‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 361 sur 470 · LA RAIE THOUIN · texte numérisé non relu

LA RAIE THOUIN

Raïa Thouin, Lacep. ; Rhinobatus Thouin, Cuw. !,

Cette belle espèce de raie, très-remarquable par sa forme, ainsi que par la disposition de, ses couleurs ; et dont la description n'a encore été publiée par aucun naturaliste, estun des innombrables trophées de la valeur des armées françaises. L’individu que nous avons fait graver, fait partie de la célèbre collection d'objets d'histoire naturelle. conservée pendant longtemps à la Haye, eédée à la France par la nacription ‘et la figure plus que médiocre qui l'accompagne, à été représentée de nouveau par M, deBlainville dans la Faune française. D.

4 Selon M. Cuvier la Raie Thouin paraît être une variété de la Rhinobate ordinaire. D.

tion hollandaise son alliée, après que la victoire a eu fait flotter le drapeau tricolore jusque sur les bords du Zuyderzée , et qui décore maintenant les galeries du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ces précieux objets ayant été recueillis en Hollande et transportés eu France

par les’soins de deux de mes collegues les pro-

fesseurs Thouin et Faujas Saint-Fond , que le gouvernement français avait envoyés au milieu de nos légions Conquérantes pour accroitre le domaine des sciences naturelles, pendant que nos braves soldats ajoutaient à notre territoire, j'ai cru devoir chercher à perpétuer les témoignages de reconnaissance qu’ils ont reçus des naturalistes, en donnant leurs noms à deux des espèces de poissons dont on va leur devoir la connaissance et la publication ‘. J'ai distingué en conséquence, par le nom de f'aujas, une des lophies dont nous allons donner l’histoire, et, par celui de Zhouin, la raie dont nous nous occupons dans cet article.

La raie thouin a les deñts aplaties, et disposées sur plusieurs rangs, Comme celles de toutes les raies comprises dans le troisième et dans le quatrième sous-genre.

*Son museau, beaucoup plus transparent que celui de la plupart des autres raies, est terminé par une prolongation souple assez étendue, et plus longue que l'intervalle qui sépare les deux yeux.

Le dessus du corps et des nageoires pectorales est d’une couleur noire ou très-foncée; mais le museau est d’un blanc de neige très-éclatant, excepté à son extrémité, oùil est brun, et dans le milieu de sa longueur, où il présente la même couleur obscuré. Cette raie longitudinale brune s'étend sur le devant de la tête, qui, dans tout le reste de sa partie antérieure, est d'un blanc très-pur ; et elle s’y réunit à la couleur trèsfoncée de l'entre-deux des yeux, de la partie postérieure de la tête, et du dessus du corps.

Tout le’dessous de l'animal est d'un beau blanc.

Les yeux sont recouverts presque à demi par une prolongation de la peau de la tete, comme ceux de la batis ; et derriere ces organes on voit de tres-crands évents.

L'ouverture des narines, située obliquement au-dessous du museau et au-devant de la bouche, présente la forme d’un ovale irrégulier et

* Voyez l'art. relalif à la nomenclature des poissons.

| Et comme, d un autre côté 1

très-allongé, et est assez grande pour que son diamètre le plus long soit égal à plus de la moitié de celui de la bouche. Cette ouverture aboutit à un organe composé de membranes plissées et frangées, dont nous avons fait graver la figure, et dont le nombre et les surfaces sont assez considérables pour le rendre très-délicat. nous venons de voir que le museau, ce principal organe du toucher des raies, est tres-prolongé, tres mobile, et par conséquent très-sensible, dans la raie thouin, nous devons présumer que ce dernier poisson jouit d’un toucher et d’un odorat plus actifs que ceux de la plupart des autres raies, et doit avoir par conséquent un sentiment plus exquis et un instinct plus étendu.

La queue est à peu près de la longueur de la tête et du corps pris ensemble; mais, au lieu d'être très-déliée comme celle de presque toutes les raies, elle présente à son origine une largeur égale à celle de ja partie postérieure du corps à laquelle elle s'attache. Son diamètre va ensuite en dininuant par degrés insensibles jusqu’à l'extrémité qui s'insère, pour ainsi dire, dans une nageoire. Cette dernière partie termine le bout de la queue, et le garnit par-dessus et par-dessous, mais en ne composant qu’un seul lobe et en formant un triangle dont le sommet est dans le bas.

