‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 395 sur 470 · LES LOPHIES · texte numérisé non relu

LES LOPHIES

Un très-grand nombre de dents aiguës ; une seule ouverture Lbranchiale de chaque côté du corps : les nageoires pectorales attachées à des prolongations en forme de bras.

PREMIER SOUS-GENRE

- Le corps aplati du haut en bas.

CARACTÈRES

ESPÈCES

1 La tête très-grosse et arrondie.

LOPHIE BAUDROIE. { 2. ; Le corps tuberculeux; le museau LOPHIE VESPERTILION. i pointu.

5. Le corps très-déprimé, aiguillonné, LOPHIE FAUJAS. { et en forme de disque.

SECOND SOUS-GENRE

Le corps comprimé latéralement,

Un long filament placé au-dessus de la lèvre. supérieure, et terminé par deux appendices char-

LOPHIE HISTRION, nus.

4 On ne connaît encore aucune espèce de poisson dont on puisse former un premier ordre, au un ordre d'apodes, dans

l Ja seconde division des cartilagineux.

DES POISSONS

RSPÈCES, CARACTÈRES.

Un long filament placé au-dessus 8 de la lèvre supérieure, et terminé

par une très-petite masse charnue; le corps rougeûtre, et présentant quelques taches noires.

Un long filament placé au-dessus de la lèvre supérieure, et terminé par une très-petite masse charnue; le corps varié de noir et de gris.

Un long filament placé au-dessus de la lèvre supérieure, et teriminé par une très-petite masse charnue ; le corps noir; un point blanc de chaque côté.

LOPHIE CHIRONECTE.

LOPHIE DOUBLE-BOSSE.

LOPHIE COMMERSON.

TROISIÈME SOUS-GENRE

Le corps de forme conique.

Deux filaments situés au-dessus de la lèvre supérieure ; des protubérances anguleuses sur la partie

LOPHIE FERGUSON, supérieure de la tête.

LA LOPHIE BAUDROIE !.

Lophius piscatorius , Gmel., Lacep., Cuv., Risso.

Les poissons que nous avons décrits jusqu’à présent, sont dénués d'opercule et de membrane particulière destinés à fermer, à leur volonté, les ouvertures de l’organe de la respiration. Ceux qui composent la seconde division des cartilagineux , et dont nous allons exposer les habitudes et les formes, présentent dans cet organe une conformation différente : ils n’ont pas à la vérité d’opercule; mais ils ont reçu une membrane propre à fermer l'ouverture des branchies. Le premier genre que nous rencontrons sur le tableau méthodique des quatre

1 Rama piscatrix. — Marino piscatore, Martino piscatore, Diavolo di mare, en Italie. — Baudroie, Pescheteau, Galanga, dans plus. départ. mérid. —Toad-fish, Frog-fish, Sea-devil, en Angleterre. — Baudroie (la grande), Daubenton, Enc. méth.— Lophius piscatorius, Fauna suecica, 298. — Mul. prodrom, Zool. danic., p. 58, n. 521. — It. scan. 327. — Mus. ad. fr. 55, — Lophius ore cirroso, Artedi, gen. 56, syn. 87.—Gronov., mus. {, p. 57, Zooph., p.58. — Bloch, Hist, nat. des poissons, pl. 87. — Lophius, Strom. sondm. 271. — « Batrachus capite rictuque ranæ, » Klein, miss. pisc. 3,p.15.—4 Batrachus altero pinnarum pare ad exortum caudæ « careus, » ibid, — Charleton, Onom. 199. — Olear. mus, 57, tab. 25, fig. 4. — Baudroie (la grande), Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Cicer., de Natura Deorum, lib. 2. — Bélon, Aquat., p. 85. — Rana marina , Jonston, pisc., p. 56, tab. 11, fig. 8. — Rana, Plin. Hist. mundi, 1.9, c. 24. — Fishing frog, Brit. Zool. 5, p. 95, 95, n. 1, 2, tab. 94. — « Toad-fish, « frog-fish, sea-devil , » Willughby, Ichth., p. 85, tab. E, 1. — Baudroie,Camper, Mém. des sav. étr., 6, p. 177.—Galanga, Rondelet, part. 4,1. 42, c. 19. — Id. Valmont-Bomare, Dict. d'hist. nat. — Arist., 1. 9, c. 573 1. 2, c. 15; 1.5, c. 5. De partibus animalium, 1. 4, c. 14. — Ælian., L. 9, c. 24; et 1, 15, c. 4 et2.— Athen., I. 7, p. 286. — Oppian., 1. 2, p. 55. — Salv., fol. 159, db, 140, 441.— Gesner, p. 815, 816. — Rai, p. 29. — Schonev., p. 59. — Rana piscatrix vulgaris, Aldrov., L. 3, c.64.—Baudroie, Dessins sur vélin déposés dans la biblioth. du Muséum d'hist. nat,

