‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 356 sur 470 · LA RAIE AIGLE · texte numérisé non relu

LA RAIE AIGLE

Raia Aquila, Linn., Gmel., Lacep. ; Myliobatis Aquila, Duméril ; Aetobatis Aquila, Blainv. ?.

C’est avec une sorte de fierté que ce grard animal agite sa large masse au milieu des eaux de la Méditerranée et des autres mers qu’il habite ; et cette habitude, jointe à la lenteur que cette raie met quelquefois dans ses mouvements , et à l'espèce de gravité avec laquelle on dirait alors qu’elle les exécute, lui a fait donner l’épithète de glorieuse sur plusieurs rivages. La forme et la disposition de ses nageoires pectorales, terminées de chaque côté par un angle aigu, et peu confondues avec le corps proprement dit, les a d’ailleurs fait comparer à des ailes plus particulièrement encore que celles des autres espèces de raies : elles en ont recu plus souvent le nom; et, comme leur étendue est très-grande , elles ont rappelé l’idée des oiseaux à la plus grande envergure , et la raie que nous décrivons a été appelée Aigle dès les premiers temps où elle a été observée. Ce

4 Glorieuse, Perce ratto, Rate penade (chauve-souris), Tare franke, dans plus. départ. mérid. — Faucon de mer.— Erago e ferraza. — Rospo (crapaud), sur la côte de Génes. — Aquila, sur d'autres côtes d'Italie. — Raëe Mourine, Daubenton, Enc. méth. — Mus, ad., fr. 2, p. 51. — « Raja « caudà pinnatä, aculeoque unico , » Bloch, Hist. des poissons , part. 5, p. 59, n. 5, pl. 81 *. — Raie Mourine, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « Raja corpore glabro, aculeo « longo, serrato in cauda pinnata. » Arted., gen. 72, syn. 100. — « Leiobatus capite exserto, etc. » Klein, miss. pisc, 5. p. 55, n. 4 — Arist., Hist. animal., L. 5,c.5.— Plin., Hist., mundi, l. 9, c. 24.— Salvian., Aquat., p. 146 b, 147. — Aldrovand., pisc., p. 438-440. — Jonston, pisc., p. 35, tab. 9, fig. 8 et9.—Wilugbby, Ichth., p. 64, tab. c. 2, app., tab. 10.— Rai, pisc., p. 25.— Bélon, Aquat., p. 97. — Aquila marina, Gesner, Aquat., p. 75, icon. anim., p.121, 422. Thierb., p.67, 68. paral., p. 58. — Pastinaca (secunda species), Kondelet, part. 4, 1.12, c. 2. — Pastenaque (troisième espèce), ou aigle-poisson, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat. — « Raja « aculeata, pastinaca marina dicta, » Plumier, dessins déjà cités.

2 M. Cuvier remarque que la figure du Raia Aquila de Bloch n'est nullement celle de la raie aigle, maïs celle d'une pastenague à laquelle on a ajouté une nageoire devant l'ai-

guillon. D.

* M. de Blainville fait observer que la figure de la première édition de l'Histoire des Poissons de M. de Lacépède ne représente pas celle raie, mais une espèce Voisiue. D.

qui a paru ajouter à la ressemblance entre l’aigle et le poisson que nous traitons, c’est que cette raie a aussi la tête beaucoup plus distincte du corps que presque toutes les autres espèces du même genre , et que cette partie plus avancée est terminée par un museau allongé et trèssouvent peu arrondi. De plus, ses yeux sont assez gros et très-saillants ; ce qui lui donne un nouveau trait de conformité, ou du moins une nouvelle analogie avec le dominateur des airs, avec l’oiseau aux yeux les plus perçants. C’est principalement sur les côtes de la Grèce, dans ces pays favorisés par la nature, où une heureuse imagination ne rapprochaït les êtres que pour les embellir ou les ennoblir l’un par l'autre , que la raie dont nous traitons a été distinguée par le nom d’aigle; mais, sur d’autres rivages , des pêcheurs grossiers , dont les conceptions moins poétiques n’enfantaient pas des images aussi nobles ni aussi gracieuses , n’ont vu dans cette tête plus avancée et dans ces yeux plus saillants que les yeux et la tête d’un animal dégoütant, que le portrait du erapaud , et ils l’ont nommé Crapaud de mer.

