DE LA SYPHIUS. — PREMIÈRE LEÇON
der sur elles seules son pronostic. Elles servent, en un mot, à rendre compte du fait accompli bien plus qu'à prévoir ce qui arrivera.
Mais voulez-vous, Messieurs, au lieu de ces éléments vagues et imparfaits, des signes positifs? voulez-vous les moyens de connaître ce qu'une syphilis naissante porte dans ses flancs, si elle sera forte ou faible, menaçante ou
bénigne? A mercredi prochain : nous en causerons en
famille.
DEUXIËHE LEÇON.
Symptomatologie des syphilis faibles ou fortes.
La syphilis est une maladie distincte des autres maladies dites vénériennes.
Il existe, on observe des syphilis faibles et des syphilis fortes.
Ces divers degrés se rapportent chacun à une cause ou à une classe de causes spéciales.
Voilà ce qui ressort de notre première conférence.
Connaissant les causes des deux degrés de vérole, il s'agit et^déaSuiîn maintenant d'examiner les signes qui sont propres à chacun matôiollS^dif^ d'eux. Mais je dois, dès à présent, Messieurs, vous rassurer '*'«"*»«"«• sur l'étendue que vous craignez sans doute de voir prendre à cette description. Elle pourrait être indéfinie, puisqu'elle
embrasse la syphilis tout entière : elle sera limitée, parce qu'elle a un but précis et bien marqué.
En effet, Tobjet de l'analyse que nous poursuivons ensemble n'est pas de décider, une fois la maladie terminée, si cette maladie appartenait au degré faible ou au degré fort. L'important, — et le difficile, — consiste à tirer de l'étude attentive des premières phases du mal, des indices qui permettent au médecin de découvrir à temps si ce mal s'annonce comme devant être fort ou faible. La modification thérapeutique que je propose, — (l'indication du mercure dans le premier cas, sa contre-indication dans le deuxième),— est en efiet basée tout entière sur cette détermination , et sur la possibilité de l'établir de bonne heure.
Ce n'est donc pas seulement de la symptomatologie, ce n'est pas seulement du diagnostic diflerentiel que nous entreprenons ici ; c'est une sorte de diflerenciation séméiologique qui soit capable d'éclairer sur les différences futures; c'est, pour le dire d'un mot, un diagnostic prévisionnet
Préciser le but de nos efforts, c'est en circonscrire le champ. Ainsi je n'aurai pas à vous décrire les objets, je n'ai qu'à vous montrer les linéaments qui les distinguent et les séparent.
Comme, toutefois, pour saisir les nuances d'un tableau, a faut avoir d'abord jeté un coup d'oeil sur l'ensemble de la toile, esquissons en deux coups de crayon l'évolution de la syphilis.
tuSuè^'^dS "it ^^^^ phases, huit traits, distincts quoique successifs, marsypwifs. quent le cours de toute syphilis (1), et intéressent à un plus ou moins haut degré le médecin qui l'observe. Il y a à rechercher, d'abord, quel a été l'agait de l'infec-
(I) Je ne parle pas en ce momeoC de )a syphill» hérédiuàre.
tloù dont un individu est frappé; en d'autres termes, il faut s'enquérir de la provenance et de la nature du principe contagieux dont l'insertion a produit chez lui la maladie : cause contamiiuuUe.
L'on doit ensuite prendre en considération le temps qui s'écoule entre le moment où l'agent contagieux a été déposé dans les tissus, et le moment où une première lésion appréciable a pu être observée au point touché par cet agent : ce Idîp» de temps est ce qu'on nomme la première incubaiùm. Ensuite, une lésion s'obs^^e au point qui a subi le contact. Cette lésion est toujours la première de toutes celles auxquelles va donner lieu l'action du virus syphilitique, et jamais dans la syidiilis acquise elle ne fait défaut : c'est la lésion ttuMaie ou primUwe.
Entre le moment où la lésion primitive a paru et le moment où se manifestent d'autres lésions disséminées sur diverses parties , dans divers tissus, il s'écoule un laps de temps durant lequel la lésion primitive est la seule qui existe : c'est la deuxième iacuhaiion.
Immédiatement avant l'aj^arition des lésions disséminées (dont je vous parlais tout à l'heure), on remarque un trouble de l'organisme, un appareil symptomatologique , l'analogue de celui qui précède l'éruption des exanthèmes fébriles : ce s(mt te prodnmies.
Bientôt éclatent les lésions i^éciales sur la peau, sur les muqueuses, les tissus fibreux, le système nerveux, etc., tous les désordres variés et multiples auxquels autrefois on réservait à tort le nom de symptômes constitutionnels : c'est la première poussée des symptômes généraux.
A ces diverses lésions , primitives puis secondaires, cor^ respondent des engorgements de ganglions lymphatiques, engorgements dont l'absence aussi bien que la présence, àmA la constance dans certains cas, la variabilité dans
64 DE L.\ SYPHÎLW.
d'autres, ont une signification pathogénique et pronostique des plus importantes : c'est Vadénopaihie.
Enfin, le plus souvent, les lésions générales ne se bornent pas à paraître une seule fois. Après avoir cédé, elles se manifestent de nouveau sous diverses formes, en s'atténuant ou en s'aggravant, dans les mêmes régions , sur les mêmes tissus ou dans d'autres : ce sont les récidives^ ou plus exactement, les poussées successives.
Tels sont. Messieurs, les traits essentiels de l'évolution syphilitique. C'est dans leur étude approfondie que gisent les éléments du diagnostic prévisionnel que je veux établir. Déterminer en quoi chacun de ces traits diffère selon que la vérole à laquelle il appartient est forte ou faible, c'est vous donner la clef du seul problème qui nous intéresse, c'est vous apprendre, — et vous apprendre assez tôt pour que votre thérapeutique s'en éclaire, — à discerner si cette vérole sera forte ou sera faible. Passons donc en revue, l'un après l'autre, ces huit chefs, auxquels se rattachent naturellement toutes les notions théoriques et .pratiques de pathologie syphilitique, que j'ai à vous exposer.
umSaînte^"' ^* ^ counaissauce de cet élément de diagnostic est d'un intérêt majeur. Il n'y a besoin d'être ni médecin, ni philosophe pour comprendre avec quelle certitude on peut préjuger l'effet dès qu'on est édifié sur là cause. C'est là une de ces vérités qui n'ont besoin que de s'énoncer. Chacun la saisit d'instinct, depuis le savant qui y asseoit avec confiance tout un système de zoologie transcendante, jusqu'au mari qui économise sans scrupule les frais d'une consultation, sûr de pouvoir faire servir à sa pauvre femme celle qu'il vient de recevoir pour lui dans notre cabinet. Si les confrontations ont eu tant de succès en syphiligraphie, si elles ont tranché tant de problèmes jusque-là inextricables,
c'est en vertu de cet argument qui s'impose avec la force de l'évidence ; c'est parce qu'on ferme invinciblement la bouche aux plus arriérés comme aux plus sceptiques, lorqu'on est, par exemple, en mesure de leur dire : « Vous soutenez que le chancre peut transmettre la chancrelle!... mais voyez donc ces dix hommes, ces dix chancrelleux : voici les femmes qui les ont contagionnés. Eh bien ! aucune d'elles n'avait, n'a, n'a eu autre chose qu'une chancrelle. »
Mais si la confrontation est fructueuse, décisive, quand il s'agit de préciser la filiation de deux maladies différentes, elle devient, sinon plus incertaine, du moins plus embarrassante à utiliser, lorsqu'il fautdévoiler la transmission de degrés, de nuances morbides. Outre les difficultés générales qui sont inhérentes à ces sortes d'examen comparatif de deux individus, il y en a, dans l'espèce, de particuliers.
