LE SQUALE ROUSSETTE
Squalus Canicula, Gmel., Cuv.,
Ocvupons-nous maintenant des squales qui
4 Chien de mer perlon, Broussonnet, Mém. de l'Acad.des Sc., 47°0, — Squalus cinereus, Liuuée, éd: ‘e Gmelin. — Chien de mer perlun, Bblerre. pl. de l'Enc. méth.
3. Cuvier pense que probablement le perlon (Squalus cinereus) appartient à la divisiou® des PRquILE PEDBECCAE dits, dans le genre des sqnales. D.” » À
S Daus le volume déjà cité des Mém: de l Atad des Sc.
4 Noms donnés au mâle et àtla femelle.
Chat marin, dans plus: départ. mérid.— Pesre galto, dans plus. endroits de l'Italie — Æaay, sur p'us. côtes des Indes oricntiles. — Chien de mer rousselle, Broussonnet, Mém. de l'Acad, des Sc., 1780. — /d. Date [ons Enc. iméth. — 1d: Bonnäter: e, pl. de l'Enc. métb.
Noms donnés uniquement au mâle.
Roussette tigrée. — Rough-hound. et morgay, en An-
5 Cette espèce, celle du Rochier, et les oral pointillé, dentelé’et Ligré , forment. daus le Régne animal de M. Cuvier, une petite division sous le nou de ROUSSETTES, S'cyllium,. Fo à
Às è
ont une nageoire de l’anus comme ceux que
petit Chat de mer, ou petit Chien marin (Ca-
nous venons d'examiner, mais qui onten même | nicula vel Catulus minor ).
temps derrière chaque œil un évent dont ces derniers sont dénués, et dont nous avons exposé l’usage en traitant de la raie batis. Le premier animal qui se présente à notre étude, dans le sous-venre dont nous allons parler, est la roussette.
On a observé, et M. Broussonnet a particuliérement remarqué que, dans les squales en genéral, ainsi que dans plusieurs autres animaux Carnassiers, et surtout parmi les oiseaux de proie; la femelle est plus grande quele mäie. Nous retrouverons cette même difference de grandeur dans plusieurs autres genres ou especes de poissons ; et peut-être cette supériorité de volume que les femelles des poissons ont sur leurs mâles, n’a-t-elle lieu que dans les espèces ou les œufs parviennent, dans le ventre de la mère, à un accroissement très-considérable, ou s’y développent en très-orand nombre, Mais, quoi qu’il en soit, c’est principalement dans l'espèce du squale roussette que se montre cette iuégalité de dimensions entre le mâle et la femelle. Elle y est même assez grande pour que plusieurs auteurs anciens et plusieurs naturalistes modernes les aient considérés comme formant deux espèces distinctes , dont on a nommé une le grund Chat de mer,ou Chien marin (Cunicula vel Cutulus major), et l’autre Le
gleterre. — Squalus vatulus, Linnée, éd. de.Gmelin. (Le professeur Gmelin u'est pis éloigné de considérer ce squale : Coinme leunäle de la rous et e proprement dile.) — « sua «us durso vario, piuuis veutral bu, Cuncieti:, » Arled: gen, 69, syn. 97. — Miller, prodron. Zoo og. danic p — Gronov. nus. 2, n 499. — Bloch, Hist. nat. des poissons, pl. 114, — « Galéus, dorso pulverulesto tantihüo rubente, » Klen, sniss: pisc. 3, p. 10, n.6. — Galeus stellaris min., Bélon, Aquat. p.74: — Aidrov pisC p.590. f.2. — Catulus minor, Widughby,1chthy. p.64, Lib. B, 4, fig. 2, pi-c. p. 22, n.13.— Catulus et calulus minor, Sal\isn. Aquat. 137 b, et 153 a. lib. 32: et 133 b. 1 b 8,15 et -9.— Lesser dug-fish, Pevuant, Brit. Zoo. 5, p.90, n. 9. — Gun: ner, ACL, bidrus. 2, p. 253, tab. 1, a.