ordres qui forment cette division pourvue d’une membrane branchiale sans opercule, est celui des lophies. Le nom de Lophie, en latin Lophius, vient d’un mot grec hogex qui signifie nageoire et élévation, qui désigne la grande quantité d’éminences, de prolongements, et de nageoires, que l’on voit en effet sur le dos de toutes les espèces comprises dans le genre que nous allons chercher à faire connaître. Nous examinerons ce caractère avec d'autant plus d'attention, que nous le voyons pour la première fois : mais les lophies en montrent d’autres que nous devons considérer auparavant ; et d’abord jetons les yeux sur celui qui les a fait inscrire dans le second ordre de la seconde division !, sur la manière dont sont placées les nageoires inférieures, celles que dans tous les poissons on a comparées à des pieds. Au lieu d’être trèsvoisines de l’anus, comme dans les différentes espèces de raies et de squales, ces nageoires sont situées très-près de l’ouverture de la bouche, et pour ainsi dire sous la gorge : elles sont par là bien plus antérieures que les nageoires pectorales, qui d’ailleurs sont plus reculées que dans plusieurs autres poissons ; et voilà ce qui a causé la méprise de plusieurs naturalistes , qui ont regardé les nageoires jugulaires comme des nageoires pectorales, et les nageoires de la poitrine comme des nageoires ventrales.

Cependant, pour mieux faire connaître ce qui caractérise les lophies, décrivons-en l’espèce la plus remarquable, en indiquant ce qui est particulier à ce cartilagineux, auquel nous conservons le nom de Baudroie, et ce qui est commun à tous les animaux qui composent sa famille. Les nageoires inférieures, placées sous la gorge, ainsi que nous venons de le dire, et de même que dans les autres lophies, sont courtes, fortes, et composées de rayons assez mobiles pour servir à la baudroïe à s'attacher, et, pour ainsi dire, à s’accrocher au fond des mers, Ces rayons sont d’ailleurs au nombre de cinq, et réunis par une membrane assez lâche : aussi a-t-on cru voir dans chacune de ces deux nageoires ventrales , ou plutôt jugulaires, une sorte de main à cinq doigts et palmée. D’un autre côté, les nageoires pectorales, au lieu de tenir immédiatement au corps de l’animal, sont situées , ainsi que celles des autres lophies, à l'extrémité d’une prolongation charnue et un