Cette tête, que l’on a comparée à deux objets si différents l’un de l’autre, présente au reste, par-dessus et par-dessous, au moins le plus souvent, un sillon plus ou moins étendu et plus ou moins profond. Les dents, comme celles de toutes les raies du sous-genre qui nous occupe, sont plates et disposées sur plusieurs rangs.

On a écrit que la raie aigle n’avait pas de nageoires ventrales , parce que celles de ses nageoires qui sont les plus voisines de l’anus ne sont pas doubles de chaque côté, et ne montrent pas une sorte d’échancrure qui puisse les faire considérer comme divisées en deux parties, dont l’une serait appelée nageoïire ventrale, et l’autre nageoire de l’anus : mais, en recherchant où s’attachent les cartilages des nageoires de la raie aigle, qui se rapprochent le plus de l’origine de la queue, on s’aperçoit aisément qu’elle a de véritables nageoires ventrales, mais qu’elle manque de nageoires de l'anus.

La queue, souvent deux fois plus longue que la tête et Le corps, est très-mince, presque arrondie , très-mobile , et terminée , pour ainsi dire, par un fil très-délié. Quelques observateurs ont vu dans la forme, la longueur et la flexibilité de cette queue , les principaux carac- |

tères de la queue des rats ; ils se sont empressés de nommer Rat de mer la raie qui est l’objet de cet article, tandis que d’autres, réunissant à cet attribut celui de nageoires semblables à des ailes,ont vu un rat ailé, une chauvesouris, et ont nommé la raie aigle Chauve-souris marine. On connait maintenant l’origine des diverses dénominations de rat, de chauvesouris, de crapaud, d’aigle, données à la raie dont nous parlons ; et, comme il est impossible de confondre un poisson avec un aigle, un crapaud ou une chauve-souris , nous aurions pu sans inconvénient conserver indifféremment l’une ou l’autre de ces quatre désignations : mais nous avons préféré celle d’aigle comme rappelant la beauté, la force et le courage, comme employée par les plus anciens écrivains, et comme conservée par le plus grand nombre des naturalistes modernes.

La queue de la raie aigle ne présente qu’une petite nageoire dorsale placée au-dessus de . cette partie, et beaucoup plus près de son origine que de l’extrémité opposée. Entre cette nageoire et le petit bout de la queue, on voit un gros et long piquant, ou plutôt un dard très-fort, et dont la pointe est tournée vers l’extrémité la plus déliée de la queue. Ce dard est un peu aplati, et dentelé des deux côtés comme le fer de quelques espèces de lances : les pointes dont il est hérissé sont d’autant plus grandes qu’elles sont plus près de la racine de ce fort aiguillon; et, comme elles sont tournées vers cette même racine , elles le rendent une arme d'autant plus dangereuse qu’elle peut pénétrer facilement dans les chairs, et qu’elle ne peut en sortir qu’en tirant ces pointes à contre-sens, et en déchirant profondément les bords de la blessure. Ce dard parvient d’ailleurs à une longueur qui le rend encore plus redoutable. Plusieurs naturalistes, et notamment Gronovius, ont décrit des aiguillons d’aigle qui avaient un décimètre (quatre pouces ou à peu près) de longueur ; Pline a écrit que ces piquants étaient quelquefois longs de douze ou treize centimètres (cinq pouces ou environ)! ; et j’en ai mesuré de plus longs encore.

Cette arme se détache du corps de la raie après un certain temps; c’est ordinairement au bout d'un an qu’elle s’en sépare, suivant quelques observateurs : mais, avant qu’elle tombe ,

* pline, L. 9, c. 48.