Ainsi la syphilis héréditaire, nous le savons, joue dans le cours des propagations syphilitiques un rôle aggravatif ; toute vérole qui procède immédiatement ou médiatement d'une lésion congéniale puise dans cette origine une cause de renforcement. Or, croyez-vous bien facile de reconnaître, chez un sujet donné, l'existence de cette cause ? Bien souvent il faudrait, pour la découvrir, remonter à la source des deux, des trois transmissions précédentes, dont celle dont vous avez à déterminer la nature porte encore le reflet, mais n'est que le produit indirect.
Autre obstacle plus fréquent : Un homme se présente à vous avec une lésion primitive, un chancre. Vous réussissez, je le suppose, à pouvoir examiner la femme suspectée, et vous la trouvez en pleine première poussée de syphilis. Oh ! plus de doute. Évidemment c'est une lésion de nature syphilitique , et non pas une chancrelle, qui a produit le chancre de votre client; et le dogme dualiste compte un nouveau triomphe !,..
6B DE LA SYPHIUS.
Mais désirez-YOus quelque chose de plus précis, et j'ajouterai de plus utile? Au lieu de cette notion désormais banale, Yonlez^YOus cherchez dans la lésion de la femme un indice de la gravité du mal futur de l'homme ? Vous proposez-YOuS) en un mot, de faire non pas de la syphiligraphie générale, théorique, mais de la syphiligraphie comparée, pratique?... Ici commencent les difQcultés.
Admettons en eft'et que le malade avait, en réalité^ son chancre depuis dix jours, lorsqu'il est venu vous consulter. — Les clients ne se hâtent pas ordinairement beaucoup plus. . Admettons que l'incubation de ce chancre a duré chez lui quinze ou dix-huit jours. — ■ C'est une moyenne assez généralement acceptée.
Admettons enfin, — c'est bien le moins, — qu'il a fallu deux ou trois jours, pour permettre au client de retrouver la femme infectante, de la décider à venir, de l'amener chez vous pour la soumettre à votre examen.
En additionnant ces chiffres, 10, 18 et 3 je trouve un total de 31 jours.
Ainsi, trente et un jours se sont déjà écoulés depuis que l'infection a eu lieu, au moment où vous cherchez à déter^ miner la nature de la cause infectante. Ainsi, c'est fort souvent chez une femme qui porte encore une lésion primitive et déjà des lésions secondaires qu'il vous faudra discerner si c'est de la sécrétion de l'une ou de la sécrétion des autres, qu'est provenu l'agent contaminant.
Je n'accumule pas des obstacles possibles pour en faire des impossibilités constantes. Messieurs. Loin de moi l'intention de vous détourner de ces recherches dont la pra^ tique rationnelle n'a pas moins à attendre que la science positive n'y a d^à gagné. J'ai bien plutôt voulu, par cet avis, vous mettre en garde contre le découragement où vous tomberiez à coup sûr, si vous n'étiez pas prévenu que, à
côté des causes d'incertitude dues à Tinsouciance, à l'oubli, aux mensonges des sujets confrontés, il tous faudra compter ayec d'autres encore qui tiennent à la nature même des choses, c'est-à-dire au cours régulier de la maladie, à la lenteur avec laquelle ses phases se succèdent.
Il n'en est pas moins vrai, cependant, que lorsque vous rencontrerez des malades attentifs, ou lorsque vous parviendrez à fixer leurs souvenirs par un interrogatoire précis, vous obtiendrez souvent de l'examen, — à quelque époque qu'il soit fait, — du sujet infectant, de précieuses lumières pour vous aider à prévoir le degré d'intensité de la maladie du sujet infecté.
2« Catanée avait déjà signalé avec précision le rapport ^^îJ;'*^^^^ qui existe entre la durée de cette incubation et la qua- incubation. lité du virus qui y donne lieu : « Si videris, dit-il, infectionem diu latere, judica virus obtusam qualitatem habere. »
Une double voie s'oflïe pour vérifier la justesse de cette sentence. D'abord chercher si l'incubation de la lésion primitive est plus longue dans les cas où cette lésion est née du contact d'une lésion secondaire, que dans les cas où elle est née du contact d'une lésion primitive. Chercher, deuxièmement, si l'incubation avait été plus longue dans le cas où la syphilis s'est ensuite montrée avec une intensité supérieure. — Je ne m'occuperai, en ce moment, que de la première de ces deux déterminations.
Or, pour élucider ce point, il serait sans doute à désirer, il serait même peut-être indispensable de pouvoir opérer exclusivement sur des faits expérimentaux, où tout se calcule au jour et à l'heure, où l'on sait le moment précis de l'insertion virulente, puis le moment où apparaît la lésion au point contagionné.
Mais ces exigences ne paraissent pas près d'être satisfaites ; et nous en félicitons l'humanité, sinon la science.
On a pu croire utile, il a pu sembler excusable,— jamais à nous, toutefois,— de démontrer par Tinoculation le dogme de la contagiosité secondaire ; et ainsi a été recueillie une série de cas de yérole d'origine secondaire, assez bien détaillés, assez nombreux pour fournir des données précises à la solution du problème qui nous occupe. Eh bien ! en prenant le chiffre de l'incubation dans les dix seules histoires de cet ordre (1) où le laps de temps ait été évalué avec assez de précision (2), on obtient une moyenne de 28 jours 7/10.
Mais pouvons-nous dresser une liste aussi complète de cas de vérole résultant de l'inoculation d'une lésion primitive? Non : ceux en petit nombre qui les ont commises, ces inoculations, sentent l'impossibilité de couvrir leiu* action du prétexte d'un intérêt scientifique quelconque. Ils donnent, en conséquence, aussi peu de détails que possible, ne se souciant de découvrir ni leur nom, ni le lieu, ni le jour de l'expérience; et par devoir confraternel, je dois imiter ici leur réserve. En fait d'inoculations de ce genre, je n'en connais que deux de valables, c'est-à-dire où l'on se soit servi du fluide d'un chancre induré bien caractérisé (3). De
(<) Les deux faits de Wallace, celui de Vidal, les deux de Waller, la première de Riuecker, celui de M. Guyenot, les premier, deuxième et quatrième de M. Gibert.
(2) L'incubation, dans chacun de ces dix cas, a été de 29, 30, 35, 25, 34, 28, 28, 48, 25 et 35 jours.
(3) J'élimine de cette catégorie l'expérience de Rinecker (2« obs.) et celle de M. Gibert (3« obs.), quoique l'inoculation y ait été faite avec du fluide de lésion primitive. En effet, celte lésion primitive avait été produite par Tinoculalion du fluide d'une lésion secondaire. Les caractères physiques et le pouvoir Iransmissif de cette lésion pri-
ces deux cas, Tun eut lieu à rAntiquaille ; les principales circonstances en ont été publiées. L'autre, qui s'est passé plus récemment dans l'hôpital d'une grande yille, m'a été communiqué par un témoin digne de toute ma confiance.
Or, l'incubation, dans le premier cas, fut de 17 jours ; dans le deuxième de 19 : moyenne — 18 jours.
Mais si l'expérimentation se refuse à nous fournir la contre-partie sufQsante des inoculations secondaires, ne pourrons-nous l'obtenir indirectement, et non moins probante, par une autre voie?... Oui : et c'est l'observation clinique qui va nous la livrer.
