LA RAIE ONDULÉE
Raia undulata, Lacep.
La distribution remarquable des couleurs dont la mosaique est ornée , a fait donner à ce poisson le nom que j’ai cru devoir lui conserver. C’est la plus belle des raies; mais vraisemblablement elle n'est pas la meilleure, puisqu'elle est restée inconnue jusqu'à présent, quoique habitant entre les rivages si fréquentés de la France et de l'Angleterre, Les mâles ont des appendices d’une très-grande longueur.
{ M. Cuvier range ces deux espèces, qu'il regarde comme peu différentes l’une de l'autre, à la suite de la raie batis, et M. de Blainville les place près de la raie bouclée. D.
DES POISSONS
La parure de l'ondulée est moins riche que celle de la mosaique; mais elle est peut-être plus élégante, tant la couleur grisätre qu’elle moutre se marie agréablement avec les teintes grises et douces des bandelettes qui serpentent ou plutôt ondulent sur sa surface supérieure.
LA RAIE GRONOVIENNE *.
Raïa gronoviana, Locep. (espèce douteuse); Raïa capensis, Linn., Gmel.
On trouve aux environs du cap de Bonne- Espérance cette raie que Gronou a fait connaitre. Elle montre de très-crands rapports avec la torpille. Elle a, comme ce dernier poisson, la tête, le corps et les nageoires pectorales, conformés de manière que leur ensemble représente presque un ovale; et d’ailleurs on ne voit de piquants sur aucune partie de sa surface, non plus que sur celle de la torpille: mais l’on voit sur la queue de la torpille deux nageoires dorsales ; et la partie supérieure de la queué de la gronovienune n’en présente qu’une.
Le dos de la g'onovienne est un peu con:
vexe; là partie inférieure de son corps est au contraire très-plate. Les nageoires ventrales sont grandes; elles ont un peu la forme d’un parallélogramme, et n’ont aucune portion qu’on puisse appeler nageoire de l’anus.
A l'extrémité de la queue est une nageoire caudale divisée en deux lobes,
On n’a encore vu que des gronoviennes d'un diamètre peu considérable ; et l’on ignore si, conformée comme Ja torpille, la raie que nous décrivons jouit aussi, comme cette dernière, de la faculté de faire ressentir des commotions électriques plus ou moins fortes.
LA RAIE APTÉRONOTE.
Raia apteronota, Lacep. (Espèce douteuse.)
Les nageoires pectorales de cette raie sont très-grandes relativement aux autres parties de Vanimäl. Si l’on retranchait ces nageoires, la tête et Le corps de l’aptéronote ressembleraient à deux ovales irréguliers et presque égaux, placés au-devant l'un de l’autre. Cette forme se fait même apercevoir malgré la présence de ces pectorales, qui sont très-distinctes, et qui doivent réunir à leurs dimensions étendues, des
* Gronov., Zooph. 152.
mouvements assez rapides pour. donner une grande vitesse à la natation du poisson. On doit aussi remarquer la forme cylindrique ou plutôt conique de la queue, qui s’avance, pour ainsi dire, au milieu du corps proprement/dit, jusque vers le diaphragme,
LA RAIE MANATIA,
Raïa Manatia, Lacep. (espèce douteuse) :.
J’ai reçu, il y a plusieurs années , un dessin que j'ai fait sraver, et une courte description écrite en italien , d’une raie qui a beaucoup de ressemblance avec la mobular, et qui, comme ce dernier cartilagineux, parvient à une trèsgrande longueur. L’individu dont on m’a envoyé dans le temps la figure avait plus de cinq mètres (quinze pieds huit pouces) de long, depuis la partie antérieure de la tête jusqu’à l extrémité de la queue.
Le corps proprement dit, et les nageoires pectorales, considérés ensemble, offraient un losange assez régulier , dont la diagonale, qui marquait la plus grande largeur de l’animal, était longue de près de trois mètres ou neuf pieds. Chaque nageoire pectorale représentait ainsi un triangle isocèlé, dont la base s’appuyait sur le corps proprement dit, et dont le sommet très-aigu, placé à l’extérieur, répondait au milieu du dos.
A l’angle antérieur du losange, était la tête, d’un volume assez petit relativement à celui du corps, et terminée par devant par une ligne presque droite. Cette ligne avait près dun demi-mètre , ou un pied et demi de longueur, et à chacun deses bouts on voyait un appendice pointu , étroit, en forme d'oreille extérieure, semblable à ceux que nous avons décrits sur la mobular, et long de dix pouces, ou près de trois décimètres, à compter du bout du museau de la manatia. Chacun de ces deux appendices s’étendait au-dessous de la tête jusqu'à l’angle de la bouche le plus voisin ; maïs on ne remarquait dans ces excroissances ni cavité, ui aucun organe qui pût les faire considérer même, au premier coup d'œil, comme les siéges de l’ouïé.
