‹ Histoire naturelle de la syphilis;Chapitre 4 sur 12 · A MES AUDITEURS · texte numérisé non relu

A MES AUDITEURS

Ce n'est donc ni à ceux de qui j'espère, ni à ceux de qui je crains, que ce livre sera dédié; c'est à ceux envers qui je suis redevable. Que vos suffrages, que le souvenir de votre sympathique empressement lui servent d'appui dans la dernière épreuve qu'il va affronter. Ils sont pour l'œuvre sa meilleure recommandation, comme, pour l'auteur, ils ont été son plus puissant encouragement , et demeureront sa plus précieuse récompense.

P. DIDAY.

J'ai comment ma pnAique spéciale en prescrivant, comme tous les médecins, le mercure à tous les syphilitiques. Après avoir passé douze années à observer les récidives qui se produisaient malgré tous mes efforts, je voulus essayer si» m ne donnant lé mercure quedans quelques cas déterminés, je n'aurais pas d'aussi bons résultats. L'étude que je publie aujourd'hui est le résultat de cette seconde pratique, qui dure depuis plus de huit ans. En assistant au développement de la syphilis sans l'influencer par l'action de son prétendu spécifique, j'ai pu obtenir ce qu'on avait négligé jusqu'à présent, c'est-à-dire connaître les lois de son évolution naturelle et les règles de sa curabilité spontanée.

C'est ce dernier point qui m'a surtout préoccupé. Prouver par des faits irrécusables qu'on peut guérir la syphilis sans mercure; apprendre à discerner de bonne

heure les cas qui se prêtent à cette méthode d'avec ceux où le mercure devient nécessaire; démontrer le pouvoir et enseigner Tusage de tous les agents que la pharmacie et rhygiëne fournissent, indépendamment des spécifiques, pour réaliser Télimination du virus, tel a été mon principal but. Il me paraît digne de fixer Tattention de mes confrères, de susciter leurs efforts dans le même sens.

La faveur publique ne s'attache guère aujourd'hui à cet ordre de recherches; je le reconnais. Mais je le reconnais sans découragement; et je m'estimerais heureux si la publication de cet essai pouvait marquer le moment où, après s'être si longtemps passionnés pour la chute et le triomphe des systèmes doctrinaux, les syphiligrapbes commenceront enfin à se préoccuper aussi des systèmes thérapeutiques.

Lyon, 30 avril \963.

Étiologie dm syphilis faibles ou fortes.

Messieurs,

En venant de Lyon à Paris pour parler de syphilis, pour vous entretenir de cette maladie, vous qui avez tant et de si dignes maîtres pour vous l'enseigner, qui avez eu tant et de si bonnes occasions pour l'apprendre, je ne puis échapper à un reproche, ou tout au moins à un soupçon. « Il arrive avec sa théorie toute prête, entendais-je tout à l'heure murmurer autour de moi. Voilà donc un nouveau système à ajouter à ceux qui encombrent déjà le champ si cultivé et toujours si aride de la syphiligraphie moderne. Quand en aurons-nous fini, bon Dieul avec toutes ces doctrines? et n'était-ce pas assez de celles que Paris enfante, de celles que l'étranger nous expédie presque chaque année? h

Fermez Toreille à ces injustes préventions, je vous en conjure, Messieurs. J'ai vu trop de systèmes, je les ai trop vus à l'œuvre pour vouloir en édifier un à mon tour. Je ne viens pas imposer aux faits un langage qui leur répugne. Je viens simplement vous rendre compte d'une pratique de vingt ans ; vous dire ce que j'ai cru y voir; vous demander si vous l'y voyez comme moi ; provoquer sur chaque point le contrôle significatif que je. saurai lire dans votre attitude; ouvrir, en un liMyt/avec vou», cet amical échange de demandes et de réponses, aussi sincère que notre mutuelle loyauté le comporte, aussi indépendant que l'intérêt de la science l'exige. Mon but, vous le voyez, ne s'élève point à la hauteur qu'on lui supposait. Il est tout à la fois plus positif et plus modeste; et si j'ai, en effet, la témérité de vouloir aujourd'hui faire école, ce n'est— le lieu où je vous parle l'a dit avàiat moi, -*- (fa'uM éeole pràHquè.

La syphilis ou vérole, a été tellement étudiée que, depuis longtemps, on se persuade qu'elle est connue. Deux grands obstacles, cependant, ont jusqu'à présent empêché qu'il en fût ainsi. Durant trois siècles au moins, on l'a confondue, systématiquement confondue avec d'autres maladies. En second lieu, on s'est habitué à ne l'observer, et par conséquent à ne la décrire qu'influencée, que défigurée paç l'action de remèdes plus ou moins actifs.

Les progrès de la syphiligraphie contemporaine m'ont servi à écarter la première de ces deux causes d'erreur. Il m'a suffi d'omettre les spécifiques chez quelques-uns de mes malades, pour neutraliser la seconde. Et ainsi je me suis, sans effort, trouvé en possession d'un champ d'observation entièrement neuf. Ainsi, s'est tout naturellement constituée Vhistoire naturelle de la syphilis.

Recueillons donc ensemble les fruits de cette étude»

PREMIÈRE LEÇÙS.

Messieurs, et, pour connaître enfin la syphilis, apprenons à la voir: 1* où eUe est; V comme elle est.

!• OtJ EST LA SYPHILIS?... Grande question, Messieurs; Différencu-

^ ' tion de 11 «y-

longuement débattue, encore litigieuse, et bien simple, bien fJi^jJi^lTit^facîle à trancher cependant pour quiconque apporte dans H^nw.^*"^" cet examen un peu d'expérience et de bonne foi.

Notre siècle, on lui rend cette justice, a beaucoup fait pour rétude des maladies vénériennes; avouons qull avait beaucoup à faire. Les anciens, — et je ne remonte pas audelà de quarante à cinquante années,— nous avaient légué un chaos à peine éclairé de rares et douteuses lueurs. Pour eux, toute lésion développée sur les organes génitaux, à l'occasion du coït, était réputée capable d'inftecter, et, comme telle, d'emblée, soumise au mercure. Le bubon, la gonorrhée, sous ce rapport, étaient les équivalents du chancre. Et, s'il faut s'étonner de quelque chose, c'est qu'on eût arbitrairement posé une barrière; c'est que, à côté des verrues syphilitiques (végétations), des fissures, des œdèmes syphilitiques (rhagades, cristalline), on n'admît pas, au même titre, l'existence d'acarus et de morpions syphilitiques!

Ce ftit l'œuvre et ITionneur des premiers pionniers de planter dans cette lande quelques solides jalons. Entre la Wennorrhagîe et les autres maladies v&iériennes, la confusion vous semble aujourd'hui impossible, n'est-il pas vrai. Messieurs? Et cependant, pour établir définitivement parmi nous cette distinction, il n'a fallu rien moins que les efforts, que les persévérants travaux, que le génie de Ricord.

Ricordl un vrai chef d'école, celui-là. Messieurs; un nom qu'on ne saurait laisser passer sans hii payer l*hommage de vingt générations de disciples reconnaissants! Partout où s'élève une chaire de syphiligraphie, absent ou présent, Bi-

8 DE LA SYPHIUS.

cord a sa place marquée entre le maître et les auditeurs. Car nous lui devons tout : et la science que nous cultivons, et la langue que nous parlons, et jusqu'à cet enthousiasme qui TOUS rassemble si empressés, si sympathiques autour du professeurjusque-là le plus obscur, dès que ce professeur annonce un cours sur la science que Ricord a popularisée ^1 lui donnimt son nom.

^j^JJ^JJ^^ Entre les deux espèces d'ulcères, entre les deux chancres, la différence était moins sensible : aussi la distinction a-t-elle rencontré plus d'obstacles pour s'établir. Et néanmoins ici encore, Ricord avait largement frayé la voie en prouvant par des milliers de faits que le chancre induré est seul suivi de syphilis constitutionnelle. En 1852, M. Bassereau fit voir que ce chancre-là n'est jamais engendré, c'està-dire transmis, que parle contact d'un chancre semblable, — En 1855 M. Clerc établit qu'il a, pour caractères propres, n'appartenant qu'à lui, une incubation prolongée, et l'inaptitude à être réinoculé au sujet qui le porte.

Ainsi se préparait, ainsi peu à peu était venue la clarté. En démontrant, l'un, que le chancre induré ou infectant a une origine, le second qu'il a des propriétés, le troisième qu'il a des conséquences, toutes différentes de celles du chancre mou ou chancre simple, ces trois éminents observateurs n'avaient-ils pas prouvé que les deux chancres ont chacun sa cause, c'est-à-dire sa nature à part?

On ne se rendit pas, toutefois. La lumière était faite : mais pour qu'elle éclairât suffisamment, peut-être fallait-il qu'une main unique en concentrât les rayons en un éblouissant faisceau. M. RoUet, qui récemment s'est chargé de cette tâche, l'a remplie de manière à détruire, ce nous semble, toute opposition consciencieuse... Et cependant, quelques-uns doutent, ou tout au moins nient encore!

Quant à moi, Messieurs, quand je vois,

d'une part, d'autre part ,

un ulcère dur, un ulcère mou

à incubation de deux ou trois sans incubation ; septénaires;

à processus d'inflammation: à processus d'inflammation adhésiTO (H. Lee); suppurative (H. Lee);

irréinoculable au sujet qui le réinoculable indéfiniment au

sujet qui le porte ;

porte (1); non abortible;

exclusif à l'espèce humaine ;

avortant toutes les fois qu'il a été complètement détruit;

transmissible à plusieurs espèces animales;

constamment accompagné à adénopathie non constante,

(chez les sujets indemnes) mais suppurant à l'instar de

d'une adénopathie constam- l'ulcère qui en est le point

ment indolente ; de départ ;

produisant toiyours, à terme bomi^nt toujours son action

fixe, une série de symptômes à un effet local ; généraux caractéristiques;

susceptible à l'influence eu- échappant complètement au

rative de quelques remèdes pouvoir des spécifiques ; généraux, dits spécifiques;

n'affectant qu'une seule fois se reproduisant, et avec la

le même individu de la même même intensité, sur un in-

manière: dividu autant de fois qu'on

le lui inocule :

(I) Voyez Noie I.

10 DE hk SYPHILIS.

ma raison, mon simple bon sens se refusent à croire que ce soient là deux dériTés d*un même principe morbide. Je me demaude, dans le cas où ces traits seraient jugés insuffisants pour accuser une différence de nature, quelles individualités, à ce compte, mériteront donc en nosographie de demeurer séparées? Il me semble que, pour l'observateur libre de préoccupaUon doctrisale, il y a, entre deux étals aussi profoncfêment dissemblables, tout autant de différeoce qu'entre le charbon et le furoncle, qu'entre la pustule de la variole et celle du favus. — Quand on me dit que, de ces deux maladies, l'une n'a commencé qu'il y a tantôt quatre siècles, tandis que l'autre était connue dès la plus haute antiquité, j^admets comme un fait prévu ce témoignage authentique (et non encore réfuté) de l'histoire impartiale. — Quand on me rappelle que, un chancreux étant donné, on rencontre toujours, chez le conjoint, pour agent de son mal un chancre semblable et non un chancre différent, je dis que, en proclamant le résultat de ces confrontations (que j'ai si souvent répétées moi-même), on n'a fait que rendre vrai de par l'expérience ce qui était vraisemblable de par l'indoctioa. — Enfin, quand le plus solide et le pkts ingénieux de nos alliés, quand M. RoUet Tient mon^^er que les deux chancres peuvent se si^ierposer, qu'ils cobb^ tituent ainsi un ulcère dont le fluide peut, étant inoculé, les reproduire tous les deux, je comprends à merveille l'ardente opposition de nos adversaires à cette simple vérité de fait, par laquelle est annihilé le spécieux argument qu'ils tirent des cas où l'inoculation d'un chancre cru simple a reproduit entre leurs mains xm chancre infectant.

Voyons donc, puisque je viens de les mettre en scène, quels sont nos adversaires, ou plutôt, voyons comment ils parviennent à expliquer autrement que nous ce grand fait

PREMtàftE LEÇON. II

iies pioj^étés, des oonséqueaces si esseaiieltement diflers&tes de diaeun d^ deux ehanores.

Pour eux, — et je ne l«s peiûs que d'après les propres paroles du plus auUwisé d'entre eux,— il n'y a qu'une seule cause morbide, qu'un seul et même virus. Si chu le voit donner lieu à des effets différents, sll produit dans tel cas un «luâoere sim^e, dans tel autre un cbanc^^e infectant, •c'est pw^ quil a rencontré chez le premier individu une résistance, ohez k deuxième une facilité, particulières à sa germination; c'est, conclut-on, parce que « le virus a modifié son action pathologique selon certaines ccmditions dépendant des aptitudes idiosyncrasiques. »

Vous sBiislsseï bien. Messieurs, le point de divergence entre les unitéi^tes et nous. Vous voyez l'aMme qui nous «épare, et que nous ne voulons combler par aucune transaction. Pour eux, la bénignité 6u la malignité du produit dép^id de la nature du terrain où la graine est tombée. Pour nous, au contraire, la différence est primordiale : elle tient uniquement à la différence de nature de la graine. Pour eux, par conséquent, le chancre simple qu'a une liNimie provient peut^re du chancre infectant d'un honm^ et dttos tous les cas, cette femme, avec son chancre simple^ pcwra donner à un autre homme un chan(a*e infectant Pour ftouS) au contraire, la femme ne peut donner, ne donne <fae c« qu'elle a reçu... (Toutefois, si elle a reçu ^ même homme, ou, en temps utile, de deux hommes, les •deux chancres, elle sera apte à les transmettre tous deux à un second preneur. Mais c'est en ce cas seulement qu'où verra, dans k filiation morbide, cette apparente fusiofi des deux chancres^ sim|^e coïncidence, dont la réflexion la plus élémentaire fait pressentir la possibilité, dont l'expérimentation a spécifié les conditions de production {et dont la clinique apprend k reconnaître les caractères dîstin^fs.)