DES POISSONS

un nouvel aiguillon et souvent deux commencent à se former, et paraissent comme deux piquants de remplacement auprès de la racine de l’ancien. Il arrive même quelquefois que l’un de ces nouveaux dards devient aussi long que celui qu'ils doivent remplacer, et alors on voit la raie aigle armée sur sa queue de deux forts aiguillons dentelés. Mais cette sorte d'accident, cette augmentation du nombre des piquants, ne constitue pas même une simple variété, bien loin de pouvoir fonder une diversité d'espèce, ainsi que l’ont pensé plusieurs naturalistes tant anciens que modernes, et particulièrement Aristote.

Lorsque cette arme particulière est introduite très-avant dans la main , dans le bras, ou dans quelque autre endroit du corps de ceux qui cherchent à saisir la raie aigle; lorsque surtout elle y est agitée en différents sens, et qu’elle en est à la fin vioiemment retirée par des efforts multipliés de l’animal, elle peut blesser le périoste, les tendons, ou d'autres parties plus ou moins délicates, de manière à produire des iuflammations , des convulsions et d’autres symptômes alarmants. Ces terribles effets ont été bientôt regardés comme les signes de la présence d’un venin des plus actifs; et, comme si ce n’était pas assez que d'attribuer à ce dangereux aiguillon dont la queue de la raie aigle est armée, les qualités redoutables mais réelles des poisons, on a bientôt adopté sur sa puissance délétère les faits les plus merveilleux, les contes les plus absurdes. On peut voir ce qu’ont écrit de ce venin mortel Oppien, Ælien , Pline; car, relativement aux effets funestes que nous indiquons, ces trois auteurs ont entendu par leur pastenaque ou leur raie trigone, non-seulement la pastenaque proprement dite, mais la raie aigle, qui a les plus grands rapports de conformation avec cette dernière. Non-seulement ce dard dentelé a paru aux anciens plus prompt à donner la mort que les flèches empoisonnées des peuples à demi-sauvages , non-seulement ils ont cru qu’il conservait sa vertu malfaisante longtemps après avoir été détaché du corps de la raie; mais son simple contact tuait Vanimal le plus vigoureux, desséchait la plante la plus vivace, faisait périr le plus gros arbre dont il attaquait la racine. C'était l’arme terrible que la fameuse Circé remettait à ceux qu’elle voulait rendre supérieurs à tous leurs ennemis : et quels effets plus redoutables, selon

D23 Pline, que ceux que produit cet aiguillon, qui pénètre dans tous les corps avec la force du fer et l’activité d’un poison funeste? |

Cependant ce dard, devenu l’objet d’une si grande crainte, n’agit que mécaniquement sur l’homme ou sur les animaux qu’il blesse. Et sans répéter ce que nous avons dit ! des prétendues qualités vénéneuses des poissons, l’on peut assurer que l’on ne trouve auprès de la racine de ce grand aiguillon aucune glande destinée à filtrer une liqueur empoisonnée ; on ne voit aucun vaisseau qui puisse conduire un venin plus ou moins puissant jusqu’à ce piquant dentelé; le dard ne renferme aucune cavité propre à transmettre ce poison jusque dans la blessure; et aucune humeur particulière n’imprègne ou n’humecte cette arme, dont toute la puissance provient de sa grandeur, de sa dureté, de ses dentelures, et de la force avec laquelle l'animal s’en sert pour frapper.

Les vibrations de la queue de la raie aigle peuvent en effet être si rapides, que l’aiguillon qui y estattaché paraisse en quelque sorte lancé comme un javelot, ou décoché comme une flèche, et reçoive de cette vitesse, qui le fait pénétrer très-avant dans les corps qu’il atteint, une action des plus délétères. C’est avec ce dard ainsi agité, et avec sa queue déliée et plusieurs fois contournée, que la raie aigle atteint, saisit, cramponne, retient et met à mort les animaux qu’elle poursuit pour en faire sa proie, ou ceux qui passent auprès de son asile, lorsqu’à demi couverte de vase elle se tient en embuscade au fond des eaux salées. C'est encore avec ce piquant très-dur et dentelé qu’elle se défend avec le plus d'avantage contre les attaques auxquelles elle est exposée; et voilà pourquoi, lorsque les pêcheurs ont pris une raie aigle, ils s’empressent de séparer de sa queue l’aiguillon qui la rend si dangereuse.

