‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 380 sur 470 · LE SQUALE ROCHIER · texte numérisé non relu

LE SQUALE ROCHIER

Squalus stellaris et squalus Catulus, Linn., Gmel., Lac. ?.

Ce squale a été souvent confondu avec le mâle ou la femelle de la roussette, que l’on a pris souvent aussi pour le mâle ou la femelle du rochier. Cette double erreur est venue de ce que ces animaux ont plusieurs rapports les uns avec les autres , et particulièrement de ce que leurs couleurs assez peu constantes, et variant non-seulement dans la nuance, mais encore dans la grandeur et dans la distribution des taches, ont été plusieurs fois les mêmes sur le rochier, et sur le mâle ou sur la femelle de la roussette. Ces méprises ont donné lieu à d’autres fausses applications. Lorsque, parexemple, on a eu donné le nom de roussette mâle ou de roussette femelle à un squale rochier, on n’a pas manqué de lui attribuer en même temps les habitudes de la roussette mâle ou femelle, sans examiner si l'individu que l’on avait sous les yeux, et que l'on revêtait d’une fausse dénomination, présentait réellement les habitudes

1 Roussette, sur plus, côtes de France. — Catto rochiero, dans plos. départ. mérid., — Chien de mer, Chat rochier, Broussonnet, Mémoires de l’Acad, des Sc. 1780. — Id. Daubenton, Encyc. méth. — « Squalus cinereus, pinnis ventralibus discretis, » Artedi, gen, 69, syn. 97. — Caiulus maximus, Willughby, p. 65. — Rai., p. 22. — Gesner, p. 169 — 199 ; et germ., fol. 80, b.— Thegreater cat-fish, Edw. Glan. p: 169, tab. 289. — The greater spotled cat-fish Pennant, Brit. Zoo. 5, p. 99, tab. 15, n. 4. — Petite roussette, Chat rochier, Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 9, p. 504, pl. 22. — Chat rochier, canicula saxatilis, Rondelet, p.1, 1. 45,c.7. — Chien de mer, Chat rochier mâle, Bonnaterre, pl. de l'Enc. mét, ;

3 Du sous-genre ROUSSETTE, Scyllium dans le genre SQUALE, suivant M. Cuvier. D. "

auxquelles on le disait soumis. Pour éviter toutes ces suppositions contraires à la vérité, il ne faut pas perdre de vue la variabilité des couleurs des roussettes et du rochier, et il ne faut distinguer ces espèces que par les formes et non pas par les nuances qu'elles montrent. Si nous recherchons en conséquence les différences dans la conformation qui séparent le rochier de la roussette, et si nous rassemblons en même temps les traits qui empèchent de le confondre avec les autres squales, nous trouverons que ses narines sont fermées en partie par deux lobules, dont l’extérieur est le plus grand et chagriné; que son museau est un peu plus allongé que celui de la roussette, et que sa queue est plus courte à proportion de la longueur du corps, que celle de ce dernier animal. Il parvient d’ailleurs à une grandeur plus considérable que le mâle, et même quelquefois que la femelle de la roussette; et voilà pourquoi Willughby et d’autres auteurs, en nommant la roussette mâle le petit Chat de mer, en appelant la roussette femelle, qu’ils ont prise pour une espèce particulière, grand Chat de mer, ont réservé pour le rochier la dénomination de très-grand Chat marin.

La première nageoire dorsale est plus près de l'extrémité de la queue que du bout du museau ; la seconde, presque aussi grande que la première, et plus éloignée de celle-ci que la nageoire de la queue, est placée, au moins le plus souvent, en partie au-dessus et en partie au delà de la nageoire de l’anus.

Communément le rochier est d’une couleur grise ou roussâtre , avec des taches noirâtres, rondes , inégales , répandues sur tout le corps, et plus grandes que les taches qui sont semées sur, le dos de la roussette mâle, ou groupées sur celui de la roussette femelle.