12 IHS LA STPfilUS.

Ainsi le débat est ouTert ; mais ne craignez rien, Messieurs, je vais le fermer à Tinstant ; et cela, grâce à une proposition de telle nature que, acceptée ou refusée par la partie adverse, elle vous édifiera, dans l'un et l'autre cas, sur la force réelle de nos adversaires, et, ce qui est plus précieux, sur le degré de confiance qu'ils ont en leur force.

Je ne veux pas, en rééditant ici M. Bassereau, vous priver du plaisir de lire dans le texte même sa démonstraticm si péremptoire. Du minutieux dépouillement des faits auquel il s'est livré, je ne citerai donc que la conclusion.

Or, M. Bassereau ayant eu sous les yeux 311 malades atteints de syphilis constitutionnelle, interrogea scrupuleusement leur constitution, leur tempérament, leurs habitudes hygiéniques, leurs maladies antérieures ou intercurrentes. Il tint compte de tout, de l'âge, du sexe, de la saison où le mal avait été contracté, du nombre des chancres, de leur durée, etc. Et, tout calcul fait, il reconnut clairement que de ces conditions diverses aucune ne s'était montrée ni assez fréquente, ni assez accejituée chez les sujets syphilitiques pour pouvoir rendre compte de l'invasion de la syphilis chez eux. Il fit plus : il compara entre eux, sous le rapport de ces mêmes conditions individuelles, cent sujets dont le chancre n'avait pas été suivi de syphilis, et cent sujets dont le chancre avait été suivi de syphilis. Eh bien ! le résultat de ce parallèle fut qu'il constata chez les premiers et chez les seconds, à peu près la même proportion de tempéraments lymphatiques, de constitutions débiles, d'habitudes hygiéniques mauvaises, etc., etc.

Où se cachent donc ces fameuses prédispositions individuelles? Si M. Bassereau ne les a pu découvrir, les unitéistes qui les admettent, qui y croient, qui les invoquent, sontrils plus heureux? les ont-ils trouvées?

Trouvées!... ils ne les cherchent même pas. Prévoyant

PREMliU LEÇON. 13

hmï l'inutilité de la tentative, peu soucieux d'infliger à leur théorie i'éclatant opprobre d'un pareil échec, ils se gardent smgn^isement de préciser, de dire assee tdi pour qu'on puisse le vérifier, quelles sont, quand existent, chez un sujet, les conditions individuelles qui fabriquent la vérole. En vain, chaque jour, nous, dualistes, leur donnonsHdous l'exemple ; en vain, voient-ils tous nos pronostics justifiés par l'événement lorsque, sur le seul examen de son ulcère, nous avons dit à tel chancreux : a Dans six semaines vous aurez la vérole, » à tel autre : « Vous, vous ne l'aurez jamais. » Ils se .contentent, eux, d'enregistrer paisiblement le fait accompli.

Et cependant, « c'est, disent-ils, la constitution qui foit tout; c'est elle qui fait que, de deux individus également frappés par le même virus, l'un aura la vérole, l'autre n'aura rien. » — Or, s'il en e^ ainsi, leur répondrai-je, comment donc ne pouvez-vous jamais la signaler a priarip cette cause, qui devrait être si saisissable cependant puisqu'elle est capable de tels efiets? Mais non! fatalistes par force, prophètes du lendemain, ce n'est jamais qu'après la vérc^ éclose que vous nous dites : u La vérole devait venir ! »

La frwchise de mon langage choque-t-elle quelqu'un ici, Messieurs?... Eh 1 tant mieux, ma foil qu'il s'avance et qu'il veuille bien me pardonner, cet unitéiste chatouilleux. C'était le seul moyen de le faire sortir des rangs. Puisque enfin j'en tiens un, c'est tout à fait le moment d'exposer le programme de l'expérience dont je parlais tout à l'heure :

Voici deux sujets, deux hommes chez lesquels un chancre est apparu depuis huit jours. Prenons chacun le nôtre. Il s'agit de deviner, de spécifier, par écrite quel sort les attend, s'ils sont, oui ou non, prédestinés à la vérole.

Or, pour édifier ce proncMrt»^, pour dire si la vérole>ien-

14 DE LA SYPSIUS*

<lra, QaturellesEiem chaeon de nous ira utttieer les ^meMg qu'il sait efficaces, qu'il dit capiddes de foire laTén^. Prencms^lee ckmc, mais, toute l'épreuve e^ là, ut prenons qu'eux. Puisque, pour vous, imitéûrte, c'est la coustH^tioB^ l'idiosyncrasie, qui fait tout, appréciez l'universalité des éléments qui ont rapport à cet ordre de causes. Interrc^ez, visitea, scrutez celui des deux chancreux que vous aurez choisi. Informez-vous de ses hatûtudes, de sa santé antérïeure,de sa famille, percutez, meni^rez, auscultez, je vous le livre des pieds à la tête... sauf un tout petit point, dont l'expjbration vous est parfaitement inutile, sauf le siège du chancre, la verge et l'aine, qui, s'il vous plaît, resteront voilées pendant votre examen.

Quant à moi, dualiste, je n'en demande pas tant. Le chancreux qui m'est échu, je ne veux pas même le voir. S'il ne s'est, depuis six semaines, exposé à la contagion qu'avec une seule femme, si cette femme est depuis lors restée sans traitement, je ne demande qu'à la visiter. Et d'après ce seul examen, d'après ce que j'aurai trouvé ehez elle, je suis en n^sure de dire ce qu'il îwira, lui; je vais spécifier par écrit, si oui ou non, et pas plus tard que dans deux mois, il offrira des symptômes constitutionnels.

Acceptez-vous le défi, hoiiorés confrères?.,. Je suis prêt; fixons le lieu, et l'heure, nommez les juges. — Refusez* vous?... Alors, qu'on ne me parle plus d'unitéfeme; je cesse da discuter, du moment où je eesse de croire à la bonne foi de mes adversaires. Et la syphiligraphie, qui a enfin laissé de côté la question des blennorrhagies syphilitiques, a vraiment mieux à faire que de s'occuper plus longtemps des prétendions idîosyncrasies syphilîgènes!

En atteiulant, retenons un fait décisif, Messieurs, un grand fait d'expérimentation dinique. Vingt-six fois, des médôcins spéei^istes, compétents, ont— dans un butqu'on

PftEMlËRE LEÇON. 15

œ Saurait apiumi^er qu'au point de irue seientiflque, — iiio- Gufé à des sujeis saiBS le fluide, soit <te chancres indurés, s^ de lésions syi^itiques secondaires. Or, l'inoculation a quelquefois échoué, n'a rien produit au point piqué. Mais lorsqu'elle a produit quelque chose, quand elle a pris^ qu'at-eUe procbût? Touyours, invariablement, un chancre syphilitique, puis, au terme ordinaire, les symptômes constitutionaels; mais jamais, jamais, ^itenctez-TousI — pas une saule fois, un chancre simple ! Sur ces yingtrsix sujets d'âge, de sexe, de force, de santé si diverses, pris à Paris, à Lyon, à Prague, à Dublin, il ne s'en sera donc pas rencontré un seul pourvu des aptitudes idiosyno'asiques grâce auxquelles le virus, — à en croire les unitéistes, — ne peut plus engendrer qu'un chaaca» «impkl

' Gontn^ étrange l dans la contagion clinique, à l'hôpital ou^ci ville « sur trots chancreux on compte deux chancres simples oontre un seul chancre infectant. Et dans ces vingtsix expérimentations, pas un chancre simple n*a été observé I A quoi tient cette bimrre anomalie? comment va l'expliquer l'uaitéisme?... Ohl vous le comprenez, Ifessieurs, c'est que, eik réalilé, il n'y a pas d'autres chancres infectants capables de tran^onettre un chancre simple, que ceux dont on n'a pu constater la nature. CTest que, ccHcnme tous les autres, ce miraclo-là s'évanouit dès qu^il est permis d'y r^;;sff(ter de i^rèa.

M^ Mesàeurs, en présence de (tifféreiK^es aui^i profondes, est-ce assez d'une épitiiète pour les désigner, pour les graver dans l'esprit? A deux maladies qui n'cait rien de commua ei^re elles, est41 logique, est-il prudent de laisser la même dénommaticm? Je ne le pense pas. Si le néologisme est attlc»*iséY c'est surtout quand il peut aider à une légitime réfonne des idé^. Continuer à appder les deux ulcères du fiom générique de Aanere^ c'est vdbalairenieBt encour

16 DE LA SYPBIUS.

rager une coofUsion qui n'a été sans danger ni pour la théorie, ni pour la pratique. D'ailleurs, est-il rien <le plus impropre que Tépithète d*infectant^ par laquelle on persiste à dénommer la première lésion de la syphilis? Le chancre est si peu la cause de Tinfection que Tinfection est déjà faite au moment où le chancre apparaît. En fait de chancre infectant^ me disait un confrère trop expérim^ité, atteint lui-même de syphilis, en fait de chancre infectant, je n'en connais qu'un yraiment digne de ce nom : c*e^ celui de la femme qui m'a donné le mien!

La différence essentielle entre les deuxulcères étant, pour l'un la constante localisation du mal, pour l'autre sa i^n moins constante généralisation, c'est ce caractère distinctif, d'ailleurs le plus important en pratique, que la nomenclature doit, avant tout, consacrer. Or l'analogie la plus naturelle, la plus souvent invoquée en syphiligraphie , nmis en fournit le moyen. A côté de la variole, qui laisse de son passage dans l'organisme une trace profonde, prouvée par l'impossibilité d'en subir de nouveau l'atteinte, il existe une maladie qui lui ressemble sous quelques rapports ex;térieurs, la varicelle. Seulement, celle-ci ne détermine dans l'organisme que la réaction fébrile momentanée, effet com^ mun de toutes les phlegmasies simples.

Nomencia- Eh bien! utilisons cette analogie. Laissons le nom de chancre à la lésion primitive de la syphilis (l'ancien chancre infectant); Qt sq^pelons chancrelle l'ulcère local (l'ancien chancre simple). Cette terminologie a de plus l'avantage de laisser le nom de chancnâde disponible pour dé^gner une lésion d'ailleurs très-rigoureusement comparable à la varioloïde sous le rapport pathogénique, je veux dire la lésion que l'on voit naître de l'insertion du virus syphilitique sur un sujet qui a eu antérieurement la syphilis.

Veuillez donc en prendre note, Mes^eurs. — Daas la cours

ture.

de ces leçons j*aiq>ellerai toujours chancrelle^ ce que jusqu'à présent on a décrit sous les noms de chancre simple, chancre mou, chancre local, ulcère non infectant. Et j'appellerai chancre, sans aucun qualificatif, ce que jusqu'à présent on a décrit sous les noms de chancre infectant, chancre induré, chancre syphilitique.

y Gomment est la syphilis?... La question tous pa- étude de u

^ ^ typhilU telle

raltra sans doute naïve, Messieurs, après les trois siècles queiieeecom-

' ^ *^ porte abea-

et demi d'études qui ont élevé notre spécialité au rang JJîSfîiîuîï qu'elle occupe aujourd'hui. Je la maintiens, cependant, comme l'une des plus neuves qui méritent de vous intéresser.

Plusieurs causes ont empêché, empêchent de bien connaître la syphilis.

EHead'aboixlsubi le contre-coup des tendances ultra- fùsionnistes que je critiquais tout à l'heure. Nos prédécesseurs immédiats, il y a vingt ans, avaient trouvé la syphilis confondue avec deux autres maladies. Ils l'en ont séparée ; et ce toi leur gloire. Mais ils la condensèrent pour mieux l'isoler ; et il n'en faut accuser que l'étemel penchant de l'eqprit humain. C'est le fait de toutes les réactions d'outrepasser le but; c'est le propre de toute nationalité à l'état naissant de s'afQrmer une et indivisible. La syphiligraphie est-elle menacée de pareille déviation? Nous pourrions le craindre, à voir l'attitude de quelques ardents dualistes* Oubliant le renom triséculaire de protélforme, mérité et obtenu par la vérole, ils ont voulu en faire une affection toujours et dans tous les cas identique. « Il n'y a pas de maladie, écrivait l'un d'eux l'an dernier, dont l'individualité soit aussi tranchée. » De peur de laisser détruire le genre, ils refusent d'y admettre des espèces, voire des nuances* Opposant aux distinctions que révèle, qu'impose la pratique,

18 DE LA srmiLm.

de siibtiles ou magistrales fins de ooiHreeeYoir, ils r^iùeiit leur passé à force de Youloir en sauvegarder les concfuèlcs; et les mêmes hommes qui se yantent d'avoir promulgué la pluralité des maladies vénériennes, s'étonneiKt, se formalisent, en sont pr^que à s'indigner quand on vient tewr parler de Vincgalité des véroles I

D'autre part, je vous l'ai déjà dit, depuis bien longtemps on ne connaît la syphilis que telle qu'elle se conqiorte soumise à l'influence du mercure. Tel est l'eogouemiœt irréfléchi des médecins pour ce prétendu spéciique, qu'aucun d'eux n'oserait publier une observation où l'hydrargyre ne figurerait pas. Ce sont même les i4us expérimaités qui en donnent le plus et le plus longtemps; de telle sorte qu'un cas de syphilis abandonnée du commencemait à la fin à sa marche naturelle, et suivie dans cette évolution par un spécialiste comj^tent, est non-seulement ime rareté, mais un fait inouï, à une époque où l'on se flatte cepeiwiant d'avoir porté la syphiligraphie au terme le plus rapproché de sa perfection.

