‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 293 sur 535 · LE SPARE HÉMISPHÈRE · texte numérisé non relu

LE SPARE HÉMISPHÈRE

LE SPARE PANTRÉRIN.

Le SPARE BRACHION.

94, : La SPARE MEACO.

CARACTÈRES

brunes de chaque côté, l'une aw dessus de la pectorale , et l'autre auprès de la caudale.

Point de rayons aiguillonnés et viogt-trois rayons articulés à La nageoire du dos ; trois rayons aie guillonnés et ouze rayons artie culés à celle de l'anus; la caudale arrondie: la ligne latérale droites les écaiiles petites et dures; la couleur générale argentée ; les nageoires dorées; une double rangée de taches ovsleset noires, le lung de la ligne latérale.

Quatorze rayons aiguillonnés et dix rayons articulés à la dorsale; trois rayons aiguillonnés et sept rayons articulés à l'anale; la caudile arrondie ; la mâchoire in!érieure plus avancée que la supée rieure; les écailles graudes; l'opercule termiué par une prolongation molle ; la couleur générale blanchätre; presque toute la surfice de l'animal parsemée de petites taches rouges.

Neuf rayons aiguillonnés et treize rayons articulés à la nageoire du dos ; deux rayons aiguillonnés et onze rayons articulés à la nageoire de l'anus ; la partie antérieure de la dorsale arrondie; trois pièces à chaque opercule, la seconde dépassant la troisième par une prolongation arrondie à sou extrémilé; la couleur générale dorée ; neuf bandes transversales presque noires.

Dix rayons aiguillonnés et douze rayons articulés à la dorsale; deux rayons aiguilonnés et quatorze rayons articulés a l'anale; la tête arrondie en demi-sphère, et dénuée de petites écailles, ainsi que les opercules ; les dents antérieures de la mâchoire supérieure plus longues qué les autres ; la ligne latérale double de chaqre côté; la caudale arrondie; une bande transversale et courbe, à l'extrémité de cette dernière nageoire; une lache noire à la base de chaque pectorale , et à la partie antérieure de la dorsile.

Dix rayons aiguillonnés et onze rayons articulés à la dorsule; trois rayonsaieuillonnésethuit rayons articulés à l'anale; la caudale arrondie ; la nuque relevée et arrondie ; de pelites écailles sur la tête et les opercules; ces opercules arrondis dans leur Contour; la mâchoire inféricure garnie de quatre denis plus grandes que les autres, et semblables à des laniaires de mammifere; celte même mâchoire relevée contre là supérieure, lorsque la bouche est fermée ; de trés-petites taches arrondies, noires et inégales, répandues sur la tête, les opercules etle ventre.

Vingt rayons à la nageoire dorsale:

quatorze rayons à l'anale; la caudule arrondie ; chaque pectorale attachée aune prolongation char’ nue; dix incisives larges et plates sur le devant de la mächoire supérieure ; huit incisives presque semblables sur le devant de la mächoire d'en bas; la tête et les opercules dénués de petites écailles.

Neuf rayons aiguillonnés et dix rayons articulés à la dorsale; trois rayons aiguillonnés et huit rayons articulés a l'anale ; la caudale ar-

CARACTÈRES

{ rondie; les deux dents de devant

ESPÈCES

de chaque mâchoire plus grandes |

que les autres; les é’ailles grandes, ovales et striées; la couleur générale brune; six bandes transversales blanches; une tache grande et brune au milieu de lu queue, ou de la caudale.

LR SPARE MEACO.

Vingt-trois rayons à la nageoire du | dos; onze rayons à celle de l'a- |

aus; une tache noire sur la partie supérieure du bord postérieur de l'opercule.

Le SPARS DESFONTAIRES.

TROISIÈME SOUS-GENRE

La nageoire de la queue divisée en trois lobes,

{Neuf rayons aiguillonnés et dix rayons articulés a la nageoire du dos ; les rayons aiguillonnés de la dorsale garnis d'un où plusieurs filaments ; douze rayons à la nageoire de l'anus; un rang de dents fortes à chaque mâchoire; les lèvres grosses ; des pores auprès des yeux; la ligne latérale rameuse et interrompue ; les écailles grandes, minces et hexagones; le dos violet; la tête, les côtés et les nageoires variés de

\ violet et de jaune.