L'ouverture de la bouche, située dans la partie inférieure de la tête, n’était séparée de l'extrémité du museau que par un intervalle de
4 Ce poisson appartient au genre des Céphaloptères. D.
quinze centimètres {de cinq à six pouces), et n'avait que trois décimètres (dix pouces ou en- | viron) de largeur; les narines étaient placées au-devant de cette ouverture; et les deux yeux l'étaient de chaque côté de la tête, un peu plus près du bout du museau que l'ouverture de la bouche. Derrière chaque œil, à l'endroit où le côté de la tête proprement dite se réunissait avec la nageoire pectorale, on distinguait un évent.
On ne voyait d'aiguillon sur aucune portion de la surface de l'animal; mais sa partie supérieure, recouverte d'une peau épaisse, s'élevait, au milieu du dos, en une bosse sembiable à celle du chameau, suivant l'auteur de la description qui m est parvenue.
Les nageoires ventrales étaient petites et recouvertes en partie par les nageoires pectorales ; et il n’y avait aucune nageoire dorsale ni sur le corps, ni sur la queue, qui était très-ctroite dans toute son étendue, et terminée par une nageoire fourchue.
Cette nageoire caudale parait horizontale dans le dessin que j'ai fait graver; mais je crois que cette apparence ne vient que d’une défectuosité de ce même dessin.
Il est donc bien aisé de distinguer la manatia de la mobular. Ces deux raies, que leur volume étendu rapproche l'uue de l'autre, sont ependant séparées par quatre caractères tres-remarquables. |
Les appendices du devant de la tête sont beaucoup plus courts sur la manatia que sur la mobular, à proportion de la longueur totale de l'animal , puisqu'ils ne sont sur la manatia que Je dix-neuvième de cette longueur totale, tandis que sur la mobular ils en sont le cinquième | ou à peu près. ;
Les nageoires pectorales sont conformées si différemment sur la manatia et sur la mobular, que dans ce dernier cartilagineux l’angle extérieur de ces nageoires est au niveau des yeux, et dans la manatia au niveau du milieu du dos.
Il y a une nageoire dorsale sur la mobular :
il n’y en a point sur la manatia.
Enfin la queue de la mobular n’est terminée par aucune nageoire, et l’on en voit une fourchue au bout de la queue de la manatia.
La couleur de la partie supérieure de la raie que nous cherchons à faire connaitre ; est d’un noir plus ou moins foncé; et celle de la partie inférieure, d’un blanc assez éclatant.
La forme , la mobilité et la sensibilité des appendices de la tête de la manatia, doivent faire de ces prolongations, des sortes de tentacules qui, s'appliquent avec facilité à la surface des corps, augmentent la délicatesse du sens du toucher, et la vivacité de l'instinct de cette raie; et, comme un sens plus exquis, et par conséquent des ressources plus multipliées pour l'attaque et pour la defense , se trouvent joints ici à un volume des plus grands et à une force tres-considérable, il n’est pas surprenant que sur les rivages de l'Amérique voisins de l'équateur, qu'elle fréquente, elle ait reçu le nom de Manatia, presque semblable à celui de Hanali, imposé dans les mêmes contrées à un autre habitant des eaux. très-remarquable aussi par l’étendue de ses dimensions, ainsi que par $a puissance, au Lamantin", décrit par Buffon.
C’est à cause de cette force, de ce volume et de cet instinet, qu'il faut particulièrement rapporter à la manatia ce que Barrère ? et d’autres voyageurs ont dit de tres-grandes raies des mers américaines et équinoxiaies, qui, s élançant avec effort à une certaine hauteur au-dessus de la surface de l'Océan , et se laissant ensuite retomber avee vitesse, frappent les ondes avec bruit et par une surface très-plate, trèslongue et tres-large , et les font rejaillir tres au loin et avec vivacité.
LA RAIE FABRONIENNE *.
Raia fabroniava, Laccp. *.
La raie mobular et la raie manatia ne sont pas les seules qui parviennent à une grandeur, pour ainsi dire, gigantesque : nous connaissons maintenant deux autres raies qui présentent aussi de tres-grandes dimensions, et qui d'ail leurs se rapprochent de la manatia et de la mobular par plusieurs traits de ieur conformation, et particulierement par un caractère dont on ne retrouve pas d’analogue sur les autres cartila- “ineux du méme genre. Ces deux autres raies sont la fabronieune et la banksienne. Nous allous les faire connaitre successivement. Un in-
4 « Trichecus manatus, manim. brut. » Linn., éd. de Gimelin. ,
aujist nit. dela France éjninoxiale, par Barrère:
5 Raja raccu, aux environs de Livourne.
4 MM. Cuvier et ue Blainville regardent ce poisson comme ne dilférant pas spécifiquement, de la raie gioraa, qui nediffére pas elle-même de la raie mubular de Duhamel. Il appartient au genre Céphaloptère. D.
