GC. sclerops, où cayman à lunettes : une arête transver
sale réunissant en avant les bords des deux orbites; quatre bandes de fortes écailles, transversales, sur la nuque. Commun à la Guyane et au Brésil. Il est décrit et figuré par Merrian, pl. 69 ; et par Seba, pl. 104, fig. 10,
8. C. palpebrosus, ou à paupières osseuses : ayant un osselet mobile dans la paupière supérieure, et la nuque cou-
- verte de quatre rangées de plaques.—De Cayenne.
9, GC: lucius, où à museau de brochet : museau déprimé, parabolique et non pointu; quatre rangées de plaques sur la nuque.—De l'Amérique septentrionale. C’est l’4{ligator de Catesby.
10, C. trigonalus, à museau assez convexe, sans arêtes saillantes ; un osselet dans les paupières ; ciuq rangées de plaques sur le cou; les plaques du dos élevées et trigones.—De l'Afrique occidentale?
Selon M. Cuvier, le C. suchus de M. Geoffroy ne diffère pas du C. vulgaris, et le C. bopholis de Schneider n’est pas suffisamment caractérisé. Tous les caymaus d'Amérique ont été confondus par Gmelin sous le nom commun de Lacerta Alligator, D,
les confins de la terre et des eaux , étend sa puissance sur les habitants des mers et sur ceux que la terre nourrit. L’emportant en grandeur sur tous les animaux de son ordre, ne partageant sa subsistance ni avec le vautour, comme l'aigle, ni avec le tigre, comme le lion, il exerce une domination plus absolue que celle du lion et de l'aigle; et il jouit d’un empire d'autant plus durable qu’appartenant à deux éléments, il peut échapper plus aisément aux piéges ; qu'ayant moins de chaleur dans le sang , il a moins besoin de réparer des forces qui s’épuisent moins vite; et que pouvant résister plus longtemps à la faim , il livre moins souvent des combats hasardeux.
Il surpasse, par la longueur de son corps, et l’aigle et le lion, ces fiers rois de l’airet de la terre; et si l’on excepte les très-grands quadrupèdes, comme l'éléphant, l’hippopotame, etc., et quelques serpents démesurés, dans lesquels la nature paraît se complaire à prodiguer la matière, il serait le plus grand des animaux , si, dans le fond des mers, dont il habite les bords, cette nature puissante n’avait placé d'immenses cétacées. Il est à remarquer qu'à mesure que les animaux sont destinés à fendre l’air avec rapidité, à marcher sur la terre ou à cingler au milieu des eaux, ils sont doués d’une grandeur plus considérable. Les aigles et les vautours sont bien éloignés d’égaler en grandeur le tigre, le lion et le chameau ; à mesure même que les quadrupèdes vivent plus près des rivages , il semble que leurs dimensions augmentent, comme dans l'éléphant et dans l’hippopotame, et cependant la plupart des animaux quadrupèdes, dont le volume est le plus étendu, sont moins grands que les crocodiles qui ont atteint le dernier degré de leur développement. On dirait que la nature aurait eu de la peine à donner à de très-grands animaux des ressorts assez puissants pour les élever au milieu d’un élément aussi léger que l’air, et même pour les faire marcher sur la terre, et qu’elle n’a accordé un volume , pour ainsi dire gigantesque , aux êtres vivants et animés, que lorsqu'ils ont dû fendre Pélément de l’eau, qui, en leur cédant par sa fluidité, Les a soutenus par sa pesanteur. L'art de l’homme, qui n’est qu'une application des forces de la nature, a été contraint de suivre la même progression ; il n’a pu faire rouler sur la terre que des masses peu considérables ; il n’en
a élevé dans les airs que de moins grandes encore, et ce n’est que sur la surface des ondes qu’il a pu diriger des machines énormes.
Mais cependant comme le crocodile ne peut vivre que dans les climats très-chauds, et que les grandes baleines, etc., fréquentent de préférence , au contraire , les régions polaires, le crocodile ne le cède en grandeur qu’à un petit nombre des animaux qui habitent les mêmes pays que lui. C’est donc assez souvent sans trouble qu’il exerce son empire sur les quadrupèdes ovipares. Incapable de désirs très-ardents, il ne ressent pas la férocité . S’it se nourrit de proie, s’il dévore les autres animaux , s’il attaque même quelquefois l’homme, ce n’est pas, comme on l’a dit du tigre, pour assouvir un appétit cruel, pour obéir à une soif de sang que rien ne peut étancher, mais uniquement pour satisfaire des besoins d'autant plus impérieux, qu’il doit entretenir une masse plus considérable. Roi dans son domaine, comme lPaigle et le lion dans les leurs, ila, pour ainsi dire, leur noblesse en même temps que ieur puissance. Les baleines , les premiers des cétacées auxquels nous venons de le comparer, ne détruisent également que pour se conserver ou se reproduire; et voilà donc les quatre grands dominateurs des eaux , des rivages, des déserts et de l’air, qui réunissent à la supériorité de la force une certaine douceur dans l'instinct, et laissent à des espèces inférieures, à des tyrans subalternes, la cruauté sans besoin.