Dix rayons aiguillonnés et neuf rayons articulés à la dorsale; les rayons aiguillonnés de la dorsale

LE SPARE ABILDGAARD.

filamenteux ; trois rayons aiguillonnés et huit rayons articulés à l'anale; chaque mâchoire garnie de deux laniaires recourbées, et d'un rang de molaires courtes et séparées les unes des autres ; l'opercule terminé par une prolongatiou arrondie à son extrémité, la ligne latérale interrompue ; le corps et la queue comprimés; les écailles larges et minces; les premiers et les derniers rayons de la caudale très-allongés ; cette caudale d'un vert foncé, ainsi que l'anale et les thoracines ; la couleur générale verte.

, Neuf rayons aiguillonnés et sept rayons articulés à la nageoire du dos; un ou deux rayons aiguillonnés et neuf rayons articulés à la nageoire de l'anus; la mächoïire inférieure plus courte que la supérieure, et garnie de douze incisives fortes et rapprochées; la tête et les opercules dénués d'écailles semblables à celles du dos; la couleur de presque toute la surface de l'animal d'un rouge plus ou moins foncé; chaque écaille grade, arrondie, bordée d'or, et marquée, dans son centre, d'une peute tache d'un rouge

\ brunûtre.

L8 SYARE QUEUE-VERTE.

L£g SPARE ROUGEOR.

LE SPARE DORADE t.

Sperus aurata, Lipn., Gmel., Lacep.; Chrysophris aurata, Cuv. ?.

Plusieurs poissons présentent un vêtement plus magnifique que la dorade ; aucun n’a recu

* Daurade, Aourade, Aurado, dans plusieurs contrées de France. — Sauquesme (lorsque l'animal est encore très- Jeune, et qu'il n'a pas deux décimètres de long), Méjane (ersqu'il est moins jeune, mais qu'il n'a pas encore quatre

HISTOIRE NATURELLE ‘ de parure plus élégante. Elle ne réfléchit pas l’é-

clat éblouissant de l'or et de la pourpre; mais elle brille de la douce clarté de l’argent et de l’azur. Le bleu céleste de son dos se fond avec d'autant plus de grâce dans les reflets argentins qui se jouent sur presque toute sa surface , que ces deux belles nuances sont relevées par le noir de la nageoire du dos, par celui de la nageoire de la queue, par des teintes foncées ou grises des autres nageoires, et par des raies longitudinales brunes qui s'étendent comme autant d’ornements de bon goût sur le corps argenté du poisson. Un croissant d’or forme une sorte de sourceil remarquable au-dessus de chaque œil ; une tache d’un noir luisant contraste, sur la queue et sur l’opercule, avec l’argent des écailles ; et une troisième tache d’un beau rouge, se montrant de chaque côté au-dessus de la pectorale, et mêlant le ton et la vivacité du rubis à l’heureux mélange du bleu et du blanc éclatant. termine la réunion des couleurs les plus simples, et en même temps les mieux ménagées, les plus riches, et cependant les plus agréables.