Mais si sa queue présente un piquant si redouté, on n’en voit aucun sur son corps. La couleur de son dos est d’un brun plus ou moins foncé, qui se change en olivâtre vers les côtés; et le dessous de l’animal est d’un blanc plus ou moins éclatant. Sa peau est épaisse , coriace , et enduite d’une liqueur gluante. Sa chair est presque toujours dure; mais son foie, qui est trèsvolumineux et très-bon à manger, fournit une grande quantité d’huile.

1 Discours sur la nature des poissons.

Au reste, on trouve les raies aigles beaucoup plus rarement dans les mers septentrionales de l'Europe que dans la Méditerranée et d’autres mers situées dans des climats chauds ou tempérés; et c’est particulièrement dans ces mers moins éloignées des tropiques que l’on en a pêché du poids de quinze myriagrammes ( plus de trois cents livres ).

Nous avons trouvé parmi les papiers du célèbre voyageur Commerson , un dessin dont on pourra voir la gravure dans cet ouvrage , et qui représente une raie. Cet animal, figuré par Commerson, est évidemment de l’espèce de la raie aigle ; mais il en diffère par des caractères assez remarquables pour former une variété très-distincte et plus ou moins constante.

Premièrement, la raie de Commerson, à laquelle ce naturaliste avait donné le nom de mourine, qui à été aussi appliqué à la raie aigle par plusieurs auteurs, a la tête beaucoup plus avancée et plus distincte des nageoires pectorales et du reste du corps que l’aigle que nous venons de décrire ; secondement, la nageoire dorsale, située sur la queue, et l’aiguillon dentelé qui l'accompagne, sont beaucoup plus près de l'anus que sur la raie aigle ; et, troisièmement, le dessus du corps, au lieu de présenter des couleurs d’une seule nuance, est parsemé d’un grand nombre de petites taches plus ou moins blanchâtres. C’est dans la mer voisine des îles de France et de Madagascar qu’on avait pêché cette variété de la raie aigle dont Commerson nous a laissé la figure.

LA RAIE PASTENAQUE !.

Raia Paslinaca, Linn., Gmel., Lacep., Bloch ; Trygon Pastinaca, Cuv. *; Trygonobatis Pastinaca, Blainvy.

La forme et les habitudes de cette raie sont presque en tout semblables à celles de la raie

! Pastlinaque.— Tareronde, auprès de Bordeaux. — Pastenago, sur les côtes de France voisines de Montpellier. — Bastango, et vastango, dans plus. départ. mérid. — Bruccho, à Rome.—Ferraza, sur la côte de Gênes.— Bastonago, en Sicile. — Fire flaire, en Angleterre. — Turtur, par plusieurs auteurs. — Raie pastenague, Daubenton, Enc. méth. — « Raja caudâ apterygià, aculeo sagittato, » Bloch, Hist. nat. des poissons, part. 5, pl. 82.— Artedi, gen.71, syn. 100. Raie pastenague, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Mus. ad., fr. 2, p. 51*.—Müller, prodrom., Zool. dan., p. 37, n.510. — Gronov., mus. 1, 141, Zooph. 158. — « Leiobatus, in me- « dio crassus, etc » Klein, miss. pisc. 5, p. 53, n. 5. — Aristot., Hist. anim., 1. 1,c. 5. — Pastinacu, Pliu., Hist. mundi, 1.9, c, 24, 42. — Pastenague, Rondelet, part. t, [. 12, c. 4.

aigle que nous avons décrite. Mais voici les traits principaux par lesquels la pastenaque diffère de ce dernier poisson. Son museau se termine en pointe au lieu d'être plus ou moins arrondi; la queue est moins longue que celle de la raie aigle, à proportion de la grandeur du corps, quoique cependant elle soit assez étendue en longueur, très-mince et très-déliée ; et enfin cette même partie non-seulement ne présente point de nageoire dorsale auprès de l’aiguillon dentelé dont elle est armée, mais même est entièrement dénuée de nageoires,

La pastenaque paraît répandue dans un plus grand nombre de mers que la raie aigle, et ne semble pas craindre le froid des mers du Nord.

