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LE SCOMBRE MAQUEREAU

Scomber Scombrus, Linn., Gmel., Lacep., Cuv.*.

Lorsque nous avons voulu parcourir, pour ainsi dire, toutes les mers habitées par les lé-

M. Cuvier ne fait pas mention de cette espèce. D.

2 7rayons à la membrane branchiale du scombre atun, 20 aiguillonnés à la première dorsale , 40 articulés à la seconde, 45 à chaque pectorale, 6 à chaque thoracine, 40 ou 45 à l'anäle, 22 à la nageoire de la queue.

5 Auriol, Verrat, sur plus. côtes mérid. de France. — Makrill, en Suède. — Id., en Danemarck. — Mukrel, en Allemagne. — Macarel, en Angleterre. — Macarello. à Rome. -— Scombro, à.Venise., — Lacerto, à Naples. — Cavallo, en Espagne. — Horreau, dans quelques contrées européennes. — Scombre maquereau, Daubenton, Enc. méth. = Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Maquereaw, Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 7, c. 4, pl. 1, fig. 1. — Bloch, pl. 54.— « Scomber prunulis quinque. » Faun. Suecic. 359. — Müll. Prodrom. Zovlog. danic., p- 47, n. 595. — <Scomber pinnulis quinque in extremo dorso, spinä brevi ad «< anum. » Artedi, gen. 50, spec. 68, syn. 48. — Ô G4quÉpcs. Arist., 1. 6, c. 17; 1. 8, c. 12. — Ælian., 1. 14, c. 1, p.798. — Athen,1,5, p. 121. —Oppian, Haheut., 1. 4, fol. 108 et 109, et 1.5. — Scomber, Ovid. Halieut., v. 94. — Scomber, Colüumell.,1. 8, c. 17. — Scomber, Plin., 1. 9, c. 15; 1.51, c.8; et1.52, c. 11. — Maquereau, Scombrus, Rondelet, part. 4, L8,c. 7. — Scomber, Scombrus, Gesner, 841, 1012; et (germ.) fol. 57, — schonev., p. 66. — Aldrov., 1. 2, c. 55,

4 Le maquereau est le type d'un sous-genre particulier, dans le Srand genre Scombre» selon M. Cuvier. D.

gions nombreuses et rapides de thons, de germons, de thazards, de bonites, et des autres scombres que nous venons d’examiner, nous n'avons eu besoin de nous élever par la force de la pensée, qu’au-dessus des portions de l'Océan qu'environnent les zones torrides et tempérées. Pour connaître maintenant, observer et comparer tous les climats sous lesquels la nature a placé le scombre maquereau, nous devons porter nos regards bien plus loin encore. Que notre vue s’étende jusqu'au pôle du globe, jusqu’à celui autour duquel scintillent les deux ourses. Quel spectacle nouveau, majestueux, terrible, va paraitre à nos yeux! Des rivages couverts de frimas amoncelés et de glaces éternelles, unissent, sans les distinguer, une terre qui disparaît sous des couches épaisses de neiges endurcies, à une mer immobile, froide, gelée, solide dans sa surface, et surchargée au loin d’énormes glaçons entassés en montagnes sinueuses, ou élevés en pics sourcilleux. Sur cet Océan endurei par le froid, chaque année ne voit régner qu'un seul jour; et pendant ce jour unique, dont la durée s'étend au delà de six mois, le soleil, peu exhaussé au-dessus de la surface des mers, mais paraissant tourner sans cesse autour de l’axe du monde, élevant ou abaïissant perpétuellement ses orbes, mais enchainant toujours ses circonvolutions, commencant, toutes les fois qu'il répond au même méridien, un nouveau tour de son immense spirale, ne lançant que des rayons presque horizontaux et facilement réfléchis par les plans verticaux des éminences de glace, illuminant de sa clarté mille fois répétée les sommets de ces monts en quelque sorte cristallins, resplendissant sur leurs innombrables faces, et ne pénétrant qu’à peine dans les cavités qui les séparent, rend plus sensible par le contraste frappant d’une lumière éclatante et des ombres épaisses, cet étonnant assemblage de sommités escarpées et de profondes anfractuosités.

