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LE ZEE RUSE

SECOND SOUS-—GENRE

La nageoire de la queue, rectiligne, ou arrondie, et sans échancrure.

Trente-deux rayons à la dorsale ; vingt-six à l'anale; un long filament à chacun des rayons de la nageoire du dos, depuis le second jusqu'au huitieme inclusivement; une rangée longitudinale d'aiguillons, de chaque côté de la dorsale; la candale arrondie ; la dorsaleet l'anale tres-échancrées; une tache noire et ronde sur

\ chaque côté de l'animal.

de LE ZEE FORGERON.

LE ZÉE LONGS-CHEVEUX !, Blepharis ciliaris, Cuv.; Zeus ciliaris, Linn., BI. Lac. ?. : L * ET LE ZÉE RUSE à.

Equala insidiatrix, Cuv. ; Zeus insidiator, Lion. Bl., Lac. ?.

L'éclat que répand le zée longs-cheveux est très-doux à l'œil, parce que les écailles qui revêtent ce poisson ne pouvant être vues que difficilement, ses nuances argentées ne sont pas réfléchies par des lames dures , larges et polies, qui renvoient avec vivacité et les couleurs et la lumière : mais ses teintes sont belles et riches ;

1 Doré-gal à longs cheveux. Bonnaterre, pl. de l'Enc, méih. — Bloch, pl. 191.

2 Du svus-genre BLEPHARIS, dans le genre VOMER, Cuv. Famille des Acanthoptérygiens scombéroïdes. : D.

3 Doré rusé. Bounaterre, pl. de l'Enc. méth.— Bloch, pl. 192, fig. 2.

4 Du sous-genre EQUULA , dans le genre VOMER, Cuve Famille des Acauthoptérygiens scombéroïdes. D,

chaque opercule présente des reflets dorés ; et cet or ainsi que cet argent sont comme encadrés par une distribution aussi noble que gracieuse, au milieu d’un violet foncé et bien fondu qui règne sur toutes les nageoires.

La mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure ; chaque narine montre deux orifices ; deux plaques forment chaque opercule; la ligne latérale est très-courbe pres de la tête, et ensuite très-droite.

Mais ce que l'on doit particulièrement remarquer dans la conformation de ce zée, ce sont l’excessive longueur et la ténuité des filaments qui terminent plusieurs rayons de ses nageoires du dos et de l’anus. Ces filaments si délies ne peuvent servir ni à ses mouvements, ni à sa défense ; mais je ne serais pas surpris quand on apprendrait, par quelque voyageur, qu’ils ont influé sur les habitudes de ce poisson, au point de rendre ses mœurs très-dignes de l’observation du physicien. Il est probable que ce zée. qui ne peut pas employer beaucoup de force pour vaincre sa proie, ni peut-être une grande vitesse pour l’atteindre, à cause de la grande hauteur et de la petite épaisseur de son corps, qui doivent vendre sa natation pénible, a recours à la ruse que ses filaments lui rendent très-facile. On pourrait croire que , par le moyen de ces longs appendices qu’il roule autour des plantes aquatiques et des petites saillies des rochers, il se maintient dans un état de repos qui lui permet de dérober aisement sa présence à de petits poissons, surtout lorsqu'il est à demi caché par les végétaux ou les différents corps derrière lesquels il se place, et que. posté ainsi en embuscade, il emploie une partie de ces mêmes filaments comme plusieurs osseux ou cartilagineux se servent des leurs, à tromper les poissons trop jeunes et trop imprudents, qui, prenant ces fils agités en différents sens pour des vers marins oufluviatiles, se jettent sur ces prolongations animées, et se précipitent, pour ainsi dire, dans la gueule de leur ennemi.

Cette conjecture est en quelque sorte confirmée par ce que nous savons déjà de la manière de vivre du zée rusé, que l’on trouve à Surate, comme le longs-cheveux.