Son piquant dentelé est souvent double et même triple, comme celui de la raie aigle ; nous croyons en conséquence devoir rapporter à cette espèce toutes les raies qu’on n’en a séparées jusqu’à présent qu’à cause d’un aiguillon triple ou double. D’un autre côté, la nuance des couleurs, et même la présence ou l'absence de quelques taches, ne peuvent être regardées comme des caractères constants dans les poissons, et particulièrement dans les cartilagineux, qu'après un très-grand nombre d’observations répétées en differents temps et en divers lieux. Nous ne considérerons donc, quant à présent, que comme des variétés plus ou moins constantes de la pastenaque, les raies qu’on n’a indiquées comme d’une espèce différente qu’à cause de la dissemblance de leurs couleurs avec celles de ce cartilagineux. Au reste, il nous semble important de répéter plusieurs fois dans nos ouvrages sur l’histoire naturelle, ainsi que nous l’avons dit très-souvent dans les cours que nous avons donnés sur cette science, que toutes les fois que nous sommes dans le doute sur l'identité de l’espèce d’un animal avec celle d’un autre, nous aimons mieux regarder le premier

— Pastinaca, Salv., Aquat., p. 144, 145..— Gesner, Aquat., p. 679, icon. aaim., p. 121, 422. Thierb., p. 65 a. — Pastimaca marine, Jonston, pisc., p. 52, tab. 9, fig. 7. — Pastémaca inarina lœvis, Raï, pisc., p. 24. — Bélon, Aquat,, p. 95,— Paslinaca marina nostra, Aldrovand., pisc., p. 426, — Pastinaca marina prima, Willughby, Ichth., p. 67, tab. c. 5.— Gej. Kæmpfer, Voy. au Japon, p. 55. — Sting ray. Pennant, Brit. Zool., t. IT, p.71, n.6.— Pastinaca marina oxyrinchos, Schonev., p. 58. — Pastenaque, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat. >

‘ Selon M. Cuvier, la figure du Raia Lyma, donnée par Lacépède, n’est autre que celle d'une pastenaque, et le Raia Lyma de Forskale en est au moins une espèce voisine représentée sans aiguillons sous le nom de torpille, par Lacépède. D.

DES POISSONS

comme une variété que comme une espèce distincte de celle du second. Nous préférons de voir le temps venir par des observations nouvelles séparer tout à fait ce que nous n’avions en quelque sorte distingué qu'à demi, plutôt que de le voir réunir ce que nous avions séparé; nous désirons qu’on ajoute aux listes que nous donnons des productions naturelles, et non pas qu’on en retranche ; et nous chercherons toujours à éviter de surcharger la mémoire des naturalistes, d'espèces nominales, et le tableau de la nature, de figures fantastiques. |

D’après toutes ces considérations, nous plaçons à la suite de la pastenaque, et nous considérons comme des variétés de ce poissGn, jusqu'à ce que de nouvelles observations nous obligent de les tn écarter :

Premièrement, l’A{favelle ‘, que l’on n’a distinguée de la pastenaque qu’à cause de ses deux aiguillons dentelés ;

Secondement, l’'Uarnak?, que l’on aurait confondu avec la raie que nous décrivons, sans les taches que tout son corps présente sur un fond pour ainsi dire argenté ;

Troisièmement , l'Arnak *, auquel on n’a donné pour caractères distinctifs, et différents de ceux de la pastenaque, que deux aiguillons dentelés, la couleur argentée du dos, et le contour du corps plus arrondi;

Et quatrièmement enfin, l'Ommes Scherit 4, qui ne paraît avoir été éloigné de la pastenaque qu’à cause des taches de sa queue.

Les deux dernières de ces raies se trouvent dans la mer Rouge, où elles ent été observées par Forskael. La seconde s’y trouve égalemeñt, et y a été vue par le même naturaliste ; mais on

4 Raie pastenague altavelle, var. b., Daubenton, Enc. méth. — Raja pastinaca altavala, var. b., Linnée, éd. de Gmelin. — Raie pastenague allavelle, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « Raja corpore glabro, aculeis sæpè duobus « posticè serratis in cauda apterygia, » Arted., gen. 74, syn, 400.—« Pastinaca marina altera, pteryplateja, altavela dicta, » Column., Aquat., c. 2, p. 4,t. 2. — « Id. Et altavclla Neapoli « dicta, » Willughby, p. 65. — Id. Raï, p. 24.