Cependant la même année voit succéder une nuit presque égale à ce jour. Une clarté nouvelle en dissipe les trop noires ténèbres : les ondes congelées renvoient, dispersent et multiplient

p. 270. — Jonston, 1.1,tit.5,c.5, a.1, punct. 6, p. 92, tab. 21, fig. 9, 41. — Willughby, p. 181. — Mackrell, Raï, p. 38.—Scomber, scombrus, Charlet., p. 147.—Wotton, 1.8, c. 188, p. 166, .— Salvian., fol, 259,0. 241,242. — « Pelamis corpore castigato, etc. » Klein, Miss. pisc. 5, p. 12,2. 6, tab. 4, fig. 1. — Gronov. Mus. 1, p. 54, n. 81; et Zooph., p.95, n.504.— Brit. Zool.5, p.221 n,1.

DÉS POISSONS

dans l'atmosphère la lueur argentée de la lune qui a pris la place du soleil; et la lumière boréale étalant, au plus haut des airs, des feux variés que n’efface ou ne ternit plus l’éclat radieux de l’astre du jour, répand au loin ses gerbes, ses faisceaux, ses flots enflammés, ses tourbillons rapides, et, dans une sorte de renversement remarquable, montre dans un ciel sans nuages toute l’agitation du mouvement, pendant que la mer présente toute l’inertie du repos. Une teinte extraordinaire paraît et dans l'air, et sur les eaux, et sur de lointains rivages ; un demi-jour, pour ainsi dire mystérieux et magique, regne sur un vaste espace immobile et glacé. Quelle solitude profonde! tout se tait dans ce désert horrible. A peine, du moins, quelques échos funèbres et sourds répètent-iis faiblement et dans le fond de l’étendue, les gémissements rauques et sauvages des oiseaux d’eau égarés dans la nuit, affaiblis par le froid, tourmentés par la faim. Ce théâtre du néant se resserre tout d’un coup; des brumes épaisses se reposent sur l'Océan; et la vue est arrêtée par de lugubres ténèbres. Cependant la scène va changer encore. Une tempête d’un nouveau genre se prépare. Une agitation intestine commence; un mouvement violent vient de très-loin, se communiqueavec vitessede proche enproche, s'accroît en s'étendant , soulève avec force les eaux des mers contre les voûtes qui les compriment; un craquement affreux se fait entendre ; c’est l’épouvantable tonnerre de ces lieux funestes; les efforts des ondes bouleversées redoublent; les monts de glace se séparent, et, flottant sur l'Océan qui les repousse, errent, se choquent, s’entr'ouvrent, s’écroulent en ruines, ou se dispersent en débris.

C'estdans ie sein même de cet Océan polaire, dont la surface vient de nous présenter l’effrayante image de la destruction et du chaos, que vivent, au moins pendant une saison assez longue, les troupes innombrables des scombres que nous allons décrire. Les diverses cohortes que forment leurs réunions, renferment dans ces mers arctiques d’autant plus d'individus, que, moins grands que les thons et d'autres poissons de leur genre, n’atteignant guère qu’à une longueur de sept décimètres, et doués par conséquent d'une force moins considérable, ils sont moins excités à se livrer les uns aux autres des combats meurtriers. Et ce n'est pas seulement dans ces mers hyperboréennes que leurs

légions comprennent des milliers d'individus.

On les trouve également et même plus nombreuses dans presque toutes les mers chaudes ou tempérées des quatre parties du monde :

dans le grand Océan, auprès du pôle antarctique, dans l’Atlantique, dans la Méditerranée , où leurs rassemblements sont d'autant plus éten-! dus, et leurs agrégations d'autant plus durables, qu'ils paraissent obéir avec plus de constance que plusieurs autres poissons, aux diverses causes qui dirigent ou modifient les mouvement des habitants des eaux.