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dividu de la première de ces deux espèces a été pris dans la partie de la mer Méditerranée voisine de Livourne, et on le conserve maintenant dans le muséum de Florence. Nous en devons un dessin et une courte description à l’habile naturaliste et ingénieux physicien Fabroni, lun de ceux qui dirigent ce beau muséum de Toscane, ainsi qu’un des savants envo:és à Paris par les gouvernements étrangers pour y travailler , avec l’Institut, à la fixation définitive des nouveaux poids et mesures de la république française; et voila pourquoi nous avons cru devoir donner à cette espèce de cartilagineux le nom de Ruie fabronienne, qui exprimera notre reconnaissance. L’individu qui fait partie de la collection de Florence, a quatre metres, ou environ, d'envergure. c’est-à-dire depuis la pointe d’une nageoire pectorale jusqu à celle de l’autre nageoire latérale. L'espace compris entre le bout du museau et l’origine de la queue est à peu près de deux mètres. L’envergure est donc plus que double de la longueur du corps proprement dit, tandis que ces deux dimensions sont égales dans la mobular, ceile de toutes les raies avec laquelle où pourrait étre le plus tenté de confondre la fabronienne. Chaque nageoire pectorale est d’ailleurs très-étroite. et la base du triangle que présente sa surface, au lieu de s’étendre depuis la tete jusqu’au commencement de la queue, ainsi que sur la mobular, ne s'étend que jusque vers le milieu de la longueur du corps. Le bord antérieur de chaque nageoire laterale est d'ailleurs convexe , et le bord postérieur concave; ce qui est différent de ce qu'on voit dans la mobular, où le bord de devant et le bord de derrière de la nageoire pectorale présentent l'un et l’autre uue convexite aupres du corps, et une concavité auprès de la pointe de la nageoire Lorsqu on regarde ‘a fabronienne par-dessous , on aperçoit deux nageoires ventrales et deux portions de la nageoire de l'anus; lorsque la mobular est également vue par-dessous , les nageoires ventrales cachent une portion des nageoires pectorales, eton ne distingue pas de nageoire de l’anus.
La queue ayant éte tronquee, par un accident particulier, dans l'individu de la collection de Toscane# nous ne pouvons rien dire sur la forme de cette partie dans la raie fabronienne. Mais ce qui mérite particulièrement l'attention dés naturalistes, c'est que le devant de la tête de la fabronienne est garni, comme le de-
vant de la tête de la mobular et de la manatia. de deux appendices longs, étroits et mobiles, qui prennent naissance auprès des orbites des veux, et que l’on a comparés à des cornes. Chacun de ces appendices a quarante-cinq centimètres, ou environ, de longueur, à compter de l'orbite, et par conséquent à peu près le quart de la longueur du corps et de la tête considérés ensemble; il est done beaucoup plus court, à proportion des autres parties de l’animal, que les appendices de la mobular, lesquels ont de longueur près du tiers de celle de la tête et du corps réunis.
’aprèsle dessin qui m'a été remis. et unenote écrite sur ce même dessin, les deux appendices de la fabronienne sont deux espèces d’aileruns ou de nageoires, composés de plusieurs portions cartilagineuses réunies par des membranes ou d’autres parties molles , organisés de manière à pouvoir se déployer comme un éventail, et servant à l'animal non-seulement à tâter devant lui, mais encore à approcher sa nourriture de sa bouche.
Voilà donc dans la mobular, dans la manatia et dans la fabronienune, une conformation particulière que nous allons retrouver dans la banksienne , mais que nous ne connaissons dans aucune autre espèce de poisson, un organe particulier du toucher , un instrument remarquable d’appréhension, une sorte de main propre à saisir les objets avec plus ou moins de facilité; et cette faculté extraordinaire attribuée à ces appendices si dignes par là de l'observation des physiologistes, est une nouvelle preuve de l'instinct supérieur qui, tout égal d’ailleurs, nous à paru devoir appartenir aux raies qui offrent ces protubérances.
Au reste, la grandeur de la raie que nous décrivons , et la ressemblance vague des cornes des ruminants avec de grandes portions saillantes placées sur la tête, allongées, un peu cylindriques. et souvent contournées, ont fait donner. à la fabronienne le nom de Aaie vache par plusieurs pecheurs des côtes de la Toscane.
LA RAIE BANKSIENNE.
Raia bank iana, Lacep. ‘.
