‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 33 sur 470 · LE CACHALOT MACROCÉPHALE · texte numérisé non relu

LE CACHALOT MACROCÉPHALE

Physeter macrocephalus, Linn., Bonn., Shaw., Cuv.; — Catodon macrocephalus, Lacep.

Quel colosse nous avons encore sous les yeux! Nous voyons un des géants de la mer,

‘ Voyez les caractères du genre des Anarnaks dans la table méthodique qui est à la tête de cette Histoire.

? Anarnak, dans le Groenland. — Oth. Fabricius , Fauna Groenlandica , 51. — Monodon spurius. Bonnaterre , planches de l'Encycl. méth.

$ MM. Cuvier et De Blainville regardent, avec raison, ce cétacée comme devant. se rapprocher de l'Hyperoodon de M. Lacépède ou Bulskopf des Anglais. Voyez ci-après. D,

+ Voyez lés caractères du genre des Cachalots dans la table méthodique qui est à la tête de cette Histoire.

5 Cachelot. — Potvisch, par les Hollandais. — Kaizilot 1 ibid. — Pottfisch , par les Allemands. — Caschelott , ibid. — Kaskelot, en Norwége. — Polfisk, ibid. — Trold-hual . ibid. — ÆHuns-hval, ibid. — Sue-hval, ibid. — Buur-hval, ibid. — Bardhvalir, ibid. — Rod-kammen (peigne rouge), par les Islandais. — Jl!-hvel , nom donné par les Islandais aux cétacées dont les mâchoires sont armées de dents, et qui sont carvas:iers et dangereux. — Sperma celi, par les Anglais, —

des dominateurs de l’Océan , des rivaux de la baleine franche. Moins fort que le premier des cétacées , il a recu des armes formidables que la nature n’a pas données à la baleine. Des dents terribles par leur force et par leur noms bre! garnissent les deux côtés de sa mâchoire inférieure. Son organisation intérieure, un peu différente de celle de la baleine, lui impose d’ailleurs le besoin d’une vie plus substantielle, que des légions d'animaux assez grands peuvent seules lui fournir. Aussi ne règne-t-il pas sur les ondes en vainqueur pacifique, comme Ja baleine ; il y exerce un empire redouté : il ne se contente pas de repousser l’ennemi qui l'attaque, de briser l'obstacle qui l’arrête, d’immoler l’audacieux qui le blesse; il cherche sa proie, il poursuit ses victimes, il provoque au combat; et s’il n’est pas aussi avide de sang et de carnage que plusieurs animaux féroces , s’il n’est pas le tigre de la mer, du moins n’estil pas l’éléphant de l'Océan.

Sa tête est une des plus volumineuses , si elle n’est pas la plus grande de toutes celles que l’on connaît. Sa longueur surpasse presque toujours le tiers de la longueur totale du cétacée. Elle parait comme une grosse masse tronquée par-devant, presque cubique , et terminée par conséquent à l’extrémité du museau par une surface très-étendue , presque carrée, et presque verticale. C’est dans la surface inférieure de ce cube immense, mais imparfait, que l’on voit l’ouverture de la bouche, étroite, longue, un peu plus reculée que le bout du museau, et

Fianfire, au Japon. — Mokos, ibid. — Grand cachalot ; Physeter macrocephalus. Bonnaterre, planches de l'Encycl. méth. — /d. Édition de Bloch, publiée par R. R. Castel. — Catodon fistula in cervice. Faun. Suecic. 55. — Jd. Artedi, gen. 78, syn. 108. — Cetus bipinnis suprà niger, infrà albicans, fistula in cervice. Brisson, Regn. anim , pag. 357, n° 4.— Cetepot walfisch Batavis maris accolis dictum, et balæna major, in inferiore tantüm maxilla, dentata, macrocephala, bipinnis, Sibb. Rai. Pisc.. pag. 11. — À whirle-pooi, — pot walfish, — Cete Clusio, ete. Willughby, lib. 2, pag. 44. — Balæna. Id. pl. À 1, fig. 5. — Cetus dentatus. Mus. Worm., pag. 280. — Zd. Jonston, Pisc., pag. 243, fig. 41-42: Cete Clusii. Klein, Miss. pisc. 2, pag. 14. — Aliud cete admirabile. Clus. Exot., pag. 151. — Eggede, Groenland., pag. 54. — Anders. Isl., pag. 2532. — Cranz, Groenland. pag. 148. — Nous n'avons pas besoin de prévenir nos lecteurs qu'en citant dans la synonymie de cet article, ou dans celle des autres articles de cette Histoire , les ouvrages des natura: listes anciens ou modernes, nous avons été souvent bien éloignés d'adopter les descriptions qu'ils ont données des cétacées dont ils ont parlé.

4 Suivant Anderson , le nom de Cachalot a été donné, sur les rives occidentales de la France méridionale, au cétacée que nous décrivons, et signifie animal à dents.

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fermée à la volonté du cachalot par la mûchoire d’en bas, comme par un vaste couvercle renversé.

Cette mâchoire d’en bas est done évidemment plus courte que celle d’en haut. Nous avons dans le Muséum d'histoire naturelle les deux mâchoires d’un cachalot macrocéphale. La supérieure a cinq mètres quatre-vingt-douze centimètres de longueur; linférieure n’est longue que de quatre mètres quatre-vingt-six centimètres.

Mais la mâchoire d’en haut du macrocéphale l'emporte encore plus par sa largeur que par sa longueur sur celle d’en bas, qu’elle entoure, et qui s’emboîte entre ses deux branches. Celle du cachalot que nous venons d'indiquer a un mètre soixante-deux centimètres de large : l’inférieure n’a, vers le bout du museau, que trente-deux centimètres de largeur ; et ses deux branches, en s’écartant, ne forment qu’un angle de quarante degrés".

Chaque branche de la mâchoire d’en bas a quelquefois cependant un tiers de mètre d’épaisseur. La chair des gencives est ordinairement très-blanche, dure comme de la corne, revêtue d’une sorte d’écorce profondément ridée, et ne peut être détachée de l’os qu’après avoir éprouvé pendant plusieurs heures une ébullition des plus fortes.

Le nombre des dents qui garnissent de chaque côté la mâchoire d’en bas, est de vingttrois, suivant le professeur Gmelin ; il était de vingt-quatre dans l’individu dont une partie de la charpente osseuse est conservée dans le Muséum d'histoire naturelle de Paris ; il était de vingt-cinq dans un autre individu examiné par Anderson ; et selon plusieurs écrivains, il varie depuis vingt-trois jusqu’à trente. On nepeutplus douter que ce nombre ne dépende de l’âge du cétacée, et ne eroisse avec cet âge : mais nous devons remarquer avec le savant Hunter, que, dans les cétacées, la dent paraît toute formée dans l’alvéole ; elle ne s’allonge qu’en pénétrant dans la gencive. La mâchoire s’accroît en se prolongeant par son bout postérieur. C’est vers le gosier qu’il parait de nouvelles dents à mesure que l’animal se développe; et de là vient que dans les cétacées , et particulièrement dans le macrocéphale , les alvéoles de la mâchoire

‘ La figure de cette mâchoire inférieure a été gravée dans les planches de l'Encycl. méth., sous la direction de M, Bonnaterre, Céloiogie, pl. 6, fig. 5.

supérieure sont d'autant plus profonds qu’ils sont plus près du bout du museau.

Ces dents sont fortes, coniques, un peu recourbées vers l’intérieur de la gueule. Les deux premières et les quatre dernières de chaque rangée sont quelquefois moins grosses et plus pointues que les autres. Elles ont à l’extérieur la couleur et la dureté de l’ivoire; mais elles sont, à l’intérieur, plus tendres et plus grises. On à écrit qu’elles devenaient plus longues , plus grosses et plus recourbées, à mesure que le cétacée vieillit. Lorsqu’elles n’ont encore qu’un sixième de mètre de longueur, leur circonférence est d’un douzième de mètre à l’endroit où elles ont le plus de grosseur. La màchoire supérieure présente autant d’alvéoles qu’il y a de dents à la mâchoire d’en bas. Ces alvéoles reçoivent, lorsque la bouche se ferme , la partie de ces dents qui dépasse les gencives; et presque à la suite de chacune de ces cavités, on découvre une dent petite, pointue à son extrémité, située horizontalement, et dont on voit à peine, au-dessus de la chair, une surface plane, unie et oblique.

La langue est charnue , un peu mobile , d’un rouge livide , et remplit presque tout le fond de la gueule.

L’œil est situé plus haut que dans plusieurs grands cétacées. On le voit au-dessus de l’espace qui sépare l’ouverture de la gueule de la base de la pectorale , et à une distance presque égale de cet espace et du sommet de la tête. Il est noirâtre, entouré de poils très-ras et très-difficiles àdécouvrir. Cet organe n’a d’ailleurs qu’un trèspetit diamètre ; et Anderson assure que dans un individu de cette espèce, poussé dans l’Elbe par une forte tempête , en décembre 1720 , et qui avait plus de vingt-trois mètres de longueur, le cristallin n’était que de la grosseur d’une balle de fusil.

Au reste, nous devons faire remarquer avec soin que l’œil du macrocéphale est placé au sommet d’une sorte d’éminence ou de bosse, peu sensible à la vérité, mais qui cependant s'élève assez au-dessus de la surface de la tête, pour que le museau n'empêche pas cet organe de recevoir les rayons lumineux réfléchis par les objets placés devant le cétacée, pourvu que ces objets soient un peu éloignés. Aussi le capitaine Colnett dit-il, dans la relation de son voyage , que le cachalot poursuit sa proie sans

| être obligé d’incliner le grand axe de sa tête et

de son corps sur la ligne le long de laquelle il s’avance.

On a peine à distinguer l'orifice du conduit auditif. I] est cependant situé sur une sorte d'excroissance de la peau, entre l’œil et le bras ou la nageoire pectorale,.

