LE BALISTE VIEILLE
Balistes Vetula, Gmel., Lacep., Cuv. ?.
La nombreuse famille des squales et celle des raies nous ont présenté la grandeur, la force, des armes terribles, des mouvements rapides,
1 Bourse, à la Martinique. — Old wife, en anglais. — Baliste vieille, Daubenton , Enc. méth.— Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « Balistes aculeis dorsi tribus, caudà bi- « furcâ, » Art. gen. 55, syn. 82. — Balistes vetula, Osb. It, 294. — Bloch, pl. 150.— Gronov., Zooph., n.195.—Browne, Jamaiq., p.456, n. 1. — Turdus oculo radiato. Catesb. Carol. 2, p. 22, tab. 22.— Séb. mus. 5, p. 62, n. 14, tab. 24, fig. 14. — « Capriscus, extremä caudà et pinnâ dorsali in te- « nuissima et longissima fila productis, etc., et capriscus rubro « iride, etc. » Klein, miss. pis. 5, p. 25, n. 4et11. — Guaperva peisce-porco, Marcgr. Brasil., p. 161. — Pis Ind., p.57. — Jonston, pisc., p.188, tab. 54, fig. 2. — Guaperva maximé caudata, Willughby, Ichth. app., p.21, tab. I, 25. — Raï. pisC., p. 49, n.4. — Sultan ternate, Valent. Ind. 5, p. #0, n. 202, f. 202.—File-fish, Grew. mus. p.115.—« Ca- «priscus variegatus, caudà fuscinulatä, » Plumier, dessins déjà cités.
? Du genre Baliste et du sous-genre des Balistes proprement dits, selon M. G. Cuvier, D.
tous les attributs de la puissance. Le genre des lophies nous a montré ensuite les ressources de Ja ruse qui supplée au pouvoir. Toutes ces finesses d’un instinct assez étendu, et ces armes redoutables d’énormes espèces, nous les avons vues également employées pour attaquer de nombreux ennemis, pour saisir une proie abondante , pour vaincre des résistances violentes. Le genre des balistes va maintenant déployer devant nous des moyens multipliés de défense : mais nous chercherons en vain dans cette famille tranquille cette conformation intérieure qui donne le besoin d’assaillir des adversaires dangereux, et ces formes extérieures qui assurent le succès. En répandant dans le sein des mers les lophies et les squales, la nature y a semé et des périls cachés , et des dangers évidents, souvent inévitables : on dirait que, suspendant son souffle créateur, et réagissant en quelque sorte contre elle-même , elle a eu la destruction pour but, lorsqu’elle a produit les squales et les lophies. En plaçant au contraire les balistes au milieu de ces mêmes mers , elle paraît avoir repris plus que jamais l’exercice de sa puissance vivifiante, et ne lavoir dirigée que vers la conservation. Ce ne sont pas des animauxämpétueux qu’elle a armés pour les combats , mais des êtres paisibles qu'elle a munis pour leur sûreté. Aussi, lorsque nous retirons nos regards de dessus les genres que nous venons d'examiner, lorsque nous cessons d’observer et leurs diverses embuscades et leurs attaques à force ouverte, lorsque surtout, nous dégageant du milieu des requins et des autres squales très-grands et très-voraces, nous ne voyons plus les flots de la mer rougis par le sang de nombreuses victimes , ou des gouffres animés et insatiables engloutissant à chaque instant une nouvelle proie, et que nous arrêtons notre vue sur cette famille des balistes , que la nature a si favorablement traitée, puisqu’elle a été destinée à ne faire ni recevoir aucune offense , à n’inspirer ni éprouver aucune crainte, nous ressentons une affection un peu voisine du sentiment auquel se livrent avec tant d’attraits ceux qui, parcourant l’histoire des actes de l’espèce humaine , soulagent par la douce contemplation des époques de vertu et de bonheur leur cœur tourmenté par Le spectacle des temps d’infortunes et de crimes.
Le contraste offert par les genres que nous venons d'examiner, et par celui qui se présente
à nous, est d'autant plus marqué; et la sensation qu’il fait naitre est d’autant plus vive, que rien ne répugne à l'œil ni à l’esprit dans la considération de cette intéressante famille des balistes, Si elle ne recherche pas les combats, elle ne fuit pas lâchement, même devant des ennemis très-supérieurs en force ; elle se défend avec courage ; elle use de toutes ses ressources avec adresse ; et elle a reçu la plus brillante des parures. Nous ferons voir, en décrivant les différentes espèces qui la composent, qu’elle présente les couleurs les plus vives , les plus agréables et les mieux opposées. En observant même les balistes les mieux traités à cet égard, on dirait que la distribution, la nuance et l’opposition de leurs couleurs ont souvent servi de modèle au goût délicat, préparant pour la beauté les ornements les plus propres à augmenter le don de plaire.
Et que l’on ne soit pas étonné de cette empreinte de la magnificence de la nature, que l'on voit sur les différentes espèces de balistes : c’est dans les climats les plus chauds qu'elles habitent. Excepté une seule de ces espèces, que l’on trouve dans le bassin de la Méditerranée , elles n'ont été encore vues que dans ces contrées équatoriales, où des flots de lumière et toutes les influences d’une chaleur productive pénètrent, pour ainsi dire, et l’air, et la terre, et les eaux; où volent dans l’atmosphère les oiseaux-mouches, ceux de paradis, les colibris , les perroquets, et tant d’autres oiseaux richement décorés; où bourdonnent au milieu des plus belles fleurs tant d’insectes resplendissants d'or, de vert et d’azur ; où les teintes de l’arc-en-ciel se déploient avec tant d’éclat sur les écailles luisantes des serpents et des quadrupèdes ovipares, et où, jusqu’au sein de la terre, se forment ces diamants et ces pierres précieuses que l’art sait faire briller de tant de feux diversement colorés. Les balistes ont aussi recu une part distinguée des dons dela chaleur et de la lumière répandues dans les mers équatoriales , aussi bien que sur les continents dont ces mers arrosent les bords. Ils ajoutent d’autant plus, sur ces plages échauffées par un soleil toujours voisin, à la pompe du spectaclé qu'y présentent les eaux et tout ce qu’elles recèlent, qu’ils forment des troupes très-nombreuses. Chaque espèce de baliste renferme en effet beaucoup d'individus, et le genre entier de ces beaux poissons contient tant d'espèces,
DES POISSONS
qu’un des naturalistes les plus habiles et les plus exercés à ordonner avec convenance et à observer avec fruit des légions d'animaux, le célèbre Commerson, s’écrie dans son ouvrage!, en traitant des balistes : Quelle vie pourrait suffire pour décrire, pour comparer, pour bien connaître tous ceux que l’on a déjà vus?
Mais sachons quelles sont les formes sur lesquelles la nature a disposé les couleurs diversifiées dont nous venons de parler. Examinons en quoi consistent les moyens de défense dont les balistes sont pourvus.
Leur corps est très-comprimé par les côtés, et se termine le plus souvent, le long du dos et sous le ventre, par un bord aigu que l’on à comparé à une carène. Il est tout couvert de petits tubercutes, ou d’écailles très-dures , réupis par groupes , distribués par compartiments plus ou moins réguliers, et fortement attachés à un cuir épais. Ce tégument particulier revêt non-sSeulement le corps proprement dit des balistes, mais encore leur tête , qui paraît le plus souvent peu distincte du corps; et il cache ainsi tout l’animal sous une sorte de cuirasse et de casque , que des dents très-acérées ont beaucoup de peine à percer. Mais, indépendamment de cette espèce d’armure défensive et complète, ils ont encore, pour protéger leur vie, des moyens puissants de faire lâcher prise aux ennemis qui les attaquent.
Dés aiguillons , à la vérité très-petits, mais très-durs , hérissent souvent une partie de leur queue ; etcomme ils sont recourbés vers la tête, ils auraient bientôt ensanglanté la gueule des gros poissons qui voudraient saisir et retenir un baliste par la queue.
Les cartilagineux du genre dont nous traitons ont d’ailleurs deux nageoires dorsales ; et la première de ces nageoires présente toujours un rayon très-fort, très-gros, très-long, et souvent garni de pointes, qui, couché dans une fossette placée sur le dos, et se relevant avec vitesse à la volonté de l'animal , pénètre trèsavant dans le palais de ceux de leurs ennemis qui les attaquent par la partie supérieure de leur corps , et les contraint bientôt à s’enfuir, ou leur donne quelquefois la-mort par une suite de blessures multipliées, qu’il peut-faire en s’abaïssant et se redressant plusieurs fois ?.
4 Manuscrits déjà cités.
3 La manière rapide dont les balistes redressent le rayon long et épineux de leur première nageoire dorsale, a été
Les nageoires inférieures, ou, pour mieux dire, la nageoire thorachique, et improprement appelée ventrale , présente dans Îes balistes une conformation que l’on n’a encore observée dans aucun genre de poissons. Non-seulement les nageoires dites ventrales sont ici rapprochées de très-près , comme sur le mâle du squale roussette; non-seulement elles sont réunies, comme nous le verrons, sur les Cycloplères parmi les cartilagineux , et sur les Gobies parmi les poissons osseux; mais encore elles sont confondues l’une dans l'autre, réduites à une seule, et même quelquefois composées d'un seul rayon.
Ce rayon, soit isolé, soit accompagné d’autres rayons plus ou moins nombreux , est presque toujours caché en grande partie sous la peau ; et cependant il est assez gros, assez fort, et souvent assez hérissé de petites aiguilles, pour faire de la nageoire thorachique une arme presque aussi redoutable que la première nageoire dorsale, et mettre le dessous du corps de l’animal à couvert d'une dent ennemie.
Cet isolement, dans certains balistes, du rayon très-allongé que l’on voit à la première nageoire dorsale et à l’inférieure , et sa réunion avec d'autres rayons moins puissants, dans d'autres animaux dela même famille, sont les caractères dont nous nous sommes servis pour répandre quelque clarté dans la description des diverses espèces de ce genre, et pour en faire retenir les attributs avec plus de facilité. C’est par le moyen de ces caractères que nous avons établi quatre sous-genres, dans lesquels nous avons distribué les balistes conaus.
Nous avons placé dans le premier ceux de ces poissons qui ont plus d’un rayon à la première nageoire du dos et à la nageoire dite ventrale; nous avons mis dans le second les balistes qui, n'ayant qu’un rayon à la première nageoire du dos, en ont cependant plusieurs à la thorachique; nous avons compris dans le troisième ceux qui au contraire, n'ayant qu’un rayon à la nageoire inférieure, en ont plus d’un à la première du dos; et enfin nous avons composé le quatrième sous-genre des balistes qui ne présentent "qu’un seul rayon tant à la nageoire inférieure qu'à la première dorsale.
L'ouverture des branchies est étroite, située au-dessus et très-près des nageoires pectorales,
comparée à celle avec laquelle se débandaient autrefois certaines parties d'instruments de guerre propres à laricer des dards; et voilà d'où vient le nom de ces animaux.
et garnie d’une membrane qui est ordinairement soutenue par deux rayons.
L'ouverture de la bouche est aussi très-peu large; et l’on compte à chaque mâchoire au moins huit dents, dont les deux antérieures sont les plus longues, qui, étant larges et aplaties de devant en arrière, et ne se terminant pas en pointe, ressemblent beaucoup à celles que l’on a nommées incisives dans l’homme et dans les quadrupèdes vivipares. Elles sont, pour ainsi dire, fortifiées, au moins le plus souvent, par des dents à peu près semblables, placées à l’intérieur, et appliquées contre les intervalles des dents extérieures. Ces äents auxiliaires sont quelquefois au nombre de six de chaque côté; et comme les extérieures et les intérieures sont toutes d’ailleurs assez grandes et assez fortes par elles-mêmes, il n’est pas surprenant que les balistes s’en servent avec avantage pour briser des corps très-durs, et pour écraser non-seulement les coraux dont ils recherchent les polypes, et l'enveloppe solide qui revêt les crustacées, dont ils sont plus ou moins avides, mais encore jies coquilles épaisses qui recèlent les animaux marins dont ils aiment à se nourrir.
Des crabes, de petits mollusques, des polypes bien plus petits encore, tels sont en effet les aliments qui conviennent aux balistes ; et s’il leur arrive d'employer à attaquer une proie d’une autre nature, des armes dont ils se servent pour se défendre avec courage et avec succès, ce n’est que lorsqu'une faim cruelle les presse, et que la nécessité les y contraint.
Au reste, nous avons ici un exemple de ce que nous avons fait remarquer dans notre Discours sur la nature des poissons. Nous avons dit que ceux qui se nourrissent de coquillages présentent ordinairement les plus belles couieurs : les balistes, qui préfèrent les animaux des coquilles presque à tout autre aliment, n'offrent-ils pas en effet des couleurs aussi vives qu'agréables ?
Il est des saisons et des rivages où ceux qui se sont nourris de balistes, en ont été si gravement incommodés , que l’on a regardé ces poissons comme renfermant un poison plus ou moins actil. Que l’on rappelle ce que nous avons dit, au sujet des animaux venimeux, dans le discours que nous venons de citer. Il n’est pas surprenant que, dans certaines circonstances de temps ou de lieu, des balistes nourris de mol-
lusques et de polypes doni les sucs peuvent être mortels pour l’homme et pour quelques animaux, aient eu dans leurs intestins quelques restes de ces vers malfaisants qu’on n’aura pas eu le soin d’en ôter, et, par le moyen de ce poison étranger, aient causé des accidents plus ou moins funestes à l'homme ou aux animaux qui en auront mangé. Il peut même se faire qu'une longue habitude de ces aliments nuisibles ait détérioré les sues et altéré les chairs de quelques balistes , au point de leur donner des qualités presque aussi délétères que celles que possèdent ces vers marins : mais les balistes n’en sont pas moins par eux-mêmes dénués de tout venin proprement dit; et les effets qu'éprouvent ceux qui s’en nourrissent, ne peuvent ressembler aux suites d’un poison réel que lorsque ces cartilagineux ont perdu la véritable nature de leur chair et de leurs sues, ou qu'ils contiennent une substance étrangère et dangereuse. On ne doit done manger de balistes qu’après les plus grandes précautions; mais il ne faut pas moins retrancher le terrible pouvoir d’empoisonner , des qualités propres à ces animaux. Les balistes s’aident, en nageant, d’une vessie à air qu'ils ont auprès du dos; ils ont cependant reçu un autre moyen d'augmenter la facilité avec laquelle ils peuvent s'élever ou s’abaisser au milieu des eaux de la mer. Les técuments qui recouvrent leur ventre sont susceptibles d’une grande extension; et J’animal peut, quand il le veut, introduire dans cette cavité une quantité de gaz assez considérable pour y produire un gonflement très-marqué. En accroissant ainsi son volume par l’admission d’un fluide plus léger que l’eau, il diminue sa pesanteur spécifique, et s'élève au sein des mers, Il s'enfonce dans leurs profondeurs, en faisant sortir de l’intérieur de son corps le gaz qu’il y avait fait pénétrer ; et lorsque la crainte produite par quelque attouchement soudain , ou quelque autre circonstance, foni naître dans le baliste une compression subite, le gaz, qui s'échappe avec vitesse, passe avec assez de rapidité et de force au travers des intestins, du gosier, de l'ouverture de | la bouche, et de celle des branchies, pour faire entendre une sorte de sifflement. Nous avons déjà vu des effets très-analogues dans les tortues ; et nous en trouverons de presque semblables dans plusieurs geures de poissons osseux , tels que les zées , les trigles et les cobites.
Malgré le double secours d’une vessie aérienne et de la dilatation du ventre, les balistes paraissent nager avec difficulté : c’est que la peau épaisse, dure et tuberculeuse, qui enveloppe la queue, ôte à cette partie la liberté de se mouvoir avec assez de rapidité pour donner à l’animal une grande force progressive ; et ceci confirme ce que nous avons déjà dit sur la.véritable cause dela vitesse de la natation des poissons.
Tels sont les caractères généraux qui appartiennent à tous les balistes. Chaque espèce en présente d’ailleurs de particuliers que nous allons indiquer, en commençant par celle à laquelle nous avons conservé le nom de Vieille, et que nous devons faire connaître la première.
Cette dénomination de Vieille vient de la nature du sifflement qu'elle produit, et dans lequel on à voulu trouver des rapports avec les sons d’une voix affaiblie par l’âge, et de la forme de ses dents de devant, que l’on a considérées comme un peu semblables à des dents décharnées.
Le baliste vieille parvient quelquefois jusqu’à la longueur de trois pieds, ou de près d’un mètre. L'ouverture des branchies est plus grande que sur la plupart des autres balistes ; trois rangs d’aiguillons sont ordinairement placés au devant de la nageoire thorachique, ou inférieure , qui est très-longue, et ne contribue pas peu à défendre le dessous du corps. La nageoire de la queue est en forme de croissant "; les deux rayons qui en composent les pointes se prolongent en très-longs filaments. De semblables prolongations terminent les rayons antérieurs de la seconde nageoire du dos; et le premier rayon de la première dorsale est trèsfort et dentelé par devant.
Voyons maintenant la nuance et la distribution des couleurs dont est peinte le plus souvent cette belle espèce de baliste.
. Le dessus du corps est d’un jaune foncé et rayé de bleu ; ce jaune s’éclaircit sur les côtés, et se change en gris dans la partie inférieure du corps. L’iris est rouge; et de chaque œil partent, comme d’un centre, sept ou huit petites
raies d’un beau bleu. Cette même couleur bleue borde les lèvres, les nageoires pectorales qui
4 Il y a communément à la membrane des branchies 2 rayons, à la première nageoire dorsale 5, à la seconde 29, aux nageoires pectorales 18, à la thorachique, improprement dite ventrale,. 12, à celle de l'anus 28, et à celle de la queue 14.
sont jaunes, celle de l’anus qui est grise, et la caudale qui est jaune, et elle s’étend sur la queue en bandes transversales, dont la teinte devient plus claire à mesure qu’elles sont plus éloignées de la tête.
La vieille se nourrit des animaux des coquilles. Elle est quelquefois la proie de gros poissons, malgré sa grandeur, sa conformation et ses piquants : mais alors elle est presque tou- : jours saisie par la queue , qui, dénuée d’aiguil-
lons , est moins bien défendue que le devant du corps, et d’ailleurs est douée d’une force à proportion beaucoup moins considérable; ce qui s'accorde avec ce que nous venons de dire sur la lenteur des mouvements des balistes.
On trouve la vieille non-seulement dans les mers de l’Inde, mais encore dans celles d’Amée rique, où cette espèce, en subissant quelque changement ‘ dans le nombre des rayons de ses nageoires et dans les teintes de ses couleurs, à produit plus d’une variété.
LE BALISTE ÉTOILÉ ?, Balistes stellatus, Lacep., Guv. 5,
Ce cartilagineux, décrit par Commerson, et vu par lui dans la mer qui entoure l’Ile de France, ne présente pas des couleurs aussi variées ni aussi vives que celles de la plupart des autres balistes ; mais celles qu’il montre sont agréables à l’œil, distribuées avec ordre, et d’une manière qui nous a indiqué le nom que nous lui donnons. Il est gris par-dessus, et blan= châtre par-dessous : des raies longitudinales et d’un blanc mêlé de gris s'étendent sur la seconde nageoire du dos et sur celle de l’anus ; et des taches presque blanches, très-petites, et semées sur la partie supérieure du corps, la font paraître étoilée. Cette parure simple, mais élégante, fait ressortir les formes qui suivent.
Un sillon assez profond est creusé sur le devant de la tête; l’ouverture de chaque narine est double; celle des branchies est très-étroite, placée presque perpendiculairement au-dessus de l’origine des nageoires pectorales, et située
4 On compte dans une de ces variétés : à la première nageoire du dos5 rayons, à la seconde 27, aux pectorales 14, à la thorachique 14, à celle de l'anus 25, à celle de la queue 12.
3% Balistes griseus, dorso maculis lenticularibus et exalbi- « dis consperso, ventraliunicà spuriâ. » Commerson, manuscrits déjà cités.
5 Dugenre Balisteet du sous-genre des Balistes proprement dits, Cuv. D.
au devant d’un petit assemblage d’écailles os- | le devant de l’œil jasque vers la base de la na-
seuses plus grandes que les autres.
On compte à la première nageoire dorsale trois rayons, dont le premier est très-long, trèsfort, et dentelé par devant.
La nageoire dite ventrale consiste dans un rayon très-gros et très-dur, ainsi que dans huit ou dix autres beaucoup plus courts, mais trèsforts, et rendus comme immobiles par la peau épaisse dans laquelle ils sont engagés. Celle de la queue est un peu échancrée en croissant. La seconde dorsale et celle de l'anus renferment presque un égal nombre de rayons , et par conséquent paraissent presque égales.
Peut-être faudrait-il rapporter à l’étoilé un baliste que le professeur Gmelin a nommé le Ponctué ?, qu’il ne paraît avoir connu que par ce qu’en a écrit le voyageur Nieuhof, et duquel il dit seulement qu’il habite dans les mers de l'Inde, et qu’il a le corps ponctué, ou semé de petites taches.