La roussette vit dans la vase et parmi les algues; elle s'approche des rivages : le rochier s’en tient presque toujours éloigné; il préfère la haute mer; il aime à habiter les rochers, où il se nourrit de mollusques, de crustacées et de poissons, et qui lui ont fait donner le nom de Rochier, de Chat rochier, de Chat marin des rochers. Aussi tombe-t-il moins souvent dans les piéges des pêcheurs, et est-il pris moins fréquemment, quoique cette espèce soit assez nombreuse , chaque femelle, suivant M, Broussonnet, qui a très-bien observé ce squale, portant dix-neuf ou vingt petits à la fois. On le re-

d0 #4 cherche cependant, parce que sa peau est employée dans le commerce aux mêmes usages et sous le même nom que celle de la roussette, et que sa chair est un peu moins désagréable au goût que la chair de ce dernier animal. On le pêche avec des haims, ainsi qu’avec des filets ou demi-folles *, connus dans la Méditerranée sous la dénomination de roussetières, de bretelières, ou de bretelles; et, dans quelques parages, on les prend dans les mêmes filets que le Scombre, auquel le nom de Zhon a été donné.

LE SQUALE MILANDRE *.

Squalus Galeus, Lacep., Gmel., Blainy. *.

Ce squale parvient à ane longueur assez considérable; et voilà pourquoi, sur plusieurs des rivages de la Méditerranée, on l’a nommé Lamiola , c’est-à-dire petit requin. On n’a pas cru devoir le comparer à un animal moins grand.

Le milandre a le museau aplati et allongé. Ses dents nombreuses, placées sur plusieurs rangs, et un peu inclinées vers l’angle de la gueule le plus voisin, ontune forme particulière qui seule peut faire distinguer ce cartilagineux de tous les autres poissons de sa famille : elles sont aplaties, triangulaires et dentelées, comme celles du requin ; mais elles présentent sur un de leurs bords verticaux une profonde écnancrure qui y forme un grand angle rentrant, et Gont les côtés sont dentelés. Nous avons fait graver la figure d’une grande mâchoire de milandre, qui fait partie de la collection du Muséum d’histoire naturelle, et dont les dimensions doivent faire supposer, dans le squale auquel elle a appar-

4 Voyez, à l’article de la Raie bouclée, la description de la Folle et de la demi-Folle.

2 Cagnot, Milandre, dans plus. départ. mérid: — Pal, dans quelques endroits de France et d'Italie. — Zamiola, dans d'autres contrées de l'Italie. — Tope, en Angleterre. — Chien de mer milandre, Broussonnet, Mém. de l'Acad. des Sc. 1780. — Id. Daubenton, Enc. méth. — Squalus galeus, Linnée, éd. de Gmelin. — « Squalus naribus ori vicinis, foraminibus ad oculos, » Artedi, gen. 68, n.9, syn.97. — Chien de mer milandre, Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Klein, miss. pisc. 5, p. 9, n.5. — Arist., Hist, añim., 1, 6, c. 44. — Canicula, Plin., Hist, mundi, 1. 1, ©. 46; et 1. 52, c. 11. — Canosa, Salv. Aquat., p.152. — Gesn. Aquat., p. 167. Ic. anim., p. 144. Thierb., p. 80.—Milandre, Rondelet. part. 1, 1. 15, c. 4. — Aldroy. pisc., p.588. — Jonston, pisc. p. 23, tab. 8, fig. 4. — Willughby, Ichth., p. 51, tab. B, 6, fig. 4. — Canis galeus, Raï., pisc., p. 50, n. 5.— Tope, Pennant, Brit, Zvo!, 5, p. 98, n. 45. — Milandre, Duhamel, Traité des péches, part. 5, sect. 9, p. 299, pl. 20, fig, 4 et 2.

5 Ce poisson sert de type à un sous-genre de squales nommé MILANDRE, galeus par M, Cuvier, D.

tenu, au moins une longueur de plus de quatre mètres ( douze pieds trois pouces huit lignes }. C’est donc avec raison qu’on a rapproché ce squale du requin, sur l’échelle des grandeurs auxquelles parviennent les différentes espèces de son genre.

