‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 271 sur 470 · LA TROIS-RAIES · texte numérisé non relu

LA TROIS-RAIES

Coluber (Natrix) Seetzenii, Merr.; Col. terlineatus, Lacep. ; C. trilineatus, Latr., Daud.

Nous donnons ce nom à une couleuvre d’Afrique, dont le dessus du corps présente, en effet, trois raies longitudinales ; elles partent du museau, et s'étendent jusqu’au-dessus de la queue; la couleur du fond, qu’elles parcourent, est d’un roux plus ou moins clair. Neuf grandes écailles garnissent le sommet de la tête; les mâchoires ne sont pas armées de crochets mobiles , et les écailles du dos sont en losange et unies. Un individu de cette espèce , conservé au Cabinet du Roi, a un pied cinq pouces six lignes de longueur totale, deux pouces huit lignes depuis l’anus jusqu’à l’extrémité de la queue , cent soixante-neuf grandes plaques, et trente-quatre paires de petites.

LE DABOIE #.

Vipera (Echidna) Daboia, Merr.; Coluber brasiliensis, Lacep. ; Vipera Daboia, Daud., ; Vip. brasiliana, Latr.?,

Voici une de ces espèces remarquables de

serpent , que la superstition a divinisées. C’est dans le royaume &e Juda, sur les côtes occidentales d'Afrique, où elle est répandue en très-

Lilenburg, 4755.

? Selon M. Merrem, ce serpent ne diffère passpécifiquement de la brasilienne, décrite ci-devant. D, $

grand nombre, qu’on lui a érigé des autels; et il semble que ce n’est pas la terreur qui courbe la tête du nègre devant ce reptile, puisqu'il n’est redoutable, ni par sa force, ni par aucune humeur venimeuse. Selon plusieurs voyageurs, le daboïie est remarquable par la vivacité de ses couleurs et par l’éclat de ses écailles. Le dessus du corps est blanchâtre, et couvert de grandes taches ovales, plus ou moins rousses, bordées de noir ou de brun, et qui s’étendent sur trois rangs , depuis la tête jusqu’au-dessus de la queue. Suivant le voyageur Bosman, le daboie est rayé de blanc, de jaune et de brun; et suivant Des Marchais, le dos de ce serpent présente un mélange agréable de blanchâtre qui en fait le fond, et de {aches ou de raies jaunes, brunes et bleues, ce qui se rapproche beaucoup des teintes indiquées par Bosman, et ce qui pourrait bien n’être qu’une mauvaise expression d’une distribution et de nuances de couleurs très-peu différentes de celles que nous venons d'indiquer.

La tête du daboie est couverte d’écailles ovales , relevées par une arête, et semblables à celles du dos '; il parvient quelquefois à la longueur de plusieurs pieds ?; l'individu que nous avons décrit, et qui est conservé au Cabinet du Roi, a trois pieds cinq pouces de longueur totale, et la queue, cinq pouces neuf lignes ?.

Les habitudes du daboie sont d’autant plus douces , qu’il n’est presque jamais obligé de se défendre. Il a peu d’ennemis à craindre dans un pays où il est servi avec un respect religieux, et d’où l’on tâche d’écarter tous ceux qui pourraient lui nuire. Les animaux même qui seraient les plus utiles , sont exclus des contrées où l’on adore le serpent daboie, à cause de la guerre qu'ils lui feraient; le cochon particulièrement, qui fait sa proie de plusieurs reptiles, et qui attaque impunément, suivant quelques voyageurs, les serpents les plus venimeux,

1 Nous avons déja remarqué dans d'autres articles, que le daboie, quoique dépourvu de crochets mobiles, avait, comme le plus grand nombre de serpents venimeux, le sommet de la tête couvert d'écailles semblables à celles du dos.