Ces causes, naturellement, ont produit leur effiet; et wici. Messieurs, ce que vous êtes habitués à croire, ce que vous entendrez chaque jour professer, comme artides de foi^ dans les chaires les plus autorisées , classiques ou semiclassiques :

A. La syi^lis, vous dit-on (la syphilis aeqiûse, bien entendu), eommenee par une lésion primitive tœjoars identique.

B. <c A part les variations réisoltant des influences thérârpeutiques, l'évolution de la syi^lis, généralemi^it, ei^ ht même dans tous les cas.

Cu u L'emploi des spédAques, du mercure, esl rîgouxeuse^ meut indiqué chez tous les syphilitiques* D. u Lorsque ce tnûtaooent est convenablement cMntoMiéf

régnlîferemettl suivi, il opère la guérison en quelques mois (de tîtrisàsiï).

E. « Les récidives qu'on observe quelquefois résultent d*uBe faute commise, soit dans la direction, soit dans Texé- €tilioQ du traitement.

P. « Non traitée, la syphilis s'aggrave et passe à l'état tertiaire. »

Moi, tout au contraire, en face de celles-ci, j'énonce les six propositions suivantes :

A. La syphilis commence, il est vrai, par une lésion primitive (lésion apparaissant au»point par où le virus a pénétré); mais cette lésion offre, selon les cas, une grande diversité dans sa marche et dans ses caractères objectifs.

B. L'évolution et surtout l'intensité ainsi que la durée de la syphilis sont extrêmement variables.

C. L'emploi des spécifiques, du mercure, n'est pas nécessaire chez tous les syphilitiques.

D. Le traitement spécifique le plus hâtif, le plus régulier, le plus complet, le mieux toléré, ne peut répondre d'opérer, en quelque espace de temps que ce soit, la cure radicale.

E. Les récidives sont, non pas un accident, un contretemps, qui suppose un tort du médecin ou du malade, mais bien un effet ordinaire, prévu, à peu près constant, de la marche régulière de la maladie.

F. Non traitée par les spécifiques, la syphilis, dans la majorité des cas, guérit; et elle ne passe à l'état tertiaire que dans des circonstances et sous l'empire de causes déterminées.

Telles sont mes convictions, Messieurs; tel est, chez moi, ffeiébranlable résultat d'une pratique de vingt ans. Mais qiutnd je vous expose sans détours ce qui est, au lieu de ce ipâ^ùû vous enseigne, quand je dévoile sous vos yeux lin-

20 M LA STFimJB.

suffisance trop avérée d'une thérapeatique qui se prétend infaillible, veuillez me tenir compte de la franchise de mon langage. Ce n'est pas seulement d'après mes observations personnelles, croyez-le bien, qu'est tracé ce tableau de la fréquence des récidives et des échecs du traitement usuel. Vous ne tarderez pas à le voir, dans ces leçons, confirmé par les piquantes révélations que j'emprunterai à la pratique de vos maîtres. Mais j'ai voulu néanmoins vous avertir, dès à présent, que je ne serai pas seul à porter la re^^nsabilité de ces aveux. Ce n'est pas la première fois que j^ai à prévenir des malentendus aussi préjudiciables à ma réputation. On n'a déjà que trop souvent réédité, à mon usage, ce mot de Barthez s'expliquant sur un confrère qui ne croyait pas à la médecine : « Il a raison, si c'est de sa médecine qu'il parle ! »

Réduit à ses termes les plus simples, mcm catéchisme syphiligraphique peut se résumer sous les deux énoncés suivimts :

V On observe des véroles fortes et des véroles foibles.

T Les véroles faibles, dont le nombre est supérieur, peuvent guérir sans le secours des spécifiques.

La deuxième proposition pourrait se présenter comme une conséquence rigoureuse de la première. Elle invoqueait, au besoin, en sa faveur, l'analogie qui, partout, nous montre les virus, les venins susceptibles d'être q[K)ntanément éliminés. Mais non : elle dédaigne de s'affirmer au nom du droit. C'est de par l'expérience, de par l'expérience seule, qu'elle veut s'établir.

Deoxexem- Pormette^moi cependant de vous raconter d'abord avant

pies, l'un de . « . , » ,. .

syphilis forte, tout dcux faits, dcux exomplos chniques. Ils ne sont pas

lautre de sy- . *^

phiiit faible, hors de propos ; car tout en vous faisant comprendre ce que j'entends par vérole forte et par vende faible, ils commea*

PKUIÈRE LEÇOir. 21

ceront la démonslralioii, servant ainsi à la fois de spécimen et de pr^ive.

Premi^ faU : vènAe for^. — Ea mars 1859, je tîs un jeune homme, commis chez un pharmacien, atteint d'un chancre survenu douze jours après le seul coït où, chronolo^quement, il fût possible de supposer qu'il l'eût pris. Le chancre datait de cinq jours, quand je le vis ; et il était déjà à l'état d'ulcère, avec une forte induration; siégeant au dedans du prépuce, il eut bientôt produit un phymosis. L'induration devint énorme, ligneuse, gênait considérablement la mictkm et l'écoulement des liquides. Ganglions inguinaux trèd-indurés. Le vingtrcinquième jour à partir du coït, je dus doimer 10 centigrammes de protoîodure de mercure par jour. Néanmoins la diu*eté ne fondit que lentement. Il survint, le quarante-cinquième jour (toujours à partir du coït) une céphalée atroce, à redoublements nocturnes, que l'iodure, chose extrêmement rare! même à 2 grammes par jour et quoique bien préparé et bien supporté, ne calma que très-peu. Bientêt se déclarèrent des impétigos du cuir chevelu, pâleur extrême, engorgement des ganglions cervicaux. Le malade entra à l'Antiquaille, où un traitement mercuriel àdoses élevées n'empêcha pas des ecthymas, survenus le deuxième mois à partir du coït et malgré l'emploi du mercure, de déterminer de profondes pertes de substances dans divers points de la face. Il sortit de l'ho^ice dans cet état. Je le vis encore deux ou trois fois, et j'amenai de l'amélioration par l'administration simultanée des deux spécifiques, un régime fortifiant, des pansements soignés, etc.

Je l'avais perdu de vue, lorsque en octobre 1862, il se présenta dans mon cabinet avec une perte totale du nez, preuve certaine que la maladie n'avait cessé de marcher depuis notre dernière entrevue* Sans doute, le mal est répa-

m IX sYraiitfk

rable, Messieurs. La patrie de Vos!(éiQfiasià& pimostique a$t en fond pour combler des lacunes même bien autrement profondes ; et, depuis que mou eher collègue, M. (Mmvj y est chirurgien en ebef, ce ne sera pour l'Hûtel-Di^i, qu'un jeu de rendre à no^e malade ce que TAntiqualUe n'a pu lui conserver. Mais, à mou point de vue et sans ma préjuger des miracles futurs, je suis bien ea droit de v<his faire i^marquer que ce ifêz en moins est lïrrécusable «gne d'un degré de vérole en plus.

Deuxième fail : vir&k foMe. -^ Au mois (te juia 1856, }e donnais des soins, pour une bronchite, à une jeune femme de vingt-4eux ans. Un jour, elle m'apprend, non sans bemcoup de larmes, que j'avais à explorer une région autre que la poitrine. Entraînée, par «irprtse, disait-«Ue, dans un souper, elle avait eu à subir les tentatives d'un monsieur qui depuis quelque temps l'obsédait de ses poursuites. Le coït cependant n'avait pas eu lieu : l'hymen, que je vis intact, en faisait foi. Mais le pénis avait heurté çà et là à l'entrée.

B'ailleurs, plus de vingt jours s'étaiœt passésd^uis cette scène, l'unique, affirmait-elle, où elle se fût exposée. Lorsque je fus prié d'examiner, je vis sar la cuisse droite, à 2 centimètres en dehors du pli génito-crural, une foible ék* vure, un peu plus brune que la peau voiâne,'de â ou 4miirlimètres de diamètre, que la malade n'avait aperce que depuis deux ou trois jours. Pas d'induration. La malade, très-^ffrayée, demandât un remède et un prcusK^^e positifs^

Je la ras»u*ai à peu près o(Hn{détement et pansai sa plaque pendant trois jours avec une assez faible solution de nitrate d'argent, lui prescrivant d'attendre encore de^x jours ^rès la cessation de ce paasem^it, avant de se présenter à moi.

Quand je la revis, à l'^^ue dite, la lésioa était àm& le

KElflÉftE LEÇOK. )3

mêoie état, sauf une «oloratioii ua peu pbis hrane ; mais point d'érosion, pas même de desquamation. Je résolus de la tenir encore en observation.

Cependant, la œidade, incpiiète, alla concilier mon collègue, M. le docteur Rodei, qui, la lésion bien examinée et leseoiBfiiémoratifs connus, jugea à propos de se renfermer dans la même réserve et dans lanséme expectation.

Je pus é(mùy ce4^ cHente m'étsmt revenue, suivre la progression du mal. La plaque ne s'étendit pas en largeur. L'épi<teniie, dans toute la surface malade, devint légèrem^it $4us ^aîs et d'un blanc plus mat qu'à l'état normal (c<»nnie}l le serait par l'effietde l'application i^limgée de cataptesmes chauds)* S'il y eut induratioii, elle ne fut qu'à peine p^ceptiMte, et très-conte^;able. Un seul ganglifm inguinal se tuméfia un peu.

Cet état4à, une fois révisé, fut statiomtaire.

Iln'yavaitdoocpas l'ombre d'érosion, ni d'ulcération, ni de croûtes s«r cette plaque qui, peu à peu, en était venue au point de rappeler à s'y méprendre les plaques <:^lines des amygdales, lors(pie vers le cinquante-sixième jour à partir de sa première apparition, je constatai quelques rares croates du cuir chevelu, un peu de malaise cUoro-anémique et une roséole, distincte seutementpour un spécialiste. Je dispensai, bien entendu, cette malade du mercure, ne la traitai que par les iodures et les ferrugineux.

n y a atqourdTîui plus de six ans que ceci s'est passé. Elle a eu, à plusieurs reprises, des poussées légères de tubercules muqueux à la bouche et à la vulve. Je les ai cautérisés avec persistance : et si depuis cette époque, je la crois, je Taî déclarée guérie, d'autres explorateurs non médicaux ont, à diverses reprises, confirmé mon certificat de patente nette par des actes d'une nature encore plus convaincmte.

24 DE LA STFWLK*

Causes oui Voilà, Messieurs, ce qu'est la Térole forte et ce qu'est la Ij'j^'^» •" Yérole faible.

Tranchées à ce point, ou moiiulres, ces différences sautent aux yeux car elles remplissent le monde. Je n'ai donc pas à en démontrer l'existence, il me suffit de faire ai^l aux observateurs : le moins expérimenté ne peut manquer de les avoir vues ; le plus systématique n'oserait les nier.

Or, sachant qu'elles existent, nul de vous. Messieurs, ne les jugera fortuites.

Sachant qu'elles ont une cause, nul de tous ne voudra renoncer à la pénétrer. Cette recherche de la cause est notre apanage, à nous médecins. Elle séduit plus particulièrement la jeunesse. Mais celle-ci nous attire par un double appât; car elle ne constitue pas seulement un attrait pour le philosophe; elle est un besoin du praticien.

En effet, connaître les influences qui font la vérole forte ou faible, c'est déjà posséder un signe distinctif entre elles; c'est réaliser un premier moyen pour reconnaître à temps quelle intensité aura une vérole qui commence : c'est donc, à la fois, en fonder le diagnostic et en préparer le traitement.

Or, en jetant un coup d'oeil sur ces influences d'où dépend le degré d'intensité de la vérole, j'en trouve de deux ordres; et je les divise, par conséquent, en : V celles qui tiennent au virus, à la graine; et 2* celles qui tiennent à l'organisation du sujet infecté, au terrain. Étudions la part que prend chacune d'elles.