Les évolutions de ces tribus marines sont rapides, et leur natation est très-prompte, comme celle de presque tous les autres scombres.

La grande vitesse qu'elles présentent lors.

qu’elles se transportent d’une plage vers une autre, n’a pas peu contribué à l'opinion adoptée presque universellement jusqu’à nos jours, au sujet de leurs changements périodiques d’habitation. On a cru presque généralement d’après des relations de pêcheurs rapportées par Anderson dans son Histoire naturelle de l'Islande , que le maquereau était soumis à des migrations régulières; on a pensé que les individus de cette espèce qui passaient l’hiver dans un asile plus ou moins sûr auprès des glaces polaires, voyageaient pendant le printemps ou l'été jusque dans la Méditerranée. Tirant de fausses conséquences de faits mal vus et mal comparés, on a supposé la plus grande précision et pour les temps et pour les lieux, dans l’exécution de ce transport successif et périodique de myriades de maquereaux depuis le cercle polaire jusqu'aux environs du tropique. On a indiqué l’ordre de leur voyage ; on a tracé leur route sur les cartes ; et voici comment la plupart des naturalistes qui se sont occupés de ces animaux, les ont fait s’avancer de la zone glaciale vers la zone torride, et revenir ensuite auprès du pôle, à leur habitation d’hiver.

On a dit que, vers le printemps, la grande armée des maquereaux côtoie l'Islande, le Hittland, l'Écosse, et l'Irlande. Parvenue auprès de cette dernière Île, elle se divise en deux co« lonnes : l’une passe devant l’Espagne et le Por tugal, pour se rendre dans la Méditerranée, où il paraît qu’on croyait qu’elle terminait seg migrations; l’autre paraissait, vers le mois d'avril, auprès des rivages de France et d’Angleterre , s’enfonçait dans la Manche, se montrait en mai devant la Hollande et la Frise, et

arrivait en juin vers .es côtes de Jutland. C'était dans cette dernière portion de l'Océan Atlantique boréal que cette colonne se séparait pour former deux grandes troupes voyageuses : la premiere se jetait dans la Baltique, d’où on n’avait pas beaucoup songé à la faire sortir; la seconde, moins déviée du grand cercle tracé pour la natation de l’espèce, voguait devant la Norvége, et retournait jusque dans les profondeurs ou près des rivages des mers polaires, chercher contre les rigueurs de l'hiver un abri qui lui était connu.

Bloch et M. Noël ont très-bien prouvé qu’une route décrite avec tant de soin ne devait cependant pas être considérée comme réellement parcourue; qu’elle était inconciliable avec des observations süres, précises, rigoureuses et très-multipliées, avec les époques auxquelles les maquereaux se montrent sur les divers rivages de l’Europe, avec les dimensions que présentent ces scombres auprès de ces mêmes rivages, avec les rapports qui lient quelques traits de la conformation de ces animaux à la température qu’ils éprouvent, à la nourriture qu'ils trouvent, à la qualité de l’eau dans laquelleils sont plongés.

On doit être convaincu, ainsi que nous l’avons annoncé dans le Discours sur la nature des poissons, que les maquereaux (et nous en dirons autant, dans la suite de cet ouvrage, des harengs, et des autres osseux que l’on a considérés comme contraints de faire périodiquement des voyages de long cours), que les maquereaux , dis-je, passent l'hiver dans des fonds de la mer plus ou moins éloignés des côtes dont ils s’approchent vers le printemps ; qu’au commencement de la belle saison, üs s’avancent vers le rivage qui leur convient le mieux, se montrent souvent, comme les thons, à la surface de la mer, parcourent des chemins plus ou moins directs, ou plus ou moins sinueux, mais ne suivent point le cercle périodique auquel on a voulu les attacher, ne montrent point ce concert régulier qu’on leur a attribué, n’obéissent pas à cet ordre de lieux et de temps auquel on les a dits assujettis.