Indépendamment de cette nageoire caudale, on en voit deux dorsales, à peu près de la même

grandeur, un peu “triangulaires et échancrées ie celle de leurs faces qui est opposée à la téte. La première de ces deux nageoires dorsales est placée beaucoup plus près du corps que sur presque toutes les autres râies; on la voit à peu près au tiers de la longueur dela queue, à compter de l'anus’; et la seconde nageoire est située vers les deux tiers de cette même longueur. She Le dessus de la tête et de la prolongation du museau est garni d’un très grand nombré de petits aiguillons tournés yers la queue, et beaue-up plus sensibles sur les'portions colorées en brun que sur celles qui le sont en blanc, D'ailleurs, lé dessus et le dessous du corps et dela queue sont revetus de petits tubercüles plus rapprochés et moins saillantssur la partiéfinférieure de la queué et du corps. Deplüs, lon voit une rangée de tubercuüles plüs gros, 'et terminés par un aiguillon tourné vers la queue, s'étendre depuis les évents’ jusqu’à la seconde

DES POISSONS

nageoire dorsale; et l'on aperçoit encore autour des yeux quelques-uns de ces derniers tubercules.

Les nageoires pectorales sont un peu sinueuses. et arrondies dans leur contour ; et les ventrales, à peu près de la même largeur dans toute leur étendue, ne peuvent pas être considérées comme séparées en portion ventrale et en portion anale. Les nageoires latérales sont beaucoup plus difficiles à confondre que dans presque toutes les autres raies, avec le corps proprement dit, qui, d’un autre côté, beaucoup

moins distingué de la queue, donne à la thouin |

auprès de l'anus. Le dos s'élevait un peu au-

devant de la première nageoire dorsale ; les nageoires pectorales, triangulaires. et terminées dans leur bord exterieur par un angle obtus, étaient quatre fois plus grandes que les ventrales. On apercevait un rang de piquants autour des veux, trois rangées d’aiguillons sur la partie antérieure du dos; et une rangée de ces pointes s'étendait d’une nageoire dorsale à l'autre.

| La raie bohkat est, selon Forskael, très-

bonne à manger.

un caractère que nous n’avons retrouvé que.

d'une manière encore plus marquée. Mais, mal-

gré cette conformation, l’ensemble de l'animal

est tres-plat, et beaucoup plus déprimé que celui de la rhiuobate.

LA RAIE BOHKAT .

Raïia djiddensis, Gmel. ; Raia Bohkat, Lacep. ; Rhinobalus ujiddensis, Cuv. 3.

Cette raie, que Forskael a vue dans la mer Rouge, et qu'il a le premier fait connaitre, a, comme la raie thouin , la queue garnie de trois nageoires : une, divisée en deux lobes, placée à l'extrémité de cette partie, et par conséquent véritablement caudale ; et les autres deux dorsales. De même que sur la thouin. ces deux nageoires dorsales sont beaucoup plus avancées vers la tête que sur un très-erand nombre de raies; elles en sont même plus rapprochées que dans la raie thouin, puisque la première de ces deux nageoires est située au-dessus des nageoires ventrales , et par conséquent de l’anus, et quelquefois prend son origine encore plus pres des yeux ou des évents Un des individus observés par Forskael avait plus de deux mètres de longueur. La couleur de sa partie supérieure était d’un cendré pâle, parsemé de taches ovales et blanchâtres ; et celle de sa partie inférieure, d’un blanchâtre plus ou moins clair, avec quelques raies inégales brunes et blanches

4 a Raja pinnâ canæ bi ob, aculrorum ordine dorsi initio “tri Lei, deu simplici, pienà dor i primä supra pinnas ven atrales. » Forskael, Fan arab. p, 18, n. 4:.— ARaie Bohka!, Bonnat-rre, pl. de l'Euc, méth.

2 Ce poisson est vrai-embiahlement le même que le Rhinobalus læris de S hncider C'est à lui que M. Cuvier rapporte la tigure de la Rhinobate de M. de Lacépède, et celle de Dubhamel, part. 5, sect.9, pl.18 D,

dans la rhinobate, où on le verra reparaitre | LA RATE CUVIER.

Raïa Cuvier. Lacep. *.