décimètres de longueur), Subre daurade (lorsqu'il est trèsgrand), dans plus. départ. mér., Saucanelle (lorsque l'animal estencorc très-jeune, et qu'il n’a pas deuxdécimètres de long), Poumerengue, ou paumergrav (lorsqu'il est moins jeune, mais qu'il n'a pas encore quatre décimètres de longueur), sur quelques côtes françaises de la Méditerranée. — Orata, à Rome et à Génes. — Ora , à Venise. — Canina , en Sardaigne. — Aurada, à Malte. — Orada, à Alger. — Sippuris, par les Grecs modernes. — Vergulde, Goud braassem, en Hollande. — Gill head, Gilt poll, en Angleterre. — Gold brassem, en Allemagne. — Mus. Ad. Frid. 2, p. 72. — Spare dorade. Daubenton et Haüy, Euc. rméth. — /d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Bloch, pl. 266. — « Sparus a dorso acutissimo, line arcuatà aureà inter oculos. » Artedi, gen. 25, syn. 65. — () xpvadoous. Arist. l. 4, ©. 5; 1. 2, c. 17; 1.4,c.10,1.5,c.10; 1.6, c.17;et 1. 8, c. 2, 15, 15 et 49. — Xpouacopus. Ælian., 1.13, c. 28;1. 14, c. 35; et 1. 16, c. 12. — Jd. Athen., 1. 7 et 8. — Oppian., l. 4, p. 7: L. 5, fol. 138, b. — Chrysophrys. Varron , Rust. 1.5, c. 5. — 4wrata. Columell.,l. 8, c.16.— Id. Martial., Epigr., L. 45, 90.— /d. Plin., 1.9, c. 16.— Zd. Cuba, 1.5, c. 4, fol. 71,b.-— Jd. P.Jov., c. 44, p.68. — Zd. Wotton,1l.8, c. 174, fol. 156. — Daurade. Ron delet, part. 4, 1.5, c. 2. — Awrata. Salvian., fol. 474, b. 173. — Id. Gesner, p. 110, 128 ; et (germ.) fol. 25, c. — Jd. Jonston, 1. 1,tit. 5, c. 1, a. 8, Lab. 19, fig. 2. — 74, Charl., p.440. — Id. Willughby, p. 307. — Zd. Rai, p. 151. — Auwrata vule garis. Aldrov., 1. 2, c. 15, p. 171.—Sparus aurata. Gronov. Mus. 4, n. 90. — /d. Hasselquist , It. 537.— La daurade. Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 4, c. 2, art, 1,pl.44, fig 4. — Dorade. Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.

2 M. Cuvier forme de ce poisson le type du genre qu'il nomme Daurade Chrysophris, et qu'il place dans la famille des Acanthoptérysiens sparoïdes, 11 distingue deux espèces de Daurades :4° ia vulgaire, C. aurata, à quatre rangs de molaires en haut ,et ciny en bas, dont une ovale beaucoup plus grande que les autres ; et 2° la Daurade à petites deuts, C.microdon, à deux rangs de molaires seulement eu bas, toutes autant ou plus larges que longues, et sans qu'il y en aitune grande ovale. Cuv., Reg. An., 2° édit., &. LE, p. 482. D.

DES POISSONS

Les Grecs, qui ont admiré avec complaisance ce charmant assortiment, et qui cherchaient dans la nature la règle de leur goût, le type de leurs arts, et même l'origine de leurs modes, l'ont choisi sans doute plus d'une fois pour le modèle des nuances destinées à parer la jeune épouse, au moment où s’allumait pour elle le flambeau de l’hyménée. Ils avaient du moins consacré la dorade à Vénus. Elle était pour eux l'emblème de la beauté féconde : elle était done celle de la nature; elle était le symbole de cette puissance admirable et vivifiante, qui crée et qui coordonne, qui anime et qui embellit, qui enflamme et qui enchante, et qu’un des plus célèbres poëtes de l’antique Rome, pénétré de l'esprit mythologique qu'il cherchait cependant à détruire , et lui rendant hommage même en le combattant, invoquait sous le nom de la déesse des grâces et de la reproduction , dans un des plus beaux poëmes que les anciens nous aient transmis. Mais cette idée tenait, sans doute, à une idée plus élevée encore. Cette sorte d’hiérog|yphe de la beauté céleste n’avait pas été empruntée sans intention du sein des eaux. Ce n’était pas seulement la nature créatrice et r'éparatrice qui devait indiquer cette consécration de la dorade. Les idées religieuses des Grecs n'étaient qu’une traduction poétique des dogmes sacrés des premiers Égyptiens. L'origine des mystères de Thèbes, liée avec la doctrine sacerdotale de l’Asie, remonte, comme cette doctrine, aux derniers grands bouleversements que le globe a éprouvés. Ils ne sont que le récit allégorique des phénomènes qui ont distingué les différents âges de la terre et des cieux. Cette histoire des dieux de l'Orient et du Midi est tracée sur un voile sacré , derrière lequel la vérité a gravé les fastes de la nature. Et cet emblème, qui n’était pour les Grecs que le signe de la beauté productive, doit avoir été, pour les anciens habitants de l'Inde, de la Perse ct de l'Égypte , ie symbole de la terre sortant du milieu des flots et recevant sur sa surface vivifiée par les rayons du dieu de la lumière, tous les germes de la fécondité et tous les traits de la beauté parfaite. Cette époque où la mer a cessé de couvrir nos îles et nos continents , pouvait d’autant plus être rappelée à l'imagination , dans une langue mythologique, par l’habitant de l'Océan dont nous tâchons de dessiner l'image, que des dépouilles très-reconnaissables d’un grand nombre d’indi-