Différences 1» Influence de la graine. La force (1) du virus syphili-

de force du , •'^^

virus. tique varie selon certaines conditions qui peuvent se ré-

(!) Par le mot force du virus, j'entends Texistence de trois propriétés qui sont toujours réunies, savoir : Tintensité de Tinfeetion qnc

PRQilÉIIE LEÇON. 25

sumer sous les trms chef!» suiyaats : le nombre des transmissions qui ont eu lieu depuis Torigine de la vérole jusqu'au vérole dont il s'agit de mesurer le degré d'infection; — le mode de pénétration du virus dans l'organisme; — enfin l'époque, la phase qu'occupe, dans l'évolution d'une syphilis, la lésion qui a fourni le virus agent de la transmission ou, en t^mes plus précis, làge syphilitique de cette lémon. Cherchons miccessivement à ai^récier la réalité, le degré de pouvoir de ces éléments modificateurs, ainsi que la part relative d'action qui, dans chaque cas, i^partient à chacun d'eux.

A. La vérole s'est^elle affaiblie depuis son origine, depuis , Atiénuauon

du virus par

la fin du xv« siècle jusqu'à nos jours? — Avant de recher- »« nombre des

* ^ «» transmissions.

cher si le fait est réel, il faut absolument déterminer s'il est probable, s'il est même possible^

En effets on n'a pas seulement nié qu'il en fût, on a nié qu'il en pût être ainsi. M. RoUet, entre autres, attaque notre rassurante conviction par le raisonnement suivant: « Si la vérole avait été en s'affaiblissant, ce n'aurait pu être que d'une certaine quantité à chaque transmission. Supposons cette quantité aussi petite qu'on le voudra, d'un millième par exemple. Gomme, depuis son origine, la vérole s'est bien certainement tr^uismise mille fois, il en résulterait que, successivement, elle aurait, depuis lors, diminué de mille millièmes, que, en d'autres termes, elle devrait ne plus exister. Or, comme indubitablement elle existe encore, il

ce virus produit, la facilité avec laquelle il se transmet d'un individu à Tautre et Tintensité de la maladie qu'il transmet. En d'autres termes, s'il y a plusieurs degrés dans la force du virus syphilitique, Thomme qui a subi l'atteinte du virus le plus fort aura une vérole plus forte ; il la communiquera plus aisément à une femme ; enfin, cette femme elle-même aura une vérole plus forte.

M 0fi LA STMILfô*

s'efiSttit que Thypothèse précédœte ^ faiffîae, et que la yéreiid n'a pas diminué. »

J'ai déjà reproclié à ce rabonnem^t une méprise qui k dépouille de sa rigueur apparente. Pour éwlueràquoi équivaut chaque dimiautioa de la vérole, M. noUet a pris rnie quantité absolue, au lieu de prendre, ce qui est seul admissible, une quantité r^ative* Un calcul pcHtant sur des éléments ai^réciables va rendre cette réflteiion plus senstble. Supposons, par exempte, que la force d'une vérole originake de la fin du XV* siècle, soit représentée par HO grammes. Si, comme le veut M. RoUet, vous exprimez la diminution subie à chaque transmisssion par un chiffre identique, par 1 gramme , vous arriverez sans doute à conclure , comme lui, que après vingt transmisions, la vérole aurait dû être annihilée. Mais ce compte, remarquons-le, ne peut être valable qu'en admettant que cette diminution, de 1 gramme, a eu lieu à chaque transmission, à la 10* comme à la l**, à la 19' comme aux précédentes. Or, 1 gramme constituant pour les 16% 17% 18* et 19** transmissions, le 1/5", le 1/4, le 1/3, la 1/H de la force qu'avait à chacune d'elles le virus, il faudrait croire que ce même fait , cette môme influence de la transmission qui, pour les premiers cas, ne neutralisait qu'une proportion insignifiante, que 1/19 du virus, en neutralisait à la fin, 1/4, 1/3, 1/2..., conséquence antiphysiologique, inacceptable.

C'est donc toujours une partie proportionnelle de la quantité restante qui se perd à chaque transmission d'organisme à organisme, toujours un 19* (dans l'hypothèse que nous avons avancée). Mais le virus persiste indMniment, puisque ce n'est jamais que le 19* de la quantité restante qui se perd à chaque fois. Vous comprendrez donc ainsi, Messieurs, que la vérole puisse s'être réellement affaiblie sans s'être éteinte.

Ëst-il probable que la vérole ^ soit affaiblie? Seeûode qifêstion non moins ardue, nuûs à laquelle Tanalogie n»u& suggère une r^nse ^;alemeniâffinnatiTe. Yoyezle vaccin. Depuis seulement soixante-cinq ans^ n'a-t-il pas, de trans* missions en transmissions, perdu une partie notable de son activité? Voit-on bien souvent aiôoufd'bui de ces pustules types décrites par les premiers auteurs ? (^)serve*t-oii l'inflammation locale, la réaction générale, la sûreté de l'effet préservatif, la traasmiâsibilité à peu près infaillible, qui caractérisaient, à cette époque, le virus vaccin?

Si quelqu'un coaitestait cette dégénérescence, une contreéjo^uve décisive va lever ses doutes. De temps en temps, dlieurmix hasards nous permettent de retremper le vaccin à sa source primitiTe; parfois l'on a découvert l'éruption que qudquesauteurs français, par un ii^nu mais expressif plé(masme, appeUent le eow-pox de la vache. L'on n'a pas manqué d'utiliser cette bonne fortune ; et l'on a fait servir le fluide des pustules de la vache à de iK)mbreuses vaccinations.

Or, ces inoculations avec le virus primitif se pratiqua^^ à cMé d'autres inoculations faites avec le vaccin ordinaire ; de telle sorte que la différence entre les effets allait sûremmi dévoiler aux otocrvateurs s'il y en avait, oui ou non, entre les causes...

Eh bien! c'a été non pas ime diffia«noc, mais un vrai contraste; «t un contraste ausâ complet que tranché; car, eoaq^aré à la marche du vaccin ordinaire, constamment te cow-pox

A une incubation plus courte (Martini);

Produit des pustules plus dures (idem) , plus développées et persistml deux isîs plus longtemps ;

fiétermiae parfois de véritables ulcànes, »i siège des pustules;

^ UE LA STPffiUS.

Provoque une réaction générale plus intense ;

 beaucoup plus souTent un résultat positif. ( Le chiffre de ces résultats est de 776, contre 628, chifiï*e représentant les résultats positif obtenus avec le vaccin ordinaire) ;

Réussit plus souvent dans la revaccination;

Préserve plus sûrement de la variole ;

Garde sa faculté reproductive à une période plus avancée de l'éruption, jusqu'au IV et même jusqu'au 15* jour;

Enfin, hors des pustules, mis dans un tube, se conserve plus longtemps inoculable.

N'oubliez aucun de ces neuf signes différentiels , Messieurs. En même temps qu'ils démontrent la thèse présente, c'est-à-dire la dégénérescence que, sous tous les rapports, le virus vaccin a subie, ils servent déjà à vous faire pressentir les caractères, à plusieurs points de vue semblables, par lesquels les véroles fortes et les véroles faibles se distinguent entre elles.

Je conclus : Puisque le vaccin s'est affaibli, le virus syphilitique doit bien lui aussi s'être affaibli. C'était là, vous le savez, le seul point pour le moment en litige, le seul d'ailleurs que l'analogie pût fhictueusement éclairer.

Mais la syphilis, depuis son origine, s^est-elle réellement affaiblie?... Ceci est une question historique, controversable par conséquent, et que chaque auteur entend ou plutôt présente selon le parti qu'il ccwnpte en tirer. Quant à moi. Messieurs, je ne discuterai pas, je ne commenterai point, j'éviterai même d'analyser : je me home à vous présenter quelques textes... textuels.

Écoutez d'abord Catanée. Il écrivait en 1505; il avait vu naître la vérole. Or, voici en quels termes il la décrit : <( Monstruosus morbus foBditate magnà, innumeris pustulis, ulceribusque per totam faciem universumque coipus,

magDâ etiam «œvitià dolorum nociu praet^ertim hnmanum genus affligens , laceransque nodositatibus instar lapidam , plarosque débiles et mancos effecit, et taliter in humanum genus grassatus est ui quodcumque genus martis poHui eUgtndutn siU n

Vigo, dont le récit plus froid offire toutes les garanties de l'observateur exact, ayant à parler des douleurs qu'offhiient les syphilitiques, écrit : « Doloribus elamosis laborant. » — Or, je TOUS le demande. Messieurs, à notre époque entendon bien souvent le repos des nuits troublé par les cris de nos vénériens?

Plus expressif encore, Phrisius dit positivement : « Leprosi nolebant habitare cum hoc moiiM) infectis. » — Que penseraient aujourd'hui les lépreux? On l'ignore. Mais je connais, quant à moi, de fort honnêtes gens qui, en fait de cohabitation, se montrent beaucoup moins difficiles.

Quelques auteurs énoncent en propres termes ce ftdt général de la décroissance du yirus. Fracastor, après avoir décrit le mal français comme produisant des ulcères aussi larges que des œufs ou des pains, comme faisant tomber le nez, les yeux, et pudenda tola^ ajoute : « Telle était du moins la maladie à son commencement, car depuis vingt ans, elle a changé. »

Or, en quoi consiste ce changement? Écoutez ce qu'en dit Brassavale, si justement nommé, vu l'époque où il écrivait, l'historien de la décadence: «Âdeo declinavit morbus ut milisêimus dici possit. »

Enfin notre Âmbroise Paré, — remarquez, je vous prie, te choix de mes citations, — ayant à s'expliquer sur la diminution subie par la grosse vérole depuis la fin du xv* siècle, traduit ainsi ses impressions de praticien : a La vérole du temps présent est beaucoup moins cruelle et plus aisée à guarir qu'elle n'étoit du temps passé de son premier com«

30 DE LA fSYVmUS.

meneenieiit , car eUe s'adoucit de iour en kmr évidem^ mant. »

J'ai promis d'éviter tout commeBtaire, Messieurs. Mais en m'efà abstenant, je ne vous les ai point intardits. Faites donc une réflexion, ou plutôt posez-vous une question, uBè seule. ]>ans le cas où quelques écrivains de notre temps s'aviseraient de donner à la syphilis actuelle les sombres couleurs que je vkns de mettre sous vos yeux, demanderiMms,— et je devine la réponse,— • s'ils obtiendraient le renom d'auteurs classiques, que le suffrage général a décerné aux Catanée, aux Fracastor, aux Vigo, aux Paré? Demandezvous s'ils ne pa^erai^it pas pour les romanciers plutôt que pour les historiens de la vérole?

tt Mais c'est que c'est justement là le cas, s'écrie im fin mtique de mes amis. Si la syfdiilis, à son origine, a été réputée plus grave que de nos jours, c'est que, à cette éfioque, elle eut la chance d'être surtout décrite par des po^es. » Messieurs, je repousse, au nom du xv* siècle, ce T&aaok littéraire suspect dont on voudrait lui infliger le moQopole. Jamais, en aucun temps, les poètes n'ont manqué à la vérole..,, ni réciproquement. Eki fait de vérrte, jamais duez eux, la source de l'inspiration n'a tari* De nos jours, il est vrai, en matière spéciale, ils signent des traductions plus volontiers que dei^ pages originales. Et, pour donner J^ leurs hypotyposes la base scdide de Éaits réels, on les voit, Btàoae les plus riches de leur propre fonds, réduits à emprunter ces faits au livre d'or des âges héroïques du fléau.... Mai» n'esÈrce pas là la meilleure preuve que notre siècle dégbaété est ineiq^able, môme pour la vérole, ^ créer des type» dignes de faire vibrer les cordes d'une lyre?

Je eonelus que le virus syiAkilitique a graduellement et te'è»iK>6itiveniœt p^rdu de sa fcnrcepar le fait (te sa migra* I successive 4'individu à ixràividu.

Mftis cette notion^ tout exacte qo'eUe soit, a beaueoup pliais de prix pour le savant que pour le praticieB. Elle fait e<Ha|>reiidre que la syphilis peut être tantôt faible, tantôt forte; éUe nous explique comment et pourquoi cette diffé^ noee a lieu. Mais elle est muette sur les circonstances où il nous sera donné d'en prévoir ou d'en constater les eSet», sûàt &ï {dus, scHt en moins. Un vérole se présente. Son mal résidte-t-il d'une 300* ou d'une millième transmisàcm?..^ Il n'y a pas de présomptions, pas même de conjectures à établir à cet égard. Ce n'est donc qu'après coup, qu'à titre d'interprétation qu'on peut faire figurer cet élàinent étiol<^que difiër^tiel.

B. La voie par laquelle le virus syphilitique s'introduit dans Atténuation

du virus par

r<Hrgânisme a-t-elie une influence sur le degré de force que son mode de

pénétration

ce viruspossède, une fois introduit? d?ns lorga-

Une objection préjudicielle demande à être sommaire* mait examinée, car elle s'inscrit à priori contre la pasm^ 6t/élé de l'a&nblissement du virus, a Les virus agissent, ditron, à n'in^orte quelle dose ; si atténués que vous tes supposiez, dès qu'une molécule a pénétré dans le corps vi* vant^ elle y peut réaliser la plénitude de ses eff^s. N'invo* quez dcmc pas la filtration, l'atténuation ^b^cée sur le vim» par le mode d'absorption, pour préjugerun amoindrissqgieBt de ses propriétés toxiques. »

Cette objection confond la quantité atree la qualité. Certes un {MTin^ipe morMde de la classe des virus ne mesure pas sesefèts à sa masse, à son poids; c^ est hors de doute. Mais changes, ou {dutôt redressez les termes du problème : en place du procédé mécanique, qui divise^ admettez le {hto* cédé vital, qui modifie; au lieu de prendre la dixième, la vingtième partie d'une molécule virulente, sn|>posez-la soumise à une élaboration qui altère ses éléments constituanit

nisme.