On n'avait que des idées vagues sur la manière dont les maquereaux étaient renfermés dans leur asile sous-marin pendant la saison la plus rigoureuse, et particulièrement auprès des contrées polaires. Nous allons remplacer ces conjectures par des notions précises. Nous

devons cette connaissance certaine à l’observation suivante qui m’a été communiquée par mon respectable collègue, le brave et habile marin, le sénateur et vice-amiral Pléville-le- Peley. Le fait qu'il a remarqué est d’autant plus curieux, qu’il peut jeter un grand jour sur l’engourdissement que les poissons peuvent éprouver pendant le froid, et dont nous ayons parlé dans notre premier Discours. Ce général nous apprend , dans une note manuscrite qu’il a bien voulu me remettre, qu il a vérifié avec soin les faits qu’elle contient , le long des côtes du Groenland , dans la baie d'Hudson, aupres des rivages de Terre-Neuve, à l’époque où les mers commencent à y être navigables, c’est-àdire, vers le tiers du printemps. On voit dans ces contrées boréales, nous écrit le vice-amiral Pléville , des enfoncements de la mer dans les terres, nommés barachouas, et tellement coupés par de petites pointes qui se croisent, que dans tous les temps les eaux y sont aussi calmes que dans le plus petit bassin. La profondeur de ces asiles diminue à raison de la proximité du rivage, et le fond en est généralement de vase molle et de plantes marines.

C'est dans ce fond vaseux que les maquereaux cherchent à se cacher pendant l’hiver,et qu'ils enfoncent leur tête et la partie antérieure de leur corps jusqu’à la longueur d’un décimètre ou environ , tenant leurs queues élevées verticalement au-dessus du limon. On en trouve des milliers enterrés ainsi à demi dans chaque barachoua, hérissant, pour ainsi dire, de leurs queues redressées le fond de ces bassins, au point que des marins les apercevant pour la première fois auprès de la côte, ont craint d’approcher du rivage dans leur chaloupe, de peur de la briser contre une sorte particulière de banc ou d’écueil. M. Pléville ne doute pas que la surface des eaux de ces barachouas ne soit gelée pendant l'hiver, etque l’épaisseur de cette croûte de glace, ainsi que celle de la couche de neige qui s’amoncelle au-dessus, ne tempèrent beaucoup les effets de la rigueur de la saison sur les maquereaux enfouis à demi au-dessous de cette double couverture , et ne contribuent à conserver la vie de ces animaux. Ce n'estque vers juillet que ces poissons reprennent une partie de leur activité, sortent de leurs trous, s’élancent dans les flots, et parcourent les grands rivages. Il semble même que la stupeur ou l'encourdissement dans lequel ils doivent

DES POISSONS

avoir été plongés pendant les très-grands froids, ne se dissipe que par degrés : leurs sens paraissent très-affaiblis pendant une vingtaine de jours, leur vue est alors si débile , qu’on les croit aveugles, et qu’on les prend facilement au filet. Après ce temps de faiblesse, on est souvent forcé de renoncer à cette dernière manière de les pêcher ; les maquereaux recouvrant entièrement l’usage de leurs yeux, ne peuvent plus en quelque sorte être pris qu’à l’hamecon : mais comme ils sont encore très-maigres, et qu’ils se ressentent beaucoup de la longue diète qu’ils ont éprouvée, ils sont très-avides d’appâts, et on en fait une pêche très-abondante.

C’est à peu près à la même époque qu’on recherche ces poissons sur un grand nombre de côtes plus ou moins tempérées de l’Europe occidentale. Ceux qui paraissent sur les rivages de France, sont communément parvenus à leur point de perfection en avril et mai; ils portent le nom de Chevillés, et sont moins estimés en juillet et août, lorsqu'ils ont jeté leur laite ou leurs œufs.