vidus de l'espèce de la dorade gisent à différentes profondeurs au milieu des couches du globe, où les courants et les autres différentes agitations des ondes les ont accumulées avant que les eaux nese retirassent de dessus ces couches maintenant plus exhaussées que les rivages marins , et où elles se trouvent, pour ainsi dire, déposées comme autant de médailles pro: pres à constater l’important événement de la dernière formation des continents et des îles. Cette espèce était donc contemporaine de l'apparition des montagnes et des plateaux élevés au-dessus de la surface de l’Océan; elle existait même longtemps avant, puisque des débris de plusieurs des individus qu’elle renfermait font partie des couches de ces plateaux et de ces montagnes. Il faut donc la compter parmi celles qui habitaient l’antique Océan, lorsqu'au moins une grande portion de l'Europe, etmême de l’Afrique et de l'Asie, n’était que le fond de cette mer dont les marées, les courants et les tempêtes élaboraïent les grandes inégalités de la surface actuelle du globe. Elle appartient donc à des périodes de temps bien plus reculées que les terribles catastrophes qui ontsuccessivement agité et bouleversé les continents, depuis que les eaux de la mer se sont éloignées de leurs sommets; elle est donc bien plus âgée que l’espèce humaine; et, ce qui est bien plus remarquable, elle a traversé et les orages de destruction qui ont laissé sur le globe de si funestes empreintes, et les siècles de réparation et de reproduction qui ont rempli les intervalles de cesconvulsions horribles , sans éprouver aucune grande altération, sans perdre les principaux traits qui la distinguent : les fragments de dorade que l’on rencontre dans l’intérieur des montagnes, sont entièrement semblables à ceux quel’on voitdans des alluvions plus récentes ‘, et même aux parties analogues des individus qui vivent dans ce moment auprès de nos rivages. Des milliers d’années n’ont pu agir que superficiellement sur l’espèce que nous examinons; elle jouit, pour ainsi dire, d’une jeunesse éternelle ; et pen dant que le temps moissonne par myriades les individus qu’elle a compris ou qu’elle renferme, pendant qu’ils tombent dans la mort comme les

4 {l n'est presque aucun ouvrage de géologie ou d'oryctologie, qui ne renferme quelqne preuve de cette assertion, Jn peut consulter particulièrement, à ce sujet, le grand ouvrage que publie sur la montagne de Saint-Pierre de Maestricht, mon savant col@"e M. Fauias Saint-Fond.

feuiiles sèches sur la surface de la terre vers la fin de l’automne, elle reste à l’abri de la destruction , et brave la puissance des siècles, tomme un témoin de cette merveilleuse force de la nature, qui partout mêle l’image consolante de la durée aux dégradations du dépérissement , etélève les signes brillants de l’immortalité sur les bords du néant.

£ette antiquité de l’espèce de la dorade doit, au reste, d'autant moins étonner, qu’on aurait dû la deviner par une observation un peu attentive de ses habitudes actuelles. Elle vit dans tous les climats. Toutes les eaux lui conviennent : les flots des rivières, les ondes de la mer, les lacs, les viviers, l’eau douce, l’eau salée, l’eau trouble et épaisse , l’eau claire et légère, entretiennent son existence et conservent ses propriétés, sans les modifier, au moins profondèement. La diversité de température parait v’altérer non plus, ni ses qualités , ni ses formes : elle supporte le fond du voisinage des glaces flottantes, des rivages neigeux et congelés, et de la croûteendurcie de la mer du Nord; elle n’y succombe pas du moins, lorsqu'il n’est pas excessif. Elle résiste à la chaleur des mers des tropiques; et nous verrons en parcourant l’histoire des animaux de sa famille, qui peutêtre sont des races plus ou moins anciennes, lesquelles lui doivent leur origine, que le spare auquel nous avons donné le nom de notre savant ami Desfontaines , se plait au milieu des eaux thermales de la Barbarie. Cette analogie avec les eaux thermales ne pourrait-elle pas être considérée d'ailleurs comme un reste de cette convenance de l’organisation, des besoins et des habitudes avec des fluides plus échauffés que l’eau des fleuves ou des mers de nos jours, qui a dû exister danslesespèces contemporaines des siècles où nos continents étaient encore cachés sous les eaux, au moins si nous devons penseravec les Leibnitz, les Buffonet les Laplace, que la température générale de notre planète, et par conséquent celle des mers de notre globe, était beaucoup plus élevée avant le commencement de l’ère de l’existence de nos continents , que dans les siècles qui viennent de s’écouler ?