2 Raie sif uarnak, var.a., Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Raja pastinaca uarnak, Linnée, éd de Gmelin. — Raja tota maculala, Forskael, Faun. arab., p. 18.

Raja arnak, Linnée, éd, de Gmelin. — « Raja corpore « orbiculato argenteo, caudâ tereti apterygià, spinis duabus; » Forskael, Faun. arab., p. 9, n. 415.

4 « Raja ommes scherit, » Linnée, éd. de Gmelin.— « Raie « scherit, » Bemnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « R. caudà « tereti maculatà, » Forskael, Faun. arab. p. 9, n. 12.

Hi, Cuvier considère ces différents poissons comme des espèces différentes de la pastenaque. D.

mm, +

la rencontre aussi dans les mers d'Europe et dans celle des Indes.

Forskael a parlé de deux autres raies de la mer Rouge, que l'on ne connaît qu’imparfaitement, et que nous ne croyons pas, d’après ceux de leurs caractères qu’on a énoncés, pouvoir placer encore comme deux espèces distinctes sur le tableau général du genre des raies, mais dont la notice nous paraît dans ce moment devoir accompagner celle des quatre variétés de la pastenaque.

Ces deux raies sont la mule‘, dont le dessous du corps est d'un blanc de neige, et dont la queue déliée et tachetée est armée d’un piquant dangereux ; et la raie tajara ?, dont on a dit que le dessous du corps était aussi d’un blanc de neige, et la queue déliée, |

LA RAIE LIMME à.

Raiïa Lyma, Forsk., Gmel., Lacep. ‘.

C'est dans la mer Rouge que le voyageur Forskael a trouvé cette raie, qu’il a le premier fait connaître. Elle ressemble beaucoup à la raie aigle, ainsi qu'à la pastenaque; elle a les dents aplaties comme ces deux raies et tous les cartilagineux qui composent le même sous-genre : mais exposons les différences qu'elle montre. Le corps proprement dit et les nageoires pectorales forment un ensemble presque ovale ; la partie postérieure des nageoires pectorales est terminée par un angle plus ou moins ouvert ; les nageoires ventrales sont arrondies ; et toute la partie supérieure du dos est d'un brun tirant sur la couleur de brique, parsemé d’une grande quantité de taches bleues, ovales, et inégales en grandeur.

La queue est un peu plus longue que le corps, et garnie, vers le milieu de sa longueur, d’un et quelquefois de deux aiguillons, longs, larges, dentelés comme ceux de la raie aigle et de la

1 Raia Mula, Linnée, éd. de Gmelin, — Raie mule, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « R. sublüs nivea, caudà tereti « variegatä, » Forskaei, Faun. arab., p. 9, n. 16.

2 Raia Tajara, Linnée, éd. de Gmelin, — Raie tajara, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « R. subtüs nivea, caudâ « tereti.» Forskael, Faun. arab., p.9,n 14.

3 Raie lymme, Bonwaterre, pl. de l'Enc. méth. — « Raja « corpore lævi lestaceo, maculis cæruleis, caudâ pinnatä, « aculeo unico. » Forskael, Faun. arab., p.17, n.15.

4 M. Cuvier regarde cetle espèce mal figurée (sans aiguillons) sous le nom de torpille, par M. de Lacépède, comme an moins extrêmement voisine de la pastenaque, Trygon Pas: tinaca, D.

pastenaque, et revêtus à leur base d’une peau -d’un brun bleuâtre. Depuis son origine jusqu’à ces aiguillons, la queue est un peu aplatie, blanche par-dessous et rougeâtre dans sa partie supérieure , Où l’on voit régner deux petites bandes bleues et longitudinales; et depuis les piquants jusqu’à son extrémité, qui est blanche et très-déliée, elle est toute bleue, comprimée par les côtés, et garnie en haut et en bas d’une petite membrane frangée qui représente une nageoire, et qui est plus large au-dessous qu’au-dessus de la queue.

