LES TORTUES
La nature a traité presque tous les animaux avec plus ou moins de faveur : les uns ont reçu la beauté, d’autres la force; ceux-ci la grandeur, ou des armes meurtrières; ceux-là des attributs d'indépendance, la faculté de nager ou celle de s’élever dans les airs. Mais exposés en naissant aux intempéries de l’atmosphère, les uns sont obligés de se creuser avec peine des retraites souterraines et profondes; les autres n’ont pour asile que les antres ténébreux des hautes montagnes ou des vastes forêts; ceux-ci, plus petits, sont réduits à se tapir dans les creux des arbres et des rochers, ou à aller se réfugier jusque dans la demeure de leurs plus cruels ennemis, aux yeux desquels ni leur petitesse, ni leur ruse ne peuvent les dérober longtemps; ceux-là, plus malheureux, moins bien conformés , ou moins pourvus d’instinct, sont forcés de passer tristement leur vie sur la terre nue, et n’ont pour tout abri contre les froids rigoureux et les tempêtes les plus violentes, que quelques branches d’arbres et quelques roches avancées : ceux dont la demeure est la plus commode et la plus sûre, ne jouissent de la douce paix qu’elle leur procure qu’à force de travaux et de soins; les tortues seules ont recu en naissant une sorte de domicile durable. Cet asile , capable de résister à de très-grands efforts, n’est pas même fixé à un certain espace : lorsque la nourriture leur manque dans les endroits qu’elles préfèrent , elles ne sont pas contraintes d'abandonner un toit construit avec peine, de perdre tout le fruit de longs travaux, pour aller peut-être avec plus de peine encore arranger une habitation nouvelle sur des bords étrangers ; elles portent partout avec elles l’abri que la nature leur a donné, et c’est avec toute vérité qu’on a dit qu’elles trainent leur maison, sous laquelle elles sont d'autant plus à couvert qu’elle ne peut pas être détruite par les efforts de Jeurs ennemis.
La plupart des tortues retirent quand elles veulent leur tête, leurs pattes et leur queue sous l’enveloppe dure et osseuse qui les revêt par-dessus et par-dessous, et dont les ouvertures sont assez étroites pour que les serres des oiseaux voraces , ou les dents des quadrupèdes carnassiers n’y pénètrent que. difficilement, Demeurant immobiles dans cette position de défense, elles peuvent quelquefois recevoir sans crainte, Comme sans danger, les attaques des animaux qui cherchent à en faire leur proie. Ce ne sont plus des êtres sensibles, qui opposent la force à la force, qui souffrent toujours par la résistance, et qui sont plus ou moins blessés par leur victoire même : mais, ne présentant que leur épaisse enveloppe, c’est: en quelque sorte contre une couverture insensible que sont dirigées les armes de leurs ennemis; les coups qui les menacent ne tombent, pour ainsi dire, que sur la pierre, et elles sont alors aussi à l’abri sous leur bouclier naturel,
‘qu’elles pourraient l’être dans lé creux profond
et inaccessible d’une roche dure. Ce bouclier impénétrable qui les garantit est composé de deux espèces de tables osseuses plus ou moins arrondies et plus ou moins convexes. L'une est placée au-dessus et l’autre au-dessous du corps. Les côtes et l’épine du dos font partie de la supérieure, que l’on appelle carapace ; et l’inférieure, que l’on nomme plastron, est réunie avec les os qui composent le s{ernum.Ces deux couvertures ne se touchent et ne sont attachées : ensemble que par les côtés : elles laissent deux ouvertures, l’une devant et l’autre derrière ; la première donne passage à la tête et aux deux pattes de devant; la seconde aux deux pattes de derrière, à la queue et à la partie du corps où est situé l’anus. Lorsque les tortues veulent, ou marcher , ou nager, elles sont obligées d'étendre leur tête, leur col et leurs pattes, qui paraissent alors à l'extérieur, et ces divers membres, ainsi que la queue, le devant et le derrière du corps , sont couverts d’une peau qui s'attache au-dessous des bords de la carapace et du plastron, qui forme plusieurs plis , lorsque les pattes et la tête sont retirées, qui est assez lâche pour se prêter à leurs divers mouvements d'extension, et qui est garnie de petites écailles comme celle des lézards, des serpents et des poissons , avec lesquels elle donne aux tortues un trait de ressemblance. La tête,
dans presque toutes les espèces de ces animaux,