? Description du Cabinet royal de Dresde, par Lilenburg, 1755. Au reste, il a dû être assez difficile, pendant longtemps,

d'avoir desdaboies en Europe; les rois nègres, par respect pour ces reptiles, ayant défendu , sous peine de mort, à leurs sujets,

| de transporter ces serpents hors de l'Afrique, ou de livrer 1 Le Serpent Idole. Description du Cabinet de Dresde, par ,

leur dépouille aux étrangers.

s Nous avons compté cent soixante-neuf grandes plaques

sous le ventre de cet individu, et quarante-six paires de petites plaques sous sa queue.

est poursuivi, dans le royaume de Juda, comme un ennemi public ; et, malgré tous les avantages que les nègres pourraient en retirer, ils ne voient, dans cet animal, que celui qui dévore leur Dieu.

Bien loin de chercher à nuire à l’homme, le daboie est si familier, qu’il se laisse aisément prendre et manier, et qu’on peut jouer avec lui, sans courir aucun danger. On dirait qu’il réserve toute sa force pour le bien de la contrée qui le révère. Il n’attaque que les serpents venimeux, dont le royaume de Juda est infesté; il ne détruit que ces reptiles funestes, et les insectes ou les vers qui dévastent les campagnes. C’est sans doute ce service qui l’a rendu jus aux premiers habitants du pays où on J'adore ; on n’aura rien négligé pour multiplier, ou du moins conserver une espèce aussi précieuse; on aura attaché la plus grande importance aux soins qu’on aura pris de cet animal utile; on l’aura regardé comme le sauveur de ces contrées , si souvent ravagées par des légions d’insectes, ou des troupes de reptiles venimeux; et bientôt la superstition, aidée du temps et de l’ignorance, aura altéré l’ouvrage de la reconnaissance et celui du besoin !.

‘Le culte des animaux qui ont inspiré une

4 On pourrait croire aussi que quelque événement extraordinaire aura séduit l'imagination des nègres et enchaïiné leur raison, et voici ce que rapporte à ce sujet le voyageur Des Marchais. « L'armée de Juda étant prête à livrer bataille à « celle d’Ardra , il sortit de celle-ci un gros serpent qui se re- « tira dans l’autre ; non-seulement sa forme n'avait rien d'ef- « frayant, mais il parut si doux et si privé que tout le monde « fut porté à le caresser. Le grand sacrificateur le prit dans ses « bras et le leva pour le faire voir à toute l'armée. La vue de « ce prodige fit tomber tous les nègres à genoux; ils adorèrent « leur nouvelle divinité, et fondant sur leurs ennemis avec un « redoublement de courage, ils remportèrent une victoire « complète. Toute la nation ne manqua point d'attribuer un « succès si mémorable à la vertu du serpent : il fut rapporté e avec toutes sortes d'honneurs ; on lui bâtit un temple, on as- «signa un fonds pour sa subsistance, et bientôt ce nouveau « fétiche prit l'ascendant sur toutes les anciennes divinités : « son culte ne fit ensuite qu'augmenter à proportion des fa- « veurs dont on se crut redevable à sa protection. Les trois « anciens fétiches avaient leur département séparé ; on s’adres- « sait à la mer pour obtenir une heureuse pêche, aux arbres « pour la santé, et à l'agoye pour 1es conseils ; mais le serpent « préside au commerce , à la guerre , à l'agriculture , aux ma- « ladies, à la stérilité, etc. Le premier édifice qu'on avait bâti « pour le recevoir parut bientôt trop petit ; on prit le parti de « Ini élever un nouveau temple , avec de grandes cours et des « appartements spacieux ; on établit un grand pontife et des « prêtres pour le servir. Tous les ans, on choisit quelques « belles filles qui lui sont consacrées. Ce qu'il y a de plus re- « marquable, c'est que les nègres de Juda sont persuadés que « le serpent qu'ils adorent aujourd'hui est le même qui fut « apporté par leurs ancêtres, et qui leur fit gagner une glo- «rieuse victoire. » Histoire générale des. Voyages, livre 40, édit. in-42, tom. XIV, pag. 369 et suiv. ”

vive terreur, n’a été que trop souvent sanguinaire ; on n’a sacrifié que trop souvent des hommes dans leurs temples ; le serpent-dieu des nègres, mayant jamais fait éprouver une grande crainte, n’a obtenu que des sacrifices plus doux, mais que ses prêtres ne cessent de commander avec une autorité despotique. L’on n’immole point des hommes devant le serpentdaboie, mais on livre à ses ministres les plus belles des jeunes filles du royaume de Juda.

