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L'ORVET

Anguis fragilis, Merr., Linn., Cuv., Latr., Daud.

Ce serpent est très-commun en beaucoup de pays. I se trouve dans presque toutes les contrées de l’ancien continent depuis la Suède jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Il ressemble beaucoup à un quadrupède ovipare dont nous avons déjà indiqué les rapports avec les Anguis, et auquel nous avons conservé le nom de Seps; il n’en diffère même en quelque sorte à l'extérieur, que parce qu’il n’a pas les quatre petites pattes dont le seps est pourvu; aussi ses habitudes sont-elles d'autant plus analogues à celles de ce lézard, que le seps ayant les pattes extrêmement courtes, rampe plutôt qu’il ne marche , et s’avance par un mécanisme assez semblable à celui que les anguis emploient pour changer de place.

La partie supérieure de la tête est couverte de neuf écailles disposées sur quatre rangs, mais différemment que sur la plupart des cou-

4 Couleuvre commune, en Picardie et dans plusieurs autres provinces de France. — Serpent de verre. — Anvoye. — Orvet. M. Daubenton, Encycl. méth. — Aldr. Serp.245. Cæcilia vulgaris. — Imperat. nat. 516. Cœcilia Gesneri. -- Raï, quae drup. 289. Cæœcilia Typhlus. — Anguis fragilis. 125, tab. 5, fig. 2. Laur. Spec. med. — Typhlops, Cæœcilia, a Blind TForm. Scotia illustrata, autore Roberto Sibbaldo.— Anguis Fragilis, Blind Worm. Zoo'o3ie Britannique, t. EE, p, 55, pl. 25, no 15. — Anguis fragilis. Wulf, Ichthyologia cum amphibiis regni Borussici, — Orvel. Dict d'Iist. nat., par M. Valinont de Bomare,

leuvres. Le premier rang présente une écaille , le second deux , et les deux autres en offrent chacun trois. Les écailles qui garnissent le dessus et le dessous de son corps sont trèspetites, plates, hexagones, brillantes, bordées d’une couleur blanchâtre, et rousses dans leur milieu; ce qui produit un grand nombre de très-petites taches sur tout le corps de l’animal. Deux taches plus grandes paraissent, l’une audessus du museau, et l’autre sur le derrière de la tête, et il en part deux raies longitudinales , brunes ou noires, qui s'étendent jusqu’à la queue, ainsi que deux autres raies d’un brunchâtain qui partent des yeux. Le ventre est d’un brun très-foncé, et la gorge marbrée de blanc, de noir et de iaunâtre. Toutes ces couleurs peuvent varier suivant le pays, et peut-être suivant l’âge et le sexe. Mais ce qui peut servir beaucoup à distinguer l’orvet d’avec plusieurs autres anguis, c’est la longueur de sa queue qui égale et même surpasse quelquefois celle de son corps; l’ouverture de sa gueule s’étend jusqu’au delà des yeux; les deux os de la mâchoire inférieure ne sont pas séparés l’un de l’autre comme dans un grand nombre de serpents; et en cela l’orvet ressemble encore au seps et aux autres lézards. Ses dents sont courtes, menues, crochues et tournées vers le gosier, La langue est comme échancrée en croissant.

On a écrit que ses yeux étaient si petits, qu’on avait peine à les distinguer; cependant quoiqu'ils soient moins grands à proportion que ceux de beaucoup d’autres serpents , ils sont très-visibles, etd’ailleurs noirs et très-brillants'. Il ne parvient guère à plus de trois pieds de longueur. On a prétendu que sa morsure était très-dangereuse ?; mais il n’a point de crochets mobiles, et d’après cela seul on aurait dû supposer qu’il n’avait point de venin; d’ailleurs les expériences de M. Laurent l'ont mis hors de doute *. De quelque manière qu'on irrite cet animal, il ne mord point, mais se contracte avec force, et se roidit, dit M. Laurent, au point

1 Les écailles qui recouvrent ses lèvres ne sont pas plus grandes que celles qui revêtent son dos; aucunes de celles qui garnissent le dessous de son corps ne sont plus grandes que leurs voisines. 11 en a ordinairement cent trente-cinq rangs sous le corps, et autant sous la queue.

3 Scwenckfeld , dans son Histoire des Reptiles de la Silésie, a écrit que, dans cette province, on regardait l'orvet comme venimeux.

“M. Laurent, ouvrage déjà cité, p. 179. Les auteurs de la ‘Zoologie Britannique disent qu'en Angleterre l'orvet n'est point regardé comme dangereux.

d’avoir alors l’inflexibilité du bois. Ce naturaliste fut obligé d'ouvrir par force la bouche d’un orvet, et d’y introduire la peau d’un chien, que les dents de l’animal trop courtes et trop menues ne purent percer; de petits oiseaux employés à la même expérience, et blessés par le reptile, ne donnèrent aucun signe de venin : la chair nue d’un pigeon fut aussi mise sous les dents de l’orvet qui la tint serrée pendant longtemps, et la pénétra de la liqueur qui était dans sa bouche; le pigeon fut bientôt guéri de sa blessure, sans donner aucun indice de poison. $

Lorsque la crainte ou la colère contraignent l’orvet à tendre ainsi tous ses muscles, et à roidir son corps, il n’est pas surprenant qu’on puisse aisément en le frappant avec un bâton, ou même une simple baguette, le diviser et le casser, pour ainsi dire, en plusieurs petites parties. Sa fragilité tient à cet état de roideur et de contraction, ainsi que l’a pensé M. Laurent qui à très-bien observé cet animal, et elle est d’autant moins surprenante que ses vertèbres sont très-cassantes par leur nature, comme celles de presque tous les petits serpents, et des petits lézards, et que ses muscles sont composés de fibres qui peuvent aisément se séparer. C’est cette propriété de l’orvet qui l’a fait appeler par M. Linnée Anguis fragile , et qui l’a fait nommer par d’autres auteurs Serpent de verre.