Pendant six mois j'ai interrogé avec le plus grand soin tous ceux de mes malades qui se présentaient porteurs de chancres infectants. Et je me fis, pour plus de garantie, un devoir de n'enregistrer la réponse que des clients
Dont les chancres étaient assez récents,
Dont les souvenirs me paraissaient sûrs.
Qui n'avaient vu qu'une seule fois la femme suspectée,
Qui, avant ce coït-là, n'en avaient pas eu d'autres depuis im mois, au moins.
Or, sur un total de vingt-neuf sujets, ainsi scrupuleusement triés sous le rapport de l'exactitude des commémoratifs, je suis arrivé à obtenir, pour la durée de l'incubation
mitive étaient donc aussi atténués que possible par le fait d^une semblable provenance.
D'ailleurs, dans le cas de M. Gibert, la durée de Tincubation n'a point été mentionnée, pas même d'une manière approximative.
Quant au cas de Rinecker, la durée de l'incubation ne fut que de 23 jours. Si l'on croyait devoir l'ajouter aux deux autres que nous faisons figurer ci-dessus comme exemples d'inoculation de lésion primitive, ce fait n'augmenterait donc que de un jour et deux tien la moyenne de la durée de l'incubation dans les cas de cette catégorie.
entre le jour du coït et le début de leur chancre, une moyenne de 14 jours.
Mais présenté-je ce tableau comme ne renfermant que des exemples de contagion d'une lésion primitive?... Non assurément : je sais fort bien qu'il doit y figurer un certain nombre de cas où l'agent contaminateur fut une lésion secondaire. D'ailleurs les chiffres de 21, 22, 23 et 30 jours qui, dans l'addition (1), figurent à côté des chiffres moins élevés, représentent assez exactement, ce me semble, lès
(1) L'incubation, telle que je Tai notée, dans chacun de ces 29 cas, a été de 11, 16, 21, 10, 15, 10, 21, 12, 48, 15,8, 15, 21, 23, 15, 4 (probablement une déchirure avait eu lieu durant le coït, et ce traumatisme en a imposé au malade sur Tépoque du début réel de la lésion primitive), 18, 12, 12, 5,8, 11, 9, 12,30, 22, 20, 12 et 5 jours.
Si je ne craignais qu'on ne m'accuse de peser sur ce parallèle statistique, de vouloir faire parler les chiffres (ne parlent41s pas assez haut en ma faveur?) je dirais :
Pour bien connaître la durée réelle de Tincubation, dans les cas de contagion, ajoutons deux ou trois jours à la durée de celte incubation, telle que Pont désignée les souvenirs, toujours en retard, des malades. — Ceci n'est que juste, si Ton veut comparer ces cas aux exemples d'inoculation; car évidemment le client n'a pas, comme l'expérimentateur, attendu, épié, suivi jour par jour, découvert dès la première heure, la papule naissante.
Or, en procédant ainsi, en ajoutant trois jours, par exemple, à chacun des chiffres précédents, puis en en faisant deux séries selon que, ainsi additionnés, ces chiffres ne dépassent pas ou dépassent le nombre de 1 8 jours, on obtient :
1° Une série de 18 cas où la durée moyenne de l'incubation a été de 4 2 jours et 7/10;
2<> Une série de 11 cas où la durée moyenne de rineubation a été de 26 jours et 2/10.
D'après ce calcul, dont chacun peut à l'instant vérifia la justesse, tnii statistique représente donc bien les laits de contagion par lésion secondaire à côté des faits de contagion par lésion primitive, puisq^ Tincubation, pour la syphilis de l'une et de l'autre provenance, y a offert, à un ou deux jours près, la même différence de durée, qae l'inocula* tion avait révélée d'une manière si saisissante.
premiers Torigine secondaire, le» deuxièmes Torigine primitive du chancre. — Tout ce que j'affinne, ce qui assurément ne sera pas contesté, c'est que, dan» ce nombre total, dans cet assortimentj pris tel que les hasards de la clientèle et de la contagion me l'envoyaient, il devait y avoir, 11 y avait bien certainement, sinon plus, du moins autant de chancres nés du contact d'une lésion primitive, que de chancres nés du contact d'une lésion secondaire.
Récapitulons:
Pour 10 cas dHnoculation de lésion secondaire, la moyenne de l'incubation a été de 28 Jours 7/10.
Pour 2 cas d'inoculation de lésion primitive, la moyenne de l'incubation a été de 18 jours.
Pour 29 cas de contagion^ soit de lésion primitive, soit de lésion secondaire, la moyenne de l'incubation a été de 14 jours.
Et concluons :
Que des différences aussi prononcées permettent de considérer la longueur de la première incubation comme l'attribut d'une syphilis qui (tout au moins quant à ce qui tient à sa provenance), promet d'être comparativement bénigne, et doit être traitée en conséquence.
3*» La lésion primitive dlffère-t-elle selon qu'elle est la ^jg^f^^^^f^J première lésion d'une syphilis forte, pu la première lésion p^n^^'^^e. d'une syphilis faible ?
Avant de traiter ce point. Il y a une question préjudl-r eielle à vider; question qui, si elle devait, comme quelquesuns le professent, être résolue par l'affirmative, rendrait inutile tout débat ultérieur. Avant de rechercher â quoi tiennent les différences de la lésion primitive. Il s'agit, ex^ effet, de savoir s'il y a r^MemenMe ces différences; il s'agit,
en un mot, de répondre à la question suivante : « La lésion primitive n*est-elle pas identique dans toutes les syphilis? N'est-elle pas toujours un chancre? »
Cette question a eu le malheur d'être posée en même temps qu'une autre afférente, mais différente.
Lorsqu'il fut admis par Ricord, avoué par tous, que les accidents secondaires sont contagieux, im problème surgit qui n'avait, jusque-là, préoccupé personne, si ce n'est, assez incidemment, M. Langlebert : « Quand l'accident secondaire infecte, quelle est la première lésion qu'il développe au point contagionné, chez le sujet infecté? »
Parmi tant d'esprits que cette question surprenait à l'improviste, il se trouva un excellent esprit pour réfléchir que, si la contagiosité secondaire n'était définitivement promulguée que d'hier, elle durait depuis trois siècles et demi; que les produits de cette transmission étaient donc depuis longtemps exposés au grand jour; et que, puisque pour lésion initiale de toutes les véroles d'origine, soit primitive, soit secondaire, les cliniciens n'avaient noté, les théoriciens n'admettaient que le chancre, c'était donc le chancre qui devait être, qui était le seul produit initial de la contagion secondaire.
Mais cette détermination , qui parut d'abord si légitime et qui fut si entraînante, devait provoquer une réaction des plus utiles à l'étude nosographique. Tant qu'on n'avait assigné au chancre qu'une seule provenance, il avait semblé logique de conserver Tunité dix chancre en l'élevant au rang d'un type morbide, en regardant toutes ses variétés comme des effets accidentels, sans cause fixe. Mais, du moment qu'il fallut lui reconnaître deux origines, il paraissait rationnel d'admettre qu'il pût avoir, sinon deux causes différentes, du moins une cause agissant à deux degrés différents, et par suite une modalité séméiologique variable. Et
ceux qui avaient fait prévaloir la contagiosité secondaire auraient donc dû, ce semble, être les premiers à reconnaître, à signaler dans les chancres, deux formes distinctes, en rapport avec les deux degrés de causes.
