LE GOBIE MENU
Le GOBIE CYPRINOÏDE.
SECOND SOUS-GENRE
Chacune des nageoires pectorales alttachee à une prolongation charnue.
ESPÈCE. CARACTÈRES
Treize rayons à la seconde nageoire du dos; douze aux thoracines ; les yeux trè--saillants, et placés sur le sommet de la tête.
Lx GOBIE SCHLOSSER.
LE GOBIE PECTINIROSTRE !.
Gobius pectinirostris, Lacep. 2.
Les gobies n'attirent pas l’attention de l'observateur par la grandeur de leurs dimensions, le nombre de leurs armes, la singularité de leurs habitudes; mais le juste appréciateur des êtres n'accorde-t-il son intérêt qu'aux signes du pouvoir, aux attributs de la force, aux résultats en quelque sorte bizarres d’une organisation moins conforme aux lois générales établies par la nature? Ah! qu’au moins, dans la recherche de ces lois, nous échappions aux funestes effets des passions aveugles ! Ne pesons pas les familles des animaux dans la balance inexacte que les préjugés nous présentent sans cesse pour les individus de l’espèce humaine. Lorsque nous pouvons nous soustraire avec facilité à l'influence trompeuse de ces préjugés si nombreux, déguisés avec tant d'art, si habiles a profiter de notre faiblesse, ne négligeons pas une victoire qui peut nous conduire à des succès plus utiles, à une émancipation moins imparfaite; et ne consultons dans la distribution des rangs parmi les sujets de notre étude, que les véritables droits de ces objets à notre examen ainsi qu’à notre méditation.
Si les sobies n’ont pas recu , pour attaquer, les formes et les facultés qui font naître la terreur, ils peuvent employer les manéges multipliés de la ruse et toutes les ressources d'un instinct assez étendu; s’ils n’ont pas, pour se défendre, des armes dangereuses, ils savent disparaitre devant leurs ennemis, et se caclier dans des asiles sûrs; si leurs formes ne sont pas très-extraordinaires, elles offrent un rapport tres-marqué avec celles des cycloptères, et indiquent par conséquent un nouveau point de contact entre les poissons osseux et les cartilagineux ; si leurs couleurs ne sont pas tres-
4 Gobie peigne, Daubenton, Enc. méth.— Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth — Lagerstr. Chin. 29, fol. 5. — Apocryp-
tes chinensis, Osbeck, 1t, 150. ; ? M. Cuvier ne fait pas mention de ce poisson. B:
, riches, leurs nuances sont agréables , souvent
très-variées, quelquefois même brillantes ; s’il ne présentent pas des phénomènes remarqua+ bles, ils fournissent des membranes qui réduites en pâte, ou pour mieux dire, en colle, peuvent servir dans plusieurs arts utiles; si leur chair n’a pas une saveur exquise , elle est une nourriture saine; et, peu recherchée par le riche, elle peut fréquemment devenir l'aliment du pauvre; et enfin si les individus de cette famille ont un petit volume, ils sont en trèsgrand nombre, et l’imagination qui les rassemble les voit former un vaste ensemble.