Quoi qu’il en soit de cette dernière conjecture, faisons remarquer que parmi ces dépouilles de dorade, qui attestent en même temps et plusieurs des révolutions qui ont changé la face de la terre, et l'ancienneté de l’espèce dont nous éerivons l’histoire, les fragments les plus nom-

breux et les mieux conservés appartiennent 4 ces portions des animaux, dont la conformation toujours la même prouve le mieux la durée des principaux caractères de l’espèce, parce que de la constance de leur manière d’être on doit conclure la permanence de la manière de vivre de l'animal, et de ses autres principales habitudes , toujours liées avec les formes extérieures et les organes intérieurs les plus importants. Ces restes d'anciennes dorades qui habitaient l’Océan il y a des milliers d'années, sont des portions de mâchoire, ou des mächoires entières garnies de leurs dents incisives et de leurs rangées nombreuses de dents molaires. Pour comparer avec soin ces antiques dépouilles avec les dents des dorades actuellement vivantes, il ne faut pas perdre de vue qu’indépendamment de six incisives arrondies et séparées les unes des autres, que l’on trouve sur le devant de chaque mâchoire de ces spares, la mâchoire supérieure est armée ordinairement de trois rangs de molaires. Le premier de ces rangs coutient dix mächelières de chaque côté. Le second et le troisième n’en comprennent pas un aussi grand nombre ; mais celles de la troisième rangée, et particulièrement les plus éloignées du bout du museau, sont plus grandes et plus fortes que les autres. On remarque le plus souvent, dans la mâchoire inférieure, des linéaments d’un quatrième rang de molaires, ou une quatrièmerangée intérieure très-bien conformée; et en général, la quantité de rangées et de molaires parait augmenter avec la grandeur et par conséquent avec l’âge du poisson. La configuration de ces mâchelières varie aussi vraisemblablement avec les dimensions de l'animal; mais le fond de cette configuration reste, et ces dents destinées à broyer ont le plus fréquemment une forme ovale ou demi-sphérique, plus ou moins régulière, convexe ou aplatie, et même quelquefois un peu concave, peut-être suivant le nombre et la résistance des corps durs que le spare a été contraint d’écraser, et qui, par leur réaction , ont usé ces instruments de nutrition ou de défense journalières.

Ce sont ces molaires fossiles, ou arrachées à une dorade morte depuis peu de temps , mais particulièrement les fossiles les plus grandes et les plus régulières, que l’on a nommées Crapaudines où Bufonites, de même que les mâchelières de l’Anarhique Loup, et celles de quelques autres poissons, parce qu’on les a

crues, comme ces dernières, des pierres produites dans la tête d’un crapaud. On les a recherchées , achetées assez cher, enchâssées dans des métaux précieux, et conservées avec soin,

soit comme de petits objets d’un luxe particu-

lier, soit comme douées de qualités médicinales utiles. On a surtout attaché un assez grand prix, au moins à certaines époques, aux molaires de dorade que l’on trouve dans l’intérieur des couches de la terre, et qui, plus ou moins altérées dans leur couleur par leur séjour dans ces couches, offrent différentes nuances de gris, de brun, de roux, de rouge brunâtre. On a estimé encore davantage ces mâchelières dont on ignoraïit la véritable nature, lorsque leurs tein-

tes, distribuées par zones, ont montré dans leur

centre une tache presque ronde et noirâtre. On a comparé cette tache foncée à une prunelle; on a vu dans ces molaires ainsi colorées une grande ressemblance avec un œil; on leur a donné le nom d’OEïl de Serpent ; on les a supposées des yeux de serpent pétrifiés ; on leur a dès lors attribué des vertus plus puissantes; on les a vendues plus cher ; et, en conséquence, on les a contrefaites dans quelques endroits voisins des parages fréquentés par les dorades, et particulièrement dans l’ile de Malte, en faisant avec de l’acide nitreux une marque noire au centre des molaires de spare dorade non fossiles , et prises sur un individu récemment expiré.

