LE NARWAL MICROCÉPHALE
Narwalus microcephalus , Lacep.
Cette espèce est très-différente de celle du narwal vulgaire ; nous pouvons en indiquer facilement les caractères , d’après un dessin trèsexact fait dans la mer de Boston , au mois de février 4800 , par M. W. Brand, et que sir Joseph Banks a eu la bonté de nous envoyer.
Nous nemmons ce narwal le Microcéphale,
| parce que sa tête est en effet très-petite , relati-
vement à celle du narwal vulgaire. Dans ce dernier cétacée, la longueur de la tête est le quart, ou à peu près, de la longueur totale : dans le microcéphale, elle n’en est que le dixième. La tête de ce microcéphaie est d’ailleurs distincte du corps, au-dessus de la surface duquel elle s’élève un peu en bosse.
L'ensemble de ce narwal , au lieu de repré senter un ovoide, est trés-SMbs ee , et forme un cône très-long et dont une extrémité se réunit à la caudale , et dont la partie opposée est grossie irrégulièrement par le ventre. :
Ce cétacée ne parvient qu’à des dimensions bien inférieures à celles du narwal vulgaire, C’est à cette espèce qu’il faut rapporter Ja plupart des narwals dont on n’a trouvé la longueur que de sept ou huit mètres ‘. L’individu pris auprès de Boston n'avait pas tout à fait huit mètres de long ; et nous avons dit, dans l’article précédent , qu’un narwal vulgaire avait souvent plus de "u mètres de longueur.
Malgré cette infériorité du trs ses
{ Voyez l'édition de Linnée , donnée par le professeur Gmelin, article du Monodon monoceros, la cescription des planches de l'Encycl. méth., par le professeur Bonnaterre, article du Mornodon Narwal ; et Artedi, genre 49 , pag. 78:
défenses ont quelquefois une longueur presque égale au tiers de la longueur entière de l’animal, pendant que celles du narwal vulgaire n’atteignent que Je quart de cette longueur totale.
Cette proportion dans les dimensions des défenses rend la petitesse de la tête du microcéphale encore plus sensible , et peut contribuer à le faire reconnaître. Dans l’individu dessiné par M. Brand , et dont nous avons fait graver la figure, on ne voyait qu’une défense : cette arme était placée sur le côté gauche de la mâchoire supérieure; la spirale formée par les stries assez profondes de cette dent allait de droite à gauche. La longueur de cette défense était de huit vingt-cinquièmes de la longueur du cétacée ; mais nous trouvons une défense plus grande encore à proportion dans un narwal dont Tulpius a fait mention ‘, qui vraisemblablement était de l’espèce que nous décrivons, et dont le cadavre fut trouvé, en juin 1648, flottant sur la mer , près de l’île Maja. La longueur de ce cétacée n’était que de sept mètres et un tiers ; et sa défense avait trois mètres de longueur, en y comprenant la partie renfermée dans l’alvéole , et qui avait un demimètre de long. Au reste, cette défense, décrite par Tulpius, était dure, très-polie, très-blanche, striée profondément , et placée sur le côté droit.
Le microcéphale étant beaucoup plus délié que le narwal vulgaire , sa vitesse doit être plus grande que celle de ce cétacée , quelque étonnante que soit la rapidité avec laquelle nage ce dernier narwal. Sa force serait donc plus redoutable , si sa masse ne le cédait à celle du narwal vulgaire, encore plus que la vivacité de ses mouvements ne doit l’emporter sur celle des mouvements du narwal à grande tête.
Nous venons de voir qu’on a pris un microcéphale auprès de Boston, et par conséquent vers le quarantième degré de latitude. D’un autre côté, il paraît qu’on doit rapporter à cette espèce les narwals vus dans le détroit de Davis , et desquels Anderson avait appris , par des capitaines de vaisseau, qu’ils avaient le corps très-allongé, qu'ils ressemblaient par leurs formes à l’acipensère esturgeon , mais qu’ils n’avaient pas la tête aussi pointue que ce cartilagineux.
L’individu pris dans la mer qui baigne les rivages de Boston, était d’un blanc varié par
! Tulpius , Observ. medie., cap. 28.
des taches très-petites, nuageuses, bleuâtres , plus nombreuses et plus foncées sur la tête, au bout du museau , sur la partie la plus élevée du dos , sur les nageoires pectorales , et sur la nageoire de la queue.
Le museau du microcéphale est très-arrondi ; la tête , vue par-devant , ressemble à une boule. La mâchoire supérieure est un peu plus avancée que célle d’en bas. L'ouverture de la bouche n’a qu’un petit diamètre. L’œil , très-petit, est un peu éloigné de l’angle qui forme la réunion des deux mâchoires , et à peu près aussi bas que cet angle. Les pectorales sont à une distance du bout du museau, égale à trois fois ou environ Ja longueur de la tête. La saillie longitudinale que l’on remarque sur le dos , et qui s'étend jusqu’à la nageoire de la queue, s’élève assez vers le milieu de la longueur totale et auprès de la caudale, pour imiter dans ces deux endroits un commencement de fausse nageoire. La caudale se divise en deux lobes ar-
rondis et recourbés vers le corps, de manière à
représenter une ancre. L'ouverture des évents est un croissant dont les pointes sont tournées vers la tête.