! Article intitulé : Nomenclature des poissons,

peu coudée, que l’on a voulu comparer à un bras et un avant-bras, ou à une jambe et un pied. On a regardé en conséquence les rayons des nageoires pectorales comme autant de doigts d’une main ou d’un pied ; et la baudroie n’a plus paru qu’une sorte d’animal marin à deux mains et à deux pieds, ou plutôt à quatre mains. On en a fait un quadrumane; on a dit qu’elle était, au milieu des eaux de la mer, le représentant des singes, des mongous, et des autres animaux terrestres auxquels le nom de quadrumane a été aussi donné; et comme lorsque l'imagination a secoué le joug d’une saine analogie, et qu’elle a pris son essor, elle cède avec facilité au plaisir d’enfanter de faux rapports et de vaines ressemblances , on est allé jusqu’à supposer dans la baudroie des traits de l'espèce humaine. On a surtout métamorphosé en mains d'homme marin ses nageoires jugulaires; et, il faut en convenir, la forme”de ces nageoires, ainsi que les attaches de celles de la poitrine, pouvaient non pas présenter à un naturaliste exact, mais rappeler à un observateur superficiel quelque partie de l’image de l’homme. Quel contraste néanmoins que celui de cette image auguste avec toutes celles que réveille en même temps la vue de la baudroie ! Cette forte antipathie qu’inspire la réunion monstrueuse de l’être le plus parfait que la nature ait créé, avec le plus hideux de ceux que sa main puissante a, pour ainsi dire, laissé échapper, ne doit-on pas l’éprouver en retrouvant dans la baudroïe une espèce de copie, bien informe sans doute, mais cependant un peu reconnaissable , du plus noble des modèles, auprès d’une tête excessivement grosse, et d’une gueule énorme, presque entièrement semblable à celle d’une grenouille, ou plutôt d’un crapaud horrible et démesuré ? On croirait que cette tête disproportionnée qui a fait donner à la baudroie le nom de Grenouille de mer, placée audevant d’un corps terminé par une queue et doué en apparence de mains ou de pieds d'homme, surmontée par de longs filaments qui imitent des cornes, et tout entourée d’appendices vermiculaires , a fait de la grande lophie qui nous occupe, le type de ces images ridicules de démons et de lutins par lesquels une pieuse crédulité ou une coupable fourberie a effrayé pendant tant de siècles l’ignorance superstitieuse et craintive, et de ces représentations comiques avec lesquelles la riante poésie

a su égayer même l’austère philosophie. Aussi la baudroie a-t-elle souvent fait naître une sorte de curiosité inquiète dans l’âme des observateurs peu instruits qui l’ont vue pour la première fois, surtout lorsqu’elle est parvenue à son entier développement, et qu’elle a atteint uue Jongueur de plus de deux mètres, ou de près de sept pieds. Elle a été appelée Diable de mer; et sa dépouille, préparée de manière: à être très-transparente, et rendue lumineuse par une lampe allumée renfermée dans son intérieur, a servi plusieurs fois à faire croire des esprits faibles à de fantastiques apparitions.

L'intérieur de la bouche est garni d’un grand nombre de dents longues , crochues et aigués, comme dans toutes les lophies. Mais on en voit non-seulement à la mâchoire supérieure, où elles forment trois rangées , et à la mâchoire inférieure, où elles sont disposées sur deux raugs , et où celles de derrière peuvent se baisser er arrière , mais encore au palais, et sur deux cartilages très-durs et allongés placés auprès du gosier. La langue, qui est large, courte et épaisse, est hérissée de dents semblables ; et l’on aperçoit d’autant plus aisément cette multitude de dents plus ou moins recourbées, cette distribètion de ces crochets sur la langue, au gosier, sur le palais et aux mâchoires , et tout cet arrangement qui est soumis pour la première fois à notre examen, que l'ouverture de la bouche s’étend d’un côté de la tête à l’autre, presque dans l'endroit où cette dernière partie a le plus de largeur, et que cette même tête est très-crande Aer Dr au volume du corps qu’elle déborde des deux côtés.

C'est cet excès de grandeur du diamètre transversal de la tête sur celui du corps, qui, réuni avec le contour arrondi du devant du museau , forme le caractère spécifique de la baudroie.

L'ouverture de la bouche est d’ailleurs placée dans la partie supérieure du museau; et, par conséquent, la mâchoire inférieure est la plus avancée. |

Derrière la lèvre supérieure, on voit les narines. Elles présentent dans la baudroie une conformation particulière. Les membranes qui composent l’organe de l’odorat , ou l’intérieur de ces narines, sont renfermées dans une espèce de calice à ouverture étroite , que soutient une sorte de pédoncule ; le nerf olfactif parcourt la partie interne de ces pédoncules pour'aller

DES POISSONS

se déployer sur la surface des membranes contenues dans le creux du calice; et cette coupe, un peu mobile sur sa tige, peut se tourner, à la volonté de l’animal , contre les courants odorants, et rendre plus forte l'impression des odeurs sur l’organe de la baudroie.

L’organe de l'ouie de cette grande lophie a beaucoup plus de rapports avec celui des poissons osseux qu'avec celui des raies et des squales !; la cavité qui le contient n’est pas séparée de celle du cerveau par une cloison cartilagineuse comme dans les squales et les raies, mais par une simple membrane. De plus, les trois canaux nommés demi-cireulaires, qui composent une des prineipales portions de cet organe, communiquent ensemble; et, dans l’endroit où leur réunion s'opère, on voit un osselet particulier, que l’on retrouve dans le brochet, que Scarpa a découvert dans l’anguille, dans la morue, dans la truite, et qu’il soupçonne dans tous les poissons osseux 2.

L'ouverture branchiale est unique de chaque côté; et ce caractère, qui est commun à toutes les lophies, est un de ceux qui servent à distinguer le genre de ces animaux de ceux des autres poissons, ainsi qu'on a pu le voir dans le tableau méthodique de cette famille. On a pu voir aussi, sur ce même tableau, que les lophies n’avaient pas d'opercule pour fermer leurs ouvertures branchiales, mais qu’elles étaient pourvues d’une membrane des branchies. Dans la baudroie , cette membrane est soutenue par six rayons qui servent à la plier ou à la déployer, pour ouvrir ou fermer l’orifice par lequel l’eau de la mer peut pénétrer jusqu’à V’organe respiratoire. Cet organe ne consiste de chaque côté que dans trois branchies engagées dans une membrane qui les fixe plus ou moins au corps de lanimal; et l’orifice en est situé très-près de la nageoire pectorale, qui, dans certaines positions, empêche de le distinguer avec facilité.

Les yeux sont placés sur la partie supérieure |

de la tête, et très-rapprochés l’un de l’autre; ce qui donne à l’animal la faculté de reconnaitre très-distinetement les objets qui passent audessus de lui. On apercoit entre les yeux une rangée longitudinale composée de trois longs filaments, dant ordinairement le plus antérieur a plus de

* {Discours sur la nature des poissons, 2 Ouvrage de Soarpa, déjà cité,

longueur que les autres, s’élève à une hauteur égale au moins à la moitié de la plus grande largeur de la tête, et se termine par une membrane assez large et assez longue. Cette membrane se divise en deux lobes, et l’on voit une seconde membrane beaucoup plus petite, et un peu triangulaire, implantée vers sa base et sur sa partie postérieure. Les autres deux filaments offrent quelques fils le long de leur tige.

Au delà de ces trois filaments très-déliés, sont deux nageoires dorsales, dont la première a une membrane beaucoup plus courte que les rayons qui y sont attachés. La nageoire de la queue est très-arrondie, ainsi que les pectorales ‘, Celle de l'anus est au-dessous de la seconde dorsale.

Des barbillons vermiformes garnissent les côtés du corps, de la queue et de la tête, audessus de laquelle paraissent quelques tubercules ou aiguillons, particulièrement entre les yeux et la première nageoire du dos.

Au reste, la baudroie est brune par-dessus, et blanche par-dessous , et la nageoire de la queue est noire, ainsi que le bord des nageoires pectorales.

Nous-avons déjà dit qu'elle parvenait à la longueur de sept pieds; Pontoppidan assure même qu’on en a pris qui avaient plus de douze pieds de long ?. Cependant la peau de la baudroie est molle et flasque dans beaucoup d’endroits; ses muscles paraissent faibles; sa queue, qui n’est ni très-souple ni déliée, ne peut pas être agitée avec assez de vitesse pour imprimer une grande rapidité à ses mouvements. N'ayant donc ni armes très-défensives dans ses téguments, ni force dans ses membres, ni célérité dans sa natation, la baudroie, sialgré sa grandeur, est bbigéé d'éiploÿer la ressource de ceux qui n’ont reçu qu’une puissance très-limitée : elle est contrainte, pour ainsi dire, d'avoir recours à la ruse, et de réduire sa chasse à des embuscades, auxquelles d’ailleurs sa conformation la rend très-propre. Elle s'enfonce dans la vase, elle se couvre de plantes marines, elle se cache sous les pierres et les saillies des rochers. Se tenant avec patience dans son réduit, elle ne laisse apercevoir que ses filaments , qu'elle agite en différents sens, auxquels elle

4 Communément la première nagecire dorsa'e à 5 rayons, la éeconde 44, chaque pectorale 24, celle de l'anus 9, celle de la queue 8.

3 Hist. nat. de Norvége, etc., par Pontoppidan.

donne toutes les fluctuations qui peuvent les faire ressembler davantage à des vers ou à d’autres appâts, et par le moyen desquels elle attire les poissons qui nagent au-dessus d'elle, et que la position de ses yeux lui permet de distinguer facilement. Lorsque sa proie est descendue assez près de son énorme gueule, qu’elle laisse presque toujours ouverte, elle se jette sur ces animaux qu’elle veut dévorer, et les engloutit dans cette grande bouche, où une multitude de dents fortes et crochues les déchirent, et les empêchent de s'échapper.

Cette manière adroite et constante de se procurer les aliments dont elle a besoin, et de pécher en quelque sorte les poissons à la ligne, lui a fait donner l’épithète de Pécheuse; et voilà pourquoi on l’a nommée Grenouille pécheuse et Martin pécheur, en réunissant les idées que ses habitudes ont fait naître, avec celles que réveille sa conformation.

Cette espèce est peu féconde, et se trouve dans presque toutes les mers de l’Europe.

LA LOPHIE VESPERTILION *.

Lophius Vespertilio, Gmel., Lac.; Maïithe Vespertilio, Cuy. *.

Cette lophie diffère de la baudroie, en ce que sa tête au lieu d’être arrondie par devant, s’y ‘termine par un museau très-avancé, pointu, en forme de cône, et que l’on a comparé au soc d’une charrue. D’ailleurs l'ouverture de la bouche est étroite à proportion de la grandeur de l'animal ; et bien loin d’être placée dans la partie supérieure de la tête, elle est située sous l’inférieure , et même très-reculée au-dessous du museau, ce qui rapproche la vespertilion des raies et des squales. Au devant de cette ouverture sont les narines; et auprès de ces

4 Baudroie chauve-souris, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Bloch, Hist. nat. des poissons, pl. 110, —Mus. ad. fr. 4, p.55. — Lophius fronte unicorni, Artedi, syn. 88. — Gronov., mus. 4, n. 429, Zooph., n. 209. — « Batrachus capite vomeris instar, cornuto , — ba- « trachus capite scuto osseo. » Klein , miss. pisc. 5, p. 16 et 47, n. 8et9. — Rana piscatrix americana, Séba, mus. 1, p.118, tab. 74, fig. 2.—Guacucuja, Marcgrav. Brasil., p. 445. Rai. pisc., p. 50, n. 5, f, 1,3.—Jonston, pisc., p. 207, tab. 29, fig. 2.— American toad-fish, Willughby, Ichth., p. 218, tab. E, 2, fig. 5. — Sea-bat, Edw. Glan., tab. 285, fig. 1. — Guacucuja, Valmont-Bomare, Dict. d'hist. nat. — Browne, Jamaic., p. 457, tab. 48, fig. 5.

3 M. Cuvier, ayant divisé le genre Baudroie en trois sousgenres, a donné le om de Malthée à celui dont ce poisson formelelype, D.

organes on voit s'élever un appendice ou fila ment de substance dure et comme cornée, et qui est terminé par un tubercule. Cette extension, ainsi que la pointe que le museau présente, a fait donner à la vespertilion le nom de petite Licorne, de Licorne marine.

La tête et le corps vont en s’élargissant jusque vers l'insertion des nageoires pectorales, où la largeur du corps diminue tout d’un coup, à peu près de moitié; et ensuite la diminution de cette même largeur s’opère jusqu’au bout de la queue par des degrés insensibles, de telle sorte que l’ensemble de la vespertilion offre l’image d’un triangle isocèle, à côtés un peu curvilignes, et au milieu de la base duquel est attaché un long cône formé par la queue et le derrière du corps de l’animal.

Les prolongations charnues auxquelles tiennent les nageoires pectorales sont assez longues et assez coudées pour imiter, moins imparfaitement que dans plusieurs autres lophies , un bras et un avant-bras, ou une jambe et un pied ‘.

Cette dernière conformation, considérée er même temps que le museau pointu , que la bouche placée sous la tête, que la grande largeur des côtés étendus comme des ailes, et que la queue conique, a réveillé, pour plusieurs observateurs, l’idée d’une chauve-souris , et de là vient le nom de Vespertilion, que nous lui avons conservé.

Les dents qui garnissent les mâchoires sont petites, crochues, et disposées ordinairement sur un rang.

L'ouverture des branchies est un peu demicirculaire, et placée, de chaque côté, auprès de la prolongation charnue qui soutient la nageoire pectorale.

. Tout le dessus de la lophie vespertilion présente un grand nombre de tubercules faits en forme de patelles, ou de petites coupes renversées, rayonnés sur leur surface supérieure, et terminés par un sommet aigu; le dessous de l’animal est hérissé de petits aiguillons ; et, excepté les nageoires de la queue et de la poitrine, qui sont blanchâtres, et celles du dos et du ventre, qui sont brunes, la couleur de la vespertilion est rougeâtre sur presque toutes les parties du corps.

C’est dans la mer qui baigne l'Amérique mé-

4 La nageoire du dos a communément 9 rayons, ies pectorales en ont 10, les ventrales 6, celle de l'anus en a 6, et celle de la queue ,qui est arrondie, en a 11.

DES POISSONS

ridionale, que l’on pêche le plus souvent cette lophie, qui est peu mangeable, qui parvient à la longueur d’un pied et demi, ou de près d’un demi-mètre, et dont les habitudes sont analogues à celles de la baudroie.

LA LOPHIE FAUJAS.

Lophius Faujas, Lacep.; Lophius stellatus, VVabhl. ; Malthe stellatus, Cuvy. ‘.

Nous avons dit, en traitant de la raie thouin, pourquoi nous avons désiré que les services rendus par notre collègue, M. Faujas, aux sciences naturelles, fussent rappelés par le nom de la lophie que nous allons décrire, qui faisait partie de la belle collection de La Haye, et qui est encore inconnue aux naturalistes.

La conformation de cette lophie est très-remarquable. Son corps est très-aplati de haut en bas : il l’est plus que celui de la baudroie, et que celui de la vespertilion; et si l’on retranchaït la queue et les nageoires pectorales, il offrirait l’image d’un disque parfait.

L'ouverture de la bouche est un peu au-dessous de la partie antérieure de la tête. Au-dessus du museau, et presque à son extrémité, paraît une petite cavité, au milieu de laquelle s'élève une protubérance arrondie. Les narines sont très-près de cette cavité; et chacun de ces organes a deux ouvertures, dont la plus antérieure est la plus étroite, et placée au bout d’un petit tube.

Les yeux, très-peu gros et assez rapprochés l’un de l’autre, forment presque un carré avec les deux narines.

Les ouvertures des branchies sont placées sur le disque, et plus près de l’origine de la queue que sur presque toutes les autres lophies, quoique, sur ces poissons, elles soient en général très-éloisnées du museau. Le canal qui va de chacune de ces ouvertures à la cavité de la bouche, doit donc être assez long; mais nous n’avons pas pu connaître exactement ses dimensions, parce que nous n'avons pas voulu sacrifier à des recherches anatomiques l’indi- . vidu apporté de Hollande, et qui était unique et très-entier.

La membrane branchiale présente cinq rayons.

+ Ge poisson appartient au même sous-genre (Malthe), que le précécent, selon M. Cuvicr. D,

Les nageoires inférieures ou jugulaires sont attachées à des prolongements charnus, composées de cinq rayons divisés à leurs extrémités, assez semblables à des mains, ou au moins à des pattes, mais plus reculées que sous la baudroie et la vespertilion ; elles sont situées vers le milieu de la partie inférieure du disque, et à une distance à peu près égale de l’ouverture de la bouche, et des nageoires pectorales.

Ces dernières sont en effet très-voisines de l'anus, et par là elles sont rapprochées des ouvertures des branchies, presque autant que dans la plupart des autres lophies. On voit au-dessous de l’animal les prolongations charnues auxquelles elles tiennent.

L’anus est situé à l'endroit où la queue touche le disque, c’est-à-dire le corps proprement dit. Cette même queue représente un cône aplati pardessous, et dont la longueur égale à peine la moitié du diamètre du disque. Elle se termine par une nageoire arrondie, et montre au-dessus de son origine une petite nageoire dorsale, et une nageoire de l’anus vers le milieu de sa surface inférieure !.

Tout le dessus du corps et de la queue de la lophie faujas est semé de très-petits tubercules, et de piquants dont la racine se divise en plusieurs branches : mais, indépendamment de ces tubercules et de ces aiguillons, on voit, dans la circonférence de la partie inférieure du disque, deux ou trois rangs d’espèces de mamelons garnis de filaments plus sensibles dans la rangée la plus extérieure ; et on retrouve des élévations de même nature le long de la lèvre de dessous.

Nous avons cru devoir faire connaître un peu en détail cette curieuse espèce de lophie, que nous avons d’ailleurs fait représenter vue pardessus et par-dessous, et dont l'individu que nous avons décrit avait quatre pouces, ou plus d’un décimètre, de longueur.

LA LOPHIE HISTRION *.

Lophius Histrio, Gmel., Lacep.; Antennarius Histrio, Cu. :.

Ce poisson , comme tous ceux que renferme

4 On trouve dans chaque nageoire pectorale 12 rayons, à la nageoire dorsale 5, à celle de l'anus 5, et à celle de la queue 7. 3 Baudroie tachée , Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonna-

3 La lophie histrion est pour M. G. Cuvier le type du soussure Chironecte qu'il a distingué dans le genie Baudroie.D.

le sous-genre à la tête duquel nous le trouvons, présente un COrps très-comprimé par les côtés, au lieu d’être aplati de haut en bas; ainsi que ceux de la baudroie, de la vespertilion, et de la lophie faujas. Sa tête est petite; sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure , et garnie, ainsi que cette dernière, de dents très-déliées. Des barbillons bordent les lèvres ; et, immédiatement derrière l'ouverture de la bouche, on voit une prolongation, ou un filament cartilagineux et élastique, qui soutient deux appendices allongés et charnus. Derrière ce filament paraissent deux autres éminences charnues, élevées, un peu coniques, parsemées de barbillons, et dont la postérieure est la plus grosse «et la plus exhaussée. Vient enfin une nageoire dorsale. Les nageoires de la poitrine et les jugulaires sont conformées à peu près comme dans les autres lophies; mais les jugulaires ont une ressemblance moins imparfaite avec une main humaine, ou plutôt avec un pied de quadrupède. On compte quatre branchies dans chacun des deux organes de la respiration. Le corps est hérissé, en beaucoup d’endroits, de petits aiguillons crochus ei de courts filaments ; il est d’ailleurs brun par-dessous, et couleur d’or pardessus, avec des bandes, des raies et des taches irrégulières et brunes !.

Les habitudes de la lophie histrion sont semblables à celles de la baudroie, On lui a donné le nom qu’elle porte , à cause des mouvements prompts et variés qu'elle imprime à ses nageoires et à ses filaments, et desquels on a dit qu'ils avaient beaucoup de rapport avec des gestes comiques. Elle a d’ailleurs paru mériter ce nom par l’usage fréquent qu’elle fait, lorsqu'elle nage, de la faculté qu’elle a d’étendre et de gonfler une portion considérable de la partie inférieure de son corps, d’arrondir ainsi son

terre, pl. de l'Enc. méth. — Zophius compressus, Van Braein Houckgrest, Act. Haarl. 15. — Bloch, Hist. nat. des poissons, pl, 11. — Lophius pinnis dorsulibus tribus, Lagerstr. Chin. 21. — Lophius lumidus, Osb. It. 503. — Gronov. Zooph. 210. — Batrachus, etc., Klein, miss. pisc.5, p. 16, n.5,7, tab. 5, fig. 4. — Rana piscatrix minima, Plumier, dessins déjà cités. — Mus. ad. fr. 4, p. 56. — ]t. Wgoth. 157, tab. 5, fig. 5. — Guaperva, Marcgrav. Brasil. 450. — Willughby, Ichth., p. 50, tab. E, 2, fig. 2. — Pana piscatrix americana, Séba, mus. 1, p. 118, n.5,7, tab. 34, fig. 5,7. — Piscis brasiliensis cornutus, Petiv. Gazoph., tab. 20, fig. 6. — American toad-fish, Rai, pisc.. p. 29, n. 2.

{1l y a ordinairement à la nageoire dorsale 12 rayons, à chaque nageoire pectorale 411, à chaque nageoire juguiaire 5, à la nageoire de l'anus 7, à celle de la queue, qui est arrondie, 10,

volume avec vitesse, et de changer rapidement sa figure. Nous nous sommes déjà occupés, dans notre Discours sur la nature des poissons, de cette faculté, que nous retrouverons dans plusieurs espèces de ces animaux à un degré plus ou moins élevé, sur laquelle nous reporterons plusieurs fois notre attention, et que nous examinerons particulièrement de nouveau en traitant du genre des tétrodons.

La lophie histrion habite non-seulement dans la mer du Brésil, mais encore dans celle qui baigne les côtes de la Chine, et elle y parvient à la longueur de neuf ou dix pouces.

Nous avons trouvé, dans les manuscrits de Commerson, la description d’une lophie ‘, dont nous avons fait graver la figure d’après un des dessins de ce célèbre voyageur. Ce cartilagineux a de trop grands rapports avec l’histrion, pour que nous n’ayons pas: dù les rapporter l’un et l’autre à la même espèce. Voici en effet la seule différence qui les distingue, et qui, si elle est constante, ne peut constituer qu’une variété d'âge, ou de sexe, ou de pays. Le filament élastique qui s'élève derrière l'ouverture de la bouche, au lieu de porter un appendice charnu, divisé uniquement en deux parties, en soutient un partagé en trois lobes, dont kes deux extérieurs sont les plus épais ?. C’est dans la mer voisine des côtes orientales de l’Afrique que Commerson a trouvé l'individu qu’il a décrit, et qui avait près de cinq pouces de long, sur deux pouces, ou environ, de large.

LA LOPHIE CHIRONECTE 5.

Lopbhius chironectes, Lacep.; Antenuarius Chironectes, Cuv. t.

Page 1