Les deux évents aboutissent à une même ouverture, dont la largeur est souvent d’un sixième de mètre. L'animal lance avec force, et à une assez grande hauteur , l’eau qu’il fait jaillir par cet orifice. Mais ce fluide, au lieu de s’élever verticalement , décrit une courbe dirigée en avant, et par conséquent, au lieu de retomber sur les évents , lorsque le cachalot est en repos, retombe dans la mer, à une distance plus ou moins grande de l’extrémité du museau. Cet effet vient de Ja direction des évents , et de la position de leur orifice. Ces tuyaux forment une diagonale qui part du fond du palais, traverse l’intérieur de Ja tête, et se rend à l’extrémité supérieure du bout du museau , où elle se termine par une ouverture inclinée à l’horizon. L’eau lancée par cette ouverture et par ces tuyaux inclinés tend à s'élever dans l’atmosphère dans la même direction ; et sa pesanteur , qui la ramène sans cesse vers la surface de la mer, doit alors fui faire décrire une parabole en avant du tube dont elle est partie.

Le macrocéphale n’est pas obligé de se servir d’évents pour respirer, aussi souvent que la baleine franche : il reste beaucoup plus longtemps sous l’eau ; et l’on doit croire , d’après le capitaine Colnett, que plus il est grand, et moins, tout égal d’ailleurs, il vient fréquemment à la surface de l'Océan.

La nuque est indiquée dans ce cétacée par une légère dépression, qui s'étend de chaque côté jusqu’à la nageoire pectorale.

Vers les deux tiers de la longueur du dos, s'élève insensiblement une sorte de callosité longitudinale , que l’on croirait tronquée parderrière, et qui présente la figure d’un triangle rectangle très-allongé.

Le ventre est gros et arrondi. La queue, dont Ja longueur est souvent inférieure à celle de la tête, est conique , d’un très-petit diamètre vers la caudale, et par conséquent très-mobile.

Une gaine enveloppe la verge du mâle; et c’est dans une cavité longitudinale de près d’un demi-mètre de longueur, que chacune des deux mamelles de la femelle est cachée, et placée comme dans une sorte d’abri. La mamelle et le

mamelon n’ont ensemble qu’une longueur d’un sixième de mètre ou à peu près , mais ils s’allongent, et la mamelle devient pendante, lorsque la mère allaite son petit.

La graisse ou Je lard que l’on trouve au-des-: sous de la peau a près de deux décimètres d’é: paisseur. La chair est d’un rouge pâle.

On a écrit que le diamètre de l'aorte du macrocéphale était souvent d’un tiers de mètre, et qu’à chaque systoleil sort du cœur de ce cétacée près de cinquante litres de sang.

Les sept vertèbres du cou , ou du moins les six dernières , sont soudées ensemble selles sont réunies par une sorte d'ankilose, qui cependant n'empêche pas de les distinguer toutes, et de voir que les cinq intermédiaires sont trèsminces ?. Cette particularité contribue à montrer pourquoi le cachalot ne remue pas la tête sans mouvoir le corps.

On ignore encore le nombre des vertèbres dorsales et caudales du macrocéphale ; maïs on conserve, dans les galeries d'anatomie comparée du Muséum d'histoire naturelle, trente-trois de ces vertèbres, dont la hauteur est de dixhuit centimètres, et la largeur de vingt-un.

Anderson ayant examiné le bout de la queue du cachalot macrocéphale de vingt-trois mètres de longueur, pris dans l’Elbe, et dontnousavons déja parlé, trouva que les vertèbres qui la soutenaient, réunies les unes aux autres par des cartilages souples , devaient avoir été très-mobiles. | |

On peut voir aussi, dans les galeries du Muséum, deux vraies côtes du caehalot que nous tâchons de bien connaître. Elles sont comprimées , courbées dans un tiers de leur longueur, terminées par deux extrémités dont la distance mesurée en ligne droite est de cent treize centimètres, ét articulées de manière qu’elles forment, avec celles du côté opposé, un angle de quatrg-vingt-dix degrés ou environ.

M. Chappuis de Quimperécrivitdans letemps à mon savant collègue Faujas de Saint-Fond, que des cachalots macrocéphales échoués sur la côte de Bretagne, n’avaient que huit côtesde chaque côté, et que la longueur de ces eôtes était de cent soixante-cinq centimètres.

L’os du front, très-étroit dedevant en arrière, ressemble, dans le cachalot, comme dans tous

“ Lecons d'anatomie comparée de G. Cuvier, rédigées par G. Daméril ete.,t. 1, p.134 et 165,

DES les cétacées, à une bande transversale qui s’étend de chaque côté jusqu’à l’orbite, dont il compose le plafond ; mais il descend moins bas dans le macrocéphale que dans plusieurs autres de ces mammifères, parce que l’œil y est plus élevé, ainsi que nous venons de le voir.

Si nous considérons le bras, nous trouverons que les deux os de l’avant-bras, le cubilus et le radius, sont aplatis, et articulés avec Phumerus et avec le carpe, de manière à n’avoir pas de mouvements particuliers, au moins trèssensibles ; que les phalanges des doigts sont également aplaties; et que toutes les parties qui composent le bras, sont réunies et recouvertes de manière à former une véritable nageoire un peu ovale, ordinairement longue de plus d’un mètre, et épaisse de plus d’un décimètre.

La nageoire de la queue se divise en deux lobes, dont chacun est échancré en forme de faux. Le bout d’un de ces lobes est souvent éloigné de l’extrémité de l’autre, de près decinq mètres.

Le dos du macrocéphale est noir ounoirâtre, quelquefois mêlé de reflets verdâtres ou de nuances grises ; on a vu aussi la partie supérieure d'individus de cette espèce teinte d’un bleu d’ardoise et tachetée de blanc.

Le ventre du macrocéphale est blanchâtre.

Sa peau a la douceur de la soie.

Nous avons déjà dit que sa longueyr pouvait être de plus de vingt-trois mètres : sa circonférence, à l'endroit le plus gros de son corps, est alorsau moins dedix-sept mètres ; sa plus grande hauteur est même quelquefois supérieure ou du moins égale au tiers de sa longueur totale.

Mais nousne pouvons terminer la description de ce cétacée qu'après avoir parlé de deux substances remarquables qu’on trouve dans son intérieur , ainsi que dans celui de presque tous les autres cachalots. L'une de ces deux substances est celle qui est connue dans le commerce sous lenom impropre de blanc de baleine, et l’autre est ambre gris.

Que la première soit d’abord l’objet de notre examen.

* La tête du cachalot macrocéphale, cette tête si grande, si grosse, si élevée, même dans celle de ses portions qui saïlle le plus en avant, renferme dans sa partie supérieure, une cavité très-vaste et très-distincte de celle qui contient Je cerveau, et qui est très-petite. Le capitaine Colnett nous dit, dans la relation deson voyage,

XACHALOTS.

{ que dans un macrocéphale pris auprès de la côte occidentale du Mexique, en août 1793, cette cavité occupait près du quartde la totalité de la tête. Elle était inclinée en avant, s’avançait d’un côté jusqu’au bout du museau, et de l'autre, s’étendait jusqu’au delà des yeux. On peut voir la position, la forme et la grandeur de cette cavité, dans la tête du macrocéphale, qui a près de six mètres de long, que l’on conserve dans le Muséum d'histoire naturelle, que nous avons fait graver, et dont l'os frontal a été scié de manière à laisser apercevoir cet énorme vide. |

Cette cavité est recouverte par plusieurs téguments , par la peau du cétacée, par une couche de graisse ou de lard d’un décimètre au moins d'épaisseur, et par une membrane dont le capitaine Colnett dit que la couleur est noire *, et dans laquelle cn voit de très-gros nerfs.

La calotte solide que l’on découvre quand on a enlevé ces téguments , est plus ou moinsdure, suivant l’âge du cétacée; mais il parait que, tout égal d’ailleurs , elle est toujours plus dure dans le macrocéphale que dans d’autres espèces de cachalots qui produisent du blanc, et dont nous parlerons bientôt.

La cavité est divisée en deux grandes portions par une membrane parsemée de nerfs et étendue horizontalement. Ces deux portions sont traversées obliquement par les évents :

elles sont d’ailleurs inégales. La supérieure est la moins grande : l’inférieure, qui est située audessus du palais, a quelquefois plus de deux mètres et demi de hauteur. Il n’est donc pas surprenant qu’on retire souvent de ces deux cavités, lesquelles ont été comparées à des cavernes, plus de dix-huit ou même vingt tonneaux de blanc liquide. Mais cette substance fluide n’est pas contenue uniquement dans ces deux grands espaces. Chacune de ces vastes cavernes est séparée en plusieurs compartiments, formés par des membranes verticales, dont on a considéré la nature comme semblable à celle de la pellicule intérieure d’un œuf d'oiseau , et c’est dans ces compartiments qu’on trouve le blanc. Cette matière est liquide pendant la vie de l’animal; elle est encore fluide lorsqu'on l'extrait peu de temps après la mort du cétacée. À mesure néanmoins qu’elle se refroidit ;

+ Voyage to the south Atlantic, etc.

elle se coagule : si elle est mêlée avec une certaine quantité d’huile, il faut un refroidissement plus considérable pour la fixer; et lorsqu’elle a perdu sa fluidité, elle ressemble, suivant M. Hunter, à la pulpe intérieure du melon d’eau. Elle est très-blanche : on a cependant écrit que ses nuances étaient quelquefois altérées par le climat, vraisemblablement par ja nourriture et l’état de l’individu. Devenue concrète, elle est cristalline et brillante. C’est une matière huileuse, que l’on trouve autour du cerveau, mais qui est très-distincte par sa place, et très-différente par sa nature, de la substance médullaire. Le blanc que l’on retire de la portion supérieure de la grande cavité est très-souvent moins pur que celui de la portion inférieure; mais on amène l’un et l’autre à un très-haut degré de pureté, en le séparant à l’aide de la presse, d’une certaine quantité d'huile qui l’altère, et en le soumettant à plusieurs fusions, cristallisations et pressions successives. Il est alors cristallisé en lames blanches, brillantes et argentines. IL a une odeur particulière et fade, très-facile à distinguer de celle que donne la raneidité. Lorsqu'on l’écrase, il se change en une poussière blanche, encore lamelleuse et brillante, mais onctueuse et grasse. On le fond à une température plus basse que la cire, mais à une température plus élevée que la graisse ordinaire. Mis en contact avec un Corps incandescent, il s’enflamme, brüle sans pétillement, répand une flamme vive et claire, et peut être employé avec d’autant plus d'avantage à faire des bougies, que lorsqu’il est en fusion, il ne tache pas les étoffes sur lesquelles il tombe, maïs s’en sépare par le frottement, sous la forme d’une poussière.

