‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 39 sur 470 · LE DAUPHIN ORQUE · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN ORQUE

Delphinus Orca, Linn., Bonn., Cuv., Lacep. — Delphigus Gladiator, Linn., Bonn. — Delphinus Gram-* pus, Hunter ?,

Ce nom d’Orque nous rappelle plusieurs de ces fictions enchanteresses que nous devons au génie de la poésie. Il retrace aux imaginations vives , il réveille dans les cœurs sensibles , les noms fameux et les aventures touchantes, et d’Andromède et de Persée, et d’Angélique et de Roland; il porte notre pensée vers l’immortel Arioste couronné au milieu des grands poëtes de l'antiquité. Ne repoussons jamais ces heureux souvenirs : ne rejetons pas les fleurs du jeune âge des peuples ; elles peuvent embellir l'autel de la nature, sans voiler son image auguste. Disons cependant, pour ne rien dérober à la vérité, que l’orque des naturalistes modernes n’est pas le tyran des mers qui a pu servir de type pour les tableaux de l’ancienne

4 Épaulard.—Oudre.—Dorque, dans plusieurs départements méridionaux de France.—Grampus, en Angleterre (voyez, au sujet de ce nom Grampus, l'ouvrage du savast Schneider sur la Synonymie d'Artédi, pag. 155).—Fann-fiskar-hnydengen, en Islande —Spekhugger, en Norwége.— Hval-hund, ibid.— Springer, ibid.— Orc-svin, en Danemarck.—Tandthoye, ibid.—Opare, en Suède.—Kosatky, en Russie.—Épaulard ou Oudre. Bloch, édition de Castel.— Le Dauph. Épaulard. Bonnaterre, planches de l'Encyclop. méth.—Delphinus rostro sursum repando, etc. Mantissa, M. 2, p.825.—Id. Artedi, gen. 76, syn.106.—Faun. Suecic., 52. —Gunn, Act. Nidros., 4, pag. 110.—Balæna minor, utrâque maxillà dentatä, Sibbaldi, Rai, pag. 15.—Delphinus (Orca) pinnâ in dorso unâ, dentibus obtusis. Briss., Regn. anim., pag. 575, n° 4. — Orca. Belon, Aquat., pag. 16, fig., p. 18. — Espaular. Rondelet, première partie, liv. 16, chap. 9.—Muller, Zoolog. Dan. Prodrom., pag.8, n° 57.—Oth. Fabric. Faun. Groenland. 46.—Hunter, Transact. philos., année 1787.

2 M, Cuvier réunit cette espèce à la suivante et à celle du Dauphin ventru d'Hunter, faite, dit-il, probablement d'après

| un animal enflé , qui commençait à se gâter. .

mythologie, ou de la féerie qui l’a remplacée. Nous avons vu, en écrivant l’histoire du physétère microps , que ce cétacée aurait pu être ce modèle.

L'orque néanmoins jouit d’une grande puissance; elle exerce un empire redoutable sur plusieurs habitants de l’océan. Sa longueur est souvent de plus de huit mètres, et quelquefois de plus de dix ; sa circonférence , dans l'endroit le plus gros de son corps, peut aller jusqu’à cinq mètres; et même, suivant quelques auteurs, sa largeur égale plus de la moitié de sa longueur.

On la trouve dans l’Océan atlantique, où on l’a vue, auprès du pôle boréal, dans le détroit de Davis, vers l'embouchure de la Tamise, ainsi qu'aux environs du pôle antarctique, et elle a été observée par le capitaine Colnett dans le grand Océan , auprès du golfe de Panama *. Le voisinage de l'équateur et celui des cercles polaires peuvent done lui convenir; elle peut donc appartenir à tous les elimats.

La couleur générale de ce cétacée est noirâtre; la gorge, la poitrine, le ventre et une partie du äessous de la queue, sont blanes ; et l’on voit souvent derrière l’œil une grande tache blanche.

La nageoire de la queue se divise en deux lobes, dont chacun est échancré par-derrière ; la dorsale, placée de manière à correspondre au milieu du ventre , a quelquefois près d’un mètre et demi de hauteur. La tête se termine par un museau très-court et arrondi : elle est d’ailleurs très-peu bombée; et même, lorsqu'on Pa dépouillée de ses téguments, le crâne paraît non-seulement très-aplati, mais encore un peu concave dans sa partie supérieure ?.

La mâchoire d’en haut est un peu plus longue que celle d’en bas : mais cette dernière est beaucoup plus large que la supérieure ; elle présente de plus, dans sa partie inférieure, une sorte de renflement.

Les dents sont inégales, coniques, mousses et recourbées à leur sommet ; leur nombre doit beaucoup varier surtout avec l’âge, puisque Artédi dit qu’il y en a quarante à la mâchoire

* A Voyage to the south Atlantic for the purpose of extendiog the sperma ceti whale fisheries, etc.; by capitain James Colnett. London, 1798.

? On peut s’en assurer en examinant le crâne d’une Orque, qui est conservé dans les galeries d'anatomie comparée du Muiéam d'histoire naturelle,

| d’en bas, et que dans la tête osseuse d’un

jeune orque, qui fait partie de la collection du Muséum , on n’en compte que vingt-deux à chaque mâchoire. |

L’œil est situé très-près de la commissure des lèvres, mais un peu plus haut. Les pectorales, larges et presque ovales, sont deux rames assez puissantes. La verge du mâle a fréquemment plus d’un mètre de longueur.

Les orques n'ont pas d’intestin cœcum.

Elles se nourrissent de poissons, particulièrement de pleuronectes; mais elles dévorent aussi les phoques : elles sont même si voraces, si hardies et siféroces, que lorsqu’elles sont réunies en troupes, elles osent attaquer un grand cétacée, se jettent sur une baleine , la déchirent avec leurs dents recourbées, opposent l’agilité à la masse, le nombre au volume, l’adresse à la puissance, l’audace à la force, agitent, tourmentent, couvrent de blessures et de sang leur monstrueux ennemi, qui, pour éviter la mort ou des douleurs cruelles , est quelquefois obligé de se dérober par la fuite à leurs attaques meurtrières, et qui, troublé par leurs mouvements rapides et par leurs manœuvres multipliées, se précipite vers les rivages, où il trouve, dans les harpons des pêcheurs, des armes bien plus funestes.

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