LA SCORPÈNE AMÉRICAINE
Scorpæna americana, Linn., Gmel., Lacep. ?.
La tête de ce poisson présente des protubérances et des piquants ; d’ailleurs on voit deux barbillons à la mâchoire supérieure, et cinq ou six à la mâchoire inférieure. Les quinze derniers rayons de la nageoire dorsale forment une portion plus élevée que la partie antérieure de cette même nageoire; cette portion est, de plus, très-arrondie, semblable par la figure ainsi qu’égale par l’étendue à la nageoire de l’anus, et située précisément au-dessus de ce dernier instrument de natation. Les nageoires pectorales et la caudale sont aussi très-arrondies *. Lorsque la femelle est pleine, son ventre paraît très-gros ; et c’est une suite du grand nombre d'œufs que l’on compte dans cette espèce, qui est très-féconde, ainsi que presque toutes les autres scorpènes.
LA SCORPÈNE DIDACTYLE ‘.
Scorpæna didactyla, Pallas, Linn., Gmel.; Pelor obscurum, Cu. ÿ.
La tête de cet animal , que Pallas a tres-bien décrit, présente les formes les plus singulières que l’on ait encore observées dans les poissons ; elle ressemble bien plus à celle de ces animaux fantastiques dont l’image fait partie des décorations bizarres auxquelles on a donné le nom d'arabesques, qu'à un ouvrage régulier de la sage nature. Les yeux gros, ovales et saillants, sont placés au sommet de deux protubérances très-rapprochées; on voit deux fossettes creusées entre ces éminences et le bout du museau ; des rugosités anguleuses paraissent auprès de ce museau et de la base des opercules.
Des barbillons charnus, découpés, aplatis et assez larges, sont dispersés sur plusieurs points de la surface de cette tête, que l’on est tenté de
4 Diable de mer. Duhamel, Traité des pêches, t. 3, part. 2, p.99, n. 7, pl. 2, fig. 5.
2 C'est avec beaucoup de doute que M. Cuvier cite cette espèce, comme pouvant se rapporter au poisson qu'il a appelé Hemitripterus americanus, et qui est le même que le Cottus ucadianus de Pennant, le Cotlus triplerygius de BI. Schneïd., et le Scorpæna flava de Mitchill D.
5 A la nageoire dorsale 55 rayons, à chacune des pectorales 15, à celle de l'anus 16, à celle de la queue 15.
4 Pallas, Spicileg. zuol. 7, p. 26, tab. 4, fg. 1, 5.— Scorpène à deux doigts. Bunnaterre, pl. de l'Enc. méth.
5 M. Cuvier cite, comme synonyme de cette espèce de son genre Pelor, le Trigla rubicunda d'Horstedt, ou Synanceia rubicunda de Bloch. D.
| considérer comme un produit de l’art; deux de ces filaments, beaucoup plus grands que les autres, pendent, l’un à droite, et l’autre à gauche de la mâchoire inférieure : cette mâchoire est plus avancée que celle d'en haut; l’une etl'autre sont garnies de dents, ainsi que le devant du palais et le fond du gosier; la langue montre des raies noires et de petits grains jaunes : on aperçoit de plus, auprès de chaque nageoire pectorale, c’est-à-dire de chacune de ces nageoires que l’on a comparées à des bras, deux rayons articulés, tres-longs, dénués de membranes, dans lesquels on a trouvé quelque analogie avec des doigts; et voilà pourquoi la scorpène dont nous parlons a été nommée à deux doigts, ou didactyle. La nageoire de la queue est arrondie ; toutes les autres sont grandes; celle du dos règne le long d’une ligne très-étendue ; plusieurs de ses rayons dépassent la membrane proprement dite, et sont garnis de lambeaux membraneux et déchirés ou découpés.
La peau de ce poisson, dénuée d’écailles facilement visibles, est enduite d’une humew visqueuse. Cette scorpène parvient d’ailleurs à une longueur de trois ou quatre décimètres.
Elle est brune avec des raies jaunes sur le dos, et des taches de la même couleur sur les côtés, ainsi que sur sa partie inférieure. Des banûes noires. sont distribuées sur la nageoire de la queue, ainsi que sur les pectorales. Cet animal remarquable habite dans la mer des Indes !.
LA SCORPÈNE ANTENNÉE ?.
Scorpæna antennata, Bloch, Lacep.; Pteroïis antennata, Cuv.s.
On pêche dans les eaux douces de l'île d’Amboine une scorpène dont Bloch a publié la description, et dont voici les principaux carac-
teres.
La tête est hérissée de filaments et de pi-
quants de diverses grandeurs; au-dessus des yeux, qui sont grands et rapprochés, s'élèvent
{46 rayons aiguillonnés et 8 rayons articulés à la nageoire du dos, 10 rayons à chacune des p'ctorales, 6 à chacune des thoracines. 12 à celle de l'anus, 12 à celle de la queue.
3 Bloch, pl. 485. — Scorpéne à antennes. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth
5 Du genre Pterois, fondé par M.Cuvier, pour placer les scorpènes qui ont les rayons des nageoires dorsale et pectorale très-allongés, et qui manquent de dents aux 05 palatüins. D.
DES POISSONS
Ceux barbillons cylindriques, renflés dans quatre portions de leur longueur par une sorte de bourrelet tres-sensible, et qui, paraissant articulés et ayant beaucoup de rapports avec les antennes de plusieurs insectes, ont fait donner à l’animal dont nous parlons le nom de Scorpène antennée. Au-dessous de chacun des organes de la vue, on compte communément deux rangées de petits aiguillons. Chaque narine a deux ouvertures situées très-près des yeux. Les mâchoires, avancées l’une autant que l’autre, sont garnies de dents petites et aiguës. Des écailles semblables à celles du dos revêtent les opercules, Les onze ou douze premiers rayons de la nageoire du dos sont aiguillonnés, trèslongs, et réunis uniquement près de leur base, par une membrane très-basse, qui s'étend obliquement de l’un à l’autre, s'élève un peu contre la partie postérieure de ces grands aiguillons, et s'abaisse auprès de leur partie antérieure. La membrane des nageoires pectorales ne s’étend pas jusqu’au bord antérieur de la nageoire de l'anus; mais les rayons qui la soutiennent la dépassent, et se prolongent la plupart jusqu'à l'extrémité de la nageoire caudale, qui est arrondie.
Une raie très-foncée traverse obliquement le globe de l’œil. On voit d’ailleurs des taches assez grandes et irrégulières sur la tête, de petites taches sur les rayons des nageoires, et des bandes transversales sur le corps, ainsi que sur la queue.
La scorpène antennée vit communément de poissons jeunes ou faibles. Le goût de sa chair est exquis ‘.