Les mâchoires qui sont garnies de ces dents molaires ou incisives dont nous venons de parler, n’avancent pas l’une plus que l’autre. Chaque lèvre est charnue ; l’ouverture de la bouche est peu étroite; la tête comprimée, très-relevée à l'endroit des yeux, et dénuée de petites écailles sur le devant; la langue épaisse, courte et lisse; l’espace compris entre les deux orifices de chaque narine, marqué par un sillon: l’opercule revêtu d’écailles semblables à celles du dos, et arrondi dans son contour ; le corps élevé; le dos caréné ; le ventre convexe ; l’anus plus voisin de la caudale que de la tête; et l’ensemble du corps et de la queue, couvert d’écailles tendres et lisses, qui s'étendent sur une portion de la dorsale et de la nageoïire de l'anus.

Telles sont les formes principales de la dorade. Sa grandeur est ordinairement considérable. Sielle ne pèse communément que cinq ou six kilogrammes dans certains parages, elle en pèse jusqu'à dix dans d’autres, particulièrement auprès des rivages de la Sardaigne ; et le

voyageur suédois Hasselquist en a vu dans l'Archipel , et notamment auprès de Smyrne, qui avaient plus de douze décimètres de longueur. Ce spare, suivant son âge et sa grandeur , recoit des pêcheurs de quelques côtes maritimes, des noms différents que l’on trouvera dans la synonymie placée au commencement de cet article, et qui seuls prouveraient combien on s’est occupé de ce poisson, et combien on a cherché à reconnaître et à distinguer ses diverses manières d’être.

L'estomac de la dorade est long ; le pylore garni de trois appendices ou cœcums ; le canal intestinal proprement dit, trois fois sinueux ; le péritoine noir ; et la vessie natatoire placée audessous du dos.

Indépendamment du secours que ce spare tire de cette vessie pour nager avec facilité, il recoit de la force de ses muscles , et de la vitesse avec laquelle il agite ses nageoires, une grande légèreté dans ses mouvements, et une grande rapidité dans ses évolutions : aussi peutil, dans un grand nombre de circonstances, satisfaire la voracité qui le distingue; il le peut d'autant plus, que la proie qu'il préfère ne lui échappe ni par la fuite, ni par la nature de l’abri dans lequel elle se renferme. La dorade aime à se nourrir de crustacées et d'animaux à coquille, dont les uns sont constamment attachés à la rive ou au banc de sable sur lequelils sont nés, et dontlesautres ne semeuvent qu'avec une lenteur assez grande. D'ailleurs, ni le têt des crustacées , ni même l'enveloppe dure et calcaire des animaux à coquilie, ne peuvent les garantir de la dent de la dorade : ses mâchoires sont si fortes, qu’elles plient les crochets des haims lorsque le fer en est doux, et les cassent s'ils ont été fabriqués avec du fer aigre; elle écrase avec ses molaires les coquilles les plus épaisses ; elle les brise assez bruyamment pour que les pêcheurs reconnaissent sa présence aux petits éclats de ces enveloppes concassées avec violence ; et afin qu’elle ne manque d’aucun moyen d’apaiser sa faim, on prétend qu’elle es assez industrieuse pour découvrir, en agitant vivement sa queue, les coquillages enfouis dans le sable ou dans la vase.

Ce goût pour les crustacées et les animaux à coquille détermine la dorade à fréquenter souvent les rivages comme les lieux où les coquillages et les crabes abondent le plus. Cependant il paraît que, sous plusieurs climats , l’habitas

tion de ce spare varie avecles saisons : il craint le très-grand froid; et lorsque l’hiver est trèsrigoureux, il se retire dans les eaux profondes, où il peut assez s'éloigner de la surface, au moins de temps en temps, pour échapper à l’influence des gelées très-fortes.