La forme générale du crocodile est assez semblable, en grand, à celle des autres lézards. Mais, si nous voulons saisir les caractères qui lui sont particuliers , nous trouverons que sa tête est allongée, aplatie et fortement ridée; le museau gros et un peu arrondi; audessus est un espace rond, rempli d’une substance noirâtre, molle et spongieuse, où sont placées les ouvertures des narines ; leur forme est celle d’un croissant, et leurs pointes sont tournées en arrière. La gueule s'ouvre jusqu’au delà des oreilles ; les mâchoires ont quelquefois plusieurs pieds de longueur; l’inférieure est terminée de chaque côté par une ligne droite; mais la supérieure est comme festonnée ; elle s’élargit vers le gosier de manière à déborder de chaque côté la mâchoire de
! Aristote est le premier naturaliste qui l'ait reconnu.
dessous; elle se rétrécit ensuite, et la laisse dépasser jusqu’au museau, où elle s’élargit de nouveau, et enferme, pour ainsi dire, la mâchoire inférieure.
Il arrive de là que les dents placées aux endroits où une mâchoire déborde l’autre pa-
raissent à l’extérieur comme des crochets ou
des espèces de dents canines : telles sont les dix dents qui garnissent le devant de la màchoire supérieure. Au contraire, les deux dents les plus antérieures de la mâchoire inférieure, non-seulement s’enfoncent dans la mâchoire de dessus lorsque la gueule est fermée, mais elles y pénètrent si avant qu’elles la traversent en entier, et s'élèvent au-dessus du museau , où leurs pointes ont l’apparence de petites cornes ; c'est ce que nous avons trouvé dans tous les individus d’une longueur un peu considérable que nous avons examinés. Cela est même trèssensible dans un jeune crocodile du Sénégal, de quatre pieds trois ou quatre pouces de long, que l’on conserve au Cabinet du Roi. Ce caractère remarquable n’a cependant été indiqué par personne, excepté par les mathématiciens jésuites que Louis XIV envoya dans l’Orient , et qui découvrirent un crocodile dans Île royaume de Siam.
Les dents sont quelquefois au nombre de trente-six dans la mâchoire supérieure , et de trente dans la mâchoire inférieure ; mais ce nombre doit souvent varier. Elles sont fortes, un peu creuses, striées, coniques, pointues, inégales en longueur ?, attachées par de grosses racines, placées de chaque côté sur un seul rang , et un peu courbées en arrière, principalement celles qui sont vers le bout du museau. Leur disposition est telle que, quand la gueule est fermée, elles passent les unes entre les autres ; les pointes de plusieurs dents inférieures occupent alors des trous creusés dans les gencives de dessus, et réciproquement. MM. les académiciens, qui disséquèrent un très-jeune crocodile amené en France en 1681, arrachèrent quelques dents, et en trouvèrent de trèspetites placées dans le fond des alvéoles : ce
4 Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Animaux, tome IIL*,
2 Ce sont les plus lougues que Pline appelle canines. Hist, nat., liv. XI, chap. 61.
* Ce crocodile de Siam, €. siamensis, Schneid., est de l'espèce que M. Cuvier appelle C. galealus, différente de celle du crocodile propre ment dit, €. vulgaris. D.
DU CROCODILE
qui prouve que les premières dents du crocodile tombent et sont remplacées par de nouvelles, comme les dents incisives de l’homme et de plusieurs quadrupèdes vivipares !.
La mâchoire inférieure est la seule mobile dans le crocodile, ainsi que dans les autres quadrupèdes. Il suffit de jeter les yeux sur le squelette de ce grand lézard, pour en être convaincu , malgré tout ce qu’on a écrit à ce sujet *.
Dans la plupart des vivipares, la mâchoire
inférieure , indépendamment du mouvement de hauten bas, a un mouvement dedroite à gauche et de gauche à droite, nécessaire pour la trituration de la nourriture. Ce mouvement a été refusé au crocodile, qui d’ailleurs ne peut mâcher que difficilement sa proie , parce que les dents d’une mâchoire ne sont pas placées de manière à rencontrer celles de l’autre : mais elles retiennent ou déchirent avec force les animaux qu’il saisit, et qu’il avale le plus souvent sans les broyer * : il a par là avec les poissons un trait de ressemblance auquel ajoutent la conformation et la position des dents de plusieurs chiens de mer, assez semblables à celles des dents du crocodile.
Les anciens *, et mêmequelques modernes Ÿ, ont pensé que le crocodile n’avait pas de langue; il en a une cependant fort large , et beaucoup plus considérable en proportion que celle du bœuf, mais qu’il ne peut pas allonger ni darder à l'extérieur , parce qu'elle est attachée aux deux bords de la mâchoire inférieure par une membrane qui la couvre. Cette membrane est percée de plusieurs trous, auxquels aboutissent des conduits qui partent des glandes de Ja langue 6.
Le crocodile n’a point de lèvres ; aussi, lorsqu’il marche ou qu’il nage avec le plus de tranquillité, montre-t-il ses dents, comme par fu-
* Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Animaux, tome IIL, art. du Crocodile *.
? Labat, vol. II, pag. 544. — Rai, Synopsis animalium, pag. 262.
5 « Le crocodile avale ses aliments sans les mâcher, et « sans les mêler avec de la salive : il les digère cependant « avec facilité, parce qu'il a en proportion une plus grande « quantité de bile et de sucs digestifs qu'aucun autre ani- « mal.» Voyez le Voyage en Palestine, par Hasselquist, pag. 346.
