment certains sons qui leur sont familiers ou agréables, les trompe et les fait avancer vers le serpent qui les attend pour les dévorer. On a même voulu distinguer par le beau nom de chant, le sifflement du boiga ! ; mais la forme de sa langue allongée et divisée en deux, ainsi que la conformation des autres organes qui lui servent à rendre des sons, ne peuvent produire qu’un vrai sifflement, au lieu de faire entendre une douce mélodie, Le boiga, non plus que les autres serpents prétendus chanteurs, ne mérite donc que le nom de siffleur. Mais si la nature n’en a pas fait un des chantres des campagnes, il paraît qu’il réunit un instinct plus marque que celui de beaucoup d’autres serpents, à des mouvements plus prompts et à une parure plus magnifique. Dans l'ile de Bornéo , les enfants jouent avec lui; on les voit manier sans crainte ce joli serpent, l’entortiller autour de leur corps, le porter dans leurs mains innocentes, et nous rappeler cet emblème ingénieux imaginé par la spirituelle antiquité, cette image touchante de la candeur et de la confiance , qu’elle représentait sous la forme d’un enfant souriant à un serpent qui le serrait dans ses contours. Mais, dans cette charmante allégorie, le serpent recélait un

# Voyez la description du Cabinet de Séba,

poison mortel, au lieu que le boiga ne rend que des caresses aux jeunes Indiens , et paraît se plaire beaucoup à être tourné et retourné par leurs mains délicates.

Comme c’est un spectacle assez agréable que de voir, dans les vertes forêts, des animaux aussi innocents qu’agiles, faire briller les couleurs les plus vives et s’élancer de branche en branche, sans être dangereux ni par leurs morsures ni par leur venin, on doit regretter que l'espèce du boïiga ait besoin, pour subsister, d’une chaleur plus forte que celle de nos contrées , et qu’elle ne se trouve que vers l’équateur, tant dans l’ancien que dans le nouveau continent *.

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