Un canal, que l’on a nommé très-improprement veine spermalique, communique avec la cavité qui contient le blane du cachalot. Trèsgros du côté de cette cavité, il s’en éloigne avec la moelle épinière, et se divise en un trèsgrand nombre de petits vaisseaux, qui, s’étendant jusqu'aux extrémités du cétacée, distribuent dans toutes les parties de l’animal la substance blanche et liquide que nous examinons. Ce canal se vide dans la cavité de la tête, àmesure qu’on retire le blanc de cette cavité, et la substance fluide qui sort de ce gros vaisseau remplace, pendant quelques moments, celui qu’on puise dans la tête.

On trouve aussi, dans la graisse du macro-

céphale, de petits intervalles remplis de b/ane. Lorsqu'on a vidé une de ces loges particulières, elle se remplit bientôt de celui des loges voisines, et, de proche en proche, tous ces interstices reçoivent un nouveau fluide qui provient du grand canal dont la moelle épinière est accompagnée dans toute sa longueur.

Il y à doncdans le cachalot, à l’histoire duquel cet article est consacré , un système général de vaisseaux propres à contenir et à transmettre le blanc , lequel système a beaucoup de rapport dans sa composition, dans sa distribution, dans son étendue et dans la place qu’il occupe avec l’ensemble formé par le cerveau, la moelle épinière et les nerfs proprement dits.

Il ne faut done pas être étonné qu’on retire du corps et de la queue du macrocéphale une quantité de blanc égale , ou à peu près, à celle que l’on trouve dans sa tête, et que cette substance soit d’un égal degré de pureté dans les différentes parties du cétacée.

Pour empêcher que ce blane ne s’altère et n'acquière une teinte jaune, on le conserve dans des vases fermés avec soin. Des commerçants infidèles l’ont quelquefois mêlé avec ae la cire; mais en le faisant fondre on s’apercçoit aisément de la falsification de cette substance.

Pour achever de la faire connaître, nous ne pouvons mieux faire que de présenter une partie de l’analyse qu'on en peut voir dans le grand et bel ouvrage de notre célèbre et savant collègue Fourcroy !.

« Quand on distille le blanc à la vornue, on « ne le décompose qu'avec beaucoup de diffi- «culté; lorsqu'il est fondu et bouillant, il « passe presque tout entier et sans altération dans le récipient; il ne donne ni eau ni acide « sébacique; ses produits n’ont pas l’odeur « forte de ceux des graisses. Cependant une « partie de ce corps graisseux est déjà déna- « turée, puisqu'elle est à l’état d’huile liquide, et, si on le distille plusieurs fois de suite, «on parvient à l’obtenir complétement hui- « Jeux, liquide et inconcrescible. Malgré l’es- « pèce d’altération qu’il éprouve dans ces distile « lations répétées, le blanc n’a point acquis «encore plus de volatilité qu’il n’en avait; et «il faut, suivant M. Thouvenel, le même degré « de chaleur pour le volatiliser que dans la « premièreopération. L'huile dans laquelle ilse

{ Système des connaissances chimiques, t. X , p. 299 et suive

DES CACHALOTS

« convertit n’a pas non plus l’odeur vive et pé- « nétrante de celles qu’on retire des autres ma- « tières animales traitées de la même manière. « La distillation du blanc avec l’eau bouillante, « d’après le chimiste déjà cité, n'offre rien de « remarquable. L'eau de cette espèce de dé- « coction est un peu louche; filtrée et évapo- « porée, elle donne: un peu de matière mu- « queuse et amère pour résidu. Le blane, « traité par ébullition dans l’eau , devient plus « solide et plus soluble dans l’alcool, qu’il ne « l’est dans son état naturel.

« Exposé à l’air, le blanc devient jaune et « sensiblement rance. Quoique sa rancidité « Soit plus lente que celle des graisses propre- « ment dites, et quoique son odeur soit alors « moins sensible que dans ces dernières, en « raison de celle qu’il a dans son état frais, ce « phénomène y est cependant assez marqué « pour que les médecins aient fait observer « qu'il fallait en rejeter alors l’emploi. Il se « combine avec le phosphore et le soufre par la « fusion; il n’agit pas sur les substances métal- « liques.

« Les acides nitrique et muriatique n’ont « aucune action sur lui. L’acide sulfurique « concentré le dissout en modifiant sa couleur, « et l’eau le sépare de cette dissolution, comme « elle précipite le camphre et l’acide nitrique; « l'acide sulfureux le décolore et le blanchit; « l’acide muriatique oxigéné le jaunit, et ne le « décolore pas quand il a pris naturellement « cette nuance.

« Les lessives d’alcalis fixes s’unissent au « blanc liquéfié, en le mettant à l’état savon- « neux : cette espèce de savon se sèche et de- « vient friable; sa dissolution dans l'eau est « plus louche et moins homogène que celle « des savons communs.

« Bouilli dans l’eau avec l’oxide rouge de « plomb, le blanc forme une masse emplasti- « que, dure et cassante.

« Les huiles fixes se combinent prompte- « ment avec cette substance graisseuse, à l’aide « d’une douce chaleur; on ne peut pas plus la « séparer de ces combinaisons que les graisses « et la cire. Les huiles volatiles dissolvent « également le blanc, et mieux même qu’elles « ne font les graisses proprement dites. L’al- « cool le dissout en le faisant chauffer : il s’en « sépare une grande partie par le refroidisse- « ment; et lorsque celui-ci est lent, le blanc

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« se cristallise en se précipitant. L'éther en «opère la dissolution encore plus promptement «et plus facilement que l’alcool; il l’enlève « même à celui-ci, et il en retient une plus « grande quantité. On peut aussi faire cristal- « liser très-régulièrement le blane, si, après « l'avoir dissous dans l’éther à l’aide de la cha- « leur douce que la main lui communique, on «le laisse refroidir et s’évaporer à l'air. La « forme qu’il prend alors est celle d’écailles « blanches, brillantes et argentées comme l’a- « cide boracique, tandis que le suif et le « beurre de cacao, traités de même, ne don- « nent que des espèces de mamelons opaques « et groupés, où des masses grenues irrégu- « lières. »

Comment ne pas penser maintenant, avec notre collègue Foureroy, que le blanc du cachalot est une substance très-particulière, et qu'il peut être regardé comme ayant avec les huiles fixes les mêmes rapports que le camphre avec les huiles volatiles, tandis que la cire paraît être à ces mêmes huiles fixes ce que la résine est à ces huiles volatiles ?

Mais nous avons dit souvent qu’il n’existait pas dans la nature de phénomène entièrement isolé. Aucune qualité n’a été attribuée à un être d’une manière exclusive. Les causes s’enchainent comme les effets; elles sont rapprochées et liées de manière à former des séries non interrompues de nuances successives. A Ja vérité, la lumière de la science n’éclaire pas encore toutes ces gradations. Ce que nous ne pouvons pas apercevoir est pour nous comme s’iln’existait pas, et voilà pourquoi nous croyons voir des vides autour des phénomènes; voilà pourquoi nous sommes portés à supposer des faits isolés, des facultés uniques, des propriétés exclusives, des forces circonscrites, Mais toutes ces démarcations ne sont que des illusions que le grand jour de la science dissipera ; elles n'existent que dans nos fausses manières de voir. Nous ne devons done pas penser qu’une substance particulière n’appartienne qu’à quelques êtres isolés. Quelque limitée qu’une matière nous paraisse, nous devons être sûrs que ses bornes fantastiques disparaitront à mesure que nos erreurs se dissiperont. On la retrouvera plus ou moins abondante, ou plus ou moins modifiée, dans des êtres voisins ou éloignés des premiers qui l’auront présentée. Nous en avons une preuve frappante dans le

blanc du cachalot : pendant longtemps on l’a cru un produit particulier de l’organisation du macrocéphale. Mais continuons d'écouter Fourcroy, et nous ne douterons plus que cette substance ne soit très-abondante dans la nature. Une des sources les plus remarquables de cette matière est dans le corps et particulièrement dans la tête du cachalot macrocéphale; mais nous verrons bientôt que d’autres cétacées le produisent aussi. Il est même tenu en dissolution dans la graisse huileuse de tous les cétacées. L'huile de baleine franche ou d’autres baleines, à laquelle on a donné dans le commerce le nom impropre d’huile de poisson, dépose dans les vaisseaux où on la conserve, une quantité plus ou moins grande de blanc entièrement semblable à celui du cachalot. La véritable huile de poisson, celle qu’on extrait du foie ét de quelques autres parties de vrais poissons , donne le même blanc, qui s’en précipite lorsque l’huile a été pendant longtemps en repos, et qui se cristallise en se séparant de cette huile. Les habitants des mers, soit ceux qui ont reçu des poumons et des mamelles, soit ceux qui montrent des branchies ét des ovaires, produisent donc ce blanc dont nous recherchons l’origine.

Mais continuons.

Fourcroy nous dit encore qu’il a trouvé une substance analogue au blanc dans les calculs biliaires, dans les déjections bilieuses de plusieurs malades, dans le parenchyme du foie exposé pendant longtemps à l’air et desséché, dans les muscles qui se sont putréfiés sous une couche d’eau ou de terre humide, dans les cerveaux conservés au milieu de l'alcool, et dans plusieurs autres organes plus ou rois décomposés. IL n’hésite pas à déclarer que le blanc dont nous étudions les propriétés est un des produits les plus constants et les plus ordinaires des composés animaux altérés.

Observons cependant que cette substance blanche et remarquable, que les animaux terrestres ne produisent que lorsque leurs organes ou leurs fluides sont viciés , est le résultat habituel de l’organisation ordinaire des animaux marins, le signe de leur force constante et la preuve de leur santé accoutumée, plutôt que la marque d’un dérangement Do ou d’une altération passagère.

Observons encore, en rappelant et en réunissant dans notre pensée toutes les propriétés que

l’analyse a fait découvrir dans le blane du cachalot, que cette matière participe aux qualités des substances animales et à celles des substances végétales. C’est un exemple de plus de ces liens secrets qui unissent tous les corps organisés, et qui n'ont jamais échappé aux esprits attentifs.

Combien de raisons n’avons-nous pas, par conséquent , pour rejeter les dénominations si erronées de blanc de baleine, de substance médullaire de cétacée, de substance cervicale, de sperma ceti (sperme de cétacée), ete., et d’adopter pour le blanc le nom d’adipocire, proposé par Fourcroy', et qui montre que ce blane, différent de la graisse et de la cire, tient cependant le milieu entre ces deux substances, dont l’une est animale, et l’autre végétale ?