Les pêcheurs des côtes nord-ouest et ouest de la France sont de tous les marins de l’Europe ceux qui s'occupent le plus de la recherche des maquereaux, et qui en prennent le plus grand nombre. Ils se servent, pour pêcher ces animaux, de haims, de libourets ‘, de manets? faits d'un fil très-délié, et que l’on réunit quelquefois de manière à former avec ces filets une tessure de près de mille brasses (deux mille cinq cents mètres) de longueur. Les temps orageux sont très-souvent ceux pendant lesquels on prend avec le plus de facilité les scombres maquereaux , qui, agités par la tempête, s’approchent beaucoup de la surface de la mer, et se jettent dans les filets tendus à une très-petite profondeur ; mais lorsque le ciel est serein et que l’Océan est calme , il faut les chercher entre deux eaux, et la pêche en est beaucoup moins heureuse.

C’est parmi les rochers que les femelles aiment à déposer leurs œufs ; et comme chacun de ces individus en renferme plusieurs centaines de mille, il n’est pas surprenant que les maquereaux forment des légions très-nombreuses. Lorsqu'on en prend une trop grande quan-

4 Voyez l'explication du mot libouret, à l'article du Scombre thon.

L'article de la Trachine vive renferme une courte description du Manet

tité pour la consommation des pays voisins du lieu de la pêche, on prépare ceux que l’on veut conserver longtemps et envoyer à de grandes distances , en les vidant, en les mettant dans du sel, et en les entassant ensuite comme des harengs, dans des barils.

La chair des maquereaux étant grasse et fondante, les anciens l’exprimaient pour ainsi dire, de manière à former une sorte de substance liquide ou de préparation particulière, à laquelle on donnait lenom de garum. Pline dit! combien ce garum était recherché non-seulement comme un assaisonnement agréable de plusieurs mets, mais encore comme un remède efficace contre plusieurs maladies. On obtenait du garum, dans le temps de Bélon et dans plusieurs endroits voisins des côtes de la Méditerranée , en se servant des intestins des maquereaux ; eton en faisait unegrande consommation à Constantinople ainsi qu’à Rome, où ceux qui en vendaient étaient nommés piscigaroles.

C’est par une suite de cette nature de leur chair grasse et huileuse, que les maquereaux sont comptés parmi les poissons qui jouissent le plus de la faculté de répandre de la lumière dans es ténèbres*.Ils luisent dans l’obscurité, lorsmême qu’ils sont tirés de l’eau depuis trèspeu de temps; et on lit dans les Transactions philosophiques de Londres (ann. 1666, p. 116), qu’un cuisinier, en remuant de l'eau dans laquelle il avait fait cuire quelques-uns de ces scombres, vit que ces poissons rayonnaient vivement, et que l’eau devenait très-lumineuse. On apercevait une lueur phosphorique partout où on laissait tomber des gouttes de cette eau, après l’avoir agitée. Des enfants s’amusèrent à transporter ces gouttes qui ressemblaient à autant de petits disques lumineux. On observa encore le lendemain , que lorsqu'on imprimait à l’eau un mouvement circulaire rapide, elle jetait une lumière comparable à la clarté de la lune : cette lumière égalait l'éclat de la flamme, lorsque la vitesse du mouvement de l’eau était très-accélérée ; et des jets lumineux très-brillants sortaient alors du gosier et de plusieurs autres parties des maquereaux.

Mais avant de terminer cet article, montrons avec précision les formes du poisson dont nous venons d'indiquer les principales habitudes.

4 Hist, mundi, lib. 31, cap. 8.

2 Voyez la partie du Discours préliminaire relative à la phosphorescence des poissons.

En général, le maquereau a la tête allongée,

ouverture de la bouche assez grande, la lan- | gue lisse, pointue, et un peu libre dans ses

mouvements ; le palais garni dans tout son contour de dents petites, aiguës, et semblables à celles dont les deux mâchoires sont hérissées ; la mâchoire inférieure un peu plus longue que

la supérieure , la nuque large, l'ouverture des

branchies étendue, un opercule composé de trois pièces, le tronc comprimé; la ligne latérale voisine du dos, dont elle suit la courbure; l'anus plus rapproché de la tête que de la queue; les nageoires petites, et celle de la queue fourchue ‘.