4 Voyez Pline, liv. XI, chap. 65.
5 Hist. nat. de la Jamaïque, pag. 461.
# Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Animaux, art. du Crocodile.
+ L'est encore du €. galeatus de M. Gavier qu'il s’agitici. D, LEE
rie ; et ce qui ajoute à l’air terrible que cette conformation lui donne, c’est que ses yeux étincelants, très-rapprochés l’un de l’autre ; placés obliquement , et présentant une sorte de regard sinistre, sont garnis de deux paupières dures , toutes les deux mobiles ! , fortement ridées, surmontées par un rebord dentelé, et, pour ainsi dire, par un sourcil menaçant. Cet aspect affreux n’a pas peu contribué sans doute à la réputation de cruauté insatiable que quelques voyageurs lui ont donnée : ses yeux sont aussi, comme ceux des oiseaux, défendus par une membrane clignotante qui ajoute à leur force ?.
Les oreilles situées très-près, et au-dessus des yeux , sont recouvertes par une peau fendue et un peu relevée, de manière à représenter deux paupières fermées , et c’est ce qui a fait croire à quelques naturalistes que le crocodile n'avait point d'oreilles , parce que plusieurs autres lézards en ont l’ouverture plus sensible, La partie supérieure de la peau qui ferme les oreilles est mobile; et lorsqu'elle est levée, elle laisse apercevoir la membrane du tambour.
Certains voyageurs auront apparemment pensé que cette peau , relevée en forme de paupières, recouvrait des yeux; et voilà pourquoi l’on a écrit que l’on avait tué des crocodiles à quatre yeux ?. Quelque peu proéminentes que soient ces oreilles , Hérodote dit que les habitants de Memphis attachaient des espèces de pendants à des crocodiles privés qu’ils nourrissaient.
Le cerveau des crocodiles est très-petit *.
La queue est très-longue ; elle est, à son origine , aussi grosse que le corps, dont elle parait une prolongation ; sa forme aplatie, et assez semblable à celle d’un aviron, donne au crocodile une grande facilité pour se gouverner dans l’eau, et frapper cet élément de manière à y nager avec vitesse. Indépendamment de ce secours , les trois doigts des pieds de derrière sont réunis par des membranes , dont il peut se servir comme d'espèces de nageoires : ces doigts sont au nombre de quatre; ceux des pieds de
4 pline a écrit que la paupière inférieure du crocodile était seule mobile; mais l'observation est contraire à cetta opinion.
2 Browne, Hist. nat. de la Jamaïque, pag. 461 ”.
5 Histoire des Moluques, liv. II, pag. 116.
4 Mémoires pour servir à l'Hist. nat. des Animaux, art. du Crocodile.
* peut-être le crocodile de Browne est-il de l'espèce du C. actitüs de
M. Cuvier, D.
devant , au nombre de cinq ; dans chaque pied il n’y a que les doigts intérieurs qui soient garnis d'ongles, et la longueur de ces ongles est ordinairement d’un ou deux pouces.
La vature a pourvu à la sûreté des crocodiles en les revêtant d’une armure presque impénétrable ; tout leur corps est couvert d’écailles , excepté le sommet de la tête, où la peau est collée immédiatement sur l’os. Celles qui couvrent les flancs , les pattes et la plus grande partie du cou, sont presque rondes , de grandeurs différentes, et distribuées irrégulièrement. Celles qui défendent le dos et le dessus de la queue sont carrées , et forment des bandes transversales. Il ne faut donc pas, . pour blesser le crocodile , le frapper de derrière : en avant, comme si les écailles se recouvraient : les unes les autres, mais dans les jointures des . bandes qui ne présentent que la peau. Plusieurs naturalistes ont écrit que le nombre de ces bandes variait ! suivant les individus. Nous les avons comptées avec soin sur sept crocodiles de différentes grandeurs, tant de l'Afrique que de l’Amérique : l’un avait treize pieds neuf pouces six lignes de long, depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité de la queue ; le second , neuf pieds; le troisième et le quatrième , huit pieds; le cinquième , quatre ; le sixième , deux ; le septième était mort en sortant de l’œuf. Ils avaient tous le même nombre de bandes , excepté celui de deux pieds , qui paraissait, à la rigueur , en présenter une de plus que les autres.
Ces écailles carrées ont une très-grande dureté , et une flexibilité qui les empêche d’être cassantes ? ; le milieu de ces lames présente une sorte de crête dure qui ajoute à leur solidité *,
4 Ces bandes varient en effet en nombre, selon les espèces. C'est même en partie sur la différence de ce nombre que M. Cuvier a fondé la distinction de celles qu'il admet. D.
3? « Les écailles du crocodile sont à l'épreuve de la balle, à « moins que le coup ne soil liré de très-près, ou le fusil très- « chargé. Les Nègres s'en font des bonnets, ou plutôt des « casques, qui résistent à la hache. » Labat, vol: II, pag. 547; Voyage d'Atkins; Hist. gén. des Voyages, liv. VII.
