LES CHEILINES
La lèvre supérieure extensible ; les opercules des branchies dénués de piquants et de dentelures ; une seule nageoire dorsale ; cette nageoire du dos très-séparée de celle de la queue, ou très-éloignée de La nuque , ou composee de rayons terminés par un filamsnt; de grandes écai les ou des appendices placées sur La buse de la nageoïre caudale, ou sur Les côtés de La queue.
ESPÈCES, CARACTÈRES
Des appendices sur les côtés de la queug,
Deux lignes latérales ; la nageoire caudale trilobée.
Le CHEILINE SCARE.
LE CHEILINE TRILOBE. |
+41 rayons à chacune des nageoires pectorales du labre brasilien, { rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chacune des thoracines, 18 rayons à la caudale. — 12 rayons à chacune des pectorales du labre vert, 6 à chacune des thoracines, 14 à la caudale. — 13 rayons à chacune des pectorales du trilobé, 15 à la caudale, — 15 rayons à chacune des pectorales du labre deux-croissants, 15 à l'anale, 9 à la caudale. — 10 raÿous à chacune des pectorales du labre hébraïque, 16 à la caudale,— 41 rayons à la caudale du largeraie, 7 a chacuue des pectorales de l'aunelé, 13 à la caudale.
2 M. Cuvier admet les Cheilines comme sous-geure dans le grand genre des Labres. Il en distrait le Cheiline scare, mais 1l y ratlache les Labres ennéacanthe , malaptéronote et digramme. (Voyez ci-avant.) D.
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LE CHEILINE SCARE !. Cheilinus Scarus , Lacep, ?,
Il y a peu de poissons , et même d'animaux, qui aient été, pour les premiers peuples civilisés de l’Europe, l’objet de plus de recherches, d'attention et d’éloges, que le scare dont nous allons parler. Nous avons cru devoir le séparer des labres proprement dits, et le mettre à la tête d’un genre particulier dont le nom Cheiline indique la conformation des lèvres, qui rapproche des labres cette petite famille, pendant qu'elle s'en éloigne par d’autres caractères. Mais il ne faut pas surtout le confondre avec les osseux connus des naturalistes modernes sous le nom de Scares , qui forment un genre très-distinct de tous les autres, et qui different de notre cheiline par des traits très-remarquables, quoique plusieurs de ces animaux habitent dans la Méditerranée , comme le poisson dont nous écrivons l’histoire. La dénomination de Scare est générique pour tous ces osseux qui composent une famille particulière ; il est spécifique pour celui que nous décrivons. Nous aurions cependant, pour éviter toute équivoque, supprimé ou ce nom générique ou ce nom spécitique, si le premier n'avait été généralement adopté par tous les naturalistes récents, et si le second n’avait été consacré et par tous les écrivains anciens, et par tous les auteurs modernes qui ont traité du cheiline que nous examinons.
Ce poisson non-seulement habite dans la Méditerranée, ainsi que nous venons de le dire. mais encore vit dans les eaux qui baignent et
4 Sargo, Cantheno, dans le midi de l'Europe. — Denté, dans quelques départ. mérid. — ZLabre scare. Daubenton et Haüy, Enc. méth. — /d. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth. — Scarus auctorum. Artedi ; syn. 34. — () oxpoc. Arist., |. 2, e. 17: 1. 8, c. 2; et L. 9, c. 37. — /d. Ælian., L. 4, c. 2, p. 5: 1. 2, ©. 54. — Oppian., 1. 1,p.5,6;et 1.2, p.53. — Athen., 1.7, p. 519. — Scarus. Plin., I. 9, €. 17. — Aldrov., L. 4, c. 2, p. 7. — Scaxe. Rondelet, part. 1,1.6, ©. 2. — Jonston, 1. 4, tit. 2, ce. f, a. 1,115. -— Scarus piscis. Jov., ©. 1, p. 7. — Willughby, p.306. — Rai, p. 129. — Scarus. Petri Artedi Syn. piscium, auctore J, G. Schneider, p. 85 et 528. — Scare. Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.