Noms donnés uniquement a la FACE
Scorzone, à Rume.— Bounce, en Angleterre. — Squalus catulus, Liunée, é 1. de Ginelin. — « Squalus variüs iner- «mis, piand ani melià inter ann caudamque pinna!ain , » Arted,, gen. 68, syu. 97. — « G die:s capite rustroque brevis- «€ simis. etc. » Kiein, miss. pisc. 5, p.10, n. 4. -— Squalus condriclus. Ose.K, Ichthyol. 70. — Saivian. Aquat. p.437. — Alirov: piste p.590, — Jonston, pise. p. 23, tab 8, fig 4. — Calulus major vulgaris, Willaghby, iclith. p. 62. — /d. Raï, pisc p. « — Rossselle, caniculu Aristotelès, Rondelet, part, 1, 1. 15, «. 6. — Gesu, Aqnat. p 168. — Greater dog-fish, la Brit, Zoul. 3. p.88, u. 8. — Aristot. L. 6, Ce 10 et 11, — Hones: lte, Valmont de Bomare, Dict. d'hist, nat. — Roussette, dessins sur vélin, du Muséum d'hist. nat,
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située au-dessus de celle de l’anus ;
Ces auteurs se sont d’ailleurs déterminés à établir cette séparation, parce que le mâle et la femelle du squale roussette ne se ressemblent pas dans la position de leurs nageoires ventrales, ni dans la disposition de leurs couleurs. Mais , lorsqu'on aura pris la peine d'examiner un assez grand nombre de roussettes mâles et femelles , de peser les observations des navigateurs et de comparer les descriptions des naturalistes , on adoptera facilement avec nous l'opinion de M. Broussonnet, qui ne resarde les différences qui séparent le grand et le petit chat de mer que comme le signe de deux sexes, et non pas de deux espèces distinctes. Le se chat de mer, ou la canicule marive, est la roussette nues et le petit chat marin est la roussette mâle.
La roussette femelle |” emporte donc sur le mâle par l’étendue de ses dimensions. Cependant, comme les attributs’ caractéristiques de l'espèce résident toujours par excellence dans les mâles, nous allons commencer "par décrire le mâle de Ja roussette,
La téte est grande, le museau plus transparent que dans quelques autres squales!, l'iris blanc et la prunelle noire: Les narines sont recouvertes, à la volonté de l’animal, par une membrane qui se termine en languette déliée et vermiculaire. Les dentssontdenteléesetgarnies, aux deux bouts de la base de la partie émaillée, d’une pointe ou d’un appendice dentelé. ce qui donne à chaque dent trois pointes principales. Elles forment ordinairement quatre rangées, et celles du milieu de chaque rang sont les plus longues. Les nageoires ventrales se touchent de très-pres, et sont, pour ainsi dire , réunies ; la place qu’elles occupent est d’ailleurs plus rapprochée de la tête que celle de la première: nageoire dorsale. La seconde nageoire du dos est la nageoire caudale est étroite et échancrée, et la longueur de la queue surpasse celle du corps BIO ment dit.
La partie supérieure de l'animal est d'un gris brunâtre, mélé de nuances rousses ou rouges, et parsemé de taches plus ou moins grandes, dont les unes sont blanchâtres et les autres d’une couleur tres-foncée.
4 Voyez au sujet de la transparence des poissons, le Discours sur la nature de ces animaux.
DES POISSONS
Ce mâle a communément deux ou trois pieds de longueur.
Voici maintenant les différences que présente la femelle.
Premièrement , sa longueur est ordinairement de trois à quatre pieds.
Secondement, la tête est plus petite à proportion du volume du corps.
Troisièmement, les nageoires ventrales ne sont pas réunies.
Et quatrièmement, les couleurs de la partie supérieure du corps ne sont pas toujours distribuées comme celles du mâle : les taches que cette partie présente ressemblent quelquefois davantage à celles que l’on voit sur la peau d’un léopard; et ces taches sont souvent rousses ou noires, mêlées à d’autres taches cendrées.
Telles sont les formes et les nuances qu'offrent le mâle et la femelle.
Mais ne considérons plus que l’espèce, et indiquons ses habitudes.
La roussette est très-vorace : elle se nourrit principalement de poissons , et en détruit un grand nombre; elle se jette même sur les pécheurs et sur ceux qui se baignent dansleseaux de la mer. Mais, comme elle est moins grande et plus faible que plusieurs autres squales, elle n’attaque pas le plus souvent ses ennémis à force ouverte ; elle a besoin de recourir à la ruse, “etelle se tient presque toujours dans la vase, où elle se cache et se met en embuscade comme les raies, pour surprendre sa proie : aussi est-il très-rare de pêcher des individus de cette espèce qui ne soient couverts de fange.