M. RoUet, ou n'aperçut pas ces nécessités logiques, ou ne sut pas en tenir compte. Peut>^tre aussi la manière dont il eut occasion d'exposer ses idées contribua-t-elle à les rendre exclusives, comme elle servit assurément à les accréditer. En fournissant de précieuses preuves cliniques de la contagiosité secondaire, notre collègue fit servir sa victoire à une double fin; et ses propositions obtinrent un assentiment presque général avant qu'on se fût aperçu qu'il y avait à y distinguer. Effectivement, sa théorie affirmait deux faits : la transmission de la syphilis par le contact de lésion secondaire, puis la formation constante d'un vrai chancre poiu* point de départ de la syphilis née de cette provenance. Le premier point étant démontré, on se laissa aisément aller à croire que contester le second était nier le premier, nier par conséquent l'évidence. Un peu d'interprétation aidant, quelque esprit de prosélytisme s'en mêlant, on n'eut qu'à rapprocher jusqu'au contact des espèces pathologiques, d'ailleurs dissemblables plus que différentes, et la doctrine du chancre partout, du chancre quand même^ vit le jour. Triomphera-t-elle jusqu'au bout? ou doit-on croire qu'ici encore, comme pour tant d'autres questions syphiligraphiques, ce sera celui qui aura le plus distingué qui se trouvera avoir le mieux interprété la nature ?
La diversité d'aspect qui existe entre plusieurs lésions primitives est un fait d'observation vulgaire. Qui voudrait le nier? Quel spécialiste, aujourd'hui maître consommé, ne se rappelle pas tel ou tel chancre que, à son début de clinicien, il méconnut, vu la faible induration qui raccompagnait; chancre que, aujourd'hui, il sait deviner et qu'il
baptise à première Tue, malgré la trompeuse bénignité de son apparence.
Dès longtemps, d'ailleurs, étrangers aux préoccupations doctrinales qui obscurcissent la vue ou entraînent la plume, d'excellents observateurs, rendant* à la nature un hommage désintéressé, avaient soupçonné, vu, décrit, dénommé ces nuances variables de la physionomie du chancre syphilitique. Carmichaël, dans son très-remarquable ouvrage, fait une classe à part des chancres bénins, sous le nom de patchy excoriation. — C'est aussi la superfidal primary syphilis^ de Wallace.
Dans son premier Traité, en 1838, Ricord écrivait : « Le chancre présente souvent des variétés telles dans son aspect matériel qu'il semble alors constituer des maladies difTérentes (p. 134). » •— Mais c'est de la chancrelle et du chancre, coulondusàcette époque sous le nom générique de chancre^ que Ricord sigtiaUiit ici les rappoils, me dira-tron peut-être I — 11 m'est iiiiposËible de le croire, Messieurs, lorsque, quelques pages plus loin, à propos du tubercule muqucux, il a*exprime ainsi ; a Chez quelques individus, le tubercule muqueux (plaque muqueuse) paraît être le premier symptôme par lequel débute la syphilis (p, 152). » Évidemment pour écrire, de sa main, une telle phrase et dausun article dont tous les termes ont été si soigneusement pesés, il (allait que Ricord eût observé des g^Tphilis dont la lésion primitive ollrait les caractères de la plaque muqueuse plus que les caractères du vrai chancre induré- Qu'on cesse donc déïsormais de lui attribuer, du moins dans mn inilesible et inexacte rigueur, la fameuse loi : « Toute vérole commence pur uu chancre, n Vous venez de voir quel amendement radical Texcelleût sens pratique du maître avait, dè§ Torigine, formulé à cette réduction absolue. Il ne fit, du reste, que céder de j4us eu pluj> i ce ti'CûiÂtïr mouv émeut
MmXIÈME LEÇON. 7S
commandé par la plus saine obsenratîon^ lorsque quelques années après, dans tous ses écrits et dans tous ses cours^ il donna, à côté du chancre induré, ime place fixe et déflnitiye au ohancre parcheminé.
Cette Toie était tellement pratique que tous les bons observateurs s'y engagèrent; tous ont suivi l'exemple, et plusieurs même sans savoir qu'il eût été donné. La venerola vulgaris d'Evans, Vérosion chancreuse de M. Bassereau, raffecHon condylomateuse de Rinecker, Vérosion superficielle de M. Langlebert, ne représentent qu'un seul et même <d)jet, que cette variété de lésion primitive à caractère objectifs atténués; variété que, conformément à ma nomenclature, j'appelle, moi, érosion chancriforme.
Ëxiste-t-il donc, parmi les lésions primitives, deux classes à part, méritant chacune un nom distinct?... Oui et non? Oui : il y a réellement, on observe souvent des extrêmes tellement tranchés qu'une même dénomination ne saurait leur être applicable. Mais non : il ne serait pas possible, sans violenter la nature, de distribuer tous les cas de lésion primitive dans l'une on dans l'autre classe. Entre les extrêmes on voit des intermédiaires qui rappellent au théoricien le plus tenté de l'oublier, que ces produits, en apparence si dissemblables, procèdent tous de la même origine.
Or, quand sans parti pris doctrinal, sans souci des conséquences que pourrait porter un aveu, quand en clinicien, c'est-à-dire empiriquement, l'on examine chez un grand noaibre de syphilitiques leur lésion primitive, que voit-on?
On voit, d'abord, qu'elle est loin de présenter chez tous, un aspect, une évolution identiques- La différence, tantôt légère, tantôt très-accentuée, existe soit pour la durée de l'incubation, soit pour la durée de l'état papuleux qui précède Tulcération, soit p#ur la profondeur (pour l'exis-
76 DE LA STPfflUS.
tence même) de cette ulcération, soit pour l'étendue et le degré de consistance de l'induration ambiante.
Mais, remarque^le, ces traits distinctifs ne sont pas arbitrairement épars, la longue papulation, par exemple, se trouvant dans un cas associée à une forte induration, ou l'ulcération profonde se montrant dans un chancre qui a
très-longtemps incubé Non. Les caractères en moins
existent en général tous ensemble, de même que les caractères en plus. De telle sorte que, en les groupant (comme on les voit si souvent groupés chez les malades), on est conduit par l'observation la plus indépendante à décrire deux formes de lésion primitive, savoir :
crKê." ^^*"' L'une, l'érosion chancriforme, où, après une longue incubation, apparaît une papule restant longtemps sous forme d'une élevure cuivrée, sèche; se desquamant ensuite, plus tard se couvrant d'une croûte ou plutôt d'une écaille mince. Celle-ci persiste ou se détruit, selon que le siège de la lésion est à l'air libre ou à l'abri de l'air. Sous la squame existe une surface rosée à peu près de niveau avec la peau voisine, fournissant un faible suintement séreux. La base ^st légèrement indurée, comme parcheminée; les ganglions lymphatiques correspondants sont durs, indolents.
Dans la seconde forme, — vrai chancre, — moins de temps s'écoule entre l'action de la cause contagionnante et le début d'une lésion visible. Celle-ci passe rapidement à l'état d'ulcère. Cet ulcère, sécrétant un liquide moins séreux, plus abondant, s'étend en largeur et en profondeur. Il y a dépression, véritable perte de substance. Une induration large et consistante en occupe la base. Même état des ganglions.
On a fait, je dois le reconnaître, de vigoureux efforts
Vra! chancre.
pour maintenir Vuniti symptomatologique du chancre. Des arguments incisifs, de laborieux commentaires se sont produits pour m'amener à une concession que j'ayais faite d'avance, mais que l'observation m'interdisait de compléter au gré de certains désirs doctrinaux. Pour moi, la lésion primitive, quelle que soit son origine, quelle que doive être la force de la syphilis dont elle est le premier indice, la lésion primitive, dis-je, a plusieurs traits qui sont toujours identiques. Toujours elle incube, toujours elle apparaît sous la forme d'une papule qui ultérieurement s'érode; toujours elle s'accompagne d'adénopathie; toujours elle précède de plusieurs semaines l'invasion des symptômes généraux. Mais à part ces caractères (caractères d'évolution plus que de forme), je persiste, — dût-il en ceci ne me rester, à l'Antiquaille, d'autre allié que les syphilitiques, —je persiste à dire que les lésions primitives, que les chancres^ sont extrêmement loin de se ressembler chez tous les sujets.