Jenomme ainsi cette raie, parce que j'en dois

Ja connaissance à mon savant confrère le professeur Cuvier, membre de l'Institut de France. Il a bien voulu, dès le mois de mars 4792, m'envoyer, du département de la Seine-Inférieure, le dessin et la description d’un individu de cette espèce, qu'il avait vu desséché. La raie cuvier a beaucoup de rapport avec la thouin, et surtout avec la bohkat, par la position de sa première nageoire dorsale. Cette nageoire est, en effet, tres-rapprochée des yeux, comme celles de la thouin et de la bohkat, Mais ce qui sépare ce poisson des autres raies déjà connues, et forme même son caractère distincetif le plus saillant, c’est que cette même nageoire dorsale est située non-seulement au dessus des nageoires ventrales, ou à une petite distance de ces nageoires, et vers la tête, comme sur la bohkat, mais qu’elle est implantée sur le dos, vers le milieu des nageoires pectorales, et plus près des events que de l'origine de la queue. Cette place de la première nageoire dorsale est un nouveau lien entre la raie cuvier, et par conséquent tout le genre des raies, et celui des squales, dont plusieurs especes ont la premiere nageoire dorsale tres-proche de la tête. Le museau de la raie que nous décrivons est pointu; les nageoires pectorales sont très-grandes et anguleuses; les nageoires ventrales se | divisent chacune en deux portions, dont l’une représente une nageoire ventrale proprement dite , et l'autre une nageoire de l'anus. Les ap-

4 M. de Blainville regarde comme une variété de la Raïie bouclée ce poisson qui offre la siugularité d'une pinnule an milieu du dos. D.

pendices qui caractérisent le mâle sont trèscourts et d’un très-petit diamètre. La queue, très-mobile, déliée, et à peu près de la longueur de la tête et du corps pris ensemble. est garnie à son extrémité d’une petite nageoire caudale, et présente de plus, sur la partie supérieure de eette même extrémité, deux petites nageoires contigués l’une à l’autre, ou, pour mieux dire, une seconde nageoire dorsale, divisée en deux lobes, et qui touche la caudale.

On ne voit aueun piquant autour des yeux ; mais une rangée d’aiguillons s'étend depuis la première nageoire dorsale jusqu à l’origine de la queue, qui est armée-de trois rangées longitudinales de pointes aigués.

Au reste, la partie supérieure de l’animal est parsemée d’une grande quantité de taches foncées et irrégulières. |

La nageoire dorsale, qui se fait remarquer sur cette raie, est un peu ovale, plus longue que large, et un peu plus étroite à sa base que vers le milieu de sa longueur, à cause de la divergence des rayons dont elle est composée.

Sa place, beaucoup plus rapprochée des évents que celle des premières nageoires dorsales de la plupart des raies, avait donné quelques soupçons à M. Cuvier sur la nature de cette nageoire : il avait craint qu’elle ne füt le produit de quelque supercherie , ‘et n’eût. été mise artificiellement sur le dos de l'individu qu’il décrivait. « Cependant un examen atten- «tif, m'a écrit dans.le temps cet habile obser- « vateur, ne me montra rien d'artificiel ; et le « possesseur de cette raie, homme de bonne foi, « m'assura avoir préparé cet animal tel qu'on « Je lui avait apporté du marché ‘. »

Mais quand même il faudrait retrancher de la raie cuvier cette première nageoire dorsale, elle serait encore une espèce distincte de toutes celles que nous connaissons. En effet, la raie avec laquelle elle parait avoir le plus de ressemblance, est la ronce. Elle en diffère néanmoins par plusieurs traits, et particulierement par les trois caractères suivants.

Premièrement, elle n’a point, comme Ja ronce, de gros piquants aupres des narines, autour des yeux, sur les côtés du dos, sur la partie inférieure du corps , ni de petits aiguilous sur ses nageoires pectorales et sur tout le reste de sa surface.

4 Lettre de M. Cuvier à M. de Lacépède, datée de Fiquainville près de Valmont, départ. de la Seine-Inf.. le 9 mars 1792.

a — = ha

Secondement, les appendices qui distinguent les mâles sont tres petits, tandis que les appendices des raies ronces mâles sont très-longs et très-cros, surtout vers leur extrémité.

Et troisiemement, la raie ronce et la raie cuvier n’appartiennent pas au même sous-genre, puisque la ronce a les dents pointues et aiguës, et que la cuvier les a arrondies comme Ja pastenaque et la raie bouclée, suivant les expressions employées par mon confrère dans la lettre qu’il m’a adressée des 17992,

LA RAIE RHINOBATE!.