Telles sont les formes principales du poisson dont nous écrivons l’histoire : ses couleurs ne sont pas tout à fait aussi constantes.

Le plus fréquemment, lorsqu'on voit ce |

poisson nager entre deux eaux, et présenter au travers de la couche fluide qui le vernit, pour ainsi dire, toutes les nuances qu’il peut devoir à la rapidité de ses mouvements et à la

prompte etentière circulation des liquides qu’il |

recèle, il parait d’une couleur de soufre, ou plutôt on le croirait plus ou moins doré sur le dos ; mais lorsqu'il est hors de l’eau, sa partie supérieure n'offre qu’une couleur noirâtre ondulée de bleu ; de grandes taches transversales, et d’une nuance bleuâtre sujette à varier, s’étendent de chaque côté du corps et de la queue, dont la partie inférieure est argentée, ainsi que

l'iris et les opercules des branchies : presque |

toutes les nageoires sont grises ou blanchâtres.

Plusieurs individus ne présentent pas de grandes taches latérales; ils forment une variété à laquelle on a donné le nom de Marchais dans plusieurs pêcheries françaises; et qui est communément moins estimée pour la table que les maquereaux ordinaires.

Au reste, toutes ces couleurs ou nuances sont produites ou modifiées par des écailles petites, minces et molles.

Ajoutons que les vertèbres des scombres que nous décrivons, sont grandes, et au nombre de trente ou trente etune, et que l’on compte dans chacun des côtés de l’épine dorsale onze ou douze côtes attachées aux vertèbres par des car’ilages.

On peut voir par les détails dans lesquels

4 A la première nageoire dorsale 12 rayons, à la seconde 13, à chacune des pectorales 20, à chacune des thoracines 6, à celle de l'anus 15, à celle de la queue 28.

HISTOIRE NATURLLLE

nous venons d'entrer , que les formes ni les armes des maquereaux ne les rendent pas plus dangereux que leur taille pour les autres habitants des mers. Cependant comme leurs appétits sont très-violents, et que leur nombre leur inspire peut-être une sorte de confiance, ils sont voraces et même hardis: ils attaquent souvent des poissons plus gros et plus forts qu'eux; et on les a même vus quelquefois se jeter avec une audace aveugle sur des pêcheurs qui vou-

| laient les saisir, ou qui se baignaient dans les | eaux de la mer.

Mais s’ils cherchent à faire beaucoup de victimes, ils sont perpétuellement entourés de nombreux ennemis. Les grands habitants des mers les dévorent; et des poissons en apparence assez faibles , tels que les murènes et les murénophis, les combattent avec avantage.

Nous ne pouvons donc écrire presque aucune page de cette Histoire sans parler d'attaques et de défenses, de proie et de dévastateurs , d’actions et de réactions redoutables , d'armes, de sang , de carnage et de mort. Triste et horrible condition de tant de milliers d'espèces condam-

| nées à ne subsister que par la destruction , à ne | vivre que pour être immolées ou prévenir leurs

tyrans, à n’exister qu’au milieu des angoisses du faible, des agitations du plus fort, des embarras de la fuite , des fatigues de la recherche, du trouble des combats, de la douleur des blessures , des inquiétudes de la victoire, des tourments de la défaite! combien tous ces affreux

: malheurs se seraient surtout accumulés sur la

faible espèce humaine, si la sensibilité éclairée par l’intelligence , et l'intelligence animée par la sensibilité, n'avaient pas, par un heureux accord , fait naître la société , la civilisation, la science, la vertu! et combien ils pèseront encore sur sa tête infortunée, jusqu’au moment où la lumière du génie, plus généralement répandue, éclairera un plus grand nombre d'hommes sur leurs véritables intérêts, et dissipera les illusions de leurs passions aveugles et funestes |

C’est au maquereau que nous croyons devoir rapporter le scombre qu’Aristote, Athénée, Aldrovande , Gesner et Willughby, ont désigné par le nom de Colias , que l’on pêche près des

* Scomber colias, Linnée, éd. de Gmelin. — KcAias. Aristot., Hist. anim. V, 9; VIII, 45; et IX, 2. — Id. Athenæus, Deipnosoph. I, 118, 420; VII, 521. — Colias, Aldrov. Pisc.