33 I>E LÀ 9YHUUS.

en eux-mêmes ou dans leur combinaison. Alors le ¥irus pourra bien être affaibli; alors, s'il opère de moindres ra- Tages, on ne sera plus autorisé à le nier en ra^>elant Taclion réelle des virus à dose minime ; car s'ils ne peuvent s'affaiblir en se divisant, ils peuvent évidemment s'affaiblir en s'altérant.

Or, le mode d'introduction possède-t-il cette propriété mo^ dificatrice des virus? Je n'en citerai qu'un exemple, mais il est frappant. D'où provenait la bénignité relative si remarquable de la variole inoculée? De quelles conditions dépendait pour les inoculés cet abaissement du chiflïe de la mortalité, que des calculs authentiques (1) expriment par 1 sur 300 (celle de la variole spontanée étant, à la même époque, de 1 sur 14)?

On l'attribuait, nous le savons, au choix du sujet, à la saison, à l'emploi de certaines médications avant l'opération,

aux observances hygiéniques durant ses suites Erreur

sincère ou erreur intéressée, ce n'en était pas moins une erreur. La médecine, de nos jours, est aussi désillusionne que la chirurgie, et c« n'est pas peu dire, sur le pouvoir des saignées, des purgations, du régime dit préparatoire* Et, quant à l'empire des conditions hygiéniques, voyonsnous donc la variole contractée naturellement s'abaisser à cette mortalité insigniliante alors même qu'elle vient à se développer, ce qui n'est point rare, chez des siyets et dans

des conditions dites de choix? Nul praticien ne le croit.

En est-il un qui, trouvant réunies chez un de ses malactes toutes ces circonstances de constitution, d'âge, de santé an* térieure, de disposition morale, de saison, par lesquelles on expliquait autrefois la bénignité de la variole inoculée.

(1) Dcsolenx et Yalentin. Traité historique et pratique de Vinocu^ laUon^ 4tOO.

PREMIÈRE LBÇON. S3

yottlut se hasarder à porter, d'après ces seules considérations, un pronostic favorable, j'entends favorable dans la proportion d'une chance fatale contre 300 heureuses?

Ge qui prouve encore le peu d'influence de ces conditions, c'est le genre de la modification que subissait la variole inoculée. Si, en effet, Ton avait vu les inoculés supporter mieux la maladie que ceux qui la contractent par le mode naturel, offrir une réaction moins vive, échapper aux complications gastriques, adynamiques, nerveuses, ohl alors on aurait pu croire que cette différence était due aux dispositions constitutionnelles meilleures choisies ou créées par l'art. Mais non : la bénignité des suites s'expliquait beaucoup plus rationnellement par les caractères objectifs tout particuliers qu'offrait l'éruption de la variole inoculée. En effet, quarante à cinquante boutons disséminés formaient en général tout le contingent à payer par l'inoculé.

A ces traits nul observateur un peu éclairé n'aurait dû se tromper sur la cause réelle de l'innocuité des suites : évidemment ce n'est pas le malade qui était mieux disposé à résister, c'est le mal lui-même qui avait été dépouillé d'une partie de sa force.

Ce problème, c'est-à-dire la détermination des causes qui rendaient comparativement si douce la variole inoculée, reste donc tout entière. Si l'on veut en avoir la clef, -— et il vaut la peine de la chercher, car cette clef ouvre plusieurs portes,— il faut considérer en quoi cette variole différait de l'autre.

Elle en différait sous deux rapports, disons mieux, par deux faits corrélatifs : !• le fait de l'introduction du virus en un point de la peau ; 2* l'existence au lieu inoculé d'un travail de réaction; travail bien distinct de l'éruption variolique proprement dite, en ce qu'il précédait celle-ci

34 DE LA SyPHIL^

de dix jours, et en ce qu'il restait boraé k la partie inoculée (1).

Là est toute Texplicalion. Je la juge valable, car elle s'appuie à la fois sur Texpérience et sur les vraisemblances physiologiques les plus autorisées, éclairant à son tour la pathogénie des autres maladies virulentes. Dans la c(mtagion ordinaire, le virus varioleux introduit par la muqueuse pulmonaire ou par la peau saine, pénètre l'organisme sans avoir donné lieu à aucun travail local : il tuait une fois sur 14. Dans l'inoculation, il ne pénétrait qu'après avoir subi une élaboration primitive : il ne tuait plus qu'une fois »ur300.

Un coup d'œil jeté sur l'ensemble des maladies virulentes montre dans toutes le même résultat suivant la même cause. Non que je veuille, cependant, nier l'influence supérieure qui tient à la nature particulière de chaque virus. Mais enfin, partout où l'on voit des traces de cette élaboration locale , la maladie est faible (vaccine, varide inoculée comparée à la variole, pustule maligne comparée au charbon).

Partout où elle est impossible à cause du mode d'introduction du virus, la maladie est plus grave (peste, rougeole, scarlatine, variole naturelle).

Et même, il est remarquable que la plus terrible des mala-

(4) L'analogie étroite qui lie la variole inoculée à la sjj^ilis acquise ressort de ces deux faits d'observation : 1« que la ou les pustules primitives locales de la variole inoculée étaient toujours beaucoup plus enflammées que celles de l'éruption générale, et que, seules, les premières s'accompagnaient d'engoi^ement inflammatoire des glandes axillaires; 2^ que, quand un individu avait eu précédemment la variole, l'inoculation du pus variolique échouait chez lui, ou se bornait à produire l'éruption locale (chancroîde), — (Desotenx et Valentin, p. 499.)

PiSMÈ» LEÇOH. 35

dies ^iraleBlês (la rage), se disUngiie par eelte eirooi^taiioe que le principe morbide, bien qu'inoculé, n« donne lieu sur place à aucune réaction prteiîtîye ai^NrédaUe. Il «i a été de même dans quelques cas de monre inoculée où Ton a vu les symplâines géi^aux se déclarer et devenir mortels sans qu'aucun toavail pathologique bien distinct eût eu lieu à l'endroit par oit le virus avait été introduit.

Toutes les fois, par conséquent, que l'art a pu forcer les virus à faire une halte préalable dans 1^ tissus et surtout à déterminer dans ceux-ci im travail de réaction, elle a réalisé ime atténuation sensible du virus (inoculation de la variole, de la rougeole, clavelisation, inoculation de la péripneumonie épizootique).

Eh bieni en étiidiant la syphilis conune nous l'avons fait, nous découvrons sa stricte conformité à cette loi. En eSdy la syphilis vulgaire, clinique, acquise, n'est point une maladie grave, tcmt le monde en convient. Aussi, est41 peu d'affecti(ms virulentes dans lesquelles le travail local primitif soit plus constant, plus nettement accusé, plus firanchement circonscrit et précède de plus longtemps l'invasion des symptômes généraux. Mais, d'autre part, quand la syirfiilis a pénétré par une autre voie et qu'elle ne détermine aucun travail local, on peut, on doit s'attendre à une gravité supérieure. C'est ce qui explique celle de la syphilis transmise au fœtus soit par le sang de la mère, soit par l'ovule ou le sperme de parents infectés.

Ainsi, à ce point de vue, il y aurait, selon le mode de pénétration du virus, deux degrés de virulence, en d'autres termes, deux degrés de force dans la maladie produite.

Le virus a-t-il été soumis à l'action normale des organes intacts de l'absorption? c'est la syphilis acquise^ plus faible. Le virus est-il parvenu directement dans le sang, ou plus

36 DE L.\ SYraïUS.

directement encore, dans le germe de Tètre futur? c'est la syphilis héréditaire^ plus forte.

Vous saisissez la portée de cet aperçu, Messieurs; car TOUS en entrevoyez l'application à l'étude qui nous préoccupe. La circonstance d'hérédité n'est pas seulement une cause qui aggrave le mal pour le fœtus qui en est atteint : elle constitue un agent de renforcement de la syphilis envisagée dans son cours à travers les âges et les individus. Dès qu'elle intervient, elle joue le rôle d'un cow-pox. Le virus s'y retrempe, pour ainsi dire; et sa force, que d'autres influences tendaient à mitiger, y retrouve pour plusieurs transmissions successives une nouvelle puissance.

Mais si cet ordre spécial d'arguments analogiques nous donne le droit de supposer à la syphilis héréditaire un excès de gravité, ne perdez pas de vue, Messieurs, les preuves directes qui appuient ce théorème. N'oubliez pas, je vous prie, que, avant de le rendre vraisemblable, je l'avais, dans un autre ouvrage (1), démontré vrai par des données physiologiques irrécusables et par des faits d'observation aussi authentiques que multipliés.

Auénuaiion c. Vâoe d'uDC lésiou syphilitique (c'est-à-dire la place

du virus par ^ wjt ^ %

dans**'?"?'**" chronologique qu'elle occupe dans le cours du mal), a-t-il nisme. ^jjg influcnce sur la force de la syphilis que cette lésion

pourra transmettre?... Sans hésiter, je réponds oui. Oui, le viinis est atténué par sa diffusion dans un organisme vivant. Oui, chez un même syphilitique, les lésions secondaires transmettent une syphilis moins forte que ne l'eût transmise la lésion primitive.

(4) Traité de la syphilis des nouveau-nés i Paris, 4854.

Ce point est susceptible d'une démonstration pércmptoire. Mais pour la mener à bien, pour vous la rendre saisissable, j'ai besoin de concentrer toutes les forces dont je dispose. Veuillez donc redoubler d'attention, Messieurs; je Tais tâcher de redoubler de clarté.

Deux ordres de preuves appuient cette thèse, celles qui la font vraisemblable et celles qui la démontrent vraie : preuves de droit, preuves de fait.

a. Preuves de droit. — Il me faut d'abord établir un théorème dont j'aurai besoin tout à l'heure. Ce théorème est le suivant : Dans toute transmission morbide, la force de la maladie transmise est en rapport avec la facilité de transmission; ou, en termes moins abstraits, on peut juger de la force qu'une maladie possède (force qui comprend celle du produit qu'elle transmettra) par le degré de sa puissance contagieuse; ou, plus brièvement encore, la force d'une maladie est en proportion de sa contagiosité.

Les faits cliniques de toute sorte abondent à l'appui de ce dogme, déjà imposé, on peut le dire, par l'expérience à la raison, et que soutient l'assentiment universel.

Toute affection à l'état aigu, la blennorrhagie prise comme notre type familier, menace presque infailliblement le sujet qui s'expose à son contact; ce même sujet qui bravera presque impunément ce contact plus tard, quand l'acuïté sera passée, c'est-à-dire quand le mal aura dépouillé une partie de son intensité. — Les maladies éruptives fournissent un exemple non moins probant. N'est-il pas d'observation vulgaire, que, à leur déclin, elles ne sont contagieuses qu'exceptionnellement? — Dans toute épidémie ne voit-on pas la faculté de se propager et la puissance léthifère être en corrélation étroite, marcher, frapper, décroître et s'éteindre ensemble? — Mais l'histoire de la vaccine nous offre un argument encore plus décisif. Car on l'a

38 DE LA SYPHÏLK.

TU plus haut, ce dont on accuse avec raison le vaccin ordinaire, c'est à la fois de manquer souvent, et de ne produire, lorsqu'il ne mancpie pas, qu'une préservation incomplète. Ce qu'on apprécie, au contraire, dans le cow-pox, c'est qu'il prend toujours et qu'il préserve, non moins sûrement. Ainsi nous sont données l'épreuve et la contreépreuve; ainsi par un double langage, par le double et simultané reproche adressé au vieux vaccin et par les éloges identiques que mérite le nouveau, se confirme tous les jours dans la pratique courante le théorème que f ai voulu établir : la coniagiosUi e$i proportionnelle à fintensite morbide.

Or si la contagiosité, — c'est là où j'en voulais venir, — si la contagiosité égale l'intensité morbide, elle peut légitimement servir à la révéler : elle en est l'exacte mesure. Utilisons donc cet instrument; et partout où nous verrons une contagiosité supérieure, disons sans crainte d'erreur qu'il y a aussi une intensité supérieure.

J'applique immédiatement ce procédé à la comparaison des lésions secondaires de la syphilis avec les lésions primitives, avec le chancre. Et puisque le but de cette étude est de détenniner si le contact des lésions secondaires, d^s plaques muqueuses prises pour type, produit une syphilis aussi forte que celle produite par les chancres, j'ai donc à me demander tout d'«J)ord : les plaques muqueuses sontelles aussi c(Hita^euses que les chancres?