Raiïa Rhinobatos, Gmel., Lac.; Rhinobatis Dubnai, Blainy.

Cette raie se rapproche de la cuvier et de la bohkat par la position de sa première nageoire dorsale ; elle a de grandes ressemblances avec la thouin par cette même position , et par plusieurs autres particularités de sa conformation extérieure; et comme elle est le plus allongé de tous les poissons de son genre, elle se réunit de plus près que les autres raies, avec les squales, et surtout avec le squale ange, qui, de son côté, présente plus de rapports que les autres squales avec la famille des raies.

Les nageoires pectorales de la rhinobate sont moins étendues à proportion du volume total de l'animal, que celies des autres espèces de son genre. Cette conformation la lie eneoreayec l'ange; et, en tout, ce squale et. cette raie offrent assez de parties semblables pour que l'on ait cru, des le temps d’Aristote, que l’ange

s'accouplait avec les raies, que eette union

était féconde , et que le produit de ce mélange était un animal moitié raie et moitié squale, auquel on avaiten conséquence donné le nom composé de Rhïno-baios ?. Pline a partagé cette opinion * : elle a été adoptée par plusieurs auteurs bien postérieurs à Pline; et elle a servi à faire donner ou conserver à la rhinobate la dénomination de Squatina-raja, le squale ange

Raie rhinobate, Daubenton, Enc. méth. — Raie rhinoba'e, Bonunaterre, pl. de l'Enc. méth, — « R. oblonga, unico

« ac leorum ordine in dorso. » Mus., Ad. fr. 2, p 24. — Id, Artedi. gen. 19, syn. 99. — « Raj: dorso dipterygio, acnleo-

« vum ordine solitario, caudâ latäà pin \atà ji: ermi, rostro tri- «g0:.0 productiore. » Gronov., Zooph., 1:6 — Bélon, pisc., , 78.— «Squais-raja, seu rhinobatos, » Gesn., pise. 905.—«Rhi-

« nobatos, seu squaiina raja, » Salv., pisc. 155.— Id, Willughby, 79.— 14. Rai, pisc. 28.

2 Baios, en grec, veut dire raie. .

5 Hist. nat., L. 9, c. 51.

DES POISSONS

ayant été appelé Squatine par Dubé naturaliste.

La rhinobate est cependant une éspèce existante par elle-même, et qui peut se renouveler sans altération , ainsi que toutes les autres espèces d'animaux que l’on n’a pas imaginé de recarder comme métives. Elle est .véritablement une raie, car son corps est plat par-dessous; et, ce qui forme lé véritable caractère distinctif par lequel les raies sont séparées des squales , les ouvertures de ses branchies ne sont pas placées sur les côtés, mais sur la partie inférieure du corps.

Son museau est très-allongé et très-étroit ; le bord de ses évents présente quelquefois deux espèces de petites dents ; elle a deux nageoires dorsales un peu conformées comme le fer d’une faux , et placées à peu près comme celles de la bohkeat. La première de ces deux nageoires est en effet située au-dessus des nageoires ventrales, et la seconde un peu plus près de l’extrémité de la queue que de la première. Une troisième nageéoire , une véritable nageoire caudale , garnit le bout de la queue ; et cette dernière partie, de la même grosseur à son origine que la partie postérieure du corps, ne diminue de diamètre jusqu’à son extrémité que par des degrés insensibles. La surface de l’animal est revêtue d’une grande quantité de tubercules ; et - une rangée d’autres tubercules forts et aigus, ou , pour mieux dire, de pointes, part de l’entre-deux des yeux.ets’étend jusqu’à la seconde nageoire dorsale.

La partie supérienre de l’animal est d'une couleur obscure, et le dessous d’un blane rougeâtre.,

Telle est la véritable rhinobate, l’espèce que nous avons fait dessiner et graver d’après un individu de plus d'un mètre de longueur, conservé dans le Muséum d'histoire naturelle. La courte description que nous venons d'en faire d’après ce même individu suflirait pour que personne ne la confondit avec ia raie thouin : cependant, afin d'éviter toute erreur, mettons en opposition quelques principaux caractères de ces deux poissons cartilagineux; on n’en - connaîtra que mieux ces deux espèces remarquables de la famille des raies.

Premièrement, la couleur du dessus du museau et du reste dela tête de la rhinobate ne présente qu’une seule teinte : le museau et le devant de la tête de la ‘thouin offrent une

nuance très-foncée et un blanc très-éclatant | distribués avec beaucoup de régülarité, et contrastés d’une manière frappante.