Le prétendu dieu, que l’on nomme Ze Serpent Fétiche, ce qui signifie Z’Étre conservateur, a un temple aussi magnifique gue le peut être un bâtiment élevé par l’art grossier des nègres !. Il y recoit de riches offrandes ; on lui présente des étoffes de soie, des bijoux, les mets les plus délicats du pays , et même des troupeaux; aussi les prêtres qui le servent, jouissent-ils d’un revenu considérable, possèdent-ils des terres immenses , et commandentils à un grand nombre d’esclaves.

Afin que rien ne manque à leurs plaisirs, ils forcent les prêtresses à parcourir , chaque année, et vers le temps où le maïs commence à verdir, la ville de Juda et les bourgades voisines, Armées d’une grosse massue, et secondées par les prêtres , elles assommeraient sans pitié ceux qui oseraient leur résister; elles forcent les négresses les plus jolies à les suivre dans le temple; et le poids de la crédulité superstitieuse pèse si fort sur la tête des nègres, qu'ils croient qu’elles vont être honorées de l’approche du serpent protecteur, et que c’est à son amour qu’elles vont être livrées. Ils reçoivent avec respect cette faveur signalée et divine. On eommence par instruire les jeunes filles à chanter des hymnes, et à danser en l’honneur du serpent; et lorsqu'elles sont près du temps où elles doivent être admises auprès de la prétendue divinité, on les soumet à une petite cérémonie douloureuse et barbare, car la cruauté naît presque toujours de la superstition. On leur imprime sur la peau, dans toutes les parties du corps, et avec des poinçons de fer, des figures de fleurs, d'animaux, et surtout de serpents; les prêtresses les consacrent ainsi au service de leur dieu; et c’est en vain que leurs malheureuses victimes jettent les cris les plus plaintifs que leur arrache le tourment qu’elles éprouvent ; rien n’arrête leur zèle inhumain.

{Hist. gén. des Voyages, L. 10, éd. in-12, t. XIV, p. 370et suiv,

Lorsque la peau de ces infortunées est guérie, elle ressemble, dit-on, à un satin noir à fleurs, et elle les rend à jamais l’objet de la vénération des nègres.

Le moment où le serpent doit recevoir la négresse favorite arrive enfin ; on la fait descendre dans un souterrain obscur, pendant que les prétresses et les autres jeunes filles célèbrent sa destinée par des danses et des chants qu’elles accompagnent du bruit de plusieurs instruments retentissants. Lorsque la jeune négresse sort de l’antre sacré, elle reçoit le titre de Femme du Serpent; elle ne devient pas moins la femme du nègre qui parvient à lui plaire, mais auquel elle inspire à jamais la soumission la plus aveugle, ainsi que le plus grand respect.

Si quelqu’une des femmes du serpent trahit le secret des plaisirs des prêtres, en révélant les mystères du souterrain, elle est aussitôt enlevée et mise à mort, et l’on croit que le grand serpent est venu lui-même exercer sa vengeance, en l’emportant pour la faire brüler. Mais, arrétons-nous;, l’histoire de la superstition n’est point celle de la nature. Elle est trop liée cepen-

dant avec les phénomènes que produit cette-

nature puissante et merveilleuse, pour être tout à fait étrangère à l’histoire des animaux qui en ont été l’objet.

LE SITULE !.

Coluber (Natrix) Situla, Merr.; Col. Situla, Linn., Lacep., Latr., Daud,.