Or, Messieurs, ne «raignez pas que j'abuse de votre patience par uûe éaumération fastidieuse, ou par un commentàite dont toute ma firanchise ne saurait, je le sens, vous garantir absolument la sincérité. Ne craignez pas même que je prenne avantage des exagérati(»)s systématiques de la partie adverse. Un exposé sommaire de fûts ccmnus, admis par tous, un mmple rémnné, pour ainsi dire, de la pratique

PR^IIÉRE LEÇON. 30

générale, Ta conTaincre mes adversaires eux-o^mes que le chancre possède réellement un pouvoir contagieux sup^ rieur à celui de la plaque muqueuse.

Vous admettez bien, n'est-ce pas, leur dirai-je, — c'est là pour vous un article de foi, — que toute syphilis transmise par contact débute par un chancre au point touché? D'autre part, il est tout aussi incontestable, — c'est vous-mêipe qui l'avez dit,— que les rapports les plus fréquents de la bouche sont avec la bouche, de même que les rapports les plus fréquents de la verge sont avec la vulve.

Eh bien! si les plaques muqueuses étaient, comme vous le soutenez, aussi contagieuses que les chancres, pourquoi la bouche, qui a tant d'occasions de toucher des plaques muqueuses, a-t-elle donc si rarement des chancres (1)?... Et pourquoi, au contraire, la vulve, qui ne touche guère que des chancres (les plaques muqueuses étant très-rares à la verge), a-t-elle donc, comparativement à la bouche, tant de chancres?

Le dogme qui, en fait de syphilis, admet une contagiosité variable, proportionnelle à Vâge de la lésion, est-il donc un de ces paradoxes qui heurtent l'esprit et répugnent à la raison? N'a-t-il pas, au contraire, en sa faveur, l'analogie la plus frappante? et, plus que l'analogie, l'observation même de ce qui se passe dans l'évolution régulière

En effet, les plaques muqueuses (lesquelles constituent, parmi les lésions sécrétantes de la syphilis, les premières en date) sont généralement réputées plus contagieuses que les lésions subséquentes. Voyez si ce n'est pas à leur fluide,

(1} 4 chancre de la booche sur 28 chancres d'autres régions 'A. Fournier); \ sur 25 (RoUet); 4 sur SB (Bassereau).

40 DE L.V SYPfilUS.

qu'ont puisé de préférence tous les expérimentateurs pour démontrer la contagiosité des accidents secondaires.

En second lieu, tous les pathcdogistes admettent aujourd'hui que le pouvoir d'engendrer des enfants infectés diminue graduellement chez un sujet syphilitique, et qu'il diminue par le seul effet du temps. Un homme a eu la syphilis; il se marie. Eh bieni son premier enfant vient mort-né. Le second succombe, à trois mois, malgré tous les soins médicaux, aux atteintes d'une syphilis nettement caractérisée. Le troisième a des symptômes plus tardifs, plus bénins, que le traitement peut guérir. Le quatrième demeure bien portant. Et la décroissance, notez-le, a eu lieu sans l'intervention des spécifiques chez les parents. — De pareils exemples s'observent tous les jours; et ce n'est pas pour les imposer aux sceptiques, c'est pour que l'utile avertissement qu'ils portent avec eux soit mieux écouté, que j'ai moi-même concouru, dans une autre circonstance, à les formuler sous le nom de toi.

Enfin, c'est mieux qu'une loi, c'est un fait, que les lésions de la syphilis parvenue à sa dernière période, autrement dit que les lésions tertiaires, ne sont plus contagieuses. Toutes les doctrines, tous les doctrinaires sont d'accord sur ce point; et l'on va même jusqu'à professer, — ce qui, si j'en crois quelques faits récents, demanderait même un peu plus de réserve, — que ces lésions ne sont jamais transmissibles par voie d'hérédité.

Or, ces trois attributs de la vérole, que signifient-ils. Messieurs?... Ce qu'ils signifient? Ils nous dispensent de toute démonstration, en la laissant faire par la nature même. Ils vous montrent effectué, réel, constant, ce que le simple bons sens vous eût d'ailleurs, à priori^ fait admettre. Qu'est-ce, en effet, que la décroissance graduelle de la contagiosité, décroissance manifesta d'après tous ces exemples.

PRElflÉRE LEÇON. 41

siâcm la conséquence du travail que Torganisme accomplit sur le virus, contre le virus, dès que celui-ci a pénétré dans son sein? Or, ce mouvement, qui tend à un but épurateur, qui 7 t^od incessamment, graduellement, doit-il, peut-il ^igendrer des sécrétions morbides également contagieuses, torsqu'il est à son commencement et lorsqu'il est à sa fin?... Vous ne le penserez pas, Messieurs; et, donnant à cette argumentation sa seule conclusion possible, il n'est pas un de vous qui, de lui-même, ne dise : « Puisque ce travail oi^anique aboutit, lorsqu'il est très- avancé^ à ce que les lésions qui éclosent alors (les tertiaires) ne soient plus du tout contagieuses, évidemment lorsqu'il est moins avancé f les lésions produites à ce moment (les secondaires) doivent être mains contagieuses que celles produites au moment où le travail organique était à son début (la lésion primitive) : car, en somme, dans la nature, tout ce qui s'épuise avait nécessairement diminué avant de finir! »

Or, Messieurs, puisque nous nous entendons si bien, je reprends mon théorème, actuellement démontré, et je conclus à mon tour : Les lésions secondaires sont moins contagieuses que les lésions primitives; donc, elles doivent transmettre une syphilis moins forte.

b. Preuves de fait. — I^ vérole qui résulte du contact d'une lésion secondaire, d'une plaque muqueuse, par exemple, est-elle plus faible que la vérole qui résulte du contact d'une lésion primitive d'un chancre?

Ici , il ne me sufût plus d'affirmer, car le contrôle est possible. Ici, nous nous rencontrons, pour la première fois, avec les exigences de la méthode expérimentale. Je dois donc tenir compte de ces exigences, car elles sont on ne peut plus légitimes. Mais mes réserves ne le sont pas à un moindre degré, puisqu'elles me sont dictées par la nature des choses, par l'objet m^e de cette étude.

42 DE LA STPfflLGi.

Lorsqu'on opère sur des genres ^^uichés, smt des unttés morbides aussi distinctes qij» le sont ht Uennorhagte, le chanere et la chancrelle, il est fiicile am théoricien de préciser. En fait de maladies entièrement étrangères les unes aux autres, il peut a^ec assurance dire : CeUc-ci se transmettra toujours, à coup sûr, sous sa forme, dans son espèce; et jamais elle ne reproduira les autres.

Mais quand il s'agit d'analyser la filiation non plus d'entités séparées, mais des degrés d'un même être, une semblable rigueur de détermination est impraticable, inadmissible. L'aiTecter aussi hors de propos serait vouloir jouer un rôle dont personne ne consentirait à passer pour dupe, et dont les malades seraient les premières Tictimes.

Nul ne trouvera ces réflexions déplacées à propos de la syphilis, car elles lui sont applicables au premier chef.

Il faut véritablement ignorer le premier mot de la pathogénie des virus pour supposer qu'on va voir toujours et constamment une vérole forte naître du contact d'un chancre, une vérole faible naître du contact d'une plaque muqueuse. Cette plaque muqueuse est-elle donc toujours identique elle-même, pour que vous lui demandiez de produire constamment un effet identique? Si elle résulte de la transmission immédiate ou médiate d'une syphilis héréditaire ; si elle était contemporaine de la première poussée de la syphilis dont elle fait partie; si le virus qui Ta engendrée n'avait depuis 1494 subi qu'un petit nombre de migrations d'organisme à organisme, n'est -elle pas capable d'effets plus forts que si elle se trouvait dans des conditions opposées d'origine, d'âge, de numéro de transmission? D'autre part, le sujet infecté, — car il faut être deux pour faire la vérole, aussi bien que pour la prendre, — le sujet infecté n'influe-t-il pas aussi sur le résultat, c'est-à-dire sur le degré de l'infection produite? Sa constitution, sa santé anté-

ricure n'exercent-elles pas une action dont je me réserve de TOUS expliquer tout à ITieure la nature , mais dont tout TOUS fait, n'est-il pas Trai, admettre par anticipation la réalité?

Tonà, au lieu de la vérité doctrinale, la vérité pratique, Messieurs. Voilà par quelles questions je réponds à Téternelle question de ces sceptiques bardés d'absolutisme, qui ne sauraient m'aborder sans me dire : « Eh bien! je viens encore d'observer une exception à votre fameuse loi de la force du produit proportionné à la force de la cause! » Ma loil... Eh bien, soiti veuillez, de grâce, mes chers confrères, me trouver, en ce genre, dix causes exactement égales, dix sujets également disposés à en ressentir l'atteinte : et alors seulement, du moment que vous m'aurez créé mes justiciables, je consens à me poser en législateur.

Mais, d'ailleurs, en dépit des prétendues exceptions, trop de faits, jusqu'à présent, ont confirmé le principe pour qu'on puisse le regarder comme moins justifié par devant l'expérience qu'il ne l'est aux yeux de la raison. Gesftiits, je vous en citerai, dans la prochaine séance, en nombre et de caractère suffisamment probants. Je vous dirai alors ce que j'en pense. Aujourd'hui, je me borne à vous dire ce qu'en ont pensé ceux qui en furent les auteurs, quelle impression ils produisirent sur ceux qui les avaient provoqués.

Yous devinez que je vais prendre pour exemples les inoculations pratiquées, dans un but expérimental , sur des sujets sains, aTec du fluide de lésion secondaire. Là, le Tirûs à employer avait été choisi ; — - sa qualité secondaire soigneusement mise hors de doute ; —l'heure et le mode de la transmission avaient été bien déterminés; — de très-compétents observateurs, parfois un public nombreux, étaient aux aguets pour enregistrer les suites de l'expérience; — ces suites furent, durant les six premières semaines au moins,

>ii DE LA SYPHILIS.

soustraites à Tinfluence des spécifiques; -— enfin, leur description fut immédiatement publiée, ne varietur^ et par les auteurs eux-mêmes, condition essentielle pour une discussion profitable et sérieuse.

Eh bieni dans ces conditions de choix, où tout était vérifiable, où toutes les causes d'erreur, quant à ce qui concerne l'agent contagieux, avaient été écartées, qu'est-il arrivé? quel a été le résultat?

Assurément, une vérole faible, dit d'avance ma théorie; puisque l'on avait voulu puiser, et que certainement (pour la plupart des cas) l'on avait puisé l'agent contagieux à une lésion secondaire.

Or, en réalité, qu'est-il arrivé?

Une vérole incontestablement faible; tellement faible que, dans sa lésion primitive, l'on n'a pas reconnu la lésion primitive de la vérole ordinaire, de la vérole commune, de force moyenne.

Vingt fois, sous les yeux de syphiligraphes éminents, attentifs, la lésion ainsi produite a suivi son cours, hors de toute influence thérapeutique, sans qu'ils l'aient reconnue pour i'analogue de la lésion primitive de la vérole clinique vulgaire.

Aucun de ceux qui l'ont vue les premiers, cette lésion, aucun de ceux qui l'ont faite, n'a songé à lui donner le nom de cAancrc. Trouver que ce nom pouvait, à la rigueur, lui être appliqué a paru une découverte importante, assez importante pour devenir une aigre pomme de discorde entre deux auteurs qui s'en disputent la priorité. Et cette assimilation,— d'abord formulée parles deux contendants, remarquons-le, comme une simple vue de l'esprit, — a tellement frappé le monde savant par son étrangeté, qu'elle a été jugée digne de devenir le signe de ralliement d'une école qui s'obstine à la maintenir dans toute sa rigueur;

d'une école dont Tœuvre, à ses propres youx, la plus méritoire, — et bien certainement à mon sens la plus laborieuse,— est de soutenir qu'il n'y a aucune différence entre la lésion primitive née du contact d'un chancre et la lésion primitive née du contact d^ime plaque muqueuse I

Mais revenons aux inoculateurs de secondaire, et à la lésion née sous leur lancette. Quand je vois un chancre, moi, ie l'appelle chancre. La lésion qu'ils ont créée, eux, ils ne l'appellent pas ainsi ; cela fait déjà une différence.

Pourquoi aucun d'eux ne lui a-t-il donné le nom de chancre?... Très-probablement, parce qu'elle n'en présentait pas les caractères.

Ce n'est pas tout. Non-seulement aucun n'appelle cette lésion chancre; mais plusieurs lui donnent une autre dénomination. A côté des tubercules, des condyhmes (vagues désignations dont les traductions de l'anglais ou de l'allemand nous forcent de nous contenter), deux auteurs, Rinecker (1) et M. Gibert appellent positivement plaque muqueuse, tubercule plat, la lésion qui apparut au point inoculé. Et le dernier auteur maintient fermement, contre toute opposition, contre toute ironie, la justesse de cette appellation; appellation qui d'ailleurs n'avait été faite par lui que d'après la considération des caractères physiques de cette lésion qu'il avait vue lui, et que certes n'avaient point vue ceux qui datent de Lyon leur argumentation contre le médecin de l'hôpital Saint-Louis.

{\) Rinecker dit que « la forme élémentaire par laquelle débote la syphilis transmise par lésion secondaire est toujours la plaque tni«queuse. » — Voici donc, chose assez singulière, un expérimentateur qui a produit deux fois la syphilis par Tinoculalion de la lésion secondaire ; chez les inoculés duquel on a dit, répété, soutenu que la lésion initiale avait été un chancre; et qui déclare, lui, que c^étaient, que ce jsont toi4ours des plaques muqueuses !

