‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 193 sur 535 · TRICOLOR · texte numérisé non relu

TRICOLOR

Publié par l'urne,

DES POISSONS

des plus grands enfoncements qu'elle présente sont séparés, par une cloison très-inclinée, en deux creux inégaux etirréguliers , et sont placés au-dessous des yeux, qui d’ailleurs sont très-petits , et situés chacun dans une proéminence très-relevée et un peu arrondie par le haut; sur la nuque s'élèvent deux autres protubérances comprimées dans leur partie supérieure, anguleuses, et qui montrent sur leur côté extérieur une cavité assez profonde; et ces deux éminences réunies avec celles des yeux forment, sur la grande tête de l'horrible, quatre sortes de cornes très-irrégulières, trèsfrappantes , et, pour ainsi dire, hideuses.

Les deux mâchoires sont articulées de manière que lorsque la bouche est fermée, elles s'élèvent presque verticalement, au lieu de s’etendre horizontalement : la mâchoire inférieure ne peut clore la bouche qu'en se relevant comme un battant ou comme une sorte de pont-levis , et en dépassant même quelquefois en arrière la ligne verticale, afin de s'appliquer plus exactement contre la mâchoire supérieure ; et quand elle est dans cette position , et qu’on la regarde par devant, elle ressemble assez à un fer à cheval : ces deux mâchoires sont garnies d’un grand nombre de très-petites dents, ainsi que le gosier. Le palais et la langue sont lisses ; cette dernière est, de plus, large, arrondie, et assez libre. On la découvre aisément, pour peu que la scorpène rabatte sa mâchoire inferieure et ouvre sa grande gueule; l'orifice branchial est aussi très-large.

Les trois ou quatre premiers rayons de la nageoire du dos, très-gros, très-difformes, trèsséparés l’un del'autre, très-inégaux, très-irréguliers, très-dénués d’une véritable membrane, ressemblent moins àdes piquants de nageoire qu’à des tubérosités branchues, dont le sommet néanmoins laisse dépasser la pointe de l’aiguillon ‘; la ligne latérale suit la courbure du dos.

Le corps et la queue sont garnis de tubercules calleux semblables à ceux qui sont répandus sur la tête; et l’on en voit d’analogues , mais plus petits, non-seulement sur les nageoires pectorales qui sont très-longues , mais encore sur la membrane qui réunit les rayons de la nageoire dorsale,

43 rayons à la membrane des branchies, 15 rayons non articulés et sept rayons articulés à la nageoire du dos, 16 rayons à chacune des pectorales, 6 à chacune des thoracines,

3rayons non articulés et 6 articulés ‘elle de l'anus, 12 rayons à celle de la queue,

La nageoire dela queue estarrondie et rayée : la couleur générale de l’animal est variée de brun et de blane; et c’est dans les Indes orientales que l’on rencontre cette espèce, qui se nourrit de crabes et de mollusques, surlaquefle, au milieu de rapprochements bizarres en apparence et cependant merveilleusement concertés, des formes très-disparates au premier cou]: d'œil se liant par des dégradations intermeédiaires et bien ménagées, montrant des parties semblables où l’on n'avait d’abord soupconné que des portions tres-différentes, paraissent avoir été bien plutôt préparées les unes pour les autres que placées de manière à se heurter, pour ainsi dire, avec violence, mais dont l'ensemble, malgré ces sortes de précautions, repousse tellement le premier regard, qu’on n'a pas cru la dégrader en la nommant horrible, en l'appelant de plus Crapaud de mer, et en lui donnant ainsi le nom d’un des animaux les plus hideux.

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