La chair de la roussette est dure, et répand une odeur forte qui approche de celle du muse. On en mange rarement; et lorsqu'on veut s’en nourrir, on la fait macérer pendant quelque temps dans l’eau. Mais sa peau séchée est trèsrépandue dans le commerce; elle y est connue sous le nom de peau de Rousselte, peau de Chien de mer, peau de chagrin. Les petits tubereules dont elle est revêtue la rendent trèspropre à polir des corps très-durs , du bois, de l’ivoire et même du fer ; et, comme celle du requin, elle est employée non-seulement à faire des liens, mais encore à couvrir des malles , et, après avoir été peinte en vert ou en d’autres couleurs , à garnir des étuis sous le nom de galuchat. 1 ne faut cependant pas confondre ce galuchat commun avec celui que l’on obtient en préparant la peau de la raie sephen, duquel les
LE
grains ou tubercules sont plus gros , et dont nous avons parlé dans l’article de cette raie. Ce second galuchat, plus beau et plus recherché, est aussi plus rare , la sephen n'ayant été péchée que dans un petit nombre de mers, et le Squale roussette habitant non-seulement dans la Méditerranée, mais encore dans toute l’étendue de l'Océan , depuis un cercle polaire jusqu’à l'autre, et depuis les Indes occidentales jusqu'aux grandes Indes, d’où un individu de cette espèce a été envoyé dans le temps à La Haye sous le nom de Haay*.
On retire par la cuisson une assez grande quantité d'huile du foie de la roussette. Mais il paraît qu’il est très-dangereux de se nourrir de ce viscère, que les pêcheurs ont ordinairement le’‘soin de rejeter avant de vendre l’animal. Le séjour de la roussette dans la fange, l’infériorité de sa force et la violence de son appétit, peuvent l'obliger à se contenter souvent d’une proie très-corrompue, d’aliments fétides , et même de mollusques ou d’autres vers marins plus ou moins venimeux, qui altèrent ses humeurs, vicient particulièrement sa bile, donnent à son foie une qualité très-malfaisante, et rendraient aussi plus ou moins funeste, dans plusieurs circonstances, l’usage intérieur d’autres parties de cet animal ?. Mais, quoi qu’il en soit, nous croyons devoir rapporter ici les observations faites par M. Sauvages, habile médecin de Montpellier, sur les effets d’un foie de roussette pris intérieurement. Un savetier de Bias auprès d'Agde , nommé Gervais, mangea d’un foie de ce squale, avec sa femme et deux enfants , dont l’un était âgé de quinze ans, et l’autre de dix. En moins d’une demi-heure, ils tombèrent tous les quatre dans un grand assoupissement , se jetèrent sur de la paille , et ce ne fut que le troisième jour qu'ils revinrent à eux assez parfaitement pour connaitre leur état. Ils furent alors plus ou moins réveillés, suivant qu'ils avaient pris une quantité moins grande ou plus considérable de foie. La femme, qui en avait mangé le plus, fut cependant la première rétablie. Elle eut , en sortant de son sommeil, le visage très-rouge; et elle ressentit le
4 Cet individu desséché fait partie de la collection cédée à la France par ia Hoïlande.
3 Nous ne saurions trop recommander de vider avec la plus grande attention les poissons dont on veut manger, lorsqu'ils se sont nourris d'aliments corrompus ou de vers marins.
5 Dissertation sur ies animaux venimeux, couronnée par
l'Académie de Rouen, en 1745. de
lendemain une démangeaison universelle, qui ne passa que lorsque tout son épiderme se fut séparé du corps en lames plus ou moins grandes , excepté sur la tête, où cette exfoliation eut lieu par petites parties , et n’entraîna pas la chute des cheveux. Son mari et ses enfants éprouvèrent les mêmes effets.
La roussette est très-féconde ; elle s’accouple plusieurs fois ; elle a plusieurs portées chaque année, et, suivant la plupart des observateurs , chaque portée est de neuf à treize petits : on a même écrit qu’il y avait quelquefois des
portées de dix-neuf jeunes squales : mais peutêtre a-t-on appliqué faussement à la roussette | ce qui paraît vrai du Rochier, avec lequel elle
a de très-grands rapports , et auquel le nom de Roussette a été aussi donné.