16 DE LA SYFSIUS,

Mais il y a plus eneore. Noos avons Tavis des iûoc«lftteurs sur les caractères de la lémon initiale de leurs inoculés; nous sarons comment ils ne Tiqppelèreiitjpfts et aussi ccmmient ils l'appelèrent. Autres ce qu'ils en ont p^asé, voyons ce qu'ils en ont fait.

Ces Messieurs se proposaient, on le sait, de prouver la contagiosité des lésions secondaires. G'e^ dans ce but, dans ce but uniqucj qu'ils avaient quitté la plume pour la lancette. Seul il pouvait, jusqu'à un certain point, excuser l'attentat qu'ils allaient commettre. Car de quel intérêt doctrinal, de quelle perspective de découverte, je vous le demande, auraient-ils pu exciper pour se croire autorisés à faire une chose aussi connue, aussi simple que l'est celle de voir un homme sain prendre la vérole par l'inoculalk»! d'une lésion primUive ?...

Eh bien! ces auteurs recommandables, ces spécialistes exercés, qui ne voulaient inoculer qu'une lésion secondaire^ qui, dans la lésion où ils allaient puiser le fluide à inocuter, recterchaient, précisaient avec tant de soin les caractères ohjectifs propres à prouver qu'elle n'était bien rfeUemOTt qu'une lésion secondaire... ils ont cq[>endant trouvé cinq fois ces caractères-là tellement prononcés dans une lésion qui, en réalité, était pHmiiit>e^ qu'ils ont de bomie foi cru sati^aire aux conditions de leur programme en inoculant celle-ci. Cinq fois, par la méprise la plus étrange en théorie, mais la plus concevable en fait, Rinec^er {!), M. Gibert et

(1) « Celle observation-là prouve, atas un anire mppm, contre vous, mVt-oa dit Ne sontenea^ron pas qae la sypinlis liéréditme iransmet une sypM Us plas grave l(k^\e ftûde dont rinociilalioo pr^ duisit ceue lésion primitive que vwis dites si légère, ce fkide provenait jnstemenl d'une lésion d'origine héréditaire. »

Pour éclairer ce que ceUe (éjection contient de spédevx, je n^ai qu'à rappeler ce qui a été énoncé d-dems. H y a, a^je dit, we <

PRËMIÈAE LEÇON. i7

râBOByme du PaLatinat, au lieu d'emprunter leur fluide à une lésion secondaire, l'ont emprimté à une lésion primi- Uire. En effet, cette lésion était bien réellement primitive, puisqu'elle était la première qui se fi\t développée au lieu inoculé chez un sujet sain. Si elle a pu leur en imposer pour une secondaire, si elle en avait à ce point toutes les apparences, c'est uniquement parce que le fluide dont l'inoculation avait produit cette lésion était du fluide puisé à une lésion secondaire. Et notre honorable confrère, M. le docteur Guyenot, qui, très-loyalement, a noté cette circonstance, ne relève cependant l'erreur qu'avec discrétion. Il n'en maintient pas moins ces cinq faits-là au nombre des preuve expérimentales de la contagiosité des lésions secondaires; se bornant à remarquer qu'ils « prouvent au moins la contagiosité du virus syphilitique de provenance secondotre. »

Ainsi c(Hisidérée en bloc, née dans des conditions qui

bqUoii gradiidle d€ farce, sabie par ks dhreraes lésions d'une mémo,

syphilis, selon qu'elles appartiennent à un âge plus avancé de révolution de la maladie. Voisines de la période tertiaire, les lésions syphilitiques d'un individu donné ne transmettent plus une syphilis aussi forte que Tauraient transmise les usions de la période secondaire de oe mûEiie individu.

La syphilis héréditaire est dans le même cas. Malgré la rapidité de sa marche, elle ne forme pas un tout indivisible ; ses lésions sont donc, comme agent de transmission, de moins en moins délétères, suivant fa'elles appartiennent à une phase plus ou uHHns avaacée de la maladie.

A ce point dé vue , Ton ne s'étonnera pas que l'inoculation de Rinedcer n'ait produit qu'une syphilis assex faible, quoiqu'elle provînt, — piff deuxiènœ transmissiim, — d'un en£uit infecté héréditairraient, lorsqu'on réâéchira que le fluide à inoculer fut pris sur cet enfant sept jours seulement avant sa mort, à un moment où il en était à sa troisième poussée syphilitique, où il avait déjà, et depuis plus de vingt jours, des nodus , léstOB qui,^ à elle seule, dâ:iote évidemment une syphiia tertiaire?

neutralisent autant que possible toute cause modificatrice étrangère à l'agent contagieux, telle est, telle se présente la lésion primitive de la vérole qui résulte du contact d'une lésion secondaire. A vous. Messieurs, de décider à quel point elle ressemble au chancre induré, au chancre huntérien, tel que les descriptions classiques vous l'ont fait connaître , tel que vos propres souvenirs vous le rappellent.

Mais les autres accidents, les lésions ultérieures de la vérole, ce qu'on appelait jadis les symptômes constitutionnels^ participent- ils de cette bénignité comparative? Voilà ce qu'il faut maintenant examiner.

Examiner?... Non pas. Messieurs. Je recule, — et moins encore voudrais-je vous l'imposer, — - devant ce fastidieux travail qui consiste à interpréter, dans un but d'atténuation ou de grossissement, la durée de telle incubation, la profondeur de telle exulcération, l'état croûteux ou seulement squameux de telle plaque, etc., etc. Ce travail, je le laisse volontiers à celui de mes adversaires qui voudra l'entreprendre ; et je me contente, quant à moi , d'en appeler à la clinique, non pas telle que je pourriais vous la présenter, mais telle que vous l'étudierez vous-même dans le grand livre, le seul qui ne mente jamais, le seul contre lequel personne n'est en droit de s'inscrire. L'expérience des luttes passées m'ôte tout désir de les recommencer, parce qu'il m'enlève tout espoir de les poursuivre, sur ce point du moins, avec quelque profit pour le progrès. Depuis qu'on me présenta, depuis qu'on nous a donné comme une belle éruption d'érythème populeux^ ce que j'ai vu, de mes yeux vu, être une de ces roséoles tellement fugaces qu'elles s'évanouissent spontanément en dix ou douze jours, je me suis dit qu'il n'y a pas plus d'avantage pour la science que pour la confraternité à répéter, départ et d'autre, deux assertions aussi radicalement opposées; que quand, sur un

fait matériel, deux manières de voir contraires se produisent, se soutiennent avec une ténacité et, —je dois le croire, — avec une loyauté égales, ce n'est plus qu'à l'expérience générale, à l'expérience éclairée et désintéressée, de prononcer entre elles.

Toutefois, à défaut des faits, — que je possède, mais que je réserve, — rien ne m'empêche de citer mes autorités. L'idée de deux degrés inégaux de force entre la syphilis que transmet la lésion primitive et la syphilis que transmet la lésion secondaire, éclate dans l'œuvre entière de Carmichael,— ce profond observateur si méconnu, si travesti, ainsi que dans celle, beaucoup moins pratiquement élaborée, il est vrai, de Wallace. Quant à Rinecker, il a trouvé entre ces deux sortes de syphilis des différences d'intensité telles qu'il croit devoir les consacrer par une dénomination différente, qu'il appelle la première maladie syphilis fyroprement diie^ réservant à la deuxième le nom de syphiloïde.

Mais pourquoi amonceler des autorités contre une École, quand nous avons pour nous cette École elle-même, confessant par la bouche de son digne chef, de M. le docteur RoUet, que « les éruptions dites constitutionnelles ont toujours été assez bénignes après les inoculations que nous connaissons (1)? » Mon cher collègue me permettra d'arrêter là la citation; —déclaration répétée, pour ce qui concerne la transmission clinique, par l'un de ses plus fidèles et plus savants disciples, M. le docteur Chabalier, qui écrit : « La syphilis communiquée par un accident secondaire semble avoir perdu de son intensité. Les éruptions qui sui-

(1) Gazette médicale de Lyon, 4860, p. 265. ^ Or, on ne oonoaissait guère, alors, d'autres inoculations que celles faites, directement ou indirectement, avec le fluide de lésion secondaire.

50 DE LA SYPHIUS.

vent Taccident primitif paraissent moins graves et plus courtes (1). »

Après de semblables aveux, qu'aurais-je à ajouter» Messieuris? Pas im mot qui n'en affaiblit la concise éloquence : pas un argument; en l'absence de contradicteurs, il se per* drait dans le vide. Rappelons-nous seulement que M. Gibert a publié un travail spécial dans le but de faire connaître les avantages que ses inoculés ont tiré de l'inoculation pour la guérison des maladies cutanées dont ils étaient antérieurement porteurs. Et, sans nier une seule des assertions de notre éminent confrère , sans même émettre ici le désir de voir paraître à cet intéressant mémoire une Suite j calculons, s'il est possible, quelle bénignité exceptionnelle a dû avoir dans ces cas la maladie transmise, pour que, en France, un médecin d'hôpital ait pu ainsi se féliciter publiquement, et féliciter ses malades, de leur avoir donné la vérole I

Différences T Influencc du terrain. — Ces influences, Messieurs, sont

de résistance ,,.««., ^ ,,, , ,.,

de rorganis- pius difuciles saus doutc à démontrer que les précédentes;

me infecté. ^ i r >

mais elles ne sont ni moins réelles ni moins efQcaces. Croire à leur action, ce n'est que se conformer aux principes de la vraie clinique. Vous les admettrez sans conteste. Messieurs. N'y êtes-vous pas d'avance tout disposés, façonnés par vos maîtres, qui vous ont dit, qui vous répètent chaque jour, en fait de pronostic, d'étudier le majade autant, sinon plus, que la maladie?

Mais avant de commencer cet exposé, il me faut dissiper un doute que j'ai peut-être contribué à jeter dans vos esprits. Tout à l'heure, à propos du dualisme chancreux^ je félicitais M. Bassereau d'avoir réduit à sa juste valeur, à

(4) Thèse inaugurale, mars 1860, p. 411.

PlEMTtiœ LEÇOK. 51

néaat, rinfluence de ees conditions individuelles. Mais de ce qu'elles ne sauraient suffire à créer, avec un même germe, deux maladies diflTérentes, de ce qu'elles sont inaptes à faire d'une chancrelle une syphilis, il ne s'ensuit pas qu'elles ne puissent imprimer à la même maladie des UKKlifications quant à sa marche, sa gravité, sa durée. Il en est ainsi de toutes les affections, même de celles qui, conune les fièvres éruptives ou la typhoïde , ont un cours réglé et rapide. A plus forte raison doit-il en être ainsi de la syphilis dont l'évolution lente, dont les longues incubations laissent aux conditions inhérentes au sujet atteint, tout le temps nécessaire pour agir, pour exercer leur pouvoir modificateur.

Nierie^vous, cependant, la réalité de l'influence individuelle. Messieurs? Exagérant un principe vrai au fond, voudrieiHrous soutenir que, en matière de maladies virulentes, la cause, étant spécifique, doit avoir un effet souverain, faire plier toutes les idiosyncrasies devant l'égalité de sa toute-puissance?... Écoutez deux exemples, deux feits d'expérience : ils suffiront pour vous ramener de ces hauteurs spéculatives au positivisme du monde clinique.

Voulez-vous, d'abord, une preuve de l'empire exercé par l'âge, par la force de constitution?... Rappelez-vous seulement que la piqûre de cinq ou six guêpes, lésion qui gli&serait inaperçue sur un adulte, peut tuer un jeune enfant. Dans ce même ordre de faits, M. le docteur Morisson a cité tout dernièrement l'histoire d'un enfant de cinq ans, que la piqûre d'un scorpion fit mourir au bout de vingt-trois heures, bien que la cautérisation eût été pratiquée par un médecin €M$sUôt après l'accident, et que tous les soins nécessaires lui eussent été donnés (1). « C'est là, ajoute Tau-

(4) BuUeUn médical du Nord^ mars 4863.

52 DE LX SYPHIUS.

teur, le seul cas de mort, par piqûre du scorpion, qui me soit connu. »

Voulez-vous, maintenant, une preuve de l'influence exercée par ce nescio quid, réfractaire à toute prévision conune à toute explication, qu'on a nommé idiosyncrasie?,.. La chose peut paraître moins aisée ; mais je suis cependant en mesure de vous la fournir, cette preuve, et prise, cette fois, dans notre sujet même. J'ai vu, j'ai pratiqué moi-même diverses inoculations dans le but d'essayer le pouvoir curatif de la syphilis sur des cancéreux. Or, soit entre les mains de M. Rodet, soit dans celles de M. RoUet, soit dans les miennes, jamais aucun résultat positif n'a été obtenu. Le fluide inoculé avait le plus souvent été pris à une lésion secondaire; mais, une fois, à l'Antiquaille, on employa le fluide d'un chancre primitif fortement induré. Il ne se développa, néanmoins, au point piqué, qu'une efBorescence papuloïde insignifiante ; aucune adénopathie ne se manifesta; et, quoique tenu en observation pendant plusieurs mois, ce malade n'offrit, non plus que les autres, aucun des symptômes généraux dénotant l'infection. Ils avaient tous déclaré , bien entendu , n'avoir pas eu antérieurement la syphilis.

