DONT LE CORPS ET LA QUEUE SONT ENTOURÉS D'ANNEAUX ÉCAILLEUX
AMPHISBÈNES.
L'ENFUMÉ t.
Amphisbæna fuliginosa, Linn., Gm:1l., Latr,, Daud., Merr.; A. vulgaris, À varia, À magnifica et À. flaya, Laur., Gmel.
Ilest très-facile de distinguer les amphisbènes de tous les serpents dont nous avons déjà parlé.
4 Jbijara , par les Brasiliens. — Body. — Cega, Cobre Vega, et Cobra de las Cabecas, parles Portugais. — L'Enfamé. M. Daubenton, Encycl. méth. — Gronov. mus. 2, p. 1. Amphisbæna.— Rai, quadrup. 289. — Trasgobane. M. Valmont de Bomare.— Séba, mus. 4, tab. 88, fig. 5; mus. 2, tab. 1, fig. 7; tab. 18, fig. 2; tab. 22, fig. 5: tab. 75, fig. 4, et tab. 100, fig, 5.
les revêtent sont presque carrées, plus ou moins régulières , disposées transversalement et réunies l’une à côté de l’autre de manière à former des anneaux entiers, qui environnent l’animal. Le dessus et le dessous du corps et de la queue se ressemblent si fort dans les amphisbènes, que, lorsque leur tête et leur anus sont cachés, l’on ne peut savoir s’ils sont dans leur position naturelle ou renversés sur le dos. On pourrait même dire que , sans la position de leur tête et celle de leur colonne vertébrale plus voisine du dessus que du dessous du corps, ïls trouveraient un point d'appui aussi avantageux dans la portion supérieure de ces anneaux que dans l'inférieure, et qu’ils pourraient également s’avancer en rampant sur leur dos et sur leur ventre. Mais s’ils sont privés de cette double manière de marcher, par la situation de leur tête et par celle de leur colonne vertébrale, cette forme d’anneaux, également construits au-dessus et au-dessous de leur corps, leur donne une grande facilité pour se retourner, se replier en différents sens comme les vers, et exécuter divers mouvements interdits aux autres serpents. Trouvant d’ailleurs dans ces anneaux la même résistance, soit qu’ils avancent ou qu’ils reculent , ils peuvent ramper presque avec une égale vitesse en avant et en arrière; et de là vient le nom de Double-Marcheurs ou d’Amphisbènes qui leur a été donné. Ayant la queue très-grosse et terminée par un bout arrondi, portant souvent en arrière cette extrémité grosse et obtuse, et lui faisant faire des mouvements que la tête seule exécute communément dans beaucoup d’autres reptiles, il n’est pas surprenant que leur manière de se mouvoir ait donné lieu à une erreur semblable à celle que les anguis ont fait naître. On à cru qu’ils avaient deux têtes non pas placées à côté l’une de l’autre, comme dans certains serpents monstrueux, mais la première à une extrémité du corps et la seconde à l’autre. On ne s'est pas même contenté d’admettre cette conformation extraordinaire; on à imaginé des fables absurdes que nous n’avons pas besoin de réfuter. On à cru et écrit très-sérieusement que lorsqu'on coupe un amphisbène en deux par le milieu du corps, les deux têtes se cherchent mutuellement; que lorsqu'elles se sont rencontrées , elles se rejoignent par les extrémités
DES SERPENTS
qui ont été coupées , le sang servant de glu pour les réunir; que si on les coupe en trois morceaux , chaque tête cherche le côté qui lui appartient, et que lorsqu'elle s’y est attachée, le serpent se trouve dans le même état qu'avant d’avoir été divisé; que le moyen de tuer un amphisbène est de couper les deux têtes avec une petite partie du corps, et de les suspendre à un arbre avec un cordeau; que même cette manière n’est pas très-sûre; que, lorsque les oiseaux de proie ne les mangent point, et que le cordeau se pourrit, l’amphisbène, desséché par le soleil, tombe à terre, et qu’à la première pluie qui survient, il renaît par le secours de l'humidité qui le pénètre; que, par une suite de cette propriété, ce serpent réduit en poudre est le meilleur spécifique pour réunir et souder les os cassés ! , etc. Combien d’idées ridicules le défaut de lumières et le besoin du merveilleux n’ont-ils pas fait adopter !
L'espèce de ces amphisbènes la plus anciennement connue est celle de l’enfumé. Le nom de ce serpent lui vient de sa couleur, qui est en effet très-foncée, presque noire, et variée de blanc. Il parvient communément à la longueur d’un pied ou deux, mais sa queue n’excède presque jamais celle de douze ou quinze lignes ?. Ses yeux sont non-seulement très-petits, mais encore recouverts et comme voilés par une membrane; c’est cette conformation singulière qui lui a fait donner, ainsi qu’aux anguis, le nom de Serpent aveugle, et qui établit un nouveau rapport entre ce reptile et les murènes, les congres et les anguilles, qui d’ailleurs ressemblent à beaucoup d’égards aux serpents , et que l’on a quelquefois même appelés Serpents d’eau.
L’enfumé habite les Indes orientales, particulièrement l'ile de Ceylan. On je rencontre aussi en Amérique ; on ignore une grande partie de ses habitudes, mais l’on sait qu'il se nourrit de vers de terre, de mollasses, de divers insectes, de cloportes, de scolopendres, etc. Il fait aussi la guerre aux fourmis , dont il paraît qu’il aime beaucoup à se nourrir ; bien loin de chercher à détruire ou diminuer son espèce , on devrait donc tâcher de la multiplier dans les contrées torrides si souvent dévastées par des légions innombrables de fourmis , qui, s’avançant en colonnes pressées et couvrant un grand
1 Voyez l'Hist. nat. de l'Orenoque, Lyon, 1758, t. ILE, p. 86.
3 On compte ordinairement deux cents anneaux sur le corps |
de l'enfumé, et trente sur sa queue.
espace, laissent partout des traces funestes que l’on prendrait pour celles de la flamme dévorante. L’enfumé fait aisément sa proie de ces fourmis ainsi que des vers, des larves d’insectes , et de tous les petits animaux qui se cachent sous terre, la faculté qu’il a de reculer ou d’avancer sans se blesser lui donnant, ainsi que sa conformation générale, une très-grande facilité pour pénétrer dans les retraites souterraines des vers , des fourmis et des insectes. Il peut d’ailleurs fouiller la terre plus profondément que plusieurs autres serpents, sa peau étant très-dure et ses muscles très-vigoureux. Quelques voyageurs ont écrit qu’il était venimeux ; nous avons trouvé cependant que ses mâchoires n'étaient garnies d’aucun crochet mobile. On voit au-dessus de son anus huit petits tubercules percés à leur extrémité et qui communiquent avec autant de petites glandes, ce qui lui donne un nouveau rapport avec le bipède cannelé ‘, ainsi. qu’avec plusieurs espèces de lézards ?,