Secondement , l’angle que présente l’extrémité du museau est beaucoup plus aigu daïs la rhinobate que dans la thouin, et la base de l'espèce de triangle que forme ce museau est par conséquent beaucoup moins étendue.

Troisièmement , la surface supérieure de cette même partie et du devant de la tête n’est , point hérissée de petits aiguillons sur la rhiñobate, comme sur la thouin.

Quatrièmement, la forme des pointes qui règnent le long-du dos de la raie que nous décrivons dans cet article, est souvent différente de celle des piquants dont le dos de la thouin’est armé.

Cinquièmement, le dessus du corps de la rhinobate est moins aplati que celui de la thouin.

Sixièmement, le corps de la rhinobate ne commence à diminuer de diamètre que vers les nageoires ventrales : celui de la thouin montre cette diminution vers le milieu des nageoires pectorales.

Septièmement, les nageoires pectorales de la rhinobate ne présentent pas le même contour, et sont moins rapprochées des ventrales que celles de la thouin.

Huitièmement, une membrane quelquefois frangée, quelquefois sans découpure, s'étend longitudinalement de chaque côté de la rhinobate, et marque, pour ainsi dire, la séparation de la partie superieure de l’animal d’avec l'inférieure : on ne voit rien de semblable sur la raie à laquelle nous la comparons.

Neuvièemement, la première nageoire dorsale de la rhinobate est située beaucoup plus près des évents que celle de la raie thouin.

Et dixièmement enfin, là nageoire de la queue de la rhinobate, au lieu d'être peu échancrée comme celle de la thouin, est divisée en deux lobes très-marqués, dont le supérieur est beaucoup plus grand que l’inférieur.

Ces deux raies sont donc éloignées l'une de

‘VPautre par dix caractères distinctifs : et com-

ment confondre ensemble deux espèces que tant de dissemblances séparent? Des variétés plus ou moins constantes de la rhinobate ou de la thouin pourront bien se placer, pour ainsi dire, entre ces deux animaux, et, par quelques altérations dans la conformation que nous ve-

nons d'exposer, servir en apparence de points de communication , et même les rapprocher un peu : mais de trop grands intervalles resteront toujours entre ces deux espèces pour qu’on puisse les identifier.

La rhinobate avant le museau plus délié, et par conséquent plus mobile que la thouin, doit avoir le toucher pour le moins aussi exquis, et la sensibilité aussi vive que cette dernière.

Au reste, c’est à l’espèce de la rhinobate que nous rapportons avec le professeur Gmelin !, la raie halavi ?, décrite par Forskael dans sa Faunñe d'Arabie , et qui ne présente aucun trait d'après lequel on doive l’en séparer.

LA RAIE. GIORNA.

Raia Giorna, Lacep. ; Cephaloptera Giorna, Risso *.

Que l’on rappelle les cinq raies gigantesques que nous avons décrites, et sur lesquelles nous avons fait remarquer un aftribut particulier, un double organe du toucher, que la nature a placé au-devant de leur tête; que l’on se souvienne de ce que nous avons dit au sujet de ces grandes raies, la Mobular, la Manalia, la Fabronienne , la Banksienne et la Frangée, dont l'instinct, par un effet de leur organe double et mobile, doit être supérieur à celui des autres raies, de même que leurs dimensions surpassent celles des cartilagineux de leur genre : on éprouver…a une vive reconnaissance pour M. Giorna, qui a reconnu une sixieme raie dont la conformation et la grandeur obligent à la.placer dans cette famille si favorisée. Cet académicien, qui dirige si dignement le Muséum d'histoire naturelle de Turin, a bien voulu nous adresser un dessin-et une description de cette raie, à laquelle nous nous sommes empressés de donver le nom du savant naturaliste qui nous la faisait connaitre.

Un individu de cette espèce avait été pêché dans la mer qui baigne Nice, et envoyé à M. Giorna par M. Vay son beau-fils.

La Raie Giorna est d'un brun obscur pardessus, olivâtre sur les bords, et blanche en dessous. On voit au-devant de sa tête, qui est

4’Linnée, éd. de Gmelin.