Voilà donc toute une série d'individus réfractaires; voilà une idiosyncrasie, — morbide, si l'on veut, mais à caractère bien déterminé, — qui jouit du pouvoir de neutraliser le virus syphilitique. Peut-on, en conséquence, se refuser, à priori^ à croire que d'autres idiosyncrasies puissent le modifier?

Ainsi, rien n'est plus réel que l'action modificatrice exercée sur la syphilis par les conditions propres au sujet infecté. Mais rien, non plus, n'est moins facile à calculer et surtout à prévoir. A part quelques données très-simples, très-positives, et qu'un seul coup d'œil révèle, cette étude

ne comporte pas les supputations exactes que l'appréciation des conditions tenant à la graine nous a permises. On sait, la raison nous dit, l'expérience nous apprend qu'il y a une influence exercée ; mais bien souvent on ignore soit à quel degré, soit même dans lequel des deux sens, aggravateur ou mitigateur, elle agit.

Cette incertitude qui, — je le répète, ne doit point faire nier Tempire très-réel des influences tenant au terrain, — dépend de plusieui's causes.

Elle prend sa source, d'abord, dans l'objet même de l'analyse à faire, dans la nature si essentiellement obscure de tout ce qui tient à la constitution de l'homme, à la détermination de sa force de résistance.

Puis, ce n'est pas seulement la résistance actuelle, au moment de l'invasion syphilitique, qu'il importe de connaître. 11 faudrait savoir aussi quelles influences, bonnes ou mauvaises, viendront à la traverse, durant le cours de la maladie qui commence.

L'étude du passé n'est pas moins nécessaire. Certaines causes, telles que l'habitude des alcooliques, par exemple, laissent l'homme dans un état en apparence très-satisfaisant. Puis, à un moment donné, sous l'effet d'une secousse organique, d'un ébranlement moral, d'une intoxication, le désordre latent qu'elles avaient de longue main fomenté se trahit par un défaut de résistance sur lequel l'observateur le plus clairvoyant n'avait pas compté.

Enfin, ces causes-là étant de tout ordre, comprenant dans leur domaine les antécédents du sujet, sa constitution native et acquise, son tempérament, l'hygiène qu'il a suivie, suit et suivra, sa susceptibilité morale, etc., on comprend qu'elles peuvent se contre-balancer les unes par les autres, de manière à rendre toujours ardue, souvent impossible la tâche dévolue au médecin de prévoir dans quel sens agira

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l'influence déterminante, la résultante de ces forces diverses ou opposées.

Ces légitimes réserves étant faites,* voici ce que j'ai à vous dire, ce que j'ai observé de plus positif en ce genre.

Antécédents ques

Il est, d'abord, une cause incontestable, ce sont les anté- K"duaiîl.r cédents syphilitiques du malade que vous avez à examiner. Un homme vient vous consulter pour un chancre. Ce chancre est manifestement induré, il en a tous les caractères locaux; seulement, l'adénopathie, ce compagnon constant, obligatoire du chancre, fait défaut. Surpris de ne pas la trouver, vous interrogez le client, et il vous apprend que, trois, quatre, dix ans auparavant, il a déjà eu la syphilis. Concluez, alors, et sans crainte de vous tromper, que, très-probablement, tout se bornera chez lui au travail local du chancre sans aucxm retentissement morbide sur l'organisme. Ou, si des symptômes généraux viennent à éclater, sachez et affirmez qu'ils seront très-probablement beaucoup moins graves qu'ils ne l'auraient été sans cette circonstance, qu'ils ne l'ont été dans la première syphilis subie par cet individu (1).

Mais si la syphilis d'im homme l'exempte ou le soulage d'une infection ultérieure, la syphilis subie par ses ascendants joue-t-elle, à son égard, ce même rôle bienfaisant? Comme les parents peuvent transmettre la vérole, il ne répugne pas de supposer qu'ils peuvent également transmettre Taptitude à en défier l'atteinte. Si donc, au moment où vous avez procréé un fils, vous vous trouviez bien guéri, à la période où l'immunité syphilitique est acquise , il n'y a rion d'irrationnel à supposer que votre fils participera à la même immunité. C'est un héritage comme un autre, me disait à

(4) Voyez Noie 2.

ce sujet Ricord; et si le fait vient à se confirmer par des exemples bien tranchés, il y aurait là un nouvel article à ajouter au Ciode civil, chapitre des successions !

Vous comprenez, d'ailleurs. Messieurs, que quant à cette dernière cause, quant à ce qui vient du fait des ascendants, influence que quelques faits de ma pratique m'autorisent à tenir pour très-réelle, le médecin, alors même qu'il la soupçonne, est le plus souvent dans l'impossibilité d'en constater d'une manière positive l'existence.

L'influence de la constitution ne saurait être niée. Les —SMUanlé-

neure.

exemples que je vous citais à l'instant, de l'action légère ou mortelle des venins suivant l'âge de l'individu, s'appliquent rigoureusement au cas présent. Il est donc bien entendu, il aurait pu être sous-entendu, qu'une forte constitution, exempte de causes- d'affaiblissement passées et présentes, crée une somme de chances favorables pour que l'élimination du virus ait lieu le plus facilement et avec le moins de préjudice possible pour l'organisme.

Je n'ai point remarqué, parmi mes malades, de différences ^J^^^^'^' bien sensibles sous ce rapport, malgré le fâcheux renom qu'a le tempérament lymphatique. Je n'ai pas même vu que les engorgements ganglionnaires syphilitiques, primitife ou secondaires, fussent plus volumineux et plus durables chez les sujets atteints de cette dyscrasie.

Il est cependant une remarque que je crois ju^ifiée par l'expérience, et que, sans chercher à l'expliquer, je vous livre telle qu'elle m'a frappé. Béfiez-vous de la vérole chez les blonds. Chez eux, les impétigos, les ecthymas remplacent les papules, les squames; chez ces sujets, l'alopécie se perpétue et récidive; les plaques muqueuses se stratifient et se multiplient; il n'est pas, à proprement parler, de sur-

buses tégumentaires en cootaci réciproque qui ue devieuneat le 8iége de ces plaques* Bref, les ex^nples de vérole persistant presque indéfiniment à l'état secondaire, dont j'ai souvenir, se rafq[K>rteùt, pour le plus grand nombre, à des blonds.

Age. J'ai été amené à bien préciser, à reconnaître expérimen-

talement rinfluence de Tàge, par mes essais de traitement sans spécifiques. Plusieurs fois, après avoir rec(mnu à une vérole commençante les caractères qui la dénotent légère, et par conséquent q[K)ntanément curable, j'avais vu le mal s'accroître, les symptômes, pour ainsi dire, déborder. Or, après quelques mécomptes semblables, en en recherchant la cause, je m'aperçus que l'âge jouait ici un rôle considérable.

Je résumerai en deux mots le sens pratique de cette remarque : une vérole qui s'annonce comme faible peut être traitée et guérie sans mercure, tant que le sujet n'a pas quarante ans (1). Au-dessus de cet âge, n'essayez pas de l'expectatiôn : tôt ou tard, vous seriez forcé d'en venir au traitement dont vous aviez d'abord cru pouvoir dispenser vo^ malade.

Il va sans dire que plus le si^yet approche de cet âge, plus, à degré égal d'intoxication syphilitique, on doit craindre que le mercure ne devienne nécessaire. Il va sans dire, aussi, que le mot vieiUesse n'a rien d'absolu, que tel homme peut être plus vieux à 35 que tel autre à 45 am; que l'âge, en un mot, ne doit être considéré ici que par rapport aux présomptions qu'il fournit pour calculer, et surtout

[1] Cest également à cet âge qu'un observateur distingué, que M. Giraldès, pose la limite au-dessus de laquelle Topération de Tovariotomie lui semble être contre-indiquée.

PIEMIËRE LEÇON. 57

pour lavoir, la'force de résistance vitale du scyet N'estril pas naturel, d'ailleurs, que la période de la vie où la réparation est inférieure à la dépense soit la moins propice à répuration de l'organisme par ses propres forces?

Le bilan spécial de la femme s'établit sur deux bases ^^^ égales et ccmtraires, sur les doit et avoir les plus propres à s'équilibrer.

Bi analysant les causes qui peuvent rendre la vérole plus ou moins forte dans l'un et l'autre sexe, on trouve d'abord que la femme a une résistance physique aux agents morbifiques, inférieure à celle de l'homme. Sous ce rapport, elle se rapproche tout à fait du vieillard.

Secondement, la disposition particulière qu'elle a à la chloro-anémie fait qu'elle est plus fréquemment, plus gravement et plus longtemps en proie à la déglobiUiniêationf qui est la conséquence de toute vérole commençante.

Enfin, puisque le praticien doit tenir compte de tout, remarquons que les femmes négligent leur maladie, soit au début, soit durant son cours; qu'elles ne coni|>rennent la nécessité ni de l'exactitude, ni de la prolongation du traitement, et font, sous ce rapport, le désespoir des médecins qui persistent à croire la guérison obligatoirement attachée à l'ingestion d'un certain nombre de pilules.

Il faut en dire autant de leur mépris inné et incuraUe pour les plus vulgaires lois de l'hygiène. Vous ne parviendrez que très-exceptionnellement à imposer l'observance soit des prescriptions pharmaceutiques, soit des règles du régime à une femme dès qu'elle se sent délivrée de ses lésions actuelles, je dirais même de ses lésions locales.

Mais aussi,— et comme compensation résultai;it de ce même ordre de faits, -- il faut considérer que l'insouciance propre au sexe sur sa santé spéciale, crée pour lui des conditions

tout à fait propices à la cure radicale spontanée. Les dames ne raisonnent pas avec leur médecin; elles ne lisent point de Traités à la portée des gens du monde; elles n'ont jamais entendu discuter syphilis tertiaire^ pérenniié de la diaîhèse^ dangers du mercure I Elles ne s'inquiètent, même parmi les maux présents, réels, à peine que de ceux qui sont yisibles ou gênants. Aussi, avec elles, jamais de syphiliphobie, jamais de ces préoccupations maniaques, passions déprimantes s'il en fut, qui, portant atteinte à la nutrition, constituent le plus sérieux obstacle que puisse rencontrer le travail d'épuration qui se fait par l'incessante rénovation des molécules organiques.

D'après mes observations, la syphilis, à son début, porte une atteinte plus profonde à la santé, chez la femme que chez l'homme. La pâleur, la prostration, l'inaptitude à la marche et à tout exercice physique, les crises névralgiformes marquent chez elles, d'un sceau très-apparent, les premières phases du mal. Aussi, en général, s'attend-on alors à des désordres ultérieurs en rapport avec la gravité de cette entrée en scène. En général, on se trompe. La vérole, soit comme profondeur des premiers symptômes, soit comme tendance progressive^ n'est pas plus souvent forte dans l'un que dans l'autre sexe. Il m'est même arrivé trèsfréquemment,— et c'est surtout là que j'ai pu recueillir les observations les plus frappantes de cure spontanée, — de retrouver au bout de quelque temps, complètement et définitivement guéries, sans qu'elles eussent fait autre chose qu'un traitement insignifiant, des femmes que j'avais tout d'abord jugées assez sérieusement malades. La nature, leur nature, fait beaucoup contre elles au début, beaucoup pour elles, une fois qu'elles sont remises du premier choc.

Je devrais poursuivre cette étude. Messieurs, je devrais

inalûtenant passer en reyue d'autres causes non moins puissantes d'aggravation ou d'atténuation, celles qui résultent du climat, de l'alimentation, de l'aération, du moral, etc. Je m'arrête cependant, et je m'arrête à dessein. Celles de ces influences, que j'ai jusqu'ici examinées, la constitution, l'âge, le sexe, sont des influences essentieltes, que l'art ne peut modifier ; il doit les accepter, et par conséquent il les étudie telles qu'elles sont.

Mais, quant aux autres, le médecin ayant prise sur elles, ne saurait se borner à en tracer la stérile nomenclature. En même temps que nous les énoncerons, nous aurons à vous enseigner comment on peut les prévenir, les corriger, les contre-balancer, les utiliser même. Aussi en ajoumé-je volontairement l'exposé jusqu'à la fin de la troisième leçon, au moment où nous dresserons l'inventaire de nos ressources thérapeutiques, parmi lesquelles l'emploi, la direction des influences hygiéniques figure en première ligne.

Vous connnaissez maintenant, Messieurs, les causes qui font la syphilis forte ou faible. Vous êtes en mesure d'apprécier leur valeur. Elle est incontestable : mais ne l'exagérons pas ou plutôt ne demandons pas à l'étude de ces causes ce qui est hors de leur portée réelle. Étiologiquement, elles sont toutes puissantes : car ce sont elles qui créent la vérole. Mais elles sont bien moins éloquentes, elles deviennent presque muettes lorsqu'on leur demande, au lieu d'une explication du passé, un indice pour l'avenir. Toutes plus ou moins obscures, quelques-unes impénétrables de leur nature, se neutralisant parfois, naissant, croissant, changeant durant les diverses phases de l'évolution morbide, leur variabilité non moins que leur latence est faite pour décourager le pathologiste qui voudrait fon-

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