En voulez-vous des preuves? Regardez autour de vous, Messieurs; je ne vous demande pas autre chose que de fermer les oreilles et d'ouvrir les yeux. Examinez non-seulement les malades, mais les écrits spécialement publiés pour soutenir la doctrine du chancre toujours et partout identique. Et lorsque vous y voyez, par exemple, le mot induration manquer huit fois sur treize, dans le relevé d'observations recueillies expressément pour prouver que tous les caractères du chancre existaient chez ces treize malades, vus par l'auteur lui-même;
Lorsque, dans une thèse de la même école, vous trouvez le mot ulcération, ajouté sans façon à la traduction d'un texte allemand;
Lorsque surtout, à propos de quelques cas de vérole d'origine secondaire, vous y lisez ceci : « Les enfants des nour-
78 DE lA SYPHILIS.
rioes furent infectés. Qu*eurent-il8? Des chancres infectants des lèvres, provenant du chancre infectant du mamelmi. L'auteur ne note pas ce chancre spécial aux lèvres. Cependant les choses n^ont pu se passer autrement... w
Lorsque, en preuve de la virulence d'un ulcère, vous entendez alléguer sa largeur^ largeur tenant uniquement à ce que cet ulcère résultait de la réunion de quatorze inoculations contiguës ;
Lorsque, toujours dans cette vue, l'on vous présente comme « pouvant loger un œuf de pigeon, » un ulcère, également dû à quatorze inoculations, dont l'auteur allemand dit seulement que « sa base avait les dimensions d'un œuf de pigeon...; » lorsque vous observez de pareils écarts dans la marche polémique d'hommes d'ailleurs judicieux, savants, considérables, éminents ; concluez, et dites si le spectacle de ce parti pris qui argue d'une induration absente, ou d'un chancre qui a dû exister, ne vous renvoie pas forcément, je ne dis point à ma doctrine à moi, mais à la nature, ce grand arbitre entre toutes les doctrines 1
A côté de la preuve, voulez-vous la contre-épreuve?. . . C'est assez ma manière ; et cette fois j'y cède encore plus volontiers, puisque j'ai à ma disposition non pas seulement des faits cliniques épars comme je vous en ai déjà cité dans ma première leçon, comme je pourrais les multiplier par centaines, mais deux faits observés dans le même hôpital, à la même clinique.
Le 6 mai 1861, je montai à l'Antiquaille, pour prier mon cher et gavant collègue , M. RoUet, de me faire un chancre mixte, comme il a si lumineusement prouvé que la chose est possible en déposant du pus de chancrelle à la surface d'un chancre.
Il s'agissait donc de trouver d'abord le chancre sur lequel cette inoculation serait faite : et pour cela nous nous mîmes,
M. Bouchard, tdors interne, et moi, à chercher dans les salles.
Nous en examinâmes d^abord un, situé sur le reflet, dur, à bords non taillés à pic, il est vrai, mais creusé à sa surface d'une excavation de 2 à 3 millimètres de profondeur, et sécrétant une matière jaune et épaisse. Je récusai celui-ci comme offrant déjà, à quelques égards, l'aspect d'un chancre mixte, ou chancre chancrellé. Il m'échappa même de dire à M. RoUet que cet ulcère me semblait mal choisi pour l'expérience que nous projetions, puisque l'inoculation du pus chancrelleux n'y pourrait rien faire de plus que ce qui y existait déjà. — Il n'était cependant pas chancrellé ; car, quatre jours auparavant, du fluide pris sur cet ulcère (offrant alors le même aspect), avait été inoculé au malade même, et l'inoculation n'avait pas réussi. Donc ce n'était pas un chancre mixte ; mais je signale la méprise où je fus sur le point de tomber, pour vous faire remarquer que, outre sa dureté si caractéristique, ce chancre offrait ime ulcération et une sécrétion des plus manifestes.
Cherchant plus loin, M. Bouchard et moi, nous trouvâmes sur un autre malade un chancre du reflet, datant de trois semaines. Je dis chancre^ mais je le dis d^fiq)rès la théorie, car nous ne vîmes là qu'une écaille mince et sèche recouvrant une plaque large de 4 à 5 millimètres. La consistance parcheminée de sa base et la pléiade ganglionnaire inguinale concomitante nous firent seules diagnostiquer une lésion primitive de syphilis. (Ce malade ne put se rappeler positivement de quelle femme il tenait son mal.)
Je fis plonger la verge pendant quelques minutes dans un verre d'eau ; et après avoir détaché l'écaillé, nous vîmes une surface rouge, simplement humide plutôt que couverte d'un liquide qu'on pût recueillir en quantité perceptible.
Cette surface était parfaitement de niveau avec la peau du voisinage.
C'est sur cette surface que fut déposé le pus de chancrelle. — Mais les suites de l'expérience ne sont pas ce qui nous intéresse en ce moment. Je n'ai voulu , en vous citant ces deux exemples, que vous faire en quelque sorte toucher de l'œil et du doigt les différences saillantes que l'on rencontre souvent entre les diverses lésions primitives. J'ai voulu, en somme, à côté d'un cas de chancre type, vous montrer un cas non moins tranché d'érosion chancriforme.
origine8,degpé Aiusi l'érosiou chancriforme, sans constituer une espèce
de fréquence et
contagiosité de morbidc distiucte, sans être rien de plus qu une nuance de
lérosion chancri- ' ^ ^
forme. formc correspoudaut à un degré d'intensité virulente, mé-
rite d'être étudiée à part.
D'abord, elle a une double origine : car elle peut être produite soit par le contact d'une lésion secondaire, soit par le contact d'une érosion chancriforme.
C'est l'érosion chancriforme qui propage le plus de véroles. Étudiée comme agent de contagion, on ne peut nier qu'elle n'offre toutes les qualités requises pour bien jouer ce rôle. Véritable lésion primitive, elle recèle, à ce titre, un pouvoir contagieux sinon égal à celui du vrai chancre, du moins supérieur à celui des lésions secondaires.
Puis, remarquons-le, l'érosion chancriforme est indolente, superficielle, peu étendue, souvent ignorée ou prise pour un insignifiant bouton, souple (du moins comparativement au vrai chancre induré). En faut- il davantage pour que l'individu qui la porte ne trouve dans sa présence aucun obstacle à aucune espèce, à aucune multiplicité, à aucune prolongation de rapports sexuels? — Au contraire, le vrai chancre, le chancre huntérien, excavé, large, saignant au contact, à base inflexible, avertit si vite et si haut, le cas
échéant, sa TÎôtime d'ajourner les plaisirs où il a pris naissance que sa voix ne saurait être méconnue.
Il était donc tout naturel que Vérosion chancriforme lùt, parmi les lésions primitives, la plus fréquente. C'est ce qui existe, en efteti Sur 311 cas de syphilis, M. Bassereau a constaté que la lésion primitive fut 137 fois un chancre et 174 fois une érosion chancreuse (nom qu'il donne à ce que nous appelons érosion chancriforme).
Cette notion nous fournit encore la solution d'un problème des plus ardus; solution assez intéressante pour vous faire excuser, je l'espère, la petite digression qui va nous reposer un instant de toutes ces abstractions doctrinales et polémiques.