Le milandre a d’ailleurs la langue arrondie et assez large ; les narines placées près de l’ouverture de la bouche, et en partie fermées par un lobule court; les évents très-petits et d’une forme allongée; les nageoires pectorales longues, et légèrement échancrées à leur extrémité.

La première nageoire dorsale est presque également éloignée de la base des pectorales et de celle des ventrales ; et la seconde est située en partie au-dessus et en partie au-devant de la nageoire de l'anus, qui est moins près de cette ouverture que de la nageoire de la queue.

Cette dernière nageoire est, au reste, divisée en deux lobes inégaux, et la peau est chagrinée, ou revêtue de petits tubercules,

M. Broussonnet, qui a décrit un individu de cette espèce dans le port de Cette, assure, d’après le témoignage des marins, que la chair du milandre est très-dure et répand une odeur très-désagréable. On la fait cependant quelquefois sécher; « mais l’abondance et le bon mar- « ché de cet aliment, dit ce naturaliste, peuvent « seuls déterminer des pêcheurs affamés à s’en «nourrir. »

D'un autre côté, le milandre doit être moins fréquemment et moins vivement recherché que plusieurs autres squales, parce qu'on ne peut le pêcher qu'avec beaucoup de précautions. Il est en effet très-fort et très-grand; et n’étant pas très-éloigné du requin par sa taille, il est, comme lui, très-féroce, très-sanguinaire et trèshardi. Sa voracité et son audace lui font même quelquefois oublier le soin de sa sûreté, au point de s’élancer hors de l’eau jusque sur la côte, et de se jeter sur les hommes qui n’ont pas encore quitté le rivage. Nous croyons en conséquence, et avec Rondelet, que le milandre est le squale auquel Pline donne le nom de Canicula, et que cet éloquent écrivain peint avec des couleurs si vives, attaquant et immolant les plongeurs qu’il surprend occupés à la recherche du corail, des éponges, ou d’autres productions marines. C’est un combat terrible, selon Pline, que celui qu’il livre au plongeur dont il veut faire sa

| proie. Il se jette particulièrement sur les parties

DES POISSONS

du corps qui frappent ses yeux par leur blancheur. Le seul moyen de sauver sa vie est d'aller avec courage au-devant de lui, de lui présenter un fer aigu , et de chercher à lui rendre la terreur qu’il inspire. L'avantage peut être égal de part et d’autre, tant qu’on se bat dans le fond des mers ; mais à mesure que le plongeur gagne la surface de l’eau, son danger augmente; les efforts qu’il fait pour s’élever s’opposent à ceux qu’il devrait faire pour s’avancer contre le squale, et son espoir ne peut plus être que dans ses compagnons, qui s’empressent de tirer à eux la corde qui le tient attaché. Sa main gauche ne cesse de secouer cette corde en signe de détresse, et sa droite, armée du fer, ne cesse de combattre. Il arrive enfin auprès de la barque, son unique asile; et si cependant il n’est remonté avec violence dans ce bâtiment, et s’il n’aide lui-même ce mouvement rapide en se repliant en boule avec force et promptitude, il est englouti par le milandre, qui l’arrache des mains mêmes de ses compagnons. En vain ont-ils assailli le squale à coups redoublés de tridents; le redoutable milandre sait échapper à leurs attaques, en plaçant son corps sous le vaisseau, et en n’avançant sa gueule que pour dévorer l’infortuné plongeur.

Le milandre exerce son pouvoir secondaire, et néanmoins très-dangereux, non-seulement dans la Méditerranée , mais encore dans l’Océan d'Europe, et dans plusieurs autres mers. Cette espèce est très-répandue sur le globe; et dèslors la partie de sa dépouille la plus difficile à détruire, c’est-à-dire ses dents, ont dû se trouver fossiles dans plusieurs contrées de la terre, où, en effet, on les a rencontrées.

LE SQUALE ÉMISSOLE !.

Squalus Mustelus, Lacep., Gmel., Blainv.?; Mustelus stellatus, Risso.