? Raja Halavi, Forskael. Faun. arab., p. 19, n. 18.—Raie Halavi, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

5 M. de Blainville pense que cette raie, ainsi que le Cephalopiera Massena de M. Risso, ne différent pas de la Rais Mobular décrileci-après. D.

large, deux appendices qu’on serait tenté de | comparer à des cornes, et qui, présentant une couleur noirâtre. des stries longitudiaales , huit rangs obliques de tubercules, s’attachent à la lèvre supérieure par une sorte de rebord mem- | braneux. Les yeux sout placés sur les côtés de la tête. Derrière chaque œil parait un évent large et demi-cireulaire. La dorsale a, comme les pectorales , la forme d’un triangle isocèle. La queue, très-déliée, est lisse jusqu’au quart de sa longueur, et ensuite tuberculée des deux côtés. Un petit appendice , placé à côté de chaque ventrale, tient lieu de nageoire de l’anus. L’individu décrit par M. Giorna avait près de deux mètres de longueur totale , et près d’un mètre et demi d'envergure, c’est-à-dire de largeur, à compter du bout extérieur d’une pectorale au bout extérieur de l'autre. La queue était trois fois plus longue que la tête et le corps pris ensemble; la base de chaque pectorale avait, avec chacun des autres côtés de cette nageoire triangulaire, le rapport de 14 à 26 ou à peu pres. La longueur de chaque appeudice du front était près du dixième de la longueur de la queue. Ê

LA RAIE MOBULAR ‘.

Raia Mobular, Gmel., Lacep: 2.

C'est Duhamel qui a fait connaître cette énorme espèce de poisson cartilagineux *, dont un individu, du poids de plus de vingt-neuf myriagrammes ( six cents livres ), fut pris en 1723 dans la madrague * de Montredon, près

4 Raie cornue.— R. squatina. — Raie Ange de mer (à cause de la forine de ses nageoires appelées aile:).-- Mobular, par les Caraïbes, — Diable de mer, aux Antilles. — aie Mobular, Duhamel, Traté des pêcles, part. 2, sect. 9, c. 5,p. 293. — Jiaie Mobular, Bvnuaterre, pl. de L'Euc. méth.

2? Suivant M. Cuvier, la Mobular et la Raïe fabronienne ne sont p'obablement qué des individus mutiés du Céphaloptére Giorna;et selon M. de Blainvillele Syualus edentulus de Bruunich, on 4odon.cornw de M. de Lacépède, ne serait établi que sur une tête de Mobular. D.

“ Voyez l'ouvrage déja cité.

4 La mandrague, où madragne, est une espèce de grand pare composé de filets, et qui reste tendu dans la mer pendant un temps plus ou moias long. Ce pare forme une vaste enceinte distribuée par des cloisons en plusieurs chimbres disposées à la suite | ñne de l'autre, et qui portent différents noms, suivant le pays où la mandrague est établ e. Les filets qui forment l'enceinie et les cloisons, sont soutenus, dans la situation qu'ils doivent présen er, par des floties de liège, maintenus par un lest de pierres, et, arrêtés de plus par une corde dont une extrémité est attachée à la tête de la mandra-

DES POISSONS

de Marseille. Cette raie, supérieure en volume et en poids à toutes celles que nous venons de décrire, en est encore distinguée par sa forme extérieure. L'individu pêché à Montredon avait

EE

plus de trente-quatre décimètres (dix pieds et demi ) de longueur totale; et sa tête, dont la

partie antérieure était terminée par une ligne | presque droite, présentait, vers les deux bouts |

de cette ligiie, un appendice étendu en avant , étroit, terinine en pointe, et long de six décimètres { un pied onze pouces )}. Chaque appendice avait l'apparence d'une longue oreille extérieure, et en a reçu le nom, quoiqu'il ne renfermât aucun organe que l’on püt supposer le siége de l’ouie; et voilà pourquoi on a nommé la mobular aie à oreilles. D'un autre côté, comme ses deux appendices ont été comparés à des cornes, on l’a appelée Raïe cornue : et cependant elle n'a ui cornes ni oreilles ; elle n’a reçu que des appendices allongés.

Les yeux de la raie mobular prise auprès de Marseille occupaient les extrémités de la face antérieure de la tête : on les voyait presque à la base et sur le côté extérieur des appendices ; et leur position était par là très-analogue à celle des yeux du Squule Marteau et du Squule Tiburon.

L'ouverture de la gueule, située au-dessous de la tête, avait plus de quatre décimètres (un pied trois pouces) de large ; et l’on apercevait un peu au delà les dix ouvertures branchiales disposées de la même manière que celles des autres raies.

