LA SCORPÈNE HORRIBLE
Scorpæna horrida, Linn., Gmel., Lacep., Bloch; Synanceia horrida , Cuv. ?.
On dirait que c’est dans les formes très-composées, singulières, bizarres en apparence, monstrueuses, horribles , et, pour ainsi dire, menaçantes, de la plupart des scorpènes, que .es poêtes, les romanciers , les mythologues et les peintres ont cherché les modeles des êtres fantastiques , des larves, des ombres évoquées et des démons, dont ils ont environné leurs sages enchanteurs , leurs magiciens redoutables et leurs sorciers ridicules; ce n’est même qu’avec une sorte de peine que l'imagination parait
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4 Bloch } pl. 485. — Scorpène crapaud. Daubenton, Enc. méth. — Yd. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth,— « Perca alea pidota, dorso monopterygio, Capite ca\ernato tubercu- « lato,étc, »°Gron. Zooph., p. 88, n. 292, tab. 11,12,45, Gg. 1. + Ikan-swangi bezar, de groote tovervisch. » Valent., IMd.5; p.599 :fig. 170. — « Ikan swangi touwa. » Renard, Püiss. 4, pl. 59;:fre, 409.
3 Ce poisson ést:le type du genre Synancée, Synanceia,
créé par Schnéider, pour placer diverses espèces de scorpènes. D,
HISIOIRE NATURELLE
être parvenue à surpasser ces modèles , à placer ses productions mensongères au-dessus de ces réalités, et à s'étonner encore plus des résultats de ses jeux que des combinaisons par lesquelles la nature a donné naissance au genre que nous examinons. Mais si en faconnant les scorpènes la nature a donné un exemple remarquable de l’infinie variété que ses ouvrages peuvent présenter, elle a montré d’une manière bien plus frappante combien sa manière de procéder est toujours supérieure à celle de l’art; elle a imprimé d’une manière éclatante sur ces scorpènes, comme sur tant d’autres produits de sa puissance créatrice, le sceau de sa prééminence sur l'intelligence humaine : et cette considération n'est-elle pas d’une haute importance pour le philosophe? le génie de l'homme rapproche ou sépare, réunit ou divise , anéantit, pour ainsi dire, ou reproduit tout ce qu'il conçoit : mais de quelque manière qu’il place à côté les uns des autres ces êtres qu’il transporte à son gré, il ne peut pas les lier complétement par cette série infinie de nuances insensibles, analogues et intermédiaires, qui ne dépendent que de la nature; le grand art des transitions appartient par excellence à cette nature féconde et merveilleuse. Lors même qu’elle associe les formes que la première vue considère comme lies plus disparates, soit qu’elle en revête ces monstruosités passagères auxquelles elle refuse le droit de se reproduire, soit qu’elle les applique à des sujets constants qui se multiplient et se perpétuent sans manifester de changement sensible, elle les coordonne, les groupe et les modifie d’une telle manière, qu'elles montrent facilement à une attention un peu soutenue une sorte d’air général de famille, et que d’habiles dégradations ne laissent que des rapports qui s'attirent, à la place de nombreuses disconvenances qui se repousseraient.
La scorpène horrible offre une preuve de cette manière d'opérer, qui est un des grands secrets de la nature. On s’en convaincera aisément, en examinant la description et la figure de cet animal remarquable.
Sa tête est tres-grande et très-inégale dans sa surface : creusée par de profonds sinus, relevée en d’autres endroits par des protubérances trèssaillantes , hérissée d’aiguillons , elle est d’aiileurs parsemée, sur les côtés, de tubercules ou de callosités un peu arrondies et cependant irrégulières et très-inégales en grosseur. Deux