En adoptant la dénomination que nous devons à Fourcroy, nous changerons celle dont on s’est servi pour désigner le canal longitudinal qui accompagne la moelle épinière du macrocéphale, et qui aboutit à la grande cavité de la tête de ce cachalot. Au lieu de l'expression si fausse de veine spermatique , nous emploierons celle de canal adipocireux.

On a beaucoup vanté les vertus de cette adipocire pour la guérison de plusieurs maux internes et extérieurs. M. Chappuis de Douarnenez, que nous avons déjà cité au sujet des trente-un cachalots échoués sur les côtes de la ci-devant Bretagne en 1784, a écrit dans le temps au professeur Bonnaterre : « Le « blanc, etc., est un onguent souverain pour «les plaies récentes ; plusieurs ouvriers occu- « pés à dépecer les cachalots échoués dans la « baie d’Audierne en ont éprouvé l'efficacité , « malgré la profondeur de leurs blessures. »

Mais rapportons encore les paroles de notre collègue Fourcroy. « L'usage médieinal de « cette substance (l’adipocire) ne mérite pas «les éloges qu’on lui prodiguait autrefois dans «les affections catarrhales , les ulcères des « poumons, des reins, les péripneumonies, etc. : « à plus forte raison est-il ridicule de le compter «parmi les vulnéraires, les balsamiques, les « détersifs, les consolidants, vertus qui d’ail- « leurs sont elles-mêmes le produit de l’imagi- «nation. M. Thouvenel en à examiné avec soin « les effets dans les catharres, les rhumes, les « rhumatismes goutteux, les toux gutturales,

1 Système des connaissances chimiques, t X, p.302, édif, in-8°,

DES CACHALOTS

« où on l’a beaucoup vanté; et il n’a rien vu « qui pût autoriser l’opinion avantageuse qu’on « en avait conçue. Il n’en a pas vu davantage « dans les coliques néphrétiques , les tranchées « de femmes en couche, dans lesquelles on l’a- « vait beaucoup recommandé. Il l’a cependant « observé sur lui-même, en prenant ce médica- « ment à la fin de deux rhumes violents, à une « dose presque décuple de celle qu’on a cou- « tume d’en prescrire ; il a eu constamment « une accélération du pouls et une moiteur sen- « sible. Il faut observer qu’en restant dans le « lit, cette seule circonstance, jointe au dégoût « que ce médicament inspire, a pu influer sur « l'effet qu’il annonce. Aussi plusieurs person- « nes, à qui il l’a donné à forte dose, ont-elles « eu des pesanteurs d'estomac et des vomisse- « ments, quoiqu'il ait eu le soin de faire mêler « le blanc de baleine (l’adipocire) fondu dans « l'huile, avec le jaune d’œuf et le sirop, en le « réduisant ainsi à l’état d’une espèce de crême. « I n’a jamais retrouvé ce corps dans les ex- « créments; ce qui prouve qu'il était absorbé « par les vaisseaux lactés, et qu’il s’en faisait « une véritable digestion.

Ajoutons à tout ce qu’on vient de iire au sujet de l’adipocire que cette substance est si distincte du cerveau, que si l’on perce le dessus de la tête du macrocéphale, et qu’on parvienne jusqu’à ce blanc, le cétacée ne donne souvent aueun signe de sensibilité, au lieu qu’il expire lorsqu'on atteint la substance cérébrale !.

Le macrocéphale produit cependant, ainsi que nous l’avons dit, une seconde substance recherchée par le commerce : cette seconde substance est l’ambre gris. Elle est bien plus connue que l’adipocire, parce qu’elle a été consacrée au luxe, adoptée par la sensualité, célébrée par la mode, pendant que l’adipocire n’a été regardée que comme utile. |

L'ambre gris est un corps opaque et solide.

Sa consistance varie suivant qu’il a-été exposé à un air plus chaud ou plus froid. Ordinaire- * ment néanmoins il est assez dur pour être cassant. À la vérité, il n’est pas susceptible de recevoir un beau poli, comme l’ambre jaune ou le succin; mais lorsqu'on le frotte, sa rudesse se détruit, et sa surface devient aussi lisse que

4 Recherches du docteur Swediawer, publiées dans les Fransactions philosophiques, et traduites en français par M. Vigarous, docteur en médecine. — Journal de physique, octobre 1784.

celle d’un savon très-compacte, ou même de la stéatite. Si on le racle avec un couteau, il adhère, comme la cire, au tranchant de la lame. Il conserve aussi, comme la cire, l’impression des ongles ou des dents. Une chaleur modérée lé ramollit , le rend onctueux, le fait fondre en huile épaisse et noirâtre, fumer, et se volatiliser par degrés, en entier, et sans produire du charbon, mais en laissant à sa place une tache noire, lorsqu'il se volatilise sur du métal. Si ce métal est rouge, l’ambre se fond, s’enflamme, se boursouffle, fume, et s’'évapore avec rapidité sans former aucun résidu, sans laisser aucune trace de sa combustion. Approché d’une bougieallumée, cet ambre prend feu et se consume en répandant une flamme vive. Une aiguille rougie le pénètre, le fait couler en buile noirâtre, et paraît, lorsqu'elle est retirée, comme si on l’avait trempée dans de la cire fondue.

L’humidité, ou du moins l’eau de la mer, peut ramollir l’ambre gris, comme la chaleur. En effet, on peut voir dans le Journal de PAysique, du mois de mars 1790, que M. Donadei, capitaine au régiment de Champagne, et observateur très-instruit, avait trouvé sur le rivage de l’Océan atlantique , dans le fond du golfe de Gascogne, un morceau d’ambre gris, du poids de près d’un hectogramme, et qui, mou et visqueux, acquit bientôt de la solidité et de la dureté.

L’ambre dont nous nous occupons est communément d’une couleur grise, ainsi que son nom l'annonce; il est d’ailleurs parsemé de taches noirâtres, jaunâtres ou blanchâtres. On trouve aussi quelquefois de l’ambre d’une seule couleur, soit blanchâtre, soit grise, soit jaune, soit brune, soit noirâtre.

Peut-être devrait-on croire, d’après plusieurs observations, que ses nuances varient avec sa consistance.

Son goût est fade; mais son odeur est forte, facile à reconnaître, agréable à certaines personnes , désagréable et même nuisible et insupportable à d’autres. Cette odeur se perfectionne, et, pour ainsi dire, se purifie à mesure que l’ambre gris vieillit, se dessèche et se durcit; elle devient plus pénétrante et cependant plus suave, lorsqu'on frotte et lorsqu’on chauffe le morceau qui la répand ; elle s’exalte par le mélange de l’ambre avec d’autres aromates; elle s’altère et se vicie par la réunion de cette même substance avec d’autres

rte

corps ; et c’est ainsi qu’on pourrait expliquer l'odeur d’aleali volatil que répandait l’ambre gris trouvé sur les bords du golfe de Gascogne par M. Donadei, et qui se dissipa quelque temps après que ce physicien l’eut ramassé.

L’ambre gris est siléger, qu’il flotte non-seulement sur la mer, mais encore sur l’eau douce.

Il se présente en boules irrégulières : les unes montrent dans leur cassure un tissu grenu; d’autres sont formées de couches presque concentriques de différentes épaisseurs, et qui se brisent en écailles.

Le grand diamètre de ces boules varie ordinairement depuis un douzième jusqu’à un tiers de mètre; et leur poids, depuis un jusqu’à quinze kilogrammes. Mais on a vu des morceaux d’ambre d’une grosseur bien supérieure. La compagnie des Indes de France exposa à la vente de l'Orient, en 1755, une boule d’ambre qui pesait soixante-deux kilogrammes. Un pécheur américain d’Antigoa a trouvé dans le venire d’un cétacée, à seize myriamètres au sud-est des îles du Vent, un morceau d’ambre pesant soixante-cinq kilogrammes, et qu’il a vendu 500 livres sterling. La compagnie des Indes orientales de Hollande a donné onze mille rixdalers à un roi de Tidor pour une masse d’ambre gris, du poids de quatre-vingt-one kilogrammes. Nous- devons dire cependant que rien ne prouve que ces masses n’aient pas été produites artificiellement par la fusion, la réunion et le refroidissement gradué de plusieurs boules ou morceaux naturels. Mais quoi qu’il en soit, l’état de mollesse et de liquidité que plusieurs causes peuvent donner à l’ambre gris, et qui doit être son état primitif, explique comment ce corps odorant peut se trouver mêlé avec plusieurs substances très-différentes de cet aromate , telles que des fragments de végétaux, des débris de coquiiles, des arêtes ou d’autres parties de poisson.

Mais, indépendamment de cette introduction accidentelle et extraordinaire de corps étrangers dans l’ambre gris, cette substance renferme presque toujours des becs ou plutôt des mâchoires du mollusque auquel Linnée a donné le nom de Sepia octopodia, et que mon savant collègue M. Lamarck a placé dans un genre auquel il a donné le nom d’Octopode. Ce sont ces mâchoires, ou leurs fragments, qui produisent ces taches jaunâtres, noirâtres ou blanchâtres, si nombreuses sur l’ambre gris,

SE ES fs

On a publié différentes opinions sur la production de cet aromate. Plusieurs naturalistes l'ont regardé comme un bitume , comme une huile minérale, comme une sorte de pétrole.

Épaissi par la chaleur du soleil et durei par un long séjour au milieu de l’eau salée, avalé par le cachalot macrocéphale ou par d’autres cétacées, et soumis aux forces ainsi qu'aux sucs digestifs de son estomac , il éprouverait dans l’intérieur de ces animaux une altération plus ou moins grande. D’habiles chimistes , tels que Geoffroy , Neumann, Grimet Brow , ont adopté cette opinion, parce qu’ils ont retiré de l’ambre gris quelques produits analogues à ceux des bitumes. Cette substance leur a donné, par l’enaiyse, une liqueur acide, un sel acide concret, de l’huile et un résidu charbonneux. Mais, comme l’observe notre collègue Foureroy, ces produits appartiennent à beaucoup d’autres substances qu’à des bitumes. De plus, l’ambre gris est dissoluble en grande partie dans l’alcool et dans l’éther ; sa dissolution est précipitée par l’eau comme celle des résines, et les bitumes sont presque insolubles dans ces liquides.