2 M. Cuvier, dans la deuxième édition du Règne animal, ajoute la note suivante : « Le Labrus Scarus 1. Cheiline «scare, Lac.), n'avait été établi par Artedi et Linnæus, que «sur une description équivoque de Bélon. Aquatil., édit, « lat.. p. 259, et Obs., p. 21. où l'on ne peut pas même voir de « quel genre est le poisson dont il veut parier. La figure et « la description de Rondelet, I. VE, c. 2, p.164, que l'on cite « d'ordinaire avec celle de Bélon, appartiennent à un poisson « tout différent, et du genre des Spares. Le vrai Scarus des « Grecs est un tout autre poisson. » D,
5 Xe signifie lèvre,
la Sicile, et la Grèce, et les iles répandues auprès des rivages fortunés de cette Grèce si fameuse. Il n’est donc pas surprenant que les premiers naturalistes grecs aient pu observer cet osseux avec facilité. Ce cheiline est d’une couleur blanchâtre ou livide, mêlée de rouge. Il ne parvient guère qu'à la longueur de deux ou trois décimètres. Les écailles qui le recouvrent sont grandes et transparentes. II montre, sur les côtés de sa queue, des appendices transrersales, dont la forme et la position ont frappé les observateurs. La conformation de ses dents n’a pas été moins remarquée : elles sont émoussées, au lieu d’être pointues, et par conséquent très-propres à couper ou arracher les algues et les autres plantes marines que le scare trouve sur les rochers qu’il fréquente. Ces végétaux marins paraissent être l’aliment préféré par ce cheiline, et cette singularité n’a pas échappé aux naturalistes d'Europeles plus anciens. Mais ils ne se sont pas contentés de rechercher les rapports que présente le scare entre la forme de ses dents, les dimensions de son canal intestinal , la qualité de ses sucs digestifs , et la nature de sa nourriture très-différente de celle qui convient au plus grand nombre de poissons :
ils ont considéré le seare comme occupant parmi ces poissons carnassiers la même place que les animaux ruminants qui ne vivent que de plantes, parmi les mammifères qui ne se nourrissent que de proie ; exagérant ce parallèle, étendant les ressemblances, et tombant dans une erreur qu’il aurait été cependant facile d'éviter, ils sont allés jusqu'à dire que le scare ruminait; et voilà pourquoi, suivant Aristote, plusieurs Grecs l'ont appelé Mrpuzæ.
Les individus de cette espèce vivent en troupes; et le poëte grec Oppien, qui a cru devoir chanter leur affection mutuelle, dit que, lorsqu'un scare a été pris à l’hameçon, un deses compagnons accourt, et coupe la corde qui retient le crochet et l’animal , avec ces dents obtuses dont il est accoutumé à se servir pour arracher ou scier l'herbe qui tapisse le fond des mers; il ajouteque siun scare enfermé dans une nasse cherche à en sortir la queue la première, ces mêmes compagnons l’aident dans ses efforts en le saisissant avec leur gueule par cette queue qui se présente à eux, et en la tirant avec force et constance; et enfin, pour ne refuser à l'espèce dont nous nous occupons, aucune nuance d’attachement, il nous montre les mâ-
les accourant vers une femelle retenue dans une nasse où par un hamecon, et s'exposant, pour amour d’elle, à tous les dangers dont les pécheurs les menacent. Mais je n’ai pas besoin de faire remarquer que c’est un poëte qui parle; et combien le naturaliste, plus sévère que le poëte, n'est-il pas forcé de réduire à quelques faits peu extracrdinaires, des habitudes si touchantes, et que la sensibilité voudrait conserver comme autantd’exemples utiles et d’heureux souvenirs!
Le scare s’avançait, lors des premiers siècles de l’ère vulgaire, dans l’Archipel et dans la mer dite alors de Carpathie, jusqu'au premier promontoire de la Troade. C’est de ces parages que, sous l’empire de Tibère Claude, le commandant d’une flotte romaine,nommé Optatus Elipertius ou Elipartius , apporta plusieurs seares vivants qu'il répandit le long du rivage d’Ostie et de la Campanie. Pendant cinq ans, on eut le soin de rendre à la mer ceux de ces poissons que les pécheurs prenaient avec leurs lignes ou dans leurs filets ; et par cette attention bien facile et bien simple, mais soutenue , les scares multiplièrent promptement et devinrent très-communs auprès des côtes italiques, dans le voisinage desquelles on n'en avait jamais vu auparavant. Ce faitest plus important qu'on ne le croit, et pourraié nous servir à prouver ce que nous dirons, avanf de terminer cette histoire, au sujet de l’acclimatation des poissons, à ceux qui s'intéressent à la prospérité des peuples.
Le commentateur d’Aristote, l'Égyptien Philoponus, a écrit vers la fin du sixième siècle, ou au commencement du septième, que les scares produisaient quelque son , lorsque, placés à la surface de la mer , et élevant la tête au-dessus des ondes, ils faisaient jaillir l'eau de leur bouche avec rapidité. Peut-être en effet faudra-t-il attribuer à ces cheilines la faculté de faire entendre quelque bruissement analogue, et par sa nature, et par sa cause, à celui que font naître plusieurs trigles et d’autres espèces de poissons cartilagineux ou osseux , dont nous avons déja parlé .
