‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 70 sur 470 · DE LA GRECQUE · texte numérisé non relu

DE LA GRECQUE

dait comme un vieux domestique !. Aux latitudes un peu élevées, les grecques passent l'hiver dans des trous souterrains , qu’elles creusent même quelquefois, et où elles sont plus où moins engourdies, suivant la rigueur de la saison. Elles se cachent ainsi en Sardaigne vers la fin de novembre *.

Elles sortent de leur retraite au printemps ; et elles s'accouplent plus ou moins de temps après la fin de leur torpeur , suivant la température des pays qu’elles habitent : on a écrit et répété bien des fables ? touchant l’accouplement de ces tortues, l’ardeur des mâles, les craintes des femelles , etc. La seule chose que l'on aurait dû dire, c’est que les mâles de cette espèce ont reçu des organes très-grands pour iä propagation de leur espèce; aussi paraissent-ils rechercher leurs femelles avec ardeur, et ressentir l'amour avec force; on a même prétendu que, dans les contrées de l'Afrique où elles sont en très-grand nombre, les mâles se battent souvent pour la libre possession de leurs femelles ; et que, dans ces combats, animés par un des sentiments les plus impérieux , ils s’arment avec courage, quoique avec lenteur, les uns contre les autres, et s’attaquent vivement à coups de tête “.

Le temps de la ponte des tortues grecques varie avec la chaleur des contrées où on les trouve. En Sardaigne, c’est vers la fin de juin qu’elles pondent leurs œufs ; ils sont au nombre de quatre ou de cinq , et blancs comme ceux de pigeon. La femelle les dépose dans un trou qu’elle a creusé avec ses pattes de devant, et elle les recouvre de terre. La chaleur du soleil faitéelore les jeunes tortues qui sortent de l’œuf dès le commencement de septembre, n'étant pas encore plus grosses qu’une coque de noix ÿ.

La tortue grecque ne va presque jamais à Peau; cependant elle est conformée à l’intérieur comme les tortues de mer f : si elle n’est

4 Hist. nat. des Amphibies et des Poissons de la Sirdaigne, page 9.

? Idem, ibidem.

5 Conrad Gessner.

4 M. Linnée, Syst. Nat., ed. XIIL, pag. 552

5 Hist. nat. des Amphibies et des Poissous de la Sardaigne, pag. 10.

% Gérard Blasius, en disséquant une tortue de terre, trouva son péricarde rempli d'une quantité considérable d’eau limpide *. Nous verrons, dans l'article du Crocodile, que le péricarde d'un alligator, disséqué par Sloane, était également rempli d'eau.

* Observations anatomiques de Gérard Blasius, p. 63.

ne

point amphibie de fait et par ses mœurs, elle l'est donc jusqu’à un certain point par son organisation.

On trouve la tortue grecque dans presque toutes les régions chaudes et même tempérées de l’ancien continent, dans l’Europe méridionale, en Macédoine, en Grèce, à Amboine, dans l’île de Ceylan, dans les Indes, au Japon", dans l’île de Bourbon *, dans celle de l’Ascension , dans les déserts de l'Afrique : c’est sur tout en Libve et dans les Indes que la chair de la tortue de terre est plus délicate et plus saine que celle de plusieurs autres tortues : et l’on ne voit pas pourquoi il a pu être défendu aux Grecs modernes et aux Turcs de s’en nourrir.

Ce n’est que d’après des observations qui manquent encore , que l’on pourra déterminer si les tortues terrestres de l'Amérique méridionale sont différentes de la grecque *; si elles y sont naturelles, ou si elles y ont été portées d’ailleurs. Dans cette même partie du monde, où elles sont très-communes , on les prend avec des chiens dressés à les chasser. Ils les découvrent à la piste, et iorsqu’ils les ont trouvées , ils aboient jusqu’à ce que les chasseurs soient arrivés. On les emporte en vie; elles peuvent peser de cinq à six livres et au delà. On les met dans un jardin, ou dans une espèce de parc; on les y nourrit avec des herbes et des fruits ; et elles y multiplient beaucoup. Leur chair, qauoique un peu coriace, est d’assez bon goût; les petites tortues croissent pendant sept ou huit ans; les femelles s’accouplent quoiqu’elles n'aient acquis que la moitié de leur grandeur ordinaire, mais les mâles ont atteint presque tout leur développement lorsqu'ils s’unissent à leurs femelles ; ce qui paraîtrait prouver que, dans cette espèce, les femelles ont plus de chaleur que les mâles “ , et ce qui semblerait contraire à l’ardeur que les anciens ont attribuée

1 Hist. gén. des Voyages, tome XL, page 582, édit. in-42,

2 « L'île de Bourbon abondait autrefois en tortues de terre ; « mais les vaisseaux en ont tant détruit, qu'il ne s'en trouve « plus aujourd'hui que daus la partie occidentale, où les ha- « bitants même n'ont la permission d'en tuer que pendant le « carême. » Voyage de la Barbinais le Gentil autour du monde.

8 « 11 y a des tortues de terre qui se nomment Sabulis « dans la langue du Brésil, et que les habitants du Para pré- « fèrent aux autres espèces. Toutes se conservent plusieurs « mois hors de l'eau sans nourriture sensible. » Hist, gén. des Voyages, tome LELE, page 4538, édit. in-12.

4 Note communiquée par M. de la Borde.

aux mâles , ainsi qu’à l’espèce de retenue qu’ils ont supposée dans les femelles.

A l'égard de l’Amérique septentrionale et des îles qui l’avoisinent , il paraît que les tortues grecques s’y trouvent avec quelques légères différences dépendantes de la diversité du climat.

Leur grandeur , dans les contrées tempérées de l'Europe , est bien au-dessous de celle qu’elles peuvent acquérir dans les régions chaudes de l'Inde. On a apporté, de la côte de Coromandel, une tortue grecque qui était longue de quatre pieds et demi, depuis l’extrémité du museau jusqu’au bout de la queue, et épaisse de quatorze pouces. La tête avait sept pouces de long sur cinq de large , le cerveau et le cervelet n’avaient en tout que seize lignes de longueur sur neuf de largeur ; la langue, un pouce de longueur , quatre lignes de largeur , une ligne d'épaisseur ; la couverture supérieure, trois pieds de long sur deux pieds de large. Cette tortue était mâle, et avait le plastron concave ; la verge, qui était enfermée dans le rectum , avait neuf pouces de longueur, sur un pouce et demi de diamètre : la vessie était d’une grandeur extraordinaire ; on y trouva douze livres d’une urine claire et limpide.

La queue était très-grosse; elle avait six pouces-de diamètre à son origine, et quatorze pouces de long. Après la mort de l’animal , elle était tellement inflexible, qu’il fut impossible de la redresser ; ce qui doit faire croire que la tortue pouvait s’en servir pour frapper avec force. Elle était terminée par une pointe d’une substance dure comme de la corne !, et assez semblable à celle que l’on remarque au bout de la queue de la tortue scorpion. Les grandes tortues de terre ont doncrecu, indépendamment de leurs boucliers , des armes offensives assez fortes : elles ont des mâchoires dures et tranchantes , une queue et des pattes qu’elles pourraient employer à attaquer; mais comme elles n’en abusent pas, et qu’il paraît qu’elles ne s’en servent que pour se défendre, rien ne contredit, et au contraire tout confirme la douceur des habitudes et la tranquillité des mœurs de la grecque.

! Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, arlicle de la Grande Tortue des Indes *.

* Cette tortue n'est point de l'espèce de la grecque; c'est le Testudo {Chersine) relusa de Merrem, où Tesludo indica de Schneider, de schæpff, et de Gu elin. * D,

L'on conserve au Cabinet du Roi la dépouille de deux tortues grecques , qui étaient aussi très-grandes ; la carapace de l’une a près de deux pieds cinq pouces de longueur, et la seconde, près de deux pieds quatre pouces.

Nous avons remarqué, au bout de la queue de la première, une callosité semblable à celle de la tortue de Zoromandel : nous ne croyons cependant pas que cette callosité soit un attribut de la grandeur dans les tortues grecques ; nous avons vu, en effet, une dureté semblable au bout d’une tortue vivante, qui était à peu près de la taille de celle que nous avons décrite au commencement de cet article : à la vérité, comme elle en différait par la couleur verdâtre et assez claire de ses écailles, il pourrait se faire que cet individu , sur lequel nous n’avons pu recueillir aucun renseignement particulier, constituât une variété constante, dont la queue serait garnie d’une callosité beaucoup plus tôt que dans les tortues grecques ordinaires *.

Le Cabinet du Roi renferme aussi une tête de tortue de terre apportée de l’ile Rodrigue, et qui a près de cinq pouces de longueur.

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