Les dorades ne sont pas les seuls poissons qui passent la saison du froid dans les profondeurs de la mer, qu'ilsne paraissent quitter, pour venir à la surface de l’eau, que lorsque la chaleur du printemps a commencé de se faire sentir, et qui bien loin d’y être engourdis, y poursuivent leur proie, s’y agitenten différents sens, y conservent presque toutes leurs habitudes ordinaires, quoique séparés, par des couches d’eau très-épaisses, de l’air de l’atmosphère, et même de la lumière, qui ne peut du moins parvenir jusqu’à leurs yeux qu’extrêmement affaiblie.

Si ce grand phénomène était entièrement conitaté, il donnerait l'explication des observations particulières, en apparence, contraires à ce fait très-remarquable, et qui ont été publiées par des physiciens très-estimables. Il montrerait peut-être que si quelques espèces de poissons , soumises à des circonstances extraordinaires , et placées, par exemple, dans de trèspetits volumes d’eau , paraissent forcées, pour conserver leur vie, de venir de tempsen temps à la surface du fluide dans lequel elles se trouvent plongées, elles y sont quelquefois moins contraintes par le besoin de respirer l'air de l'atmosphère , que par la nécessité d’échapper à des émanations delétères produites dans le petit espace qui les renferme et les retient captives.

On a écrit que la dorade craignait le chaud, aussi bien que le très-grand froid. Cette assertion ne nous parait fondée en aucune manière ; à moins qu'on n’ait voulu parler d’une chaleur très-élevée, et, par exemple, supérieure à celle qui paraît très-bien convenir au Spare Desfontaines. Si en général une température chaude était contraire à la dorade, on ne trouverait pas ce poisson dans des mers très-voisines de la ligne ou des tropiques. En effet, quoique la dorade habite dans la mer du Nord, et dans toute la partie de la mer Atlantique qui sépare l’Amérique de l’Europe , on la pèche aussi dans la Méditerranée, non-seulement auprès des côtes de France, mais encore auprès de celles de la campagne de Rome, de Naples, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte, de la Syrie , de la Barbarie. Elle est abondante au cap de Bonne-

Espérance, dans les mers du Japon, dans celle des Grandes Indes, et lorsque dans quelquesunes de ces dernières contrées , comme, par exemple, auprès des rochers que l’on voit sur une grande étendue des bords de la Méditerranée , la dorade passe une partie assez considérable du jour dans les creux et les divers asiles que ces rochers peuvent lui présenter, ce n’est. pas, au moins le plus souvent, pour éviter une chaleur trop importune produite par la présence du soleil sur l'horizon, mais pour selivrer avec plus de calme au sommeil , auquel elle aime à s’abandonner pendant que le jour luit encore, et qui, suivant Rondelet, est quelquefois si profond quand la nuit, préférée presque toujours par la dorade pour la recherche de sa proie, n’a pas commencé de régner, qu’on peut alors prendre facilement ce spare en le harponnant, ou en le perçant avec une fourche attachée à une longue perche.

Dansle temps du frai, et par conséquent dans le printemps, les dorades s'approchent non-seulement des rivages, mais encore des embouchures des rivières , dont l’eau douce paraît alors leur être au moins très-agréable. Elles s’engagent souvent à cette époque, ainsi que vers d’autres mois, dans jes étangs ou petits lacs salés qui communiquent avec la mer : elles s’y nourrissent des coquillages qui yabondent; elles y grandissent au point qu’un seul été suffit pour que leur poids y devienne trois fois plus considérable qu'auparavant ; elles y parviennent à des dimensions telles, qu’elles pèsent neuf ou dix kilogrammes ; et en y engraissant elles acquièrent des qualités qui les ont toujours fait rechercher beaucoup plus que celles qui vivent dans la mer proprement dite. On a préféré surtout, dans les départements méridionaux de la France, celles qui avaient vécu dans les étangs d'Hyères, de Martigues et de Latte, près du cap de Cette. Les anciens Romains les plus difficiles dans le choix des objets du luxe des tables, estimaient aussi les dorades des étangs beaucoup plus que celles de la Méditerranée : voilà pourquoi ils en faisaient transporter dans les lacs intérieurs qu’ils possédaient, et particulièrement dans le fameux lac Lucrin. Columelle même, dansses ouvrages sur Féconomie rurale, conseillait de peupler les viviers de ces spares ; ce qui prouve qu’il n’ignorait pas la facilité avec laquelle on peut accoutumer les poissons marins à vivre dans l’eau douce, et les v faire multi-

