ÉLECTRIQUE
LE TRICHIURE LEPTURE *?.
Trichiurus Lepturus, Linn., Gmel., Lacep., Cuv. 5.
Les trichiures sont encore de ces poissons apodes qui ne présentent aucune nageoire à l’extrémité de la queue. On les sépare cependant très-aisément de ces osseux qui n’ont pas de véritable nageoire caudale. En effet, leur corps très-allongé et très-comprimé ressemble à une lame d'épée, ou, si on le veut à un ruban; et voilà pourquoile lepture, qui réunit à cette conformation la couleur et l'éclat del’argent, aété nommé Ceinture d'argent, ou Ceinture argentée. D'ailleurs les opercules des branchies sont placés beaucoup plus près des yeux, sur les trichiures que sur les autres poissons avec lesquels on pourrait les confondre.
A ces traits généraux réunissons les traits particuliers du lepture, et voyons, si je puis em-
A chaque nageoire pectorale 49 rayons, à celle de l'aus 296.
3 Paille-en-cul, par plus. voyageurs et naturalistes. — Tr'ichiure ceinture d'argent, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonuaterre, pl. de l'Enc. méth. — ZLepturus, Artedi, spec. 411. — Gymnogaster, Gronov., mus. 4, n.47. — I. Browne, Jamaic. 444, tab. 45, fig. 4. — Enchelyopus, Séba, mus. 5, tab. 55, fig. 4. —1d. Klein, miss. 4, p. 52, n. 5. — Mucu Brasil, Willughby, 1chth., tab. G, 7, fig. 7. — Mucu, Marcgr., Brasil. 161. — Ubirre, De Lael., Annot. ad Marcgr. — Lepturus, Mus. ad. fr. 4, p.76, tab. 26, fig. 2. — Spitz schwanz, Bloch, pl. 458.
# M. Cuvier admet le genre Trichiure de Linnée, qui correspond aux genres Lepturus d'Artedi et Gymnogaster de Gronovius. D,
ployer cette expression , cette bande argentine et vivante se dérouler, pour ainsi dire, s’agiter, se plier, s'étendre, se raccourcir, s’avancer en différents sens, décrire avec rapidité mille courbes enlacées les unes dans les autres, monter, descendre , s’élancer, et s'échapper enfin avec la vitesse d’une flèche, ou plutôt, en quelque sorte, avec celle de l’éclair.
La tête du lepture est étroite, allongée, et comprimée comme son corps et sa queue. L’ouverture de sa bouche est grande. Ses dents sont mobiles, au moins en très-grand nombre; et ce caractère que nous avons vu dans les squales, et par conséquent dans les plus féroces des cartilagineux , observons d’avance que nous le remarquerons dans la plupart des osseux qui se font distinguer par leur voracité. Indépendamment de cette mobilité qui donne à l’animal la faculté de présenter ses crochets sous l'angle le plus convenable, et de retenir sa proie avec plus de facilité, plusieurs des dents des mâchoires du lepture, et particulièrement celles qui avoisinent le bout du museau, sont longues et recourbées vers leur pointe; les autres sont courtes et aiguës. On n’en voit pas sur la langue , ni sur le palais ; mais on en aperçoit de très-petites sur deux os placés vers le gosier.
Les yeux sont grands, très-rapprochés du sommet de la tête, et remarquables par un iris doré et bordé de blanc autour de la prunelle.
L’opercule, composé d’une seule lame, et membraneux dans une partie de son contour, forme une large ouverture branchiale ‘. Une ligue latérale couleur d'or s’étend sans sinuosités depuis cet opercule jusqu’à l’extrémité de la queue. L'anus est assez près de la tête.
Les nageoires pectorales sont tres-petites et ne renferment que onze rayons; mais la nageoire dorsale en comprend ordinairement cent dix-sept, et règne depuis la nuque jusqu’à une très- petite distance du bout de la queue.
On ne voit pas de véritable nageoire de l’anus : à la place qu’occuperait cette nageoire, on, trouve seulement de cent à cent vingt, et le plus souvent cent dix aiguillons tres-courts, assez éloignés les uns des autres, dont la première moitié, ou à peu près, est recourbée vers la queue, et dont la seconde moitié est fléchie vers la tête.