Les œufs qui éclosent dans le ventre de la mère , au moins le plus souvent , sont semblables à ceux du requin : on les a également comparés à des sortes de coussins , de poches, de bourses ; et ces coques membraneuses sont éga= lement terminées, dans leurs quatre angles, par un filament délié , et treize ou quatorze fois plus long que l’œuf proprement dit. Plusieurs auteurs anciens ont cru , d’après Aristote, que ces filaments si allongés étaient creux et formaient de petits tuyaux; mais, dans quelque état qu’on observe ces sortes de cordons, on les trouve toujours sans aucune espèce de cavité".
Lorsque les roussettes mâles sont accouplées avec leurs femelles, elles les retiennent avec des crochets ou des appendices mobiles placés auprès de l'anus, comme les mâles des autres squales etdes raies setiennent collés contreleurs femelles : mais l’organisation intérieure de ces appendices est plus simple que celle des parties analogues de la batis : on n’ÿ voit que trois cartilages, dont deux ont une très-grande dureté.
La roussette étant répandue dans toutes les mers , sa dépouille a dû se trouver et se trouve en effet fossile dans un grand nombre de contrées. Ses dents sont surtout très-abondantes dans plusieurs endroits ; on en voit dans presque toutes les collections : elles y ont porté longtemps le nom de Glossopètres , ou de Lane ques pétrifiées , donné à celles du requin; et, ayant une forme plus allongée que ces dernières, elles ont même dû être prises moins difficilement pour des langues converties en pierres.
41 Voyez Rondelet, à l'endroit déjà citée
Parmi celles que renferme le Muséum d’histoire naturelle , il y en a de très-grandes. Nous avons mesuré la plus grande de toutes , et nous nous sommes assurés que l’un des deux côtés les plus longs de la portion émaillée de cette dent triangulaire avait, par le moyen de ses petites sinuosités , une longueur de soixante-dix-huit millimètres! . Nous avons désiré ensuite de connaître, comme nous l’avions cherché pour le
requin, la proportion la plus ordinaire entre les
dimensions des dents et celles de l’animal considéré dans son entier : mais, quoique nous ayons été à même d'examiner un grand nombre de roussettes, nous en avons observé trop peu de parvenues à un grand degré de développement, pour que nous ayons pu croire avoir trouvé cette proportion très-variable dans les très-jeunes squales, même lorsque leurs longueurs sont égales. Nous pensons cependant qu’en général les dents des roussettes sont plus petites que celles des requins, relativement à la grandeur totale du squale. Mais de peur de dépasser la limite du vrai, supposons ce qu’il est difficile de constater, et admettons, pour les roussettes et pour les requins, le même rapport entre les dimensions de l'animal et celles de ses dents. D’après la proportion que nous avons adoptée pour les requins, la roussette à laquelle a appartenu la dent fossile que nous avons mesurée dans le Muséum, a dû être deux cents fois plus longue que l’un des plus grands côtés de la partie émaillée de cette dent, et par conséquent avoir un peu plus de quinze mètres et demi { cinquante pieds } de longueur. Cette énorme extension étonnera sans doute dans une : espèce dônt on ne voit plus que des individus de quelques pieds : mais la dent fossile qui nous a fait admettre cet immense développement, a tous les caractères des dents des roussettes; et si on voulait la rapporter à d’autres squales qui ont
4 Autres dimensions de la grande dent fossile de rousseite.
millim. po. lig Plus grande largeur de la partie émaillée. . . .. 75 2 9 Longueur de l'une des pointes on appendices dentelées placées l'une à un bout de la base, et l'autre à l’autre. . ......
Longueur mesurée sur la face extérieure et convexe, depuis le sommet de la dent jusqu'ausommet de l'angle rentrant formé par la base de la portion émaillée. . . .s.... «ss...
Longueur mesurée sur la face congave et intérieure, depuis le sommet de la dent jusqu'au sommet de l'angle rentrant formé par la base de la portion émaillée. . ..,,....++.4.+ 80 4 40
DES POISSONS
aussi leurs dents garnies de trois pointes principales , diminuerait-on la surprise que peut causer cette étendue de cinquante pieds que nous proposons de reconnaître dans les anciennes roussettes ? Mais, quelle qu’ait été l'espèce du squale dont cette dent fossile est une partie de la dépouille, cette dent existe; elle a les dimensions que nous venons de rapporter ; elle indique un squale long au moins de quinze mètres et demi ; et cette conséquence, réunie avec
celles que nous avons tirées de la grandeur.
de la dent de requin trouvée aux environs de Dax, ne sera-t-elle pas de quelque intérêt pour ceux qui voudront écrire l’histoire des changements physiques que la terre a éprouvés ?