DES POISSONS

plier. Cette convenance des eaux des lacs non salés des rivicres et des fleuves, avec l’organisation &85 spares dorades, et la supériorité de goût que leur ehair contracte au milieu de ces rivières, de ces lacs et des viviers, n'ont pas échappé à Duhamel; et nous partageons bien vivement ledésir que Blochaexprimé en conséquence, de voir l’industrie de ceux qui aiment les entreprises utiles, se porter vers l’acclimatation ou plutôt le transport et la multiplication des dorades au milieu de ces eaux douces qui perfectionnent leurs qualités.

Au reste, lorsqu'on veut jouir de ce goût agréable de la chair des dorades, il ne suffit pas de préférer celles de certaines mers, et particulièrement de la Méditerranée , à celles de l’Océan, comme Rondelet et d’autres écrivains l'ont recommandé, de rechercher plutôt celles des étangs salés que celles qui n’ont pas quitté la Méditerranée , et d'estimer, avant toutes les autres , les dorades qui vivent dans de l’eau douce : il faut encore avoir l’attention de rejeter ceux de ces spares qui ont été péchés dans des eaux trop bourbeuses et sales , les dorades trop grandes, et par conséquent trop vieilles et trop dures; et enfin d'attendre, pour s'en nourrir, l'automne, qui est la saison où les propriétés de ces poissons ne sont altérées par aucune circonstance. C’est pour n’avoir pas usé de cette précaution, que l’on a souvent trouvé des dorades difficiles à digérer, ainsi que Celse l’a écrit; et c'est au contraire parce que les anciens Romains ne lanégligeaient pas, qu’ils avaient des dorades d’un goût exquis, et d’une chair légère et trèssalubre : aussi en ont-ils donné de très-grands prix, et un Romain nommé Serge attachait-il une sorte d'honneur à être surnommé Orala , à cause de sa passion pour ces spares.

Les qualités médicinales qu'on a attribuées à ces poissons, et particulièrement la vertu purgative, et la faculté de guérir de certaines indigestions , ainsi que de préserver des mauvais effets de quelques substances vénéneuses , ont de même, pendant quelques siècles, fait rechercher ces osseux. Du temps d’Élien, on les prenait, en formant sur la grève que la haute mer devait couvrir, une sorte d'enceinte composée de rameaux plantés dans la vase ou dans le sable. Les dorades arrivaient avec le flux ; et arrêtées par les rameaux lorsque la mer baissait et qu’elles voulaient suivre fe reflux, elles étaient retenues dans l’enceinte , où même des

; femmes et des enfants les saisissaient avec faci- | lité. Rondelet dit qu’on employait, à l’époque où il écrivait, un moyen à peu près semblable pour se procurer des dorades dans l’étang de Latte, sur les bords duquel on 5e servait aussi de filets pour les pêcher; et il y a peu d'année qu’on usait dans différentes mers, pour la pe: che des dorades, du bregin !, du verveux ?, du tremail*, et des haims garnis de chair de scombre, et de crustacées, ou d'animaux à coquille. Lorsqu'on prend une srès-srande quantité de dorades, on en fait saler, pour pouvoir en envoyer au loin, et lorsqu'on a voulu les manger fraiches ,on les a préparées d'un très-grand nombre de manières, que Rondelet a eu l'attention de décrire avec beaucoup d’exactitude. Mais comme l’histoire de la nature n’est pas celle de l’art de la cuisine , passons aux différences qui distinguent des dorades les autres espèces de spares , soit que nous considérions les formes, ou que nous examinions les couleurs, ou que nous observions les habitudes de ces poissons À.

LE SPARE SPARAILLON ÿ,

Sparus annularis, Linn., Gmel.; Sparus Sparulus, Lacep.; Sargus annularis, Cuv..

| LE SPARE SARGUE?,

Sparus Sargus, Linn., Gmel., Lacep.; Sargus vulgaris, Cuv.; et Sargus raueus, Geo'f., Cuv. #.

LE SPARE OBLADE*,

Sparus Oblada, Lacep.; Sparus melanurus, Linn., Gmel. ; Oblada melanura , Cuv. ‘?.

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