Dans le temps du grand luxe des Romains, le scare était très-recherché. Le poëte latin Martial nous apprend que ce poisson faisait les dé lices des tables les plus délicates et les plus somptueuses ; que son foie était la partie de ce poisson que l’on préférait; et que même l’on
1 Voyez le Discours sur la nature des poissons.
DES POISSONS
LA
mangeait ses intestins sans les vider; ce qui doit | d’une carpe ordinaire. La couleur générale de
moins étonner lorsqu'on pense que cet osseux ne vit que de végétaux, que de voir nos gourmets modernes manger également, sans les vider, des oiseaux dont l'aliment composé de substances animales est sujet à une véritable corruption. Dans le siècle de Rondelet, ce goût peur le scare, et même pour ses intestins, était encore très-vif : ce naturaliste a écrit que cet osseux devait être regardé comme le premier entre les poissons qui vivent au milieu des rochers, que sa chair était légère, friable , facile à digérer, très-asréable, et que ses boyaux, qu’il ne fallait pas jeter, sentaient la violette. Mais le prix que l’on donnait au scare, à l’époque où Rondelet a publié son Histoire des poissons, était bien inférieur à celui qu’on en offrait à Rome quelque temps avant que Pline ne mit au jour son immortel ouvrage. Ce poisson entrait dans la composition de ces mets fameux pour esquels on réunissait les objets les plus rares, et que l’on servait à Vitellius dans un plat qui, à cause de sa grandeur , avait été appelé le Bouclier de Minerve. Les entrailles du scare paraissaient dans ce plat avec des cervelles de faisans et de paons, des langues de phénicoptères, et des laites du poisson que les anciens appelaient Murène, et que nous nommons Murénophis.
Au reste, ce ne sont pas seulement les plantes marines qui conviennent au scare :il se nourrit aussi de végétaux terrestres ; et voilà pourquoi, lorsqu'on a voulu le pêcher, on a souvent employé avec succès, pour amorce, des feuilles de pois, de fèves, ou d'autres plantes analogues à ces dernières ‘.
LE CHEILINE TRILOBÉ :,
Cheilinus trilobatus, Lac., Cuv. ; Sparus chlorurus, BL. *,
Suivant Commerson, dans les papiers duquel nous avons trouvé une note très-étendue sur ce cheñine encore inconnu des naturalistes , le trilobé a la grandeur et une partie des proportions
4 Le scare a le cœur anguleux, le foie divisé en trois lobes, f'estomac petit, le pylore entouré de quatre ou cinq cœcums, et Le canal intestinal courbé plus d'une fois.
? « Labrus capite guttato, caudà tricuspidatâ, squamis e membranaceis ad basim imbricatis. » Commerson, manuscrits déjà cités.
5 M. Cuvier fait de ce poisson le type du sous-genre Cheiline, qu'il admet dans le grand genre des Labres, de sa fa- &ille des Acanthoptérygiens labroïdes. D.
ce poisson est d’un brun bleuâtre relevé sur la tête, la nuque et les opercules , par des traits, des taches ou des points rouges, blancs et jaunes. Ses pectorales sont jaunes, particulière ment à leur base; et ses thoracines, variées de rouge. La tête et le corps du trilobé sont d’ailleurs hauts et épais. Presque toute sa surface est revêtue d’écailles arrondies, grandes et lisses. Les deux dents antérieures de chaque mâchoiresont plus longues que les autres. Deux lames composent chaque opercule. Indépendamment de la forme trilobée et de la surface très-étendue de la caudale, cette nageoire est recouverte à sa base et de chaque côté par trois ou quatre appendices presque membraneuses, semblables par leur forme à des écailles longues, larges et pointues, et qui flottent, pour ainsi dire, sur cette même base, à laquelle elles ne tiennent que par une petite portion de leur contour. La dorsaleetl’analese prolongent en pointe vers la caudale. Les deux lignes latérales sont très-droites : la supérieure règne depuis l’opereule jusque vers la fin de la dorsale ; la seconde va depuis le point correspondant au milieu de la longueur de l’anale, jusqu'aux appendices de la nageoire de la queue ! ; et chacune parait composée de petites raies qui, par leur figure et leur position , imitent une suite de caractères chinois. Commerson a observé le trilobé, en 1769, dans la mer qui baigne les côtes de l’ile Bourbon, de celle de France, et de celle de Madagasear.