La lymme n'a point de nageoire dorsale ; et par là elle se rapproche plus de la pastenaque, qui en est dénuée, que de la raie aigle, qui en présente une. ;

Cest à cette jolie espèce qu’il faut rapporter une raie pêchée par Commerson aux environs des îles Praslin, et à laquelle il a donné le nom de raie sans piquants !, parce qu’en effet elle n'en présente aucun sur le dos, non plus que les individus observés par Forskael. Ce naturaliste a fait de cette raie sans aiguillon sur le corps une description très-détaillée , qui fait partie des manuscrits déposés dans le Muséum d'histoire naturelle, et qui s’accorde presque dans tous les points avec celle que nous venons de donner d'après Forskael. La seule différence entre ces deux descriptions, c’est que Commerson parle d’une rangée de petits tubercules, qui règne sur la partie la plus élevée du dos et s'étend jusqu’à la queue, et de deux autres tubercules semblables à des verrues, et placés l'un d’un côté, et l’autre de l’autre de l’origine de cette dernière partie.

Au reste, parmi les individus qui ont été l’objet de l’attention de Commerson, un avait près de cinq décimètres { un pied six pouces huit lignes ) de longueur totale ; et l’on pourra voir dans cet ouvrage la figure d’une lymme mâle et d’une lymme femelle, que nous avons fait graver d’après les dessins originaux apportés en France par ce voyageur célèbre. Nous nous sommes déterminés d'autant plus aisément à enrichir de ces deux figures l’histoire que nous décrivons, que l’on n'a pas encore publié de planche représentant l'espèce qui nous occupe. Au reste, nous ne croyons pas avoir besoin de

4 a Raja lævis è testaceo fuscescens , guttis cæruleis innu- « meris prono corpore sparsis, aculeis geminis in media « cauda. » Commerson, ouvrage manuscrit sur la zoologie, quatrième cahier, 1768.

dire que le mâle est distingué de la femelle par deux appendices placés auprès de l'anus, et semblables à ceux que nous avons fait connaitre en traitant de la batis.

La lymme , que quelques naturalistes ont crue confinée dans la mer Rouge, habite done aussi une partie de la mer des Indes. On doit la trouver dans d'autres mers, surtout aux environs des tropiques ; et en effet il vient d’arriver de Cayenne au Muséum d'histoire naturelle, une petite collection de poissons parmi lesquels j’ai reconnu un individu de l'espèce de la Iymme. Ces poissons ont été envoyés par M. Le Blond, voyageur naturaliste, qui nous a appris, dans des notes relatives aux animaux qu'il a fait parvenir au Muséum, que l'individu que nous avons considéré comme une lymme avait été pris au moment où il venait de sortir de l’œuf, mais où il était encore dans le ventre de sa mère. Les raies de la même espèce, dit M. Le Blond, qui les appelle Raies rouges, à cause de la couleur de la partie supérieure de leur corps, semblable par conséquent, ou presque semblable à celle des Iymmes d’Arabie ou des environs des iles Praslin, sont très-bonnes à manger lorsqu’élles sont jeunes, et parviennent quelquefois au poids de dix ou quinze myriagrammes ( deux ou trois cents livres, ou environ. } Au reste, le petit individu arrivé de l'Amérique méridionale avait la queue trois fois plus longue que le corps et la tête, et par conséquent beaucoup plus longue que les lymmes d'Afrique et d'Arabie. Mais tous les autres traits de la conformation réunissant ces cartilagineux de la mer Rouge et des iles Praslin avee les Raies rouges de Cayenne, on peut tout au plus regarder ces dernières comme une variété. dans l'espèce des raies rougeâtres des îles Praslin et d'Arabie; mais on n’en doit pas moins les considérer comme appartenant à l'espèce de la lymme, qui dès lors se trouve dans les eaux chaudes de l’Asie, de l'Afrique et de l’Amérique.

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