La forme des dents de ce poisson suffit pour le distinguer de tous ceux que nous avons com-

4 Émissole, dans plus. départ. mérid. — Pesce columbo, dans plus. contrées de l'Italie. — Smooth hound, Prickly hound, en Angleterre. — Chien de mer émissole, Brous. sonnet, Mém. de l'Acad. des Sc. 1780.— Chien de mer émissole, Daubenton, Enc.méth.—Gronov. Zooph. 142.- Gesner, Aquat. 608. — Emissole, galeus lœvis, Rondelet, part. 1, 1.15, c. 2.— Mustelus levis, Salv, Aquat. 155, 156. — Mustelus lœvis primus, Willughby, Ichth., p. 60, tab. B, 4.

3 Ce squale sert de type à une petite division de ce genre, créé par M. Cuvier sous le nom d'ÉMISSOLES, Musteli. D.

pris avec ce cartilagineux dans le second sousgenre des squales. Très-comprimées du haut en bas et seulement un peu convexes, très-serrées les unes contre les autres, figurées en losange, ou en ovale, ou en cercle, ne s’élevant en pointe dans aucune de leurs parties , et disposées sur plusieurs rangs avec beaucoup d'ordre, elles paraissent comme incrustées dans les mâchoires, forment une sorte de mosaïque très-régulière, et obligent à placer la bouche de l’animal parmi celles auxquelles on a donné le nom de pavées. Nous avons déjà vu une conformation presque semblable dans plusieurs espèces de raies, et dans le squale indien, que nous avons appelé le Philipp.

L’émissole a d’ailleurs de nombreux rapports de conformation avec le milandre, ainsi qu’avec plusieurs autres cartilagineux de la même famille que nous avons décrits. Et pour achever d’en donner une idée assez étendue, il suffit d'ajouter que sa première nageoire dorsale est presque triangulaire, et plus avancée vers la tête que les nageoires ventrales; que ces dernières sont une fois plus petites que les pectorales ; que la seconde nageoire dorsale est une fois plus grande que celle de l’anus, qui est à peu près carrée; et enfin que la nageoire de la queue s’élargit vers son extrémité.

L’estomac de l’émissole est garni de plusieurs appendices situés auprès du pylore, ce qui doit augmenter sa faculté de digérer. Ses dents pouvant d’ailleurs broyer et diviser les aliments, plus complétement que celles de plusieurs autres squales, ce poisson a moins besoin que beaucoup d’autres animaux de son genre, de sucs digestifs très-puissants.

La partie supérieure de l’émissole est d’un gris cendré ou brun, et l’inférieure est blanchätre. Mais les couleurs de cette espèce ne sont pas les mêmes dans tous les individus ; et il paraît qu’il faut regarder comme une variété de ce poisson, le squale qu’on a nommé Étoile et Lentillat', qui est conformé comme l'émis-

fig. 2. Rai. pisc., p. 22. — Smooth hound, Pennant, Brit. Zool. 5, p.91, n. 10, — « Squalus dentibus obtusis seu granulosis, » Artedi, gen. 66, syn. 95. — Arist., I. 6, €, 18. — Athen., 1. 7,p. 294. — Oppian., 1. 1, fol. 415, 4. — Galeus lœvis, Bélon. — Gesner, p. 608,615, 717, et germ., fol. 77, a. — Charleton, p. 128. — « Galei species ex Gesnero, » Aldrov., 1. 5, c. 55, p. 592. — Jonston, 1. 1, tit. 5, c. 5, à, 2, punct. 3. — « Squalus pinnis dorsalibus muticis, anali præ: « sente, dentibus granulosis. » Act. Helvet, 4, p. 258, n. 113.

4 « Chien de mer estellé, galeus asterias, lentillat, » Rondelet, part, 4, L, 4%, ©, % — Willughby, p, 64,

sole, mais qui en diffère par des taches blanches répandues sur tout le corps, plus grandes et moins nombreuses sur le dos que sur les côtés, semblables, a-t-on dit, à des lentilles, ou figurées Comme de petites étoiles.

Au reste, l’émissole non-seulement habite dans les mers de l’Europe, mais encore se retrouve dans la mer Pacifique.

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