D’autres naturalistes, prenant les fragments de mâchoires de mollusques disséminés dans l'ambre gris pour des portions de becs d’oiseaux , ont pensé que cette substanee provenait d’exeréments d’oiseaux qui avaient mangé des herbes odoriférantes.

Quelques physiciens n’ont considéré l’ambre gris que comme le produit d’une sorte d’écume

rendue par des phoques, ou un excrément de

crocodile.

Pomet, Lémery, et Formey de Berlin , ont cru que ce corps n’était qu’un mélange de cire et de miel, modifié par le soleil et par les eaux de la mer, de manière à répandre une odeur très-suave. |

Dans ces dernières hypothèses, des cétacées auraient avalé des morceaux d’ambre gris entrainés par les vagues et flottant sur la surface de l’Océan, et cet aromate, résultat d’un bitume, ou composé de cire et de miel, ou d’écume de phoque, ou de fiente d'oiseau , ou d’excréments de crocodile, roulé par les flots et transporté de rivage en rivage pendant son état de mollesse, aurait pu rencontrer, retenir et s’attacher plusieurs substances étrangères , et particulièrement des dépouilles d’oiseaux , de poissons , de mollusques, de testacées.

Des physiciens plus rapprochés de la vérité

© DES CACHALOTS

ont dit, avec Clusius, que l’ambre gris était une substance animale produite dans l’estomac d’un cétacée, comme une sorte de bézoard.

Dudley a écrit, dans les 7ransaclions philosophiques, tome XXIIT , que l’ambre était une production semblable au muse ou au castoreum, et qui se formait dans un sac particulier, placé au-dessus des testicules d’un-cachalot ; quecesac était plein d’uneliqueur analogue par sa consistance à de l’huile , d’une couleur d'orange foncée, et d’une odeur très-peu différente de celle des morceaux d’ambre qui nageaient dans ce fluide huileux; que l’ambre sortait de ce sac par un conduit situé le long du pénis, et que les cétacées mâles pouvaient seuls le contenir.

D’autres auteurs ont avancé que ce sac n’était que la vessie de l’urine, et que les boules d’ambre étaient des concrétions analogues aux pierres que l’on trouve dans la vessie de l’homme et de tant d'animaux : mais le savant docteur Swediawer a fait remarquer avec raison, dans l'excellent travail qu’il a publié sur l’ambre gris! , que l’on trouve des morceaux de cet aromate dans les cachalots femelles comme dans les mâles , et que les boules qu’elles renferment sont seulement moins grosses et souvent moins recherchées. Il a montré que la formation de Vambre dans la vessie, et l'existence d’un sac particulier, étaient entièrement contraires aux résultats de l’observation; il a fait voir que ce prétendu sac n’est autre chose que le cæœcum du macrocéphale, lequel cœcum a plus d’un mètre de longueur; et après avoir rappelé que, suivant Koœmpfer, l’ambre gris, nommé par les Japonais excrément de baleine (kusura no fu), était en effet un excrément de ce cétacée , il a

exposé la véritable origine de cette substance.

singulière, telle que la démontrent des faits bien constatés.

L’ambre gris se trouve dans le canal intestinal du macrocéphale, à unedistancede l’anus, qui varie entre un et plusieurs mètres. Il est parsemé de fragments de mâchoires du mollusque nommé seiche , parce que le cachalot macrocéphale se nourrit principalement de ce mollusque , et que ces mâchoires sont d’une substance de corne qui ne peut pas être digérée,

Il n’est qu'un produit des excréments du cachalot ; mais ce résultat n’a lieu que dans cer-

# Transactions philosophiques.

taines circonstances, et ne se trouve pas par conséquent dans tous les individus. I faut, pour qu’il existe, qu’une cause quelconque donne au cétacée une maladie assez grave, une constipation forte, qui se dénote par un affaiblissement extraordinaire, par une sorte d’engourdissement et de torpeur, se termine quelquefois d’une manière funeste à l’animal par un abcès à l’abdomen, altère les excréments, et les retient pendant un temps assez long pour qu’une partie de ces substances se ramasse, se coagule, se modifie, se consolide, et présente enfin les propriétés de l’ambre gris.

L’odeur de cet ambre ne doit pas étonner. En effet , les déjections de plusieurs mammifères, tels que les bœufs, les pores, etc., répandent, lorsqu'elles sont gardées pendant quelqne temps, une odeur semblable à celle de l’ambre gris. D'ailleurs on peut observer, avec Romé de Lisle', que les mollusques dont se nourrit le macrocéphale, et dont la substance fait la base des excréments de ce cétacée, répandent pendant leur vie, et même après qu’ils ont été desséchés, des émanations odorantes très-peu différentes de celles de l’ambre, etque ces émanations sont très-remarquables dans l’espèce de ces mollusques qui 2 reçu, soit des Grecs anciens, soit des Grecs modernes , les noms de éledone, bolitaine , osmylos, osmylios et moschiles, parce qu’elle sent le muse *.

L’ambre gris est donc une portion des excréments du cachalot macrocéphale ou d’autres cétacées, endurcie parles suites d’une maladie, et mêlée avec quelques parties d'aliments non digérés. Il est répandu dans le canal intestinal en boules ou morceaux irréguliers , dont le nombre est quelquefois de quatre ou de cinq.

Les pêcheurs exercés connaissent si le cachalot qu’ils ont sous les yeux contient de l'ambre gris.

Lorsqu’après lavoir harponné ils le voient rejeter tout ce qu’il a dans l’estomac, et se débarrasser très-promptement de toutes ses matières fécales, ils assurent qu’ils ne trouveront pas d’ambre gris dans son corps: mais lorsqu'il leur présente des signes d’engourdissement et de maladie, qu’il est maigre, qu’il ne rend pas d’exeréments, et que :e milieu de son ventre forme une grosse protubérance, ils sont sûrs

1 Journal de physique, novembre 1784,

3 Rondelet , Histoire des poissons, première parie, liv, {7, chap, 6, — Troisième espèce de Poulpe,

que ses intestins contiennent lambre qu’ils cherchent. Le capitaine Colnett dit, dans la relation de son voyage, que, dans certaines circonstances, l’on coupe la queue et une partie du corps du cachalot, de manière à découvrir la cavité du ventre, et qu’on s’assure alors facilement de la présence de l’ambre gris, en sondant les intestins avec une longue perche.

Mais de quelque manière qu’on ait reconnu l'existence de cet ambre dans l'individu harponné, ou trouvé mort et flottant sur la surface de la mer, on lui ouvre le ventre, en commençant par l’anus , et en continuant jusqu’à ce qu’on ait atteint l’objet de sa recherche.

Quelle est done la puissance du luxe, de la vanité, de l'intérêt, de l’imitation et de l’usage! Quels voyages on entreprend, quels dangers on brave, à quelle cruauté on se condamne, pour obtenir une matière vile, un objet dégoütant, mais que le caprice et le désir des jouissances privilégiées ont su métamorphoser en aromate précieux !

L’ambre contenu dans le canal intestinal du macrocéphale n’a pas le même degré de dureté que celui qui flotte sur lOcéan, ou que les vagues ont rejeté sur le rivage : dans l'instant où on le retire du corps du cétacée, il a même encore la couleur et l’odeur des véritables excréments de l’animal à un si haut degré, qu’il n’en estdistingué que par un peu moins de mollesse; mais, exposé à l’air, il acquiert bientôt la consistance et l’odeur forte et suave qui le caractérisent. |

On a vu de ces morcsaux d’ambre entrainés, par les mouvements del’Océan, sur les côtes du Japon, de la mer de Chine, des Moluques, de la Nouvelle-Hollande occidentale ?, du grand golfe de l’Inde, des Maldives, de Madagascar , de l'Afrique orientale etoccidentale, du Mexique occidental, des îles Gallapagos, du Brésil , des iles Bahama, de l’île de la Providence, et même à des latitudes plus éloignées de la ligne, dans le fond du golfe de Gascogne, entre l’embouchure de l’Adour et celle de la Gironde, où M. Donadei a reconnu cet aromate, et où, dix ans auparavant, la mer en avait rejeté une masse du poids de quarante kilogrammes. Ces morceaux d’ambre délaissés sur le rivage sont , pour les pêcheurs , des indices presque toujours

4 Auprès de la rivièré des Cygnes. (Journal manuscrit du

naturaliste Levilain, embarqué avec le capitaine Baudin, pour une expédition de découvertes.)

assurés du grand nombre des cachalots qui fréquentent les mers voisines. Et en effet , le golfe de Gascogne, ainsi que l’a remarqué M. Donadei, termine cette portion de l'Océan atlantique septentrional qui baigne les bancs de Terre- Neuve, autour desquels naviguent beaucoup de cachalots, et qu’agitent si souvent des vents qui soufflent de l’est et poussent les flots contre les rivages de France. D’un autre côté, M. Levilain a vu non-seulement une grande quantité d’ossements de cétacées gisants sur les bords de la Nouvelle-Hollande, auprès de morceaux d’ambre gris, mais encore la mer voisine peuplée d’un grand nombre de cétacées , et bouleversée pendant l’hiver par des tempêtes horribles , qui précipitent sans cesse vers la côte les vagues amoncelées ; et c’est d’après cette certitude de trouver beaucoup de cachalots auprès des rives où l’on avait vu des morceaux d’ambre, que la pêche particulière du macrocéphale et d’autres cétacées, auprès de Madagascar , a été dans le temps proposée en Angleterre.

L'ambre gris, gardé pendant plusieurs mois, se couvre, comme le chocolat, d’une poussière grisâtre. Mais, indépendamment de cette décomposition naturelle, on ne peut souvent se le procurer par le commerce, qu’altéré par la fraude. On le falsifie communément en le mélant avec des fleurs de riz, du styrax ou d’autres résines !. II peut aussi être modifié par les sucs digestifs de plusieurs oïseaux d’eau qui l’avalent, et le rendent sans beaucoup changer ses propriétés; et M. Donadei a écrit que les habitants de la côte qui borde le golfe de Gascogne appelaient renardé lambre dont la nuance était noire; que, suivant eux, on ne trouvait cet ambre noir que dans des forêts voisi-

‘nes du rivage, mais élevées au-dessus de la por-

tée des plus hautes vagues; et que cette variété d’ambre tenait sa couleur particulière des forces intérieures des renards, qui étaient très-avides d’ambre gris, n’en altéraïent que faïblement les fragments, et cependant ne les rendaient qu’après en avoir changé la couleur.