1 p 274. — Gesn. Aquat., p.256. — Willughby, Ichth., p. 182

DES POISSONS

côtes de la Sardaigne, qui est souvent plus petit que le maquereau , qui en diffère quelquefois par les nuances qu’il offre, puisque, suivant le aturaliste Cetti, il présente un vert gai mêlé à de l'azur, mais qui d’ailleurs a les plus grands rapports avec le poisson que nous venons de décrire. Le professeur Gmelin lui-même, en ’inscrivant à la suite du maquereau , demande s’il ne faut pas le considérer comme ce dernier . Scombre encore jeune.

Au reste quelques auteurs, et particulièrement Rondelet !, ont appliqué cette dénominetion de Colias à d’autres scombres que l’on nomme Coguoils auprès de Marseille, qui habitent dans la Méditerranée, qui s’y plaisent surtout , dans le voisinage des côtes d’Espagne, qui sont plus grands et plus épais que 1e maquereau ordinaire, et que néanmoins Rondelet regarde comme n'étant qu'une variété de ce dernier poisson, avec lequel on le confond en

ffet très-souvent.

Peut-être est-ce plutôt aux Coguoils qu'aux maquereaux verts et bleus de Cetti, qu'il faut rapporter les passages des anciens naturalistes, et principalement celui d'Athénée que nous venons de citer.

Quoi qu'il en soit, les Coguoils ont la chair plus gluante et moins agréable que le maquereau ordinaire. Ils sont couverts d’écailles petites et tendres : une partie de leur tête est si transparente, qu’on distingue, comme au travers d’un verre, les nerfs qui, du cerveau, aboutissent aux deux organes de la vue. Rondelet ajoute que, vers le printemps, ils jettent du sang aussi resplendissant que la liqueur de la pourpre.

Ce fait nous rappelle un phénomène analogue, qui nous a été attesté par un voyageur digne d’estime, et sur lequel nous croyons utile d’appeler l’attention des observateurs.

M. Charvet m'a instruit, par deux lettres, datées de Serrières, département de l’Ardèche, l’une le 11 octobre, l’autre le 7 novembre de l'an 1796 , qu’en 1776 il était occupé dans l’ile de la Guadeloupe, non-seulement à faire une collection de dessins coloriés de plantes, qu'il destinait pour le Jardin et le Cabinet d'histoire vaturelle de Paris, et qui furent entièrement

— Lacerrus, Klein, Miss. pis. 3, p. 122. — « Scomber lætè sviridis et azureus. » Celti, Pesce e anf, di Sard., p. 196. * Rondelet, part. 4, 1.8, c.

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détruits par le fameux ouragan de septembre de cette même année 1776, mais encore à terminer avec beaucoup de soin des dessins de différentes espèces de poissons pour M. Baï botteau, habitant du Port-Louis, connu par un ouvrage intéressant sur les fourmis, et correspondant de Duhamel, qui publia plusieurs de ces dessins ichthyologiques dans le 7nite général des pêches.