On vient de voir que l’orvet se trouve en Suède : il habite aussi l’Écosse ! ; et, d’après cela, il paraît qu’il ne craint pas le froid autant que la plupart des serpents, quoiqu'il soit en assez grand nombre dans la plupart des contrées tempérées et même chaudes de l’Europe ; il a pour ennemis ceux des autres serpents , et particulièrement les cicognes ? qui en font leur proie d'autant plus aisément, qu’il ne peut leur opposer ni venin, ni force, ni même un volume considérable.

Il s’accouple comme les autres reptiles; le mâle et la femelle s’entortillent l’un autour de l’autre, se serrent étroitement par plusieurs contours et pendant un temps assez long. On a vu des orvets demeurer ainsi réunis pendant plus d’une heure *. Les petits serpents de cette

* Sibbald, à l'endroit déjà cité,

1 Schwenckfeld, Histoire des Reptiles de la Silésie.

5 Notes manuscrites Conmuniquées par M..de Sept-Fontaines,

DES SERPENTS. 427

espece n’éclosent pas hors du ventre de leur mère, comme la plupart des couleuvres non venimeuses:; mais ils viennent au jour tout formés !. Un très-bon observateur ? ayant ouvert deux femelles, trouva dix serpenteaux dans une qui était longue de treize pouces , et sept dans l’autre qui n’avait qu’un pied de longueur. Ces petits serpents étaient parfaitement formés. Hs ne différaient de leur mère que par leur grandeur, et par leurs couleurs qui étaient plus faibles; les plus grands avaient vingt et une lignes, et les plus petits dix-huit lignes de longueur. Le temps de la portée des orvets est au moins d’un mois, et M. de Sept-Fontaines, que nous venons de citer, s’en est assuré en gardant chez lui une femelle qui ne mit bas qu’un mois après avoir été prise : elle ne parut pas grossir pendant sa captivité ?.

C’est ordinairement après les premiers jours de juillet, que l’orvet paraît revêtu d’une peau nouvelle dans les provinces septentrionales de France. Son dépouillement s’opère comme celui des couleuvres “; il quitte sa vieille peau d’autant plus facilement, qu’il trouve à sa portée plus de corps contre lesquels il peut se frotter ; il arrive seulement quelquefois que la vieille peau ne se retourne que jusqu’à l’endroit de l’anus, et qu’alors la queue sort de l'enveloppe desséchée qui la recouvrait, comme une lame - d'épée sort de son fourreau 5.

L’orvet se nourrit de vers, de scarabées, de grenouilles, de petits rats, et même de crapauds ; il les avale le plus souvent sans les mâcher ; aussi arrive-t-il quelquefois que de petits vers viennent jusqu’à son estomac , pleins encore de vie, et sans avoir reçu aucune blessure. M. de Sept-Fontaines a trouvé dans le corps d’un jeune orvet, un lombric ou ver de terre long de six pouces, et de la grosseur d’un tuyau de plume; le ver était encore en vie, et s’enfuit en rampant.

Malgré leur avidité naturelle, les orvets peuvent demeurer un très-grand nombre de jours sans manger, ainsi que les autres serpents, et

M. de Sept-Fontaines en a eu chez lui qui se sont

laissés mourir au bout de plus de cinquante

: Rai, à l'endroit déjà cité; et notes manuscrites de M. de Sept-Fontaines.

2 M. de Sept-Fontaines.

5 Lettre de M. de Sept-Fontaines à M. le comte de Lacépède, du 7 décembre.1788.

4 Voyez l'article de la Couleuvre d'Esculape.

# Notes manuscrites de M. de Sept-Fontaines.

cd

jours, plutôt que de toucher à la nourriture qu'on avait mise auprès d’eux, et qu’ils auraient dévorée avec précipitation s’ils avaient été en liberté.

L’orvet habite ordinairement sous terre dans des trous qu'il creuse ou qu'il agrandit avec son museau; mais comme il a besoin de respirer l'air extérieur, il quitte souvent sa retraite, L'hiver même, il perce quelquefois la neige qui couvre les campagnes, et élève son museau audessus de sa surface, la température assez douce des trous souterrains qu’il choisit pour asile l’empêchant ordinairement de s’engourdir complétement pendant le froid. Lorsque les chaleurs sont revenues, il passe une grande partie du jour hors de sa retraite; mais le plus souvent, il s'en éloigne peu, et se tient toujours à portée de s’y mettre en süreté.

Il se dresse fréquemment sur sa queue qu'il roule en spirale; et qui lui sert de point d’appui ; et il demeure quelquefois longtemps dans cette situation. Ses mouvements sont rapides , mais moins que ceux de la couleuvre à collier. Il ne répand pas communément d’odeur désagréable ‘.

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