L’ambre gris a été autrefois très-recommandé en médecine. On l’a donné en substance ou en teinture alcoolique. On s’en est servi pour l’essence d’'Hofmann , pour la teinture royale du codexde Paris, pour des {rochisques de la pharmacopée de Wirtemberg, ete. On l’a regardé

4 Mémoire du docteur Swediawer, déjà cité.

DES CACHALOTS. 71

comme stomachique, cordial, antispasmodique.

On a cité des effets surprenants de cette substance dans les maladies convulsives les plus dangereuses, telles que le tétanos et l’hydrophobie. Le docteur Swediawer rapporte que cet aromate a été très-purgatif pour un marin qui en avait pris un décagramme et demi après lavoir fait fondre au feu. Dans plusieurs contrées de l’Asie et de l’Afrique, on en fait un grand usage dans la cuisine, suivant le docteur Swediawer., Les pélerins de la Mecque en achètent une grande quantité, pour l’offrir à la place de l’encens. Les Turcs ont recours à cet aromate, comme à un aphrodisiaque.

Mais il est principalement recherché pour les parfums : il en est une des bases les plus fréquemment employées. On le mêle avec le muse, qu'il atténue, et dont il tempère les effets au point d’en rendre l’odeur plus douce et plus agréable. Et c’est enfin une des substances les plus divisibles, puisque la plus petite quantité d’ambre suffit pour parfumer pendant un temps très-long un espace très-étendu *,

Ne cessons cependant pas de parler de l’ambre gris sans faire observer que l’altération qui produit cet aromate n’a lieu que dans les cétacées dont la tête, le corps et la queue, organisés d’une manière particulière, renferment de grandes masses d’adipocire ; et il semble que l’on a voulu indiquer cette analogie en donnant à l’adipocire le nom d’ambre blanc, sous lequel cette matière blanche a été connue dans plu-

sieurs pays.

Nous venons d’examiner les deux substances singulières que produit le cachalot macrocéphale; continuons de rechercher les attributs et les habitudes de cette espèce de cétacée.

Il nage avec beaucoup de vitesse. Plus vif que plusieurs baleines, et même que le nordcaper, ne le cédant par sa masse qu’à la baleine frarche, il n’est pas surprenant qu’il réunisse une grande force aux armes terribles qu’il a reçues, Il s’élance au-dessus de la surface de l'Océan avec plus de rapidité queles baleines, et par un élan plus élevé. Un cachalot que lon

4 Lorsque le docteur Swediawer a publié son travail , l'ambre gris se vendait à Londres une livre sterling les trois décagrammes ; et, suivant M. Donadei, l'ambre gris trouvé sur Les côtes du golfe de Gascogne était vendu, en 1790, à peu près le même prix dans le commerce, où on le regardait comme apporté des grandes Indes, quoique Les pêcheurs n'en vendissent le même poids à Bayonne ou à Bordeaux que cinq ou six francs. ù

prit en 1715 auprès des côtes de Sardaigne, et quin’avait encore que seize mètres de longueur, rompit d’un coup de queue une grosse corde, avec laquelle on avait attaché à une barque; et lorsqu'on eut doublé la corde, il ne la coupa pas, mais il entraîna la barque en arrière, quoiqu’elle fût poussée par un vent favorable.

Il est vraisemblable qu’il était de l’espèce du macrocéphale, Ce cétacée en effet n’est pas étranger à la Méditerranée. Les anciens n’en ont pas eu cependant une idée nette. Il paraît même que, sans en excepter Pline ni Aristote, ils n’ont pas bien distingué les formes ni les habitudes des grands cétacées, malgré la présence de plusieurs de ces énormes animaux dans la Méditerranée, et malgré les renseignements que leurs relations commerciales avec les Indes pouvaient leur procurer sur plusieurs autres. Non-seulement ils ont appliqué à leur mysticetus des organes, des qualités ou des gestes du rorqual , aussi bien que de la baleine franche, mais encore ils ont attribué à leur baleine des formes ou des propriétés du gibbar, du rorqual et du cachalot macrocéphale; et ils ont composé leur physalus des traits de ce même macrocéphale mélés avec ceux du gibbar. Au reste, on ne peut mieux faire, pour connaître les opinions des anciens au sujet des cétacées , que de consulter l’excellent ouvrage du savant professeur Schneider sur les synonymes des cétacées et des poissons, recueillis par Artédi.

Mais la Méditerranée n’est pas la seule mer intérieure dans laquelle pénètre le macrocéphale: il appartient même à presque toutes les mers. On l’a reconnu dans les parages du Spitzberg ; auprès du cap Nord et des côtes de Finmarck ; dans les mers du Groenland; dans le détroit de Davis; dans la plus grande partie de l'Océan atlantique septentrional ; dans le golfe britannique, auprès de l'embouchure de l’Elbe, dans lequel un macrocéphale fut poussé par une violente tempête, échoua et périt, en décembre 1720 ; auprès de Terre-Neuve ; aux environs de Bayonne; non loin du cap de Bonne-Espérance; près du canal de Mosambique, de Madagascar et de l'ile de France; dans la mer qui baigne les rivages occidentaux de la Nouvelle-Hollande, où il doit avoir figuré parmi ces troupes d'innombrables et grands cétacées que le naturaliste Levilain a vus attirer des pétrels ‘, lut-

1 Voyez, dans l'article de la baleine franche, ce que nous

ter contre les vagues furieuses , bondir , s’élancer avec force, poursuivre des poissons, et se presser auprès de la terre de Lewin, de la rivière des Cygnes, et de la baie des Chiens-Marins, au point de gêner la navigation; vers les côtes de la Nouvelle-Zélande !, près du cap de Corientes du golfe de la Californie, à peu de distance de Guatimala, où le capitaine Colnett rencontra une légion d'individus de cette espèce; autour des îles Gallapagos, à la vue de Pile Mocha etdu Chili, où, suivant le même voyageur, la mer paraissait couverte de cachalots ; dans la mer du Brésil; et enfin auprès de notre Finistere.

En 1784, trente-deux macrocéphales échouèrent sur la côte occidentale d’Audierne, sur la grève nommée Zrès-Couaren. Le professeur Bonnaterre a publié dans l'Encyclopédie méthodique , au sujet de ces cétacées, des détails intéressants, qu'il devait à MM. Bastard, Chappuis le fils et Derrien , et à M. Lecoz , mon ancien collègue à la première assemblée législative de France, et maintenant archevêque de Besançon. Le 13 mars, on vitavec surprise une multitude de poissons se jeter à la côte, et un grand nombre de marsouins entrer dans le port d’Audierne. Le 14, à six heures Au matin, la mer était fort grosse, et les vents soufflaient du sud-ouest avec violence. On entendit vers le cap Estain des mugissements extraordinaires qui retentissaient dans les terres à plus de quatre kilomètres. Deux hommes, qui côtoyaient alors le rivage, furent saisis de frayeur , surtout lorsqu'ils aperçurent un peu au large des animaux énormes, qui s’agitaient avec violence, s’efforcaient de résister aux vagues écumantes qui les roulaient et les précipitaient vers la côte, battaient bruyamment les flots soulevés, àcoups redoublés de leur large queue, et rejetaient avec vivacité par leursévents une eau bouillonnante, qui s’élançaitensifflant. L’effroi des spectateurs auementa lorsque les premiers de ces cétacées, n’opposant plus à la mer qu’une lutte inutile, furent jetés sur le sable; il redoubla encore lorsqu’ils les virent suivis d’un très-grand nombre d’autres colosses vivants. Les macrocéphales étaient cependant encore jeunes; les moins grands n’avaient guère plus de douze mètres

avons dit, d'apres 1e capitaine anglais Colnett, des troupes de pétrels qui accompagnent celles des plus grands cétacées.

4 Lettre du capitaine Daudin à mon collègue Jussieu.

de longueur, et les plus grands n’en avaient pas plus de quinze ou seize. Il vécurent sur le sable vingt-quatres heures ou environ.

Il ne faut pas être étonné que des milliers de poissons, troublés et effrayés, aient précédé l’arrivée de ces cétacées, et fui rapidement decvant eux. En effet, le macrocéphale ne se nourrit pas seulement du mollusque seiche, que quelques marins anglais appellent squild ou squill, qui est très-commun dans les parages qu’il fréquente, qui est très-répandu particulièérement auprès des côtes d'Afrique etsur celles du Pérou, et qui y parvient à une grandeur si considérable, que son diamètre y est quelquefois de plus d’un tiers de mètre ‘. Il n’ajoute pas seulement d’autres mollusques à cette nourriture ; il est aussi très-avide de poissons, notamment de cycloptères. On peut voir dans Duhamel qu’on a trouvé des poissons de deux mètres de longueur dans l'estomac du macrocéphale. Mais voici des ennemis bien autrement redoutables, dont ce cétacée fait ses victimes. Il poursuit les phoques, les baleïnoptères à bec, les dauphins vulgaires, Il chasse les requins avec acharnement; et ces squales , si dangereux pour tant d’autres animaux, sont, suivant Otho Fabricius, saisis d’une telle frayeur à la vue du terrible macrocéphale, qu’ils s’'empressent de se cacher sous le sable ou sous la vase , qu'ils se précipitent au travers des écueils, qu'ils se jettent contre les rochers avec assez de violence pour se donner la mort, et qu’ils n’osent pas même approcher de son cadavre, malgré l’avidité avec laquelle ils dévorent les restes des autres célacées. D’après la relation du voyage en Islande de MM. Olafsen et Povelsen, on ne doit pas douter que le macrocéphale ne soit assez Vorace pour saisir un bateau pêcheur , le briser dans sa gueule, et engloutir les hommes qui le montent : aussi les pêcheurs islandais redoutent-ils son approche. Leurs idées superstitieuses ajoutent à leur crainte, au point de ne pas leur permettre de prononcer en haute mer le véritable nom du macrocéphale; et ne négligeant rien pour l’éloigner, ils jettent dans la mer, lorsqu'ils aperçoivent ce féroce cétacée, du soufre, des rameaux de genévrier, des noix.

4 Observations faites par M. Starbuc , Capitaine de vaisseau des États-Unis, et communiquées à M. de Lacépèuie par M. Joseph Dourlen, de Dunkerque, en décembre de l'an: née 1795.