Ce serpent se trouve en Égypte, où il a été observé par M. Hasselquist; sa couleur est grise, et il présente une bande longitudinale, bordée de noir. Il a communément deux cent trentesix grandes plaques, et quarante-cinq paires de petites.

LE TYRIE ?.

Coluber (Natrix) Tyria, Merr.; Col. Tyria, Linn., Lacep., Latr., Daud.

Les terres de l'Égypte, périodiquement arro-

sées par les eaux d’un grand fleuve, et échauffées par les rayons d’un soleil très-ardent, pré-

* Le Situle, M. Daubenton, Encycl, méth.— Mus. Ad, fr. 2, p. 44.

? Le Tyrie, M. Daubenton. Encyci, méth.— Mus. Ad, fr. 2, pag. 45.

sentent aux diverses espèces de serpents, au moins pendant une grande partie de l’année, cette humidité chaude, qui convient si bien à la nature de ces reptiles. Nous ne devons donc pas être étonnés qu’on y en ait observé un grand nombre. Parmi ces serpents d'Égypte, nous devons compter le tyrie, que M. Hasselquist a fait connaitre; il a ordinairement deux cent dix grandes plaques et quatre-vingt-trois paires de petites ; il n’est point venimeux, et le dessus de son corps, qui est blanchâtre, présente trois rangs longitudinaux de taches rhomboïdales et brunes.

Il paraît que c’est au tyrie qu’il faut rapporter le serpent que M. Forskal a décrit sous le nom de Couleuvre mouchetée (Coz. guttatus *), qu'il a vu en Égypte, et que les Arabes nomment 1æ@ Æbén.

L’ARGUS à.

Coluber (Natrix) Argus, Merr.; Col. Argus, Linn., Lacep., Latr., Daud.

Ce serpent d’Afrique est remarquable par la forme de sa tête; le derrière de cette partie est relevé par deux espèces de bosses ou d’éminences très-sensibles. Les écailles, qui garnissent le dos de ce serpent, présentent chacune une tache blanche ; mais d’ailleurs on voit sur son corps plusieurs rangs de taches blanches, rondes, rouges dans leur centre, bordées de rouge, ressemblant à des yeux, et c’est ce qui lui a fait donner le nom d’Argus, par les naturalistes °.

LE PÉTOLE #.

Coluber (Natrix} Pethola, var. «, Merr.; Col. Pethola, Linn., Lacep., Latr., Daud.; Coronella Pethola, Laur. 5.

C’est au milieu des contrées ardentes de l’A: frique, que l’on trouve cette couleuvre; la

4 Col. guttatus. 7, Descript. animal. Petri Forskal. Amphibia.

2 L'Argus. M. Laubenton, Encycl.méth.—Séba, mus. 2, (ab, 105, fig. 4.

5 On ne connaît point le nombre des grandes ni des petites plaques de cette couleuvre.

4 Le Pétole, M. Daubenton, Encycl. méth.—Coluber scutis abdominalibus, 208; squamis caudalibus, 90. Linn., Am@nit. Surin. grill., p. 505, 43. — Coluber scutis abdominalibus, 207 ; caudalibus, 83. 1d., amphib. Gyllenb. p. 854, 8. — Anguis scutis abdominalibus, 209 ; squamis caudalibus, 90. Idem, Mus. Princ., p.587, 56. — Séba, mus. 1, tab. 54, fig. 4.

% M. Merrem ne considère ce reptile aue comme une variété

couleur du dessus de son corps est ordinairement d’un gris livide relevé par des bandes transversales rougeâtres ; le dessous du corps est d’un blanc mêlé de jaune, et présente quelquefois des bandes transversales d’une couleur rougeâtre ou très-brune. Le sommet de la tête est garni de neuf grandes écailles, et le dos d’écailles ovales et unies. Cette couleuvre n'a point de crochets mobiles : on ignore quelles sont ses habitudes ; elle a le plus souvent deux cent neuf grandes plaques, et quatre-vingt-dix paires de petites.

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