Ce problème est intéressant, vous, disais-je. Jugez- en, Messieurs : Voilà plus de vingt ans qu'il est posé comme un défi aux partisans du dualisme chancreux. « Pourquoi, leur répète-tron, si l'induration tient à la graine et non au terrain, pourquoi l'induration est-elle moins fréquente chez la femme que chez l'homme? »
A cet énoncé, permettez -moi seulement de substituer celui-ci, qui exprime exactement le même fait clinique : « Pourquoi les femmes ont-elles plus rarement que les hommes de vrais chancres indurés aux parties génitales? »
C'est, réponds-je, parce que, moins souvent que les hommes, elles sont exposées au contact d'un chancre de cette espèce.
En effet, où est le plus ordinairement située la lésion
primitive, chez l'homme? Au reflet balano-préputial.
En 1848, à l'Antiquaille, j'examinai 100 malades affectés de
lésion primitive aux organes génitaux. Or, sur ce nombre,
73 portaient l'ulcère au reflet du prépuce; et notez que,
sur les 27 restants, la plupart l'avaient au voisinage de cette
région.
Eh bienl lorsque cette lésion primitive, ainsi située, se trouve être un vrai chancre, c'est-à-dire un ulcère excavé, saignant, douloureux à la pression, je me demande si le porteur est bien irrésistiblement tenté d'aller pratiquer le coït; le coït qui, pour s'accomplir, pour atteindre le seul but dans lequel il soit entrepris, nécessite des IVottements, des tiraillements actifs, prolongés, de la partie même où siège le chancre? J'ai su comme un autre, spécialiste j'ai été mieux que personne à même d'apprécier jusqu'où peuvent égarer certaines passions. Mais si la morale, la religion, la prévision des dangers les plus sérieux sont trop souvent, à cette heure, un frein impuissant, tout au moins la douleur physique, la douleur présente, inévitable, progressive, mérite bien de compter parmi les avertissements les mieux écoutés I
De ceci, je ne conclus point que les hommes atteints de lésion primitive ne recherchent jamais le coït. Je dis seulement qu'ils le rechercheront d'autant moins que leur lésion sera plus douloureuse.
Voilà pourquoi les femmes, étant plus souvent en rapport avec des hommes affectés de simple érosion chancriforme, ont elles-mêmes des érosions chancriformes plus souvent que de vrais chancres.
« Mais, dira-t-on, ce calcul est ime erreur ou une défaite. Si les hommes ont des chancres indurés, ils ne peuvent les avoir pris qu'à une seule source. Pour qu'ils en aient, il faut donc de toute nécessité que les femmes en aient; pour qu'ils en aient beaucoup, qu'elles en aient autant qu'eux. »
Je nie positivement cette conséquence. Une femme peut fort bien infecter plusieurs hommes ; et, en fait, les choses se passent réellement ainsi. Nul ne l'ignore. Obligées de satisfaire à toute demande qui vient à se produire d'une certaine façon, quelques femmes, en cette matière, payent réellement pour tout leur sexe. Ajoutez que chez les femmes,
DEUXIÈME LEÇÛK. 83
la lésion primitive ne siège pas aussi fréquemment que chez l'homme, dans les points où s'exerce le frottement du coït; sans compter que, ce frottement n'étant pas, pour elles, une condition sine qua non^ elles ont et emploient mille moyens de s'y soustraire, de l'atténuer ou de l'abréger.
En résumé :
1* L'homme qui a un chancre, un vrai chancre, s'abstient en général du coït;
2* L'érosion chancriforme ne créant pas, pour lui, les mêmes motifs de réserve, il la transmet plus souvent.
« Mais me demanderez-vous peut-être, Messieurs, — sondeurs passionnés de cette sorte de mystères, — pourquoi cette prédilection des vrais chancres indurés pour la vei^e? et pourquoi leur rareté à la vulve? Vous nous donnez bien l'explication du fait ; mais le fait lui-même se justifie-t-îl d'après un but plus élevé? a-t-il sa raison d'être dans quelque cause finale? »
Jusqu'au bout, Messieurs, je veux répondre à votre confiance; et nous fouillerons ensemble aussi avant que vous le voudrez dans les desseins cachés de la volonté créatrice* N'imitons pas, cependant, l'exemple de ce jeune et disert professeur qui, il y a trente ans, à cette même place, jaloux d'émailler sa froide anatomie d'im glacis philosophique, s'écriait, après avoir décrit toutes les couches du scrotum : « Louons la sagesse divine qui a donné au testicule autant d'enveloppes qu'il en avait besoin I » Non : je sais mieux les bornes imposées à notre soif investigatrice. Mais, toutefois, en réfléchissant au problème que votre curiosité me pose, me sera-t-il interdit de conjecturer que, si chancres et érosions chancriformes se trouvent distribués aussi inégalement entre les deux sexes, c'est dans un but de sécurité sociale; c'est qu'il aura été, là-haut, jugé prudent, dans
la répartition de ces sortes d'infirmités, d'octroyer la lésion la plus douloureuse au sexe qui demande, et la lésion la moins dangereuse au sexe qui ne sait pas refuser î
Loidecon- A préscut quc la variété des lésions primitives, la diffé-
eordance en- , «.,,,.
ireiafonnedô reuce do Icurs caractcrcs est un fait établi, nous pouvons
Ik lésion pri- ' ^
fcwedeîis*- ^S'*^^ ^^ question posée tout à l'heure ; nous pouvons nous âiugu?e demander : « A quoi tiennent ces différences? » ou, pour serrer encore de plus près le problème pratique : « La lésion primitive à caractères accentués annonce-t-elle une syphilis forte; et la lésion primitive à caractères atténués, une syphilis faible? »
Mais « halte-là 1 » m'entends-je crier par quelque auditeur en défiance, « halte-là 1 s'il vous plaît, professeur! j'entrevois, à ce coup, votre théorie. Vous nous disiez tout à l'heure que l'érosion chancriforme, étant la lésion la plus contagieuse, devait être la lésion la plus fréquente. Vous enseignez maintenant que la femme, étant moins souvent en contact avec de vrais chancres indurés, ne peut pas en avoir beaucoup. La chose est claire ; et vous vous en défendriez en vain. Vous admettez un rapport de causalité entre le degré de la lésion infectante et le degré de la lésion primitive de l'infecté. Selon vous, le chancre engendre un chancre, et la lésion secondaire engendre l'érosion chancriforme. — L'énoncé est simple comme le sont toutes les dichotomies; il peut séduire. Mais prenez-y garde, de nombreuses exceptions s'inscrivent déjà contre votre prétendue loi; et chaque praticien pourrrait... »
Pardon! cher argumentateur, mais la discussion me paraît près de s'égarer. Permettez-moi de m'expliquer, à mon tour; de vous dire, après les intentions que vous me prêtez, celles qui sont réellement miennes.
Si je voulais soutenir cette loi de concordance entre la
lésion-cause et la lésion-eflfet, je n'en aurais ni le mérite, ni la responsabilité. Carmichaël et Rinecker n'ont laissé à personne l'initiative de cette idée. Carmichaël, parlant au nom d'une expérience de quinze années, distinguait déjà entre la syphilis bénigne (papular venereal disease) produite par sa patchy excoriation et la vraie syphilis {trae syphilis) produite par le vrai chancre calleux. Rinecker décrit deux variétés de la maladie syphilitique; l'une, la syphilis proprement dite, qui a le chancre, l'autre, la syphiloïde , qui aurait la plaque muqueuse pour points de départ.