DES CACHALOTS

muscades , de la fiente de bœuf récente, ou tàchent de le détourner par un grand bruit et par des cris perçants.

Le macrocéphale cependant rencontre dans de grands individus, ou dans d’autres habitants des mers que ceux dont il veut faire sa proie, des rivaux contre lesquels sa puissance est vaine. Une troupe nombreuse de macrocéphales peut même être forcée de combattre contre une autre troupe de cétacées redoutables par leur force ou par leurs armes. Le sang coule alors à grands flots sur la surface de l'Océan , comme lorsque des milliers de harponneurs attaquent plusieurs baleines ; et la mer se teint en rouge sur un espace de plusieurs kilomètres ‘.

Au reste, n'oublions pas de faire faire attention à ces mugissements qu'ont fait entendre les cachalots échoués dans la baie d’Audierne, et de rappeler ce que nous avons dit des sons produits par les cétacées, dans l’article de la Baleine franche et dans celui de la Baleinoptère jubarte.

La contrainte , la douleur , le danger, la rage, n’arrachent peut-être pas seuls des sons plus ou moins forts et plus ou moins expressifs aux cétacées , et particulièrement au cachalot macrocéphale. Peut-être le sentiment le plus vif de tous ceux que les animaux peuvent éprouver leur inspire-t-il aussi des sons particuliers qui l’annoncent au loin. Les macrocéphales du moins doivent rechercher leur femelle avec une sorte de fureur. Ils S’accouplent comme la baleine franche ; et pour se livrer à leurs amours avec moins d'inquiétude ou de trouble, ils se rassemblent, dans le temps de leur union la plus intime avec leur femelle, auprès des rivages les moins fréquentés. Le capitaine Colnett dit, dans la relation de son voyage, que les environs des iles Gallapagos sont dans le printemps le rendez-vous de tous les cachalots macrocéphales {Sperina ceti) des côtes du Mexique, de celles du Pérou, et du golfe de Panama; qu'ils s’y

1 Traduction du Voyage en Islande de MM. Olaf-en et Povelsen , t. IV, p. 439.

Le P. Feuillée dit, dans le recueil des observations qu'il avait faites en Amérique (t. I, p. 395), qu'auprès de la côte du Pérou il vit l'eau de la mer mêlée avec un sang fétide ; que , selou les Indiens, ce phénomène avait lieu tous les mois, et que ce sang pruvenait , suivant ces mêmes Indiens, d'une évacuation à laquelle les baleines femelles étaient sujettes chaque mois, et lorsqu'elles étaient en chaleur. Les combats que se livrent les cétacées , et le nombre de ceux qui périssent sous les coups des pêcheurs, suffisent pour expliquer le fait observé par le P. Feuillée, sans qu'on ait besoin d'avoir recours aux idées des Indiens,

accouplent; et qu’on y voit de jeunes cathalots qui n’ont pas deux mètres de longueur.

On a écrit que le temps de la gestation est de neuf ou dix mois, comme pour la baleine franche; que la mère ne donne le jour qu’à un petit et tout au plus à deux. Mon ancien collègue, M. l’archevêque de Besançon, et M. Chappuis, que j'ai déjà cités, ont communiqué dans le temps au professeur Bonnaterre, qui l’a publiée, une observation bien précieuse à ce sujet.

Les trente-un cachalots échoués en 1784 auprès d’Audierne étaient presque tous femelles. L'équinoxe du printemps approchaïit : deux de ces femelles mirent bas sur le rivage. Cet événement , hâté peut-être par tous les efforts qu’elles avaient faits pour se soutenir en pleine mer et par la violence avec laquelle les flots les avaient poussées sur le sable, fut précédé par des explosions bruyantes. L'une donna deux petits, et l’autre un seul. Deux furent enlevés par les vagues : le troisième, qui resta sur la côte, était bien conformé, n’avait pas encore de dents, et sa longueur était de trois mètres et demi; ce qui pourrait faire croire que les jeunes cachalots vus par M. Colnett auprès des îles Gallapagos lui ont paru moins longs qu’un double mètre, à cause de la distance à laquelle il a dû être de ces jeunes cétacées , et de la difficulté de les observer au milieu des flots qui devaient souvent les cacher en partie.

La mère montre pour son petit une affection plus grande encore que dans presque toutes les autres espèces de cétacées. C’est peut-être à un macrocéphale femelle qu’il faut rapporter le fait suivant, que l’on trouve dans la relation du voyage de Fr. Pyrard!, Cet auteur raconte que dans la mer du Brésil, un grand cétacée, voyant son petit pris par des pêcheurs, se jeta avec une telle furie contre leur barque, qu’il la renversa, et précipita dans la mer son petit, qui par là fut délivré, etles pêcheurs , qui ne se sauvèrent qu’avec peine. 3

Ce sentiment de la mère pour le jeune cétacée auquel elle a donné le jour se retrouve même dans presque tous les macrocéphales pour les cachalots avec lesquels ils ont l'habitude de vivre. Nous lisons dans la relation du voyage du capitaine Colnett, que, lorsqu'on attaque une troupe de macrocéphales, ceux qui sont déjà

| pris sont bien moins à craindre pour les pé-

|‘ Seconde partie, page 208.

TA

cheurs que leurs compagnons encore libres, lesquels, au lieu de plonger dans la mer ou de prendre la fuite, vont avec audate couper les cordes qui retiennent les premiers, repousser ou immoler leurs vainqueurs , et leur rendre la liberté.

Mais les efforts des macrocéphales sont aussi vains que ceux de la baleine franche. Le génie de l’homme dominera toujours l'intelligence des animaux , et son art enchaînera la force des plus redoutables. On pêche avec succès les macrocéphales, non-seulement dans notre hémisphère, mais dans l’hémisphère austral; et à mesure que d’illustres exemples et de grandes leçons apprennent aux navigateurs à faire avec facilité ee qui naguère était réservé à l’audace éclairée des Magellan , des Bougainville et des Cook, les stations et le nombre des pêcheurs de cachalots, ainsi que d’autres grands cétacées dont on recherche l’huile, les fanons, l’ambre ou l’adipocire, se multiplient dans les deux Océans. Ces pêcheries ouvrent de nouvelles sources de richesses, et créent de nouvelles pépinières de marins pour les Anglais, et pour les Américains des États-Unis, ce peuple que la vature, la liberté et la philosophie appellent aux plus belles destinées , et qui l'emporte déjà sur tant d’autres nations par l’habileté et la hardiesse avec laquelle il parcourt la mer comme ses belles contrées, et recueille les trésors de l'Océan aussi facilement que les moissons de ses campagnes ?.

Les macrocéphales résistent plus longtemps

que beaucoup d’autres cétacées aux blessures que leur font la lance et le harpon des pêcheurs. On ne leur arrache que difficilement la vie, et on assure qu’on à vu de ces cachalots respirer encore, quoique privés de parties considérables de leur corps, que le fer avait désorganisées au point de les faire tomber en putréfaction.

11 faut observer que cette force avec laquelle les organes du cachalot retiennent, pour ainsi dire, la vie, quoique étroitement liés avec d’autres organes lésés, altérés et presque détruits, appartient à une espèce de cétacée qui a moins besoin que les autres animaux de sa famille de venir respirer à Ja surface des mers le fluide de l'atmosphère, et qui par conséquent peut vivre sous l’eau pendant plus de temps ?

4 \. Cossigny a parlé de ces pêcheries australes dans l'inté-

ressant ouvrage qu'il a publié sur les colonies. 3 Qn peut voir ce que nous avons dit sur des phénomènes

La peau, le lard, la chair, les intestins et les tendons du cachalot macrocéphale sont em ployés dans plusieurs contrées septentrionales aux mêmes usages que ceux du narwal vulgaire. Ses dents et plusieurs de ses os y servent à faire des instruments ou de pêche ou de chasse. Sa langue cuite y est recherchée comme un très-bon mets. Son huile, suivant plusieurs auteurs, donne une flamme claire, sans exhaler de mauvaise odeur; et l’on peut faire une colle excellente avec les fibres de ses muscles. Réunissez à ces produits l’adipocire et l’ambre gris, et vous verrez combien de motifs peuvent inspirer à l’homme entreprenant et avide le désir de chercher le macrocéphale au milieu des frimas et des tempêtes, et de le provoquer jusqu’au bout du monde.

LE CACHALOT TRUMPO :.

Physeter macrocephalus, Var. y, Linn. — Physeter Trumpo, Bonn. — Catodon Trumpo, Lacep.?.

Que l’on jette les yeux sur la figure du trumpo, et nous n’aurons pas besoin de faire observer combien sa tête est colossale. La longueur de cette tête énorme peut surpasser la moitié de la longueur totale du cétacée; et cependant le trumpo, entièrement développé, a plus de vingt-trois mètres de long. La tête de ce cachalot est donc longue de douze mètres. Quel réservoir d'adipocir e!

La mâchoire supérieure , beaucoup plus longue et beaucoup plus large que l’inférieure, reçoit dans des alvéoles les dents qui garnissent la mâchoire d’en bas. La partie antérieure de la tête, convexe dans presque tous les sens, re-

analogues, dans le Discours qui est à la tête de l'Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares.

4 Cachalot de la Nouv. Angleterre. — Trumypo, par les habitants des Bermudes. — Sperma celi whale, par les Anglais. — Catodon macrocephalus (var. gamma). Linnée, édition de Gmelin. — Cachalot Trumpo. Bonnaterre, planches de l'Encycl. méth. — Dudley, Philosoph. Transact., n° 537, — Celus (Novæ Angliæ) bipinnis, fistula in cervice, dorso gib'oso. Brisson, Regn., pag. 360, n° 3. — Dudleyi Balæna. Klein, Miss. pisc. 2, pag. 13. — Mém. de l'Acad. des Sciences, année 1741, 26. — Robertson, Philosoph. Trausact., vol. LX. — Blund headed, Pennant, Zoolog. britaun., vol. IUT, pag. 61.— Cachalot Tr'umpo. Édit. de Bloch, publiée par R. R. Castel. — Cachalot Trumpo. Histoire des pêches des Hollandais, etc., t. 1, p. 165.

3 M. Cuvyier dit qu'il ne voit aucune différénce réellé entre le cachalot macrocéphale et le cétacée décrit dans cet article, sous le nom de Trumpo; et que ce nom, aux Bermudes, s'applique à un cachalot sans détermination précise. D.