Mais ce ne sont pas seulement les individus qui sont nombreux dans cette tribu; on compte déjà dans ce genre beaucoup de variétés et même d'espèces. Et comme nous allons faire connaitre plusieurs gobies dont aucun naturaliste n’a encore entretenu le publie, nous avons eu plus d’un motif pour ordonner avec soin l'exposition des formes et des mœurs de cette famille. Nous avons commencé par en séparer tous les poissons qu’on avait placés parmi les vrais gobies, mais qui n’ont pas les caractères distinctifs propres à ces derniers animaux; et nous n'avons conservé dans le genre que nous allons décrire que les osseux dont les nageoires thoracines, réunies à peu près comme celles des cycloptères, forment une sorte de disque, ou d’éventail déployé, ou d'entonnoir évasé, et qui en même temps ont leur dés garni de deux nageoires plus ou moins étéadues. Une considération attentive des détails de la forme de ces nageoires dorsales et thoracines nous a aussi servi, au moins le plus souvent, à faire reconnaitre les espèces : pour rendre la recherche de ces espèces plus facile, nous les avons rangées, autant que nous l'avons pu, d’après le nombre des rayons de la seconde nageoire dorsale, dans laquelle nous avons remarqué des différences spécifiques plus notables que dans la première; et lorsque le nombre des rayons de cette seconde nageoire dorsale a été égal dans deux ou trois espèces, nous les avons inscrites sur notre tableau d’après la quantité des rayons qui composent leurs nageoires thoracines. Mais avant de nous occuper de cette détermination de la place des diverses espèces de gobies, nous les avons fait entrer dans l’un ou dans l’autre de deux sous-genres, suivant que leurs nageoires pectorales sont attachées immédiatement au corps, ou que ces instruments de na-
DES POISSONS
lation tiennent à des prolongations charnues.
Le pectinirostre est, dans le premier sousgenre, l'espèce dont la seconde nageoire dorsale est soutenue par le plus grand nombre de rayons : on y en compte vingt-six ‘. Mais ce qui suffirait pour faire distinguer avec facilité ce gobie, et lui a fait donner le nom qu'il porte, c’est que presque toutes les dents qui garnissent sa mâchoire inférieure , sont couchées de manière à être presque horizontales, et à donner au museau de l'animal un peu de ressemblance avec un peigne demi-cireulaire. Ce poisson vit dans les eaux de la Chine.
LE GOBIE BODDAERT ?.
Gobius Boddaerli, Linn., Gmel., Cuv.; Gobius Boddaert, Lacep. ‘,
On a dédié au naturaliste Boddaert cette espèce de gobie, comme un monument de recon-
naissance, vivant et bien plus durable que tous
ceux que la main de l’homme peut élever. Ce poisson 6sseux a été pêché dans les mers de l'Inde. Il parvient à peine à la longueur de deux décimètres. Il est d’un brun bleuâtre par-dessus , et d’un blanc rougeâtre par-dessous. Des taches brunes et blanches sont répandues sur la tête; la membrane branchiale et la nageoire de la queue présentent une teinte blanche mélée de bleu; sept taches brunes placées audessus de sept autres taches également brunes, mais pointillées de blanc, paraissent de chaque côté du dos; un cercle noir entoure l'ouverture de l’anus; quelques taches couleur de neige marquent la ligne latérale, le long de laquelle
on peut d’ailleurs apercevoir de très-petites pa- |
pilles ; la première nageoire du dos * est parsemée de points blanes ; et cinq ou six lignes blanches s'étendent en travers entre les rayons de la seconde.
Indépendamment des couleurs dont nous venons d'indiquer la distribution, le boddaert est remarquable par la longueur des filaments qui terminent les rayons de sa première nageoire dorsale, et particulièrement de celui que l’on
* A la membrane des branchies 5 rayons, à la première nagcoire du dos 5, à la seconde 26, à chacune des pectorales49, aux thoracines 12, à celle de l'anus 26, à celle de la queue 45,
? Pallas, Spicileg. zoolog. 8, p.11, tab. 2 fig. 43. — Gobie boddaert, Bonnaterre, pl. de l'Euc. méth.
5 Du sous-geure des Gobous proprement dits dans le genre Gobous. D.
+ A la première nageoire du dos 8 rayons, à la seconde 25,
voit à l’extrémité du troisième rayon. De plus, sa chair est grasse, son museau très-obtus , ses lèvres sont épaisses ; ses yeux un peu ovales et peu saillants; et au delà de l’anus, on distingue un petit appendice charnu et conique, que l’on a mal à propos appelé petit-pied, peduncutus, péduncule, et sur l’usage duquel nous aurons plusieurs occasions de revenir.