Le célèbre naturaliste Fabroni ayant adressé
‘ M. Cuvier remarque que la distinction de c: tte espèce ne repo-e pas sur des documents assez authentiques, pour qu'on doive l'aduuettre définitivement. D.
au chevalier Banks, président de la société royale de Londres; une lettre relative à la raie que nous venons de décrire, cet illustre savant lui fit parvenir, avec sa réponse , une notice et un dessin d’une autre grande raie remarquable, comme la mobular, la manatia et la fabronienne, par de longs appendices piacés sur le devant de la tête, Fabroni a bien voulu mettre à ma disposition ce dessin et eette notiee; et en m'en servant pour le complément de l’histoire des cartilagineux, je me suis empressé de distinguer cette raie par le nom de Banhksienne, afin de donner un témoignage publie de la gratitude qu'ont inspirée à tous les amis de l’humanité, les progrès que le respectable président de la société royale de Londres à fait faire aux sciences naturelles, et les marques d’estime qu'il n’a cessé de donner ;, dans toutes les circonstances, à ceux de mes compatriotes qui se sont dévoués comme lui au perfectionnement des connaissances humaines.
La banksienne n’a point de nageoire surle dos, ni au bout de la queue; cette conformation la sépare de la mobular et de la manatia. Elle en est aussi séparée par d’autres Caractëres. Chaque nageoire pectorale, plus longue que le corps proprement dit, est plus étroite encore dans la plus grande partie de son étendue et relativement aux différentes dimensions des autres parties de l’avimal, que les nageoires pectorales de la fabronienne; elle représente un triangle isocèle, dont la base repose sur un des côtés du corps à une distance à peu près égale de la tête et de la queue, et dont le sommet est aussi à peu près également éloigné de la queue et de la tête. Ï
Les yeux , au lieu d’être situés sur les côtés de la tête, comme dans la fabronienne, la mapatia et la mobu ar, sont placés sur la surface supérieure de cette partie de la raie. On voit trois taches longues, étroites, longitudinales, inégales et irrégulières, derrière les Yeux ; trois autres semblables auprès de l’origine de Ja queue, et deux autres également semblables auprès de la base de chaque nageoire pectorale,
Le chevalier Banks dit dans sa note manuscrite que le dessin de l’animal lui est parvenu des Indes orientales, que les marins donnent à cette raie le nom de Diable de mer, et qu’elle parvient à un volume si considérable, qu’un individu de la même espèce, pris Sur les côtes de [a Barbade, n’a pu être tiré à terre que par
. le moyen de sept paires de bœufs. C'est la réu- | mion d’une grandeur peu commune, d’une force analogue, et d’une tête en apparence cornue, qui aura fait nommer la banksienne Diable de mer, aussi bien que la mobular. Au reste, il parait que la manatia et la banksienne n'ont encore été observées que dans les mers chaudes de l’ancien ou du nouveau continent, pendant qu'on a pêché la mobular et la fabronienne près des rivages septentrionaux de la mer Méditerranée.
Dans le dessin envoyé par le chevalier Banks, on voit un barbillon, ou très-long filament, à l'extrémité de chacun des appendices de la tête; on à même représenté un petit poisson embarrassé et retenu par la raie au milieu de plusieurs contours de l’un de ces filaments. Mais Banks pense que ces barbillons déliés n’ont jamais existé que dans la tête du dessinateur. Nous partageons d'autant plus l’opinion de ee savant, que le dessin qu’il a envoyé au physicien Fabroni, n’a pas été fait sur l’animal tiré à terre et observé avec facilité, mais sur ce poisson nageant encore auprès dé la surface de la mer; et voilà pourquoi nous avons désiré qu on retranchât ces filaments dans la copie de ce dessin que nous avonsfait faire; voilà pourquoi encore nous n’avons choisi, pour désigner cette espece, que des caractères sur lesqueis il est impossis ble à un œil un peu attentif de se méprendre. même au travers d’une couche d’eau assez épaisse, et surtout quand il s’agit d un poisson en quelque sorte gigantesque. Quoi qu'il.en soit, si des observations exactes infirment ce que l’on doit être porté à conclure de l'inspection du dessin transmis par Banks à Fabroni, il sera très-aisé, d’après ce que nous avons dit au sujet de la mobular, de la manatia etde la fabronienne , d'indiquer les véritables traits distinctifs de la grande raie à appendices, dont on a fait parvenir au président de la Société royale de Londres un dessin fait dans les Indes orientales, ou de la rapporter à la fabronienne; à la manatia ou à la mobular.
LA RAÏIE FRANGÉE.
Raïa fimbriata, Lacep.
La conformation de cette raie mérite l’atten-
tion des naturalistes. M. Noël m’en a fait parvenir un dessin que j'ai fait graver, et que l’on: