‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 67 sur 470 · MOLLE · texte numérisé non relu

MOLLE

orientale, Elle parvient à une grandeur considé. rable, et pèse quelquefois jusqu’à soixante-dix livres. Une de celles que M. Garden avait chez lui pesait de vingt-cinq à trente livres : ce naturaliste la garda près de trois mois, pendant lesquels il ne s’aperçut pas qu’elle eût rien mangé d’un grand nombre de choses qu’on lui avait présentées.

La carapace de cet individu avait vingt pouces de long et quatorze de large ; la couleur générale en était d’un brun foncé , avec une teinte verdâtre ; le milieu de cette couverture supérieure était dur, fort et osseux ; mais les bords, et particulièrement la partie postérieure étaient cartilagineux , mous, pliants , ressemblant à un cuir tanné, cédant aux impressions dans tous les sens, mais cependant assez épais et assez fort pour défendre et garantir animal. Cette carapace était couverte vers la queue de petites élévations unies et oblongues , et vers la tête, d’élévations un peu plus grandes.

Le plastron était d’une belle couleur blanchätre ; il était plus avancé de deux à trois pouces que la carapace, de telle sorte que, lorsque l’animal retirait sa tête, il pouvait la reposer sur la partie antérieure, qui était pliante et cartilagineuse. La partie postérieure du plastron était dure, osseuse, relevée et conformée de manière à représenter, selon M. Garden, une selle de cheval.

La tête était un peu triangulaire et pette, relativement à la grandeur de l’animal ; elle s’élargissait du côté du cou, qui était épais, long de treize pouces et demi, et que la tortue pouvait retirer facilement sous la carapace.

Les yeux étaient placés dans la partie antérieure et supérieure de la tête, assez près l’un de l’autre ; les paupières étaient grandes et mobiles ; la prunelle était petite, et l'iris entièrement rond , et d’un jaune très-brillant, faisait paraître les yeux très-vifs. Cette tortue avait une membrane clignotante, qui se fermait lorsqu'elle éprouvait quelque crainte , ou qu’elle s’endormait.

La boucheétait située dans la partie inférieure de la tête, ainsi que dans les autres tortues : chaque mâchoire était d’un seul os ; mais un des caractères les plus particuliers à cette tortue était la forme et la position de ses narines. Le dessus de la mâchoire supérieure se terminait par une production cartilagineuse un peu cylindrique , longue au moins de trois quarts

de pouce, ressemblant au groin d’une taupe, mais tendre, menue et un peu transparente ; à l'extrémité de cette production étaient placées les ouvertures des narines qui s’ouvraient aussi dans le palais.

Les pattes étaient épaisses et fortes ; celles de devant avaient cinq doigts , dont les trois premiers étaient plus forts, plus courts que les deux autres , et garnis d’ongles crochus. A la suite du cinquième doigt, étaient deux espèces de faux doigts, qui servaient à étendre une assez grande membrane qui les réunissait tous. Les pattes de derrière étaient conformées de même, excepté qu'il n’y avait qu’un faux doigt, au lieu de deux; elles étaient, ainsi que celles de devant, recouvertes d’une peau ridée, d’une couleur verdâtre et sombre. La tortue molle a beaucoup de force; et, comme elle est farouche, il arrive souvent que, lorsqu’elle est attaquée, elle se lève sur ses pattes, s’élance avec furie contre son ennemi , et le mord avec violence.

La queue de l’individu apporté à M. Garden était grosse, large et courte. Cette tortue était femelle ; elle pondit quinze œufs, et on en trouva à peu près un pareil nombre dans son corps lorsqu'elle fut morte : ces œufs étaient parfaitement ronds, et à peu près d’un pouce de diamètre.

La tortue molle est très-bonne à manger ; et l’on dit même que sa chair est plus délicate que celle de la tortue franche.

Nous présumons qu’à mesure que l’on connaîtra mieux les animaux du nouveau continent, on retrouvera dans plusieurs rivières de l'Amérique , tant septentrionale que méridionale, la tortue molle que l’on a vue dans celles de la Caroline et de la Floride. Pendant que M. le chevalier de Widerspach, correspondant du Cabinet du Roi, était sur les bords de l’Oyapock dans l’Amérique méridionale, ses nègres lui apportèrent la tête et plusieurs autres parties d’une tortue d’eau douce qu’ils venaient de dépecer, et qu’il a cru reconnaitre depuis dans la tortue molle, dont M. Pennant a publié la description.

Page 1