DES CACHA LOTS

présente une grande portion d’un immense ellypsoïde, tronqué par devant de manière à y montrer très en grand l’image d’un mufle de taureau gigantesque.

Les dents dont la mâchoire inférieure est arnée ne sont, le plus souvent, qu’au nombre de dix-huit de chaque côté. Chacune de ces dents est droite, grosse, pointue, blanche comme le plus bel ivoire, et longue de près de deux décimètres.

L’œil est petit, placé au delà de l’ouverture de la bouche, et plus élevé que cette ouverture.

On voit, à l'extrémité supérieure du museau, une bosse dont la sommité présente l’orifice des évents , lequel a très-souvent plus d'un tiers de mètre de largeur.

Au delà de cette sommité, le dessus de la tête forme une grande convexité, séparée de celle du dos , qui est plus large, plus longue et plus élevée, par un enfoncement très-sensible, que l’on serait tenté de prendre pour la nuque. Mais au lieu de trouver cet enfoncement au delà de la tête et au-dessus du cou, on le voit avec étonnement correspondre au milieu de la mâchoire inférieure, et n’être pas moins éloigné de l’œil que de l’éminence des évents; et c’est à l’endroit où finit la tête et où le corps commence que le cétacée montre sa plus grande grosseur , et que sa circonférence est, par exemple, de-quatorze mètres, lorsqu' il en a vingt-quatre de longueur.

La bosse dorsale ressemble beaucoup à la sommité des évents ; mais elle est plus haute et plus large à sa base. Elle correspond à l’intervalle qui sépare l’anus des parties sexuelles.

Les bras, ou nageoires pectorales, sont extrêmement courts.

La peau est douce au toucher, et d’un gris noirâtre sur presque toute la surface du trumpo. La graisse que cette peau recouvre fournit une huile qui, dit-on, est moins âcre et plus claire que l’huile de la baleine franche".

De plus, un trumpo mâle qui échoua en avril 1741 près de la barre de Bayonne et de l'embouchure de la rivière de l’Adour, donna dix tonneaux d’adipocire ? d’une qualité supérieure à celui du macrocéphale, et qu’on retira

4 Histoire des pêches des Hollandais, etc, t. 1, pag. 465.

? Voyez, dans l'article du cachalot macrocéphale, ce que nous avons dit sur l'adipocire ou blanc de cachalot, si improprement appelé Blanc de Baleine, et sur la nature de l'ambre gris,

de la cavité antérieure de sa tête’. On trouva aussi dans son intérieur une boule d’ambre gris , du poids de soixante-cinq hectogrammes.

On a cru que, tout égal d’ailleurs, le trumpo était plus agile, plus audacieux et plus redoutable que les autres cachalots : mais il parait qu’il a plus de confiance dans la force de ses mâchoires , la grandeur et le nombre de ses dents, que dans la masse et la vitesse de sa queue; car on assure que, lorsqu’il est blessé, il se retourne de manière à se défendre avec sa gueule.

Le trumpo se plait dans la mer qui baigne la Nouvelle-Angleterre, et auprès des Bermudes : mais on l’a vu aussi dans les eaux du Groenland, dans le golfe Britannique, dans celui de Gascogne ; et je ne serais pas éloigné de croire qu’il était parmi les cachalots nommés sperma celi, et que le capitaine Baudin a observés récemment auprès des côtes de la Nouvelle-Zelande?.

LE CACHALOT SVINEVAL*.

Physeter Catodon , Linn. — Physeter Gatodon, Bonn. Catodon Svineval, Lacep. ‘.

Nous n’appelons pas ce cétacée le petit cachalot, parce que nous allons en décrire un qui lui est inférieur par ses dimensions ; d’ailleurs cette épithète pe{i! ne peut le plus souvent former qu’un mauvais nom spécifique. Nous conservons au cachalot dont nous nous occupons dans cet article le nôm de svinehval qu'on

4 Ce trumpo avait plus de seize mètres de longueur totale. Sa circonférence, à l'endroit le plus gros du corps, était de neuf mètres; le diamètre de l'orifice des évents, d'un tiers de mètre ; la distance de l'extrémité de la caudale à l'anus, de p:ès de cinq mètres; la longueur de l'anus, d'un tiers de mètre ; la largeur de cette ouverture, d'un sixième de mètre; la distance de l'anus à la verge, de deux mètres; la longueur de la gaine qui entoure la verge, d'un demi-mètre ; le diamètre de cette gaine , d'un tiers de mêtre; la longueur de la verge, d'un mètre et un tiers; et la hauteur de la bosse du dos, d'un tiers de mètre.

3 Lettre du capitaine Baudin à notre collègue Jussieu.

5 Petit cachalot, — Svine-hval , en Norwége.— Kegutilik, en Groenland. — Catodon fistula in rostro. Artedi , gen. 78, syn. 408. — Petit Cachalot. Bonnaterre, planches d e l'Encycl. méth. — Cetus (minor) bipinnis, distulà in rostro. Brisson, Regn. anim., pag. 561, n° 4. — Sibbald, Phal, nov., pag. 24. — Balæna minor, in inferiore maxilla tantum dentata, sine pinna aut spina in dorso. Sibb. Rai. Pisc , pag. 13. — Otho Fabricius, Faun. Groenland. 44.

4 M. Cuvyier n'admet pas celte espèce , qui ne paraît différer du Cachalot macrocéphale que par une taille plus petite et par des dents plus aiguës, ce qui peut tenir à l'âge. D.

lui donne en Norwége et dans plusieurs autres contrées du Nord ; ou plutôt, de cette dénomination de svinehval nous avons tiré celle de suineval, plus aisée à prononcer.

Ce cétacée a la tête arrondie; l'ouverture de la bouche petite; la mâchoire inférieure plus étroite que celle d’en haut, et garnie, des deux côtés, de dents qui correspondent à des alvéoles creusés dans la mâchoire supérieure.

On a trouvé souvent ces dents usées au point de se terminer dans le haut par une surface plate, presque circulaire, et sur laquelle on voyait plusieurs lignes concentriques qui marquaient les différentes couches de la dent. Ces dents, diminuées dans leur longueur par le frottement, avaient à peine deux centimètres de hauteur au-dessus de la gencive.

L’orifice des évents, situé à l'extrémité de la partie supérieure du museau, a été pris, par quelques observateurs , pour une ouverture de narines ; et c’est ce qui a pu faire croire que le svineval n’avait pas d’évents proprement dits.

Une éminence raboteuse et calleuse est placée sur le dos.

Les svinevals vivent en troupes dans les mers septentrionales. Vers la fin du dernier siècle, cent deux de ces cachalots échouèrent dans l’une des Orcades : les plus grands n'avaient que huit mètres de longueur. Il est présumable que le svineval fournit une quantité plus ou moins abondante d’adipocire, et que, dans certaines circonstances , il produit de FPambre gris, comme les cachalots dont nous venons de parler!.

LE CACHALOT BLANCHATRE?.

Catodon albicans, Lacep. — Delphinus Leucas, Cuv. *.

Ce cétacée paraît de loin avoir beaucoup de

! On peut voir, dans l’article du Macrocéphale, ce que l'on doit penser de la nature de l'adipocire et de celle de l'ambre gris.

3 Sperma ceti. — Catodon macrocephalus, var. 8. Linnée, éd. de Gmelin. — Cetus albicans, bipinnis, ex albo flavescens …. dorso lævi. Brisson, Regn. anim., pag. 559, n° 2. — IVeisfisch. Martens, Spitzb., pag. 94. — Balæna albicans, weisfisch Martensii et Zorgdrageri. Klein, Miss. pise. 2, pag. 12. — Poisson blanc: hviidfiske. Eggede, Groenland., pag. 55. — Albus piscis cetaceus. Rai, Pisc., pag. 11.

5 M. Cuvier propose de retirer de la liste des cétacées ce Gachalot blanchâtre, qui n'est autre que le Béluga ou Delphinus Leucas, dont les dents tombent de très-bonne beure. D,

rapports avec la baleine franche; mais on dis. tingue aisément cependant la forme de sa tête, plus allongée que celle de cette baleine , et la : figure du museau, moins arrondi que celui du premier des cétacées.

Ses dents sont fortes , mais émoussées à leur extrémité; elles sont d’ailleurs comprimées et courbées. Sa couleur est d’un blanc mêlé de teintes jaunes.

Sa longueur n’excède pas souvent cinq ou six mètres : il est donc bien inférieur , par ses dimensions et par sa force, aux cachalots dont nous venons de parler. On l’a rencontré dans le détroit de Davis. On ne peut guère douter que ce cétacée ne fournisse de l’adipocire; et peutêtre donne-t-il aussi de l’ambre gris".

LES PHYSALES 2.

LE PHYSALE CYLINDRIQUE *.

Physeter cylindricus, Bonn.; Physalus cylindricus, Lacep. — Physeter macrocephalus, Cuvy.

Plusieurs naturalistes ont confondu ce cétacée avec le microps dont nous parlerons bientôt; mais il est même d’un genre différent de celui qui doit comprendre ce dernier animal. Il n'appartient pas non plus à la famille des cachalots proprement dits : la position de ses évents aurait suffi pour nous obliger à l’en séparer. Nous avons done considéré cette espèce remarquable hors des deux groupes que nous avons formés de tous les autres cétacées auxquels on avait donné jusqu’à nous le même nom générique, celui de cachalol en français, et de physeter en latin ; et nous avons eru devoir distinguer le genre particulier qu’elle forme, par la dénomination de physalus, dont on s’est

4 Voyez, dans l'article du Macrocéphale, ce que nous avons dit de ces deux substances.

2 Voyez, au commencement ce cette-histoire, l'article intitulé Nomenclature des cétacées, et le tableau général des ordres, genres et espèces de cts animaux.

(M. Cuvier regarde le genre Physale comme ne reposant que sur une mauvaise figure d'Anderson, dans laquelle les évents sont placés beaucoup trop en arrière. Le cétacée qui en est l'espèce unique ne diffère pas, selon lui, du Cachalot macrocéphale.) D.

3 Walvischvangst , par les Hollandais. — Cachalot cylindrique. Bonnaterre, planches de l'Encycl. méth. — Anderson , Histoire du Groeuland , 448. — Cachalot, pris aux environs du cap Nord. Histoire naturelle des pêches des Hollandais, etc.,t. I, p. 157. pl. 2, fig. C

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