De pareilles explications, des formules aussi tranchées seront toujours bien accueillies par les théoriciens. En voyant apparaître une certaine lésion chez l'homme, par exemple, est- il rien de plus naturel que de supposer qu'une lésion identique existait chez la femme qui l'a contaminé?
Mais l'existence de ces transmissions directes, en fait de syphilis, n'est plus aujourd'hui physiologiquement soutenable. Oh! sans doute, quand il s'agit de maladies simplement contagieuses, non virulentes, la cause produit toujours un effet adéquat à elle-même, rien de plus, rien de moins. La chancrelle propage une chancrelle; la blen- Borrhagie une blennorrhagie; l'acarus, en sautant d'un individu à l'autre, retombe, pour ainsi dire, sur ses pattes, tel à l'arrivée qu'il était au départ.
Mais avec les virus, en matière de syphilis, tout change* Ni les lois d'évolution, ni les phénomènes visibles qui décèlent l'empire de ces lois, ne ressemblent à la marche des simples contagiums à effet purement local. Dès que la lésion primitive apparaît, on peut dire que l'intoxication générale est déjà commencée : car cette lésion a eu un temps d'incubation; elle est irréinoculable; elle est inabor-
86 DE LA STPHILIS,
tible. Vous en faut-il davantage pour admettre que le yirus a déjà un pied dans l'organisme? Sans doute il n'en a qu'un; sans doute l'infection, à ce moment, est plutôt décidée que réalisée; sans doute la lésion primitive est, de toutes celles que va offrir un syphilitique, celle qui traduit le plus l'intensité de la cause infectante, celle qui traduit le moins la force de réaction de l'organisme infecté. Mais enfin, je le répète : puisqu'elle a incubé, dès qu'elle est irréinoculable etînabortible, la lésion primitive est bien réellement un état constitutionnel.
Or, ce virus peut-il avoir influencé la constitution sans que la constitution, réciproquement. Tait influencé luimême? Et cela étant, n'est-il pas naturel que la lésion primitive, la seule qui existe à ce moment, accuse par ses différences le degré variable de cette action exercée par la constitution du sujet infecté?
Par sa forme, la lésion primitive dénote donc bien plus le degré de force de la syphilis dont elle marque le début, que le degré de force virulente de la lésion du contact de laquelle elle procède.
En termes plus précis, la lésion primitive offre dans sa forme le reflet de toutes les influences qui, au moment où on la voit, contribuent à faire que la syphilis du sujet qui la porte sera forte ou sera faible. Certainement, parmi ces influences, la prédominante est bien celle qui tient au degré de force du virus infectant (degré dont nous jugeons par la forme de la lésion dont le contact a opéré l'infection) ; et c'est bien pour cela qu'il y a si fréquemment un rapport entre la forme de la lésion de l'infectant et la forme de la lésion primitive de l'infecté; c'est pour cela qu'on se laisserait si aisément entraîner à généraliser outre mesure, à affirmer qu'im vrai chancre produit toujours, et ne peut produire qu'un vrai chancre, qu'une érosion chancri-
fonne, produit toujours, et ne peut produire qu'une érosion chancriforme I Mais l'état de l'organisme du sujet infecté, la résistance plus ou moins considérable de ce sujet joue aussi un rôle qu'il ne faut ni contester, ni amoindrir; rôle réel, quoique difficile à calculer et à prévoir; rôle dont l'effet sur la forme de la lésion primitive va en grandissant à mesure qu'on s'éloigne du moment où l'infection a eu lieu.
Rappelez-vous, en somme, Messieurs, que la lésion primitive ne peut exprimer que deux choses : r son origine, la source d'où elle procède; et 2** les dispositions acquises actuellement (au moment de l'examen) du sujet chez lequel on l'observe. Et ne vous étonnez pas des quelques exceptions qui vous montreront une syphilis forte, par exemple, survenant chez un homme qui n'avait eu qu'une érosion chancriforme. Gela vient, chose facile à comprendre, de ce que, à partir du jour de la contagion, des causes nouvelles auront surgi, ou d'anciennes causes auront, alors seulement, réalisé leur effet de manière à rendre le sujet plus susceptible d'une vérole forte qu'il ne l'était à l'époque où la lésion primitive s'est manifestée chez lui.
Rappelez-vous aussi, lorsque vous voudrez vérifier ce que je viens de dire, les modes variables dHnsertion du virus, lesquels peuvent abréger ou allonger l'incubation; rappelezvous l'influence des régions et des tissus, qui affaiblit ou exagère l'induration ; mettez en ligne de compte le traite» ment, dont Faction est si influente. Prenez, d'autre part, en considération tout ce qu'il y a ordinairement d'obscur dans les signes commémoratifs ou actuels par lesquels l'aptitude de tel individu à avoir une vérole forte ou une vérole faible, peut se révéler au praticien. Et lorsqu'on vous opposera d'apparentes exceptions à la loi de concordance entre la ^orme de la lésion primitive et la force de la vérole qui lui a
stàccédé...^ n'en contestez aucune; elles sont toutes dans la nature, — et le plus souvent la nature mieux interprétée saurait les faire rentrer dans la règle, — n'en contestez aucune, mais demandez seulement qu'on ne s'en rapporte pas non plus à elles seules , et prenez pour arbitre la statistique.
Conformément à ces principes, Messieurs, je vous citerai d'abord un nombre restreint d'observations confirmatives de la loi précédente, puis je rappellerai l'importante statistique qui la sanctionne.
Obs. I. Un monsieur, âgé de 24 ans, me raconta, le 17 août 1861, que il y a trois ans, il eut, à Marseille, un chancre si petit , si peu perceptible que , à présent même, il ne croit pas encore que c'ait été un chancre. Un peu d'induration persistant lui donna quelques doutes. Au bout de cinq semaines environ, M. Melchior Robert découvrit une roséole, deux plaques muqueuses de la langue, avec un peu d'alopécie et de céphalée. Mon confrère lui prescrivit du mercure. Mais la roséole ayant passé en quatre jours j il ne se traita pas plus longtemps. — Liorsque je vis cet ex-malade, il venait me consulter pour les suites d'un rhumatisme articulaire aigu. Il n'avait eu aucun accident syphilitique depuis trois ans; et je ne lui en trouvai pas la moindre trace. .
Obs. II. En juin 1855, je vis un jeune commis, avec un petit chancre insignifiant, que je déclarai non induré, et que je cautérisai avec la pâte de Canquoin. La cicatrice parut d'abord se faire. Mais, à peine formée, elle s'exulcéra; et il fut plus tard atteint de plaques muqueuses, de croûtes du cuir chevelu, avec adénopathie, de douleurs éparses dans les membres. Il a guéri sans traitement spécifique et d'une manière radicale.