Les liaisons de M. Charvet avec les Caraïbes, chez lesquels il trouvait de l’ombrage et du repos lorsqu'il était fatigué de parcourir les rochers et les profondeurs des anses, lui procurèrent, de la part de ces insulaires, des poissons assez rares. Ces Caraïbes le dirigèrent, dans une de ses courses, vers une partie des rivages de l’île, sauvage, pittoresque et mélancolique, appelée Porte d’enfer. Ce fut auprès de cette côte qu’il trouva un poisson dont il n’a envoyé un dessin colorié. Cet animal avait l’air si familier et si peu effrayé des mouvements de M. Charvet, qui se baignait, que cet artiste fut tenté de le saisir. A peine le tenait-il, qu’une fente placée sur le dos du poisson s’entr'ouvrit, et qu'il en sortit une liqueur d'un pourpre vif, assez abondante pour teindre l’eau environnante, en troubler la transparence, et donner à l’animal la facilité de s’échapper, au moment où l’étonnement de M. Charvet l’empêcha de retenir le poisson qu'il avait dans les mains. Cet artiste cependant prit de nouveau le poisson , qui répandit une seconde fois sa liqueur: mais ce fluide était bien moins coloré et bien moins abondant qu’au premier jet, et cessa de couler, quoique l’animal continuât d'ouvrir et de fermer la fente dorsale, comme pour obéir à une grande irritation. Le poisson, rendu à laliberté, ne parut pas tres-affaibli. Un second individu de la même espèce, placé promptement sur une feuille de papier, la teignit de la même manière qu’une eau fortement colorée avec de la laque; néanmoins, après trois jours, la tache rouge était devenue jaune. Des affaires imprévues, une maladie grave , les suites funestes du terrible ouragan de septembre 1776, et l'obligation soudaine de repartir pour l’Europe, empêchèrent M. Charvet de dessiner et même de décrire, pendant qu’il était encore à la Guadeloupe, le poisson à liqueur pourprée : mais sa mémoire, fortement frappée des traits, de l'allure et de la propriété de cet animal, lui a donné la facilité de faire en France une Appnon + un dessin

colorié de ce poisson , qu’il a eu la bonté de me faire parvenir.

Les individus vus par ce voyageur avaient un peu plus de deux décimètres de longueur.

Leurs nageoires pectorales étaient assez grandes. La nageoire dorsale était composée de deux portions longitudinales, charnues à leur base, terminées dans le haut par des filaments qui les faisaient paraitre frangées, et appliquées l’une contre l’autre de manière à ne former qu’un seul tout, lorsque l’animal voulait tenir fermée Ja fente propre à laisser échapper la liqueur rouge ou violette. Cette fente, située à l’origine et au milieu de ces deux portions longitudinales de la nageoïre dorsale, ne paraissait pas s’étendre vers la queue aussi loin que cette même nageoire; mais le fluide coloré, en sortant par cette ouverture, suivait toute la longueur de la nageoire du dos , et obéissait à ses ondulations.

La peau était visqueuse, couverte d’écailles petites et fortement adhérentes. La couleur d’un gris blane plus ou moins elair faisait ressortir un grand nombre de petits points jaunes, bleus, bruns, ou d’autres nuances. L'ensemble des formes de ces poissons, et les teintes qu’ils présentaient, étaient agréables à la vue. Ils se nourrissaient de petits mollusques et de vers marins, qu'ils cherchaient avec beaucoup de soin parmi les pierres du fond de l’eau , sans se détourner ni discontinuer leurs petites manœuvres avant l'instant où on voulait les saisir ; et la contraction qu'ils éprouvaient lorsqu'ils faisaient jaillir leur liqueur pourprée, était apparente dans toute la longueur de leur corps, mais principalement vers l’insertion des nageoires pectorales.

Ces Teinturiers de la Guadeloupe, car c’est ainsi que les nomme M. Charvet, cherchent un asile lorsque la tempête commence à bouleverser les flots : sans cette précaution, ils résisteraient d'autant moins aux agitations de la mer et aux secousses des vagues impétueuses qui les briseraient contre les rochers, que leurs écailles sont fort tendres, leurs muscles trèsdélicats , et leurs téguments de nature à se rider bientôt après leur mort.

Ces faits ne suffisent pas pour déterminer l'espèce ni le genre, ni même l’ordre de ces poissons. Plusieurs motifs doivent done engager les naturalistes qui parcourent les rivages de la Guadeloupe, à chercher des individus de l'espèce observée par M. Charvet à reconnai-

tre leur conformation, à examiner leurs habt. tudes, à constater leurs propriétés.

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