La queue du lepture, presque toujours très-
1 On compte sept rayons à la membrane des branchies.
déliée et terminée par une sorte de prolongation assez semblable à un fil ou à un cheveu, a fait donner à ce poisson le nom de Lepture, qui signifie petite queue, ainsi que celui de Trichiure, aui veut dire queue en cheveu , et que l’on a ftendu, comme nom générique, à toute la petite famille dont nous nous occupons. Cependant, comme cette queue très-longue est en même temps assez comprimée pour avoir été comparée à une lame, comme le corps et la tête présentent une conformation semblable, et que tous les muscles de l’animal paraissent doués d’une énergie très-soutenue , on supposera sans peine dans le lepture une mobilité rare, une natation très-rapide, une grande souplesse dans les mouvements, pour peu que l’on se rappelle ce que nous avons déjà exposé plus d’une fois sur la cause de la natation célère des poissons !. Et en effet, les voyageurs s’accordent à attribuer au lepture une agilité singulière et une vélocité extraordinaire. S’agitant presque sans cesse par de nombreuses sinuosités , ondulant en différents sens, serpentant aussi facilement que tout autre habitant des eaux, il s'élève, s’abaisse, arrive et disparait avec une promptitude dont à peine on peut se former une idée. Frappant violemment l’eau par ses deux grandes surfaces latérales, il peut se donner assez de force pour s’élancer au-dessus de la surface des fleuves et des lacs; et commeil estcouvert partout de Lrèspetites écailles blanches et éclatantes, et, si je puis parler ainsi, d'une sorte de poussière d’argent que relève l'or de ses iris et de ses lignes latérales , il brille et dans le sein des ondes, et au milieu de l’air, particulièrement lorsque, cédant à sa voracité qui est tres-grande, animé par une affection puissante, ajoutant par l’effet de ses mouvements à la vivacitéde ses couleurs, et déployant sa riche parure sous un ciel enflammé, il jaillit de dessus les eaux, et, poursuivant sa proie avec plus d’ardeur que de pré-
* La collection du Muséum renferme une variété du leptnre, qu'il estaisé de distinguer par la forme du bont de la queue. cette partie, au lieu de se terminer par une prolongation filamenteuse. parait comme tronquée assez loin de sa véritable extrémité : elle présente, à l'endroit où elle finit, une ligne droite et vert cale. Et quoique nons ayons vu deux individus avec cette conformation particulière, nous ne savons pas si au lieu d'une variété plus ou moins constante, nous n'avons pas eu uniquement sous les yeux deux produits d'accidents semblables ou analogues, deux résultats d'une sorte d'amputation extraordinaire, dont on trouve plusieurs exemples parmi les animaux à sang froid , qu ils peuvent subir sans en périr, et qui, pour les deux indivitus dont nous parlons, aurait emporté la portion la plus déliée de leur queue.
cautions, saute jusque dans les barques et au milieu des pêcheurs. Cette bande d'argent si décorée, si élastique, si vive, si agile, a quelquefois plus d’un mètre de longueur.
Le lepture vit au milieu de l’eau douce. On le trouve, comme plusieurs gymnotes, dans l'Amérique méridionale. Il n’est pas étranger néanmoins aux contrées orientales de l’ancien continent : il se trouve dans la Chine, et nouf avons vu une image très-fidèle de ce poisson dans un recueil de peintures chinoises données par la Hollande à la France, déposées mainte: nant dans le Muséum d'histoire naturelle, et dont nous avons déja parlé dans cet ouvrage.
Au reste , la beauté et la vivacité du lepture sont si propres à plaire aux yeux, à parer une retraite, à charmer des loisirs, qu'il n’est pas surprenant que les Chinois l’aient remarqué, observé, dessiné ; et vraisemblablement ce peuple, qui a su tirer un si grand parti des poissons pour ses plaisirs, pour son commerce, pour sa nourriture, ne se sera pas contenté de multiplier les portraits de cette espèce ; il aura voulu aussi en répandre les individus dans ses nombreuses eaux, dans ses larges rivières, dans ses lacs enchanteurs.
LE TRICHIURE ÉLECTRIQUE !.
Trichiurus electricus, Linn., Gmel., Lacep.; Trichiarus Savala, Curv. ?.
On a reconnu dans ce trichiure une faculté analogue à celle de la torpille, et du gymnote torporifique. Mais comme, en découvrant ses effets, on n'a observé aucun phénomène particulier propre à jeter un nouveau jour sur cette puissance que nous avons longtemps considérée en traitant du gymnote engourdissant et de la torpille, nous croyons devoir nous contenter de dire que le trichiure électrique est séparé du lepture , non-seulement par la conformation de ses mâchoires, qui sont toutes les deux également avancées, mais encore par la forme de ses dents, toutes extréèmement petites. D'ailleurs le bout de la queue n’est pas aussi aigu que dans le lepture. De plus, au lieu de présenter l'or et
1 Paille-en-cul, par quelques naturalistes et voyageurs. — Anguilla Indica, Willughby, Append., tab. 5, fig. 5. — Raï, pisc., p. 174. — Nieuh. It. nd. 2, p. 270.
3 M. Cuvier admet ce poisson dans son genre Trichiure, et il fait remarquer que c'est à cause d'une transposition dans
le texte de Nieuhof qu'on lui a attribué des propriétés électriaues, que bien sûrementiln'apas. D.
DES POISSONS
l'argent qui décorent ce dernier poisson, il n'offre que des couleurs ternes; il est brun et tacheté. S'il a été doué de la puissance, il est donc bien éloigné d’avoir reçu l'éclat de la beauté. C'est dans les mers de l'Inde qu’ilexerce le pouvoir qui lui a été départi.