La dureté de ces écailles doit être cependant relative à l'âge, aux individus, et peut-être au sexe. M. de la Borde assure que la croûte dont les crocodiles sont revêtus ne peut être percée par la balle qu'au-dessous des épaules. Suivart M. de la Coudrenière, on peut aussi la percer à coups de fusil sous le ventre et vers les yeux. Observat. sur le crocodile de la Louisiane, par M; dela Coudrenière. Journal de Physique, 1782,
3 Les crêtes voisines des flancs ne sont pas plus élevées que les autres, et ne peuvent point opposer une plus grande résistance à la balle, ainsi qu'on l'a décrit. Je m'en suis assuré par l'inspection de plusieurs crocodiles de divers pays.
; ve
et , le plus souvent, elles sont à l'épreuve de ja balle. L’on voit sur le milieu du cou deux rangées transversales de ces écailles à tubercules, l’une de quatre pièces , et l’autre de deux; et de chaque côté de la queue s’étendent deux rangs d’autres tubercules , en forme de crêtes, qui la font paraître hérissée de pointes, et qui se réunissent à une certaine distance de son extrémité , de manière à n’y former qu’un seul rang. Les lames qui garnissent le ventre, le dessous de la tête, du cou, de la queue , des pieds et la face intérieure des pattes , dont le bord extérieur est le plus souvent dentelé , for-
ment également des bandes transversales ; elles
sont carrées et flexibles, comme celles du dos, mais bien moins dures et sans crêtes. C’est par ces parties plus faibles que les cétacées et les poissons voraces attaquent le crocodile ; c’est par là que le dauphin lui donne la mort , ainsi que le rapporte Pline, et lorsque le chien de mer , connu sous le nom de Poësson-scie, lui livre un combat qu’ils soutiennent tous deux avec furie , le poisson-scie ne pouvant percer les écailles tubercules qui revétent le dessus de son ennemi, plonge et le frappe au ventre ‘. La couleur des crocodiles tire sur un jaune verdâtre , plus ou moins nuancé d’un vert faible , par taches et par bandes, ce qui représente assez bien la couleur du bronze un peu rouillé. Le dessous du corps , de la queue et des pieds, ainsi que la face intérieure des pattes, sont d’un blanc jaunâtre : on a prétendu que le nom de ces grands animaux venait de la ressemblance de leur couleur avec celle qu safran, en latin crocus, et en grec xpoxos !
‘On a Fe. aussi qu'il venait de crocos et de deilos, qui signifie fimide , parce qu’on a cru
qu'ils avaient horreur du safr an ?. Aristote pa-.
raîit penser que les crocodiles sont noirs : il y en a en effet de très-bruns sur la rivière du Sénégal , ainsi que nous l’avons dit; mais ce grand HÉNAEERE ne devait pas les connattré.
Les crocodiles ont quelquefois cinquanteneuf vertèbres : sept dans le cou, douze dans le dos , cinq dans les lombes , deu à la place de Les sacrum , et trente-trois dans la queue ; mais le SEE de ces vertèbres est variable:
Fan œsophage est très-vaste, et susceptible d’une grande dilatation ; ils n’ont point de ves- + Hist. gén. des Voyages, tome XXXIX, pag. 88, édit, in-
3 Gesner, de Quadrup. ovip., | ag. 18,
DU CROCODILE
sie comme les tortues ; leurs uretères se déchargent dans le rectum ; l’anus est situé au-des-
sous et à l'extrémité postérieure du corps ; les
parties sexuelles des mâles sont renfermées dans l’intérieur du corps , jusqu’au moment de Vaccouplement , ainsi que dans les autres lézards et dans les tortues ; et ce n’est que par l'anus qu’ils peuvent les faire sortir. Ils ont deux glandes ou petites poches au-dessous des mâchoires , et deux autres auprès de l'anus : ces quatre glandes contiennent une matière volatile , qui leur donne une odeur de musc assez forte ‘.
La taille des crocodiles varie suivant la température des diverses contrées dans lesquelles on les trouve. La longueur des plus grands ne passe guère vingt-cinq ou vingt-six pieds dans les climats qui leur conviennent le mieux ; il paraît même que , dans certaines contrées qui leur sont moins favorables , comme les côtes de la Guyane, leur longueur ordinaire ne s’étend pas au delà de treize ou quatorze pieds ?. Un
4 Voyez le Voyage aux îles Madère, Barbade, de la Jamaïque, etc., par Sloane, tome II, pag. 552. On y trouve une description des parties intérieures du crocodile, que nous traduisons en partie ici, attendu qu'elle a été faite sur un assez grand individu, sur un alligator de seize pieds de long. « La « trachée-artère était fléchie : elle présentait une division « avant d'entrer dans les poumons, qui n'étaient que des vé- « sicules entremélées de vaisseaux sanguins, et qui étaient « composés de deux grands lobes, un de chaque côté de l'é- « pine du dos. Le cœur était petit; le péricarde renfermait « une grande quantité d'eau. Le diaphragme paraissait mem- « braneux, ou plutôt tendineux et nerveux. Le foie était long « et triangulaire : il y avait une grande vésicule du fiel, « pleine d'une bile jaune et claire. Je n'observai point de « rate (c'est toujours Sloane qui parle) : les reins placés au- « près de l'anus, étaient larges et attachés à l'épine.... Ce « crocodile n'avait point de langüe (ceci ne doit s'enten- « dre que d'une langue libre et dégagée de toute membrane) : « l'estomac, qui était fort large, et garni intérieurement « d’une membrane dure, contenait plusieurs pierres rondes « et polies, du gravier tel qu'on le trouve sur le bord de la « mer, et quelques arêtes... Les yeux étaient sphériques et « garnis tous les deux d’une forte membrane clignotante : la « pupille était allongée comme celle des chats.» On peut comparer ces détails avec ceux que donne Hasselquist, dans son Voyage en Palestine, pag. 544 ei suiv.