De chaque côté du corps et de la tête pris ensemble, on voyait une nageoire pectorale très-crande, triangulaire , et dont la face antérieure, formant un angle aigu avec la direction de l'appendice le plus voisin, se terminait à l’extérieur par un autre angle aigu dont le sommet se recourbait vers la pointe de l’appendice.

Cette face antérieure avait près de trois pieds de longueur; et l’étendue qu’eile donnait à la nageore, ainsi que la conformation qui résultait de la position de cette face, rendait la nageoire pectorale beaucoup plus semblable à

ge, et l'antre amarrée à une ancre. On place entre l'enceiuie et la côte une longne cloison de filet, nommée cache, ou chasse, que les poissons suivent, et qui les conduit dans la mandrague, où ils pass-nt d'une chambre dans une autre jusqu'à ce qu'ils soient parvenus daus la dernière, que l'on nomine chambre de lu mort. I y a des mandragues qui ont jusqu'à mille brasses de longueur,

l’aile d'un énorme oiseau de proie que celles des autres raies déjà connues.

Le milieu du dos était un peu élevé et représentait une sorte de pyramide très-basse, mais à quatre faces, tournées l’une vers la tete, l'autre vers la queue, et les deux autres vers les côtés.

Entre la face postérieure de cette prramide et l'origine de la queue, on voyait une nageoire dorsale allongée et inclinée en arriere ; et cette position de la nageoire dorsale rapprochait l’individu figuré dans l'ouvrage de Duhamel de la raie cuvier, de la bohkat, de la rhinobate et de la raie thouin.

Les nageoires ventrales avaient près de quatre décimètres ( un pied deux pouces ) de long ; et la queue , très-déliée, terminée en pointe et entièrement dénuée de nagcoires, était longue de plus de quatorze décimètres ( quatre pieds six pouces }.

Aucune portion de la surface de cet animal ne présentait de tubercules ni de piquants.

Au reste, la mobular habite le plus souvent dans l'Océan. On l’y trouve aupres des Açores, ainsi qu'aux environs des Antilles, où elle a reçu le nom que nous avons <ru devoir lui conserver.

Duhamel, après l’avoir décrite, parle d’une autre raie qu’il en rapproche, mais dont il n’a

-pas publié un dessin qu’il avait reçu, et dont il

s’est contenté de dire, pour montrer les différences qui la distinguaient de la mobular, qu’elle avait le corps plus allongé et les nageoires pectorales plus petites que ce dernier cartilagineux.

Nous comparerons aussi la mobular avec une raie nommée Manalia, et qui, par son immense volume, ainsi que par sa conformation,

‘a de très-grands rapports avec la mobular. Mais

suivons l’ordre tracé dens le tableau que nous avons donné de la familie des raies.

LA RAIE SCHOUKIE ‘.

Raia Schoukie. Gmel., Lacep.

- Forskael, en parlant de cette raie, qu’il avait vue dans la mer Rouge, s’est contenté d indiquer, pour le caractère distinctif de ce poisson, les aiguillons un peu éloignés les uns des autres

1 Raja Schoukie,, Forskael , Faun. arab., p. 9, n. 16. — Raiîe Schoukie, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.

dont elle est armée; mais ce qui montre que sa | public : et parmi ces espèces nouvelles pour peau est hérissée de tubercules plus ou moins | les naturalistes, se trouve une raie à laquelle

petits et très-serrés les uns contre les autres,

c’est que, selon le même naturaliste, on se sert

de la peau de cette schoukie, dans la ville arabe de Suaken, pour revêtir des fourreaux de sabre, comme on revêt en Europe des fourreaux d’épée ou des étuis avec des dépouilles de squales garnies de tubercules plus ou moins durs.

Ces callosités ou tubercules de la schoukie, réunis avec ses aiguillons, ne permettent de la confondre avec aucune autre espèce de raie déjà décrite par les auteurs.

Osbeck a parlé, dans son Zchthyologie espagnole, d’une raie qu’il nomme Machuelo ", et de laquelle il dit qu’elle a la tête armée d’aiguillons, le dessus du corps brun , semé de ta-

ches blanchâtres et dénué de piquants, et la’

nageoire de la queue divisée en deux lobes.

Mais la description qu il donne de ce poisson n’est pas assez étendue pour que nous puissions le rapporter à une raie déja bien connue, ou le considérer comme une espèce distincte.

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