Le rusé mérite en effet, par ses petites manœuvres, le nom spécifique qui lui a été donné. Il offre , dans les eaux douces de le côte de Malabar, des habitudes très-analogues à celles du cotte insidiateur, du spare-tompeur, du œhéto=

don soufflet, et du chétodon museau-allongé ; et cette ressemblance provient de la conformation particulière de son museau. laquelle a beaucoup de rapports avec celle de la bouche des quatre poissons chasseurs que nous venons de nommer.

La mâchoire inférieure du zée rusé s'élève dans une direction presque droite ; lorsque l’a nimal la baisse pour ouvrir la bouche, elle entraine en en-bas la mâchoire supérieure , et le museau est changé en une sorte de long cylindre, à l'extrémité duquel parait l'ouverture de la bouche, qui est tres-petite, et qui par ce mouvement se trouve descendue au-dessous du point qu'elle occupait. Cette ouverture reprend sa première place, lorsque l'animal, retirant vers le haut sa mâchoire supérieure, relève l'inférieure , l’applique contre celle d’eu haut, fait disparaitre la forme cylindrique du museau, et ferme entièrement sa bouche. Ce cylindre al-

-longé, que l'animal forme toutes les fois et aussi

vite qu'il le veut, lui sert de petit instrument pour jeter de petites gouttes d'eau sur les insectes qui volent auprès de la surface des lacs ou des rivières, et qui, ne pouvant plus se soutenir sur des ailes mouillees, tombent et deviennent sa proie !.

Chacun des opercules du rusé est d’ailleurs composé de deux pièces : sa dorsale peut être pliée et cachée dans une fossette longitudinale, que bordent les deux rangées d’aiguillons indiquées sur le tableau du seure. Ce zée parait revêtu , sur toute sa surface, d une feuille d'argent qui présente des taches noires et irrégulieres sur le dos , et de petits points noirs sur les côtés; sa chair est grasse ainsi qu agreable au goût ; et lorsqu'on veut le prendre à l’hamecon , on garnit cet instrument d'insectes ailés.

Les peintures chinoises que l’on conserve dans la bibliotheque du Muséum national d’histoire naturelle, offrent la figure d’un zée qui peut-être forme une espèce particulivre, et peutêtre n’est qu'une variété du rusé. Il parait en différer par trois caractères : une anale beaucoup plus longue; un rayon de chaque thoracine tresallongé; et une ligne latérale non interrompue.

1 7 rayons à la membrane branchiale du zée longs-cheveus, 47 à chaque pectorale, 3 à chaque choracine, 21 à la nageoïre de la queue. —7 rayons à la membraue branchiale du zée rusé, 46 à chaque pectorale 4 rayou aiguillonué et 5 rayons articalés à chaque thoracine, {8 rayons à la caudale.

DES POISSONS

LE ZÉE FORGERON ‘.

£Zeus Faber, Lion. Bl., Lac. Cuv.?.

Ce zée se trouve dans l'Océan atlantique et dans la Méditerrance. Des le temps d’Ovide, il avait éte observé dans cette dernière mer : Pline savait que, tres-recherché par les pêcheurs de l'Océan, ce poisson était depuis très-longtemps préféré à presque tous les autres par les citoyens de Cadix; et Columelle, qui était de cette ville, et qui a écrit avant Pline, indique 'e nom de Zée comme donne trés-anciennement à ce thoracin. Cet auteur connaissait, ainsi que Pline, le nom de Forgeron , que l’on avait employé pour cet osseux , particulièrement sur le rivage de la mer Atlantique, et que nous lui avons conservé avec Linnée, et plusieurs autres naturalistes modernes.

Dans des temps bien postérieurs à ceux d’Ovide, de Columelle et de Pline, des idées trèsdifférentes de celles qui occupaient ces illustres Romains , firent imaginer aux habitants de Rome, que le zée, dont nous donnons une notice, était le méme animal qu’un poisson fameux dans l’histoire de Pierre, le premier apôtre de Jésus, et que tous les individus de cette espece n'avaient sur chacun de leurs côtés une tache ronde et noire que parcequeles doigts du prince

4 Dorée, Poule de mer, en France. — Cog, Lau, sur quelques côtes franc. de L Océan, — Troueie