Obs. III. Vers la même époque, un monsieur de 38 ans,
très-pusillanime, vint de Dijon, me consulter pour une blennorrhagie. Au bout de quelques jours, il me montra une toute petite érosion extrêmement superficielle à la base du gland. Gomme le dernier coït datait de 25 jours, je crus d'abord n'avoir affaire qu'à un herpès insignifiant. J'eus le tort de le penser, le tort plus grand de le dire. Un pansement simplement astringent, institué sur la foi de cette erreur, laissa marcher les symptômes. Cependant le petit ulcère s'agrandit peu; je ne pus même jamais décider s'il s'accompagnait oui ou non d'induration. Mais l'adénopathie devint manifeste ; puis se déclarèrent des prodromes, que la susceptibilité morale du client rendit quelque peu inquiétants. Non traité spécifiquement, il vit tout se borner à quelques papules assez discrètes, à un érythème obstiné de l'arrière-gorge sans plaques muqueuses bien apparentes. Il voulut suivre un traitement par le rob de Boyveau; et c'est à ce remède qu'il me fait l'aflfront d'attribuer aujourd'hui sa guérison. Je l'ai bien mérité : mais qu'il me permette au moins de faire remarquer qu'elle ne s'est jamais démentie. Obs. IV. Au mois de mars 1847 , je vis une jeune femme de 19 ans, atteinte d'une lésion primitive indurée de a lèvre, lésion accompagnée d'adénopathie, qu'elle ne pouvait tenir que d'un de mes clients affecté en ce moment-là de plaques muqueuses buccales opiniâtres. Chez cette malade, un peu chlorotique, je sursis au traitement jusqu'à l'invasion des symptômes secondaires. Ils furent très-faibles, et consistèrent en un peu de roséole, de céphalée, et deux ou trois plaques muqueuses vulvairés superficielles. Je prescrivis néanmoins du mercure, comme à cette époque j'en prescrivais, indistinctement, à tous les syphilitiques. Mais la malade, par répugnance, ne prit^ et très-irrégulièrement, que 20 centigrammes à peine de proto-iodure, en 10 pilules ingérées à intervalles éloignés, dans l'espace de 20 jours. —
Néanmoins aucune récidive n'a eu lieu; et cette dame qui m'a toujours continué sa confiance, que je n'ai cessé devoir de temps en temps, pour d'autres maladies, que j'ai souvent interrogée à ce sujet, n'a eu, depuis lors, depuis plw de seize ans, aucun nouveau symptôme de syphilis
Obs. V. Je fus appelé en avril 1852, par deux de mes amis, pour examiner médicalement leur père dont la santé, me disaient-ils, n'était pas seule à se déranger. Quelques rentrées tardives, une contenance tant soit peu embarrassée, trahissaient quelque mystère, qu'un coup d'oeil spécial devait éclaircir. J'examine donc, et je trouve à droite sur le reflet, une érosion très-superficielle, à peine indurée, recouverte d'une mince écaille. (Le malade, le coupable, l'appelait écorchure.) Elle existait depuis près de quinze jours, sans qu'aucun traitement local ou général eût été fait. Je déclare la vérité pour le présent, j'annonce les conséquences pour l'avenir; et, après avoir ordonné une, plus tard deux pilules au proto-iodure de mercure (de 2 centigrammes et demi seulement, vu une gastralgie alléguée) par jour, je me retire.
Les choses se passèrent comme il ne m'avait été que trop aisé de le prédire. La lésion primitive n'augmenta pas, elle alla même bientôt en s'efiaçaut ; mais, au bout de six semaines environ, je constatai une roséole évidente, accompagnée de céphalée (prescription de continuer les pilule^,
A deux mois de là, on me fit encore revenir pour deux plaques muqueuses légères mais bien dessinées du scrotum (continuation des pilules, et pommade au calomel).
Ce cher client fut bien guéri, et il est resté en parfait état, sans récidives, jusqu'à sa mort en septembre dernier.
Or, quelques semaines après ma dernière visite, on avait trouvé, dans sa table de nuit, ses boîtes de pilules, intactes. Il avoua franchement n'avoir pas voulu prendre ce médica-
ment, sachant ce qu'il contenait; protesta de nouveau que son éruption venait d*un refroidissement^ et déclara « qu'on la lui donnait belle en le voulant traiter d'une maladie qu'il n'avait pasi »
Voilà donc, en même temps qu'un nouveau cas de syphilis faible succédant à ime lésion primitive légère, un bel exemple de syphilis guérie, — et restée guérie plus de neuf ans, — sans traitement mercuriel.
Obs.VI. Enfin un agglutinatif client auquel j'ai bien promis de donner, dans ces conférences, une place d'honneur, me demanda mes soins, en novembre 1861, pour une papule, à peine saillante, brune, légèrement desquamée, mais parcheminée, du reflet préputiaL Très-inquiet, timoré, m'accablant de questions, il m'a bien certainement, en 12 qu 15 séances, fait répéter tout ce que j'ai l'honneur. Messieurs, de vous exposer ici : « Docteur, qu'arrivera-t-il? — Docteur, quand en serai-je aux symptômes secondaires? — Eh quoil docteur, vous ne me donnez pas de mercure! — Docteur, répondez-vous de la guérison?... Combien aurai-je de récidives?... A partir de quelle époque pourrai-je me croire en sûreté? etc. »
Messieurs, je tins ferme le drapeau du système thérapeutique que je défends. Je répondis à toutes les questions solubles. Vu la bénignité de la lésion initiale, je ne me fis aucun scrupule de donner les meilleures assurances sur le peu d'intensité des symptômes ultérieurs, annonçant toutefois qu'ils serviraient eux-mêmes à compléter l'horoscope. Bref, tout se passa comme j'avais pris sur moi de l'annoncer ; et après quelques poussées de peu d'importance, nous sommes aujourd'hui débarrassés tous les deux, le malade de sa vérole et moi de ses visites.
Mais bien au-dessus de ces réminiscences cliniques, se
place un grand fait statistique sur lequel je^ m'appuie, je le déclare, avec la plus entière confiance, parce qu'il a précédé mes recherches au lieu de venir après elles, et aussi parce qu'il contient l'épreuve et la contre-épreuve. M. Bassereau, on le sait, a étudié les diverses espèces de syphilides qui signalent l'invasion de la maladie constitutionnelle ; et on sait aussi qu'il les a divisées en quatre classes, classes qu'il a rangées dans un ordre énonçant le degré croissant de gravité de l'intoxication. Ainsi, pour lui, comme du reste pour tous les observateurs, quand l'éruption qui éclate au début de l'infection est un simple érythème, ceci dénote une intoxication moins grave que si l'éruption était papuleuse ; la papuleuse, une intoxication moins grave que la pustuleuse; la pustuleuse, une moins grave que la tuberculeuse.
Il faut encore rappeler que M. Bassereau a eu la chance de découvrir et la patience de compter quelles sont les diverses formes de chancre qui ont précédé telle ou telle éruption. Ainsi, on trouve dans son livre que, sur 100 cas, par exemple, de syphilide érythémateuse, l'antécédent a été tant de fois une érosion chancreuse, tant de fois un chancre induré; même calcul pour la lésion initiale de la syphilide papuleuse, de la pustuleuse, etc.
Nous tenions donc là le moyen de vérifier cliniquement, et sur la plus ferme comme sur la plus large échelle, la justesse de nos convictions. Comme Vérosion chancreuse de M. Bassereau est notre érosion chancriforme^ nous nous dîmes : « Si, dans les tableaux de M. Bassereau, il y a plus d'érosions chancreuses que de chancres indurés pour antécédent des syphilides légères; et s'il y a, au contraire, moins d'érosions chancreuses que de chancres indurés pour antécédent des syphilides graves, il sera démontré que la forme de lésion primitive que nous disons être la
plus bénigne est suivie de la syphilis la moins grave, et réciproquement. »
Or, en compulsant les chiffres de M. Bassereau, nous avons eu la satisfaction, extrêmement précieuse quand elle nous vient d'une autorité aussi notoirement consciencieuse «t aussi universellement acceptée que celle de notre cher collègue, nous avons eu, disons-nous, la satisfaction d'y trouver la réalisation aussi complète que nous pouvions l'espérer, de'nos prévisions. La table suivante donnera une idée de la proportion régulièrement et graduellement décroissante des érosions chancreuses par rapport aux chancres indurés, à mesure qu'on passe des syphilides moins graves aux plus graves :
NOMBAE
det