LE DAUPHIN GLADIATEUR
Delphinus Gladiator, Linn., Bono., Lacep.?
Ce cétacée ressemble beaucoup à l’orque; mais ses armes réelles sont plus puissantes, et ses armes apparentes sont plus grandes. Sa dorsale, qu’on a comparée à un sabre, est beaucoup plus haute que celle de l’orque. D'ailleurs, cette nageoire est située très-près de la tête, et
{ Grampus, par des Anplais.—Haa-hirningur, en Islande.—Xiller-trasher, sur les côtes des États-Unis.—Delphinus Orca, var. B. Linnée, édition de Gmelin.—Dauphin Épée-de-mer. Bonnaterre, planches de l'Encycl. méthod.— Id. Bloch, édition de R. R. Castel.—Delphinus pinrâ in dorso unâ gladii recurvi æmulä, dentibus acutis, rostro quasi truncato. Brisson, Regn. anim., pag. 572, n° 5.—Delphinus dorsi pinnâ altissimä, dentibus subconicis parüm incurvis. Muller, Zoolog. Dan. Prodrom., pag. 8, no 57.—Schwerdt-fisch. Anderson, Island., pag. 255.—Crantz, Groenland., pag. 152,— Noch ein ander art grosse fische. Mart. Spitzb., pag. 94.— Poisson à sabre. Voyage de Pagès vers le pôle du Nord, tome Il, pag. 142.—Delphinus (maximus) pinnâ majori acuminatà, baa-hirningur. Voyage en Islande, par Oiafsen et Povelsen.
? M. Cuvier réunit cette espèce à la
précédente et à celle dm Dauphin ventru, ù
DES DAUPHINS
presque sur la nuque. Sa hauteur surpasse le cinquième de la longueur totale du cétacée, et ce cinquième est souvent de deux mètres.
Cette dorsale est recourbée en arrière, un peu arrondie à son extrémité, assez allongée pour ressembler à la lame du sabre d’un géant; et cependant à sa base elle a quelquefois trois quarts de mètre de largeur. La peau du dos s’étend au-dessus de cette proéminence, et la couvre en entier.
Le museau est très-court; et sa surface antérieure est assez peu courbée pour que de loin il paraisse comme tronqué.
Les mâchoires sont aussi avancées l’une que l’autre. Les dents sont aiguës.
L’œil, beaucoup plus élevé que l'ouverture de la bouche, est presque aussi rapproché du bout du museau que la commissure des lèvres.
La pectorale est très-grande, très-aplatie, élargie en forme d’une énorme spatule , et compose une rame dont la longueur peut être de deux mètres, et la plus grande largeur de plus d’un mètre.
La caudale est aussi très-grande : elle se divise en deux lobes dont chacun a la figure d’un croissant et présente sa concavité du côté du museau. La largeur de cette caudale est de près de trois mètres.
Voilà donc deux grandes causes de vitesse dans la natation et de rapidité dans les mouvements , que nous présente le gladiateur ; et cet attribut est confirmé par ce que nous trouvons dans des notes manuserites dont nous devons
la connaissance à sir Joseph Banks. Mon illustre confrère m’a fait parvenir ces notes, avec un dessin d’un gladiateur mâle pris dans la Tamise le 10 juin 1793. Ce cétacée, après avoir été percé de trois harpons, remorqua le bateau dans lequel étaient les quatre personnes qui l'avaient blessé, l’entraîna deux fois depuis Blackwall jusqu’à Greenwich, et une fois jusqu'à Deptfort, malgré une forte marée qui parcourait huit milles dans une heure, et sans être arrêté par les coups de lance qu’on lui portaittoutes les fois qu’il paraissait sur l’eau. Il expira devant l’hôpital de Greenwich. Ce gladiateur, dont nous avons fait graver la figure, avait trente-un pieds anglais de longueur, et douze pieds de circonférence dans l’endroit le plus gros de son corps.
Pendant qu’il respirait encore , aucun bateau n’osa en approcher, tant on redoutait les effets
terribles de sa grande masse et de ses derniers efforts.
La force de ce dauphin giadiateur rappelle celle d’un autre individu de la même espèce, qui arrêta le cadavre d’une baleine que plusieurs chaloupes remorquaient, et l’entraîna au fond de la mer.
Les gladiateurs vont par troupes : lors même qu'ils ne sont réunis qu’au nombre de cinq ou six , ils osent attaquer la baleine franche encore jeune; ils se précipitent sur elle, comme des dogues exercés et furieux se jettent sur un jeune taureau, Les uns cherchent à saisir sa queue, pour en arrêter les redoutables mouvements ;
les autres l’attaquent vers la tête. La jeune ba-
leine, tourmentée, harassée, forcée quelquefois de succomber sous le nombre, ouvre sa vaste gueule; et à l'instant les gladiateurs affamés et audacieux déchirent ses lèvres , font pénétrer leur museau ensanglanté jusqu’à sa langue, et en dévorent les lambeaux avec avidité. Le voyageur de Pagès dit avoir vu une jeune baleine fuir devant une troupe cruelle de ces voraces et hardis gladiateurs, montrer de larges blessures, et porter ainsi l'empreinte des dents meurtrières de ces féroces dauphins.
Mais ces cétacées ne parviennent pas toujours à rencontrer, combattre, vaincre et immoler de jeunes baleines : les poissons forment leur proie ordinaire.
Je lis dans les notes manuscrites dont je dois la connaissance à sir Joseph Banks, que pendant une quinzaine de jours, où six dauphins gladiateurs furent vus dans la Tamise, sans qu’on püt les prendre, les aloses et les carrelets furent extraordinairement rares.
On a trouvé les cétacées dont nous parlons dans le détroit de Davis et dans la Méditerranée d'Amérique, ainsi qu'auprès du Spitzberg. ls peuvent fournir de l’huile assez bonne pour être recherchée.
Toute leur partie supérieure est d’un brun presque noir, et leur partie inférieure d’un beau blanc. Cette couleur blanche est relevée par une tache noirâtre , très-longue, très-étroite et pointue , qui s'étend de chaque côté de la queuc en bande longitudinale, et s’avance vers la pectorale, comme un appendiee du manteau brun ou noirâtre de l'animal. On peut voir aussi, entre l’œil et la dorsale, un croissant blanc qui contraste fortement avec les nuances foncées du dessus de la tête.
LE DAUPHIN NÉSARNACK !.
Delphinus Tursio, Bonn., Guy. — Delphinus Nesarnack, Lacep.
Ce cétacée a le corps et la queue très-allongés. Sa plus grande épaisseur est entre les bras et la dorsale : aussi, dans cette partie, son dos présente-t-il une grande convexité. La tête proprement dite est arrondie; mais le museau, qu’on en distingue très-facilement, est aplati, et un peu semblable à un bec d’oie ou de canard, comme celui du dauphin vulgaire.
La mâchoire inférieure avance plus que celle d’en haut : l’une et l’autre sont garnies de quarante-deux dents presque cylindriques , droites et très-émoussées au sommet, même lorsque l'animal est jeune. |
L’évent est situé au-dessus de l’œil, mais un peu plus près du bout du museau que l’organe de la vue.
Les pectorales sont placées très-bas, et par couséquent d’une manière très-favorable à la natation du nésarnack, mais petites, et de plus échancrées; ce qui diminue la surface de cette rame. ,
La dorsale, peu étendue, échancrée et recourbée, s'élève à l’extrémité du dos la plus voisine de la queue, et se prolonge vers la caudale par une saillie longitudinale, dont la plus grande hauteur est quelquefois un vingtdeuxième de la longueur totale du cétacée.
Les deux lobes qui composent la caudale sont échancrés, et leurs extrémités courbées en arrière.
La couleur générale du nésarnack est noirätre; quelques bandes transversales, d’une nuance plus foncée, la relèvent souvent sur le dos ; une teinte blanchâtre paraît sur le ventre et quelquefois sur le bas des côtés de ce dauphin. |
Ce cétacée a soixante vertèbres, et n’a pas de cæœcum.
Sa longueur totale est de plus de trois mètres. La caudale a plus d’un demi-mètre de largeur.
On le prend difficilement, parce qu’il s’approche peu des rivages. Il est cependant des contrées où l’on se nourrit de sa chair,.de son lard, ét même de ses entrailles.
4 Dauphin Nésarnack. Bonnaterre, planches de l'Encycl.
méth,—Muller, Prodrom. Zoolog. Dan. 56.—Act. Nidro. 4,3. M, Oth, Fabric., Fauna Groenland., pag. 49,
On a écrit que la femelle mettait bas pendant l’hiver. Son lait est gras et nourrissant.
Le nésarnack vit dans l'Océan atlantique septentrional.
LE DAUPHIN DIODON.
Delphinus diodon, Bonn, Lacep. — Delphinus Hunteri, Desm.?
Ce dauphin parvient à une longueur qui égale celle de quelques physétères et de quelques cachalots. Un diodon, pris auprès de Londres en 1783, avait sept mètres de longueur; et le savant anatomiste Hunter, qui en a publié la première description dans les Transactions de la société royale, a eu dans sa collection le crâne d’un dauphin dela même espèce, qui devait être long de plus de treize mètres.
Ce cétacée a le museau aplati et allongé, comme celui du dauphin vulgaire et comme celui du nésarnack ; mais samâchoireinférieure ne présente que deux dents, lesquelles sont aiguës et situées à l’extrémité de cette mâchoire d’en bas. Le front est convexe. La plus grande grosseur de ce diodon est auprès des pectorales, qui sont petites, ovales, et situées sur la même ligne horizontale que les commissures des lèvres, La dorsale, très-voisine de l’origine de la queue, est conformée comme un fer de lance , pointue et inclinée en arrière. La caudale montre deux lobes échancrés. La couleur générale du cétacée est d’un brun noirâtre, qui s’éclaireit sur le ventre.
LE DAUPHIN VENTRU à.
Delphinus Orca, var. «, Bonn.—Delphinus ventricosus, Lacep., Desm. 4
Ce cétacée ressemble beaucoup à l’orque :
il a de même le museau très-court et arrondi; mais sa mâchoire inférieure n’est pas renflée comme celle de l’orque. Au lieu du gonflement
4 Hunter, Transact. philosoph., année 4787.—Dauphin à deux dents. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. Ed "
3 M. Cuvier regarde ce cétacée comme ne différant pas spécifiquement de l'Hypéroodon de M. de Lacépède. D.
5 Hunter, Transact. philosoph., année 4787.—Epaulard ventru. Bonnaterre, planches de l'Encycl. méth,
4 M. Cuvier pense que ce cétacée n'est qu'un Dauphin Orque enflé, parce qu'il commençait à se gâter. D,
DES DAUPHINS
que l’on ne voit pas dans sa mâchoire d’en bas, son ventre, ou, pour mieux dire, presque toute la partie inférieure de son corps, offre
un volume si considérable , que la queue paraît
très-mince. On croit cette queue proprement dite d'autant plus étroite, que sa largeur est inférieure, à proportion , à celle de la queue de presque tous les autres cétacées: elle a même ce petit diamètre transversal dès son origine ; et sa forme générale est presque cylindrique.
Très-près de cette même queue s’élève la dorsale, dont la figure est celle d’un triangle rectangle , et qui par conséquent est plus longue et moins haute que celle de plusieurs autres dauphins.
Des teintes noirâtres sont mélées avec le blanc de la partie inférieure de l'animal. Cette espèce, dont les naturalistes doivent la connaissance à Hunter, parvient au moins à la longueur de six mètres.
LE DAUPHIN FÉRÈS !.
Delphious Feres, Bonn., Lacep.
Ce cétacée, dont le professeur Bonnaterre a le premier publié la description , a le dessus de la tête élevé et convexe, et le museau arrondi et très-court. Une mâchoire n’avance pas plus que l’autre. On compte à celle d’en haut, ainsi qu’à celle d’en bas, vingt dents inégales en grandeur, et dont dix sont plus grosses que les autres, mais qui sont toutes semblables par leur figure. La partie de chaque dent que l’alvéole renferme est égale à celle qui sort des gencives , et représente un cône recourbé et un peu aplati: l’autre partie est arrondie à son sommet, ovoide, et divisée en deux lobes par une rainure longitudinale. La peau qui recouvre le férès est fine et noirâtre. Ce dauphin parvient à une longueur de près de cinq mètres.
Celle de l’os du crâne est le septième ou à peu près de la longueur totale du cétacée.
Le 22 juin 1787, un bâtiment qui venait de Malte ayant mouillé dans une petite plage de la Méditerranée, voisine de Saint-Tropès, du département du Var, fut bientôt environné d’une troupe nombreusé de férès, suivant une
* Dauphiv Férès. Bonnaterre, planches de l’Encycl. méth,
relation adressée par M. Lambert, habitant de Saint-Tropès, à M. l'abbé Turles, chanoine de Fréjus, et envoyée par ce dernier au professeur Bonnaterre'. Le capitaine du bâtiment descendit dans sa chaloupe, attaqua un de ces dauphins, et le perça d’un trident. Le cétacée , blessé et cherchant à fuir, aurait entraîné Ja chaloupe, si l’équipage n’avait redoublé d’efforts pour la retenir. Le férès lutta avec une nouvelle violence; le trident se détacha, mais enleva une large portion de muscles : le dauphin poussa quelques cris; tous les autres cétacées se rassemblèrent autour de leur compagnon; ils firent entendre des mugissements
profonds, qui effrayèrent le capitaine et ses matelots, et ils voguèrent vers le golfe de Grimeau , où ils rencontrèrent , dans un grand nombre de pêcheurs, de nouveaux ennemis.
On les assaillit à coups de hache; leurs blessures et leur rage leur arrachaient des sifflements aigus. On tua, dit-on, près de cent de ces férès; la mer était teinte de sang dans ce lieu de carnage. On trouva les individus immolés remplis de graisse ; et leur chair parut rougeâtre comme celle du bœuf.
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