.? Browne prétend que les crocodiles parviennent souvent à la longueur de quatorze à vingt-quatre pieds. Hist. nat. de la Jamaïque, pag. 461.
Les crocodiles, ou alligators, sont très-communs sur les côtes et dans les rivières profondes de la Jamaïque, où on en prit un de dix-neuf pieds de long, dont on offrit la peau comme une rareté à Sloane. Voyage aux Îles Madère, Barbade, de la Jamaïque, etc., par Sloane, vol. IX, pag. 552.
« La rivière du Sénégal abonde, auprès de Ghiam, en cro- « codiles, beaucoup plus gros et plus dangereux que ceux qui « se trouvent à l'embouchure. Les lap:Ôts du général en pri- « rent un de vingt-cinq pieds de long, à la joie extrême des « habitants, qui se figurèrent que c'était le père de tous les « autres, et que sa mort jeiterait l’effroi parmi tous les mon-
mée de dents. dt Distance des deux yeux. 0 2 0 Grand diamètre de l'œil. Ole 1145 Circonférence du corps à l'endroit le plus gros. 4 4 6 Largeur dé la tête derrière les yeux. 41° 6 Largeur du museau à l'endroit le plus étroit. 0 8 0
individu de cette longueur , dont la peau est conservée au Cabinet du Roi , a plus de quatre pieds de circonférence dans Pendroit le plus gros du corps, ce qui suppose une circonférence de huit à neuf pieds dans les plus grands crocodiles. Au reste, on pourra juger des proportions de ce grand quadrupède ovipare , par la note suivante !, qui présente les principales dimensions de l'individu dont nous venons de parler.
« stres de sa race. » Second voyage du sieur Brue sur le Sénégal. Hist. gén. des Voyages.
Quelques voyageurs ont attribué une grandeur plus considérable au crocodile. Barbot dit qu'il s'en est trouvé dans le Sénégal et dans la Gambie, qui n'avaient pas moins de trente pieds de long : suivant Smith, ceux de Sierra-Léona ont la même longueur. Jobson parle aussi d’un crocodile de trentetrois pieds de long; mais comme il n'avait mesuré que la trace que cet ane avait laissée sur le sable, son témoignage ne doit pas être compté. Smith, Voyage en Guinée, Voyage du Cap. Jobson. Hist, géu. des Voyages, liv. VII.
On trouve, suivant Catesby, à la Jamaïque, et dans plusieurs endroits du continent. de l'Amérique septentrionale, des crocodiles de plus de vingt pieds de long. On pent voir dans Gesner, liv. II, art. du Crocodile, tout ce que les anciens ont écrit touchant la grandeur de cet animal, auquel quelques-uns d'eux ont attribué une longueur de vingt-six coudées.
Basselquist dit, dans son Voyage en Palestine, pag. 547, que les œufs de crocodile qu'il décrit avaient appartenu à uue femelle de trente pieds.
« Sur le bord d’une rivière, qui se jette dans la baie de « Saint-Augustin, île de Madagascar, les gens du capitaine « Keeling tuèrent à coups de fusil nn aïiligator, espèce de « crocodile, qu'ils virent marcher fort lentement sur la rive. « Quoique mort d'un grand nombre de coups, les mouve- « ments convulsifs qui lui restaient encore étaient capables « d'inspirer de la frayeur. Il avait seize pieds delong, etsa « gueule était si large, qu'il ne parut pas surprenant qu'elle « pût engloutir un homme. Keeling fit transporter ce mon- « stre jusqu'à son vaisseau, pour en donner le spectacle à tous « ses gens. On l'ouvrit : l'odeur qui s'en exhala parut fort « agréable; mais, quoique la chair ne le fût pas moins à la. « vue, les plus hardis matelots n’osèrent en goûter. » Voyage du capitaine William Keeling à Bantam et à Banda, en 4607 *.
pi. po.lig.
{ Longueur totale. 15 79 Longueur de la tête. 2,3 0 Lougucur depuis l'entre-deux des yeux jusqu au
bout du museau. 1 "626 Longueur de la mâchoire supérieure. 4240 00.
Longueur de la partie de la mâchoire qui est ar-
Longueur des pattes de devant jusqu'au bout des doigts. 4 9 0 Longueur des pattes de derrière jusqu'au bout
des doigts. 2202 35 Longueur de la queue. 6 0 3 Circonférence de la queue à son origine. 2 10 0
* On remarquera que tous les alinea de cette note sont relatifs à autant d'espèces dislinctes, vues par divers voyageurs dans des lieux très-éloignés les uns des autres; aussi ne sera-t-on pas surpris des différences de dimensions qu'on y trouve rapportées. D,
C’est au commencement du printemps que l'amour fait éprouver ses feux au crocodile.
Cet énorme quadrupède ovipare s’unit à sa femelle en la renversant sur le dos, ainsi que les autres lézards ; et leurs embrassements paraissent très-étroits. On ignore la durée de leur union intime; mais, d’après ce que l’on a observé touchant les lézards de nos contrées, leur accouplement, quoique bien plus court que celui des tortues, doit être plus prolongé, ou du moins plus souvent renouvelé que celui de plusieurs vivipares ; et lorsqu'il a cessé, l’attention du mâle pour sa compagne ne passe pas tout à fait avec ses désirs, et il l’aide à se remettre sur ses pattes.
On a cru, pendant longtemps, que les crocodiles ne faisaient qu’une ponte; mais M. de la Borde nous apprend que, dans l’Amérique méridionale , la femelle fait deux et quelquefois trois pontes éloignées l’une de l’autre de peu de jours; chaque ponte est de vingt à vingt-quatre œufs !, et par conséquent il est possible que le crocodile en ponde en tout soixante-douze, ce qui se rapproche de l’assertion de M. Linnée, qui a écrit que les œufs du crocodile étaient quelquefois au nombre de cent.
La femelle dépose ses œufs sur le sable, le long des rivages qu’elle fréquente ; dans certaines contrées, comme aux environs de Cayenne et de Surinam *?, elle prépare, assez près des eaux qu’elle habite, un petit terrain élevé, et creux dans le milieu ; elle y ramasse des feuilles et des débris de plantes, au milieu desquels elle fait sa ponte; elle recouvre ses œufs avec ces mêmes feuilles ; il s’excite une sorte de fermentation dans ces végétaux, et c’est la chaleur qui en provient, jointe à celle de l’atmosphère, qui fait éclore les œufs. Le temps de la ponte commence, aux environs de Cayenne, en même temps que celui de la ponte des tortues, c’est-à-dire dès le mois d'avril; mais il est plus prolongé. Ce qui est très-singulier, c’est que l’œuf d’où doit sortir un animal aussi grand que l’alligator n’est guère plus gros que l’œuf d’une poule d’Inde, suivant Catesby *. 1]
4 Note communiquée par M. de la Borde, médecin du roi à Cayenne, et correspondant du Cabinet de Sa Majesté,
? Note communiquée par M. de la Borde.
5 Catesby, Hist. nat. de la Caroline, vol. IE, pag. 65 *.
* Toutes ces notes sur les mœurs des crocodiles sont sans doute particulières à l'espèce appelée C. Lucius par M. Cuvier. D,
y a au Cabinet du Roi un œuf d’un crocodile de quatorze pieds de longueur, tué dans la haute Égypte, au moment où il venait de pondre. Il est ovale et blanchâtre; sa coque est d’une substance crétacée, semblable à celle des œufs de poule, mais moins dure; la tunique intérieure qui touche à l’enveloppe crétacée est plus épaisse et plus forte que dans la plupart des œufs d’oiseaux. Le grand diamètre n'est que de deux pouces cinq lignes , et le petit diamètre d’un pouce onze lignes. J’en ai mesuré d’autres, pondus par des crocodiles d’Amérique, qui étaient plus allongés, et dont le grand diamètre était de trois pouces sept lignes , et le
-petit diamètre de deux pouces.
Les petits crocodiles sont repliés sur euxmêmes dans leurs œufs; ils n’ont que six ou sept pouces de long lorsqu'ils brisent leur ecoque. On a observé que ce n’est pas toujours avec leur tête, mais quelquefois avec les tubercules de leur dos qu’ils la cassent. Lorsqu’ils en sortent ils traînent, attaché au cordon ombilical , le reste du jaune de l’œuf, entouré d’une membrane, et une espèce d’arrière-faix composé de l’enveloppe dans laquelle ils ont été enfermés. Nous l’avons observé dans un jeune crocodile pris en sortant de l’œuf et conservé au Cabinet du Roi. Quelque temps après qu'ils sont éclos on remarque encore sur le bas de’ leur ventre l'insertion du cordon ombilical !, qui disparaît avec le temps; et les rangs d’écailles qui étaient séparés, et formaient une fente longitudinale par où il passait, se réunissent insensiblement. Ce fait est analogue à ce que nous avons remarqué dans de jeunes tortues de l’espèce appelée la Ronde, dont le plastron était fendu , et dont on voyait au dehors la portion du ventre où le cordon ombilical avait été attaché.
Les crocodiles ne couvent done pas leurs œufs; on aurait dû le présumer d’après leur naturel , et l’on aurait dû , indépendamment du témoignage des voyageurs, refuser de croire ce que dit Pline du crocodile mâle, qui, suivant ce grand naturaliste, couve, ainsi que la femelle, les œufs qu’elle a pondus ?. Si nous jetons en effet les yeux sur les animaux ovipares qui sont susceptibles d’affections tendres et de soins empressés; si nous observons les oi-
4 Séba, vol. I, pag. 162 ét suiv, Pline, liv. X, chap. 82,
DU CROCODILE
seaux, nous verrons que les espèces les moins ardentes en amour sont celles où le mâle abandonne sa femelle après en avoir joui : ensuite viennent les espèces où le mâle prépare le nid avec elle, où il la soulage dans la recherche des matériaux dont elle se sert pour le construire, où il veille attentif auprès d’elle pendant qu’elle couve, où il paraît charmer sa peine par son chant : et enfin celles qui ressentent le plus vivement les feux de l’amour sont les espèces où le mâle partage entièrement avec sa compagne le soin de couver les œufs. Le crocodile devrait donc être regardé comme trèstendrement amoureux, si le mâle couvait les œufs ainsi que la femelle. Mais comment attribuer cette vive, intime et constante tendresse , à un animal qui, par la froideur de son sang, ne peut éprouver presque jamais ni passions impétueuses, ni sentiment profond? La chaleur seule de l'atmosphère, ou celle d’une sorte de fermentation , fait donc éclore les œufs des crocodiles ; les petits ne connaissent done point de parents en naissant !; mais la nature leur a donné assez de force, dès les premiers moments de leur vie, pour se passer de soins étrangers. Dès qu’ils sont éclos, ils courent d'eux-mêmes se jeter dans l’eau, où ils trouvent plus de sûreté et de nourriture ?. Tant qu’ils sont encore jeunes, ils sont cependant dévorés non-seulement par les poissons voraces , mais encore quelquefois par les vieux crocodiles , qui, tourmentés par la faim , font alors par besoin ce que d’autres animaux sanguinaires paraissent faire uniquement par cruauté.
On n’a point recueilli assez d’observations sur les crocodiles , pour savoir précisément quelle est la durée de leur vie ; mais on peut conclure quelle est très-longue, d’après l’observation suivante, que M. le vicomte de Fontange, commandant pour le roi dans l’île Saint- Domingue , a eu la bonté de me communiquer.
M. de Fontange a pris à Saint-Domingue de jeunes crocodiles qu’il a vus sortir de l’œuf; il les a nourris , et a essayé de les amener vivants en France; le froid qu’ils ont éprouvé dans la traversée les a fait périr. Ces animaux avaient déjà vingt-six mois, et ils n’avaient encore qu’à
! Cependant, suivant M. de la Borde, à Surinam, la femelle du crocodile se tient toujours à une certaine distance de ses œufs, qu'elle garde, pour ainsi dire, et qu'elle défend avec une sorte de fureur lorsqu'on veut y toucher.
? Catesby, Eist, nat, de la Caroline, etc., vol, II, pag. 63.
peu prés vingt pouces de longueur. On devrait donc compter vingt-six mois d’âge pour chaque vingt pouces que l’on trouverait dans la longueur des grands crocodiles, si leur accroissement se faisait toujours suivant la même proportion; mais, dans presque tous les animaux, le développement est plus considérable dans les premiers temps de leur vie. L’on peut donc croire qu'il faudrait supposer bien plus de vingt-six mois pour chaque vingt pouces de la longueur d’un crocodile. Ne comptons cependant que vingt-six mois, parce qu’on pourrait dire que, lorsque les animaux ne jouissent pas d’une liberté entière , leur accroissement est retardé, et nous trouverons qu’un crocodile de vingt-cinq pieds n’a pu atteindre à tout sor développement qu’au bout de trente-deux ans et demi. Cette lenteur dans le développement du crocodile est confirmée par l'observation des missionnaires mathématiciens que Louis XIV envoya dans l'Orient, et qui, ayant gardé un très-jeune crocodile en vie pendant deux mois, remarquèrent que ses dimensions n’avaient pas augmenté , pendant ce temps, d’une manière sensible . Cette même lenteur a fait naitre, sans doute, l’erreur d’Aristote et de Pline, qui pensaient que le crocodile croissait jusqu’à sa mort ; et elle prouve combien la vie de cet animal peut être longue. Le crocodile habitant en effet au milieu des eaux, presqueautant que les tortues marines, n’étant pas revêtu d’une croûte plus dure qu’une carapace, et croissant pendant bien plus de temps que la tortue franche, qui paraît être entièrement développée après vingt ans, ne doit-il pas vivre plus longtemps que cette grande tortue, qui cependant vit plus d’un siècle?
Le crocodile fréquente de préférence les rives des grands fleuves dont les eaux surmontent souvent leurs bords, et qui, couvertes d’une vase limoneuse , offrent en plus grande abondance les testacées , les vers, les grenouilles et les lézards, dont il se nourrit?. Il se plaît surtout dans l’Amérique-Méridionale #,
‘ Mémoires pour servir à l'Hist. nat. des Animaux, tome III.
3 « Les crocodiles de l'Amérique septentrionale fréquen- « tent non-seulement les rivières salées proche de la mer, « mais aussi le courant des eaux douces plus avant dans les « terres, et les lacs d'eaux salées et d'eaux douces. Ils se tien- « nent cachés sur leurs bords, parmi les roseaux, pour sur- « prendre le bétail et les autres animaux. » Catesby, Hist, nat. de la Caroline, vol. LE, pag. 65.
# Observations communiquées par M. de la Borde,
au milieu des lacs marécageux et des savanes noyées. Catesby, dans son Histoire naturelle de lu Caroline‘, nous représente les bords fangeux , baignés par les eaux salées, comme couverts de forêts épaisses d'arbres de banianes, parmi lesquels des crocodiles vont se cacher. Les plus petits s’enfoncent dans des buissons épais , où les plus grands ne peuvent pénétrer, et où ils sont à couvert de leurs dents meurtrières. Ces bois aquatiques sont remplis de poissons destructeurs , et d’autres animaux qui se dévorent les uns les autres. On y rencontre aussi de grandes tortues; mais elles sont le plus souvent la proie de ces poissons carnassiers, qui, à leur tour, servent d'aliment aux crocodiles , plus puissants qu’eux tous. Ces forêts noyées présentent les débris de cette sorte de carnage, et l’on y voit flotter des restes de carcasses d’animaux à demi dévorés. C’est dans ces terrains fangeux que, couvert de boue, et ressemblant à un arbre renversé, il attend immobile, et avec la patience que doit lui donner la froideur de son sang , le moment favorable de saisir sa proie. Sa couleur, sa forme allongée , son silence ; trompent les poissons, les oiseaux de mer, les tortues, dont il est très-avide. Il s’élance aussi sur les béliers, les cochons ?, et même sur les bœufs : lorsqu'il nage, en suivant le cours de quelque grand fleuve , ilarrive souvent qu’il n’élève au-dessus de l’eau que la partie supérieure de sa tête; dans cette attitude, qui lui laisse la liberté des yeux, il cherche à surprendre les grands animaux qui s’approchent de l’une ou de l’autre rive; et lorsqu'il en voit quelqu'un qui vient pour y boire, il plonge, va jusqu'à lui en nageant entre deux eaux, le saisit par les jambes, et l’entraîne au large pour l’y noyer. Si la faim le presse, il dévore aussi les hommes *, et particulièrement les nègres, sur lesquels on a écrit qu’il se jette de préférence *. Les trèsgrands crocodiles surtout, ayant besoin de plus d'aliments, pouvant être aperçus et évités plus facilement par les petits animaux, doivent éprouver plus souvent et plus violemment le
1 Catesby, vol. IL, pag. 65.
2 Catesby, Hist. nat. de la Caroline, vol. IT, p. 65.
8 Dans l'Égypte supérieure, ils dévorent très-souvent les femmes qui viennent puiser de l'eau dans le Nil, et les enfants qui se jouent sur le bord du fleuve. Hasselquist, Voyage en Palestine, pag. 347.
4 Observations sur le crocodile de la Louisiane, par M. de la Coudrenière, Journal de Physique, 1782,
tourment de la faim, et par conséquent être quelquefois très-dangereux, principalement dans l’eau. C’est en effet dans cet élément que le crocodile jouit de toute sa force, et qu’il se remue avec agilité malgré sa lourde masse, en faisant souvent entendre une espèce de murmure sourd et confus. S’il a de la peine à se tourner avec promptitude, à cause de la longueur de son corps, .c’est toujours avec la plus grande vitesse qu’il fend l’eau devant lui pour se précipiter sur sa proie; il la renverse d’un coup de sa queue raboteuse, la saisit avec ses griffes, la déchire ou la partage en deux avec ses dents fortes et pointues , et l’engloutit dans une gueule énorme , qui s’ouvre jusqu’au delà des oreilles pour la recevoir. Lorsqu'il est à
terre, il est plus embarrassé dans sès mouve-
ments, et par conséquent moins à craindre pour les animaux qu’il poursuit; mais, quoique moins agile que dans l’eau, il avance trèsvite quand le chemin est droit et le terrain uni. Aussi, lorsqu'on veut lui échapper, doit-on se détourner sans cesse. On lit dans la description de la Nouvelle-Espagne, qu’un voyageur anglais fut poursuivi avec tant de vitesse par un monstrueux crocodile sorti du lac de Nicaragua, que si les Espagnols qui l’accompagnaient ne lui eussent crié de quitter le chemin battu et de marcher en tournoyant, il aurait été la proie de ceterrible animal. Dans l'Amérique méridionale, suivant M. de la Borde, lesgrands crocodiles sortent des fleuves plus rarement que les petits ; l’eau des lacs qu'ils fréquentent venant quelquefois à s’évaporer, ils demeurent souvent pendant quelques mois à sec sans pouvoir regagner aucune rivière, vivant de gibier, ou se passant de nourriture, et étant alors très-dangereux.
Il y a peu d’endroits peuplés de crocodiles un peu gros, où l'on puisse tomber dans l’eau sans risquer de perdre la vie?. Ils ont souvent, pendant la nuit, grimpé ou sauté dans des canots, dans lesquels on était endormi, et ils en ont dévoré tous les passagers. Il faut veiller avec
4 Hist. gén. des Voyages, V° partie.
2 « Les crocodiles sont plus dangereux dansla grande rivièré a de Macassar que dans aucune autre rivière de l'Orient : ces « monstres ne se bornent point à faire la guerre aux poissons, « s'assemblent quelquefois en troupes, et se tiennent cachés « au fond de l'eau, pour attendre le passage des petits bâtiments. Ils les arrêtent, et se servant de leur queue comme d'un croc, ils les renversent et se jettent sur les hommes et « les animaux, qu'ilsentrainent dansleurs retraites. » Description de l'ile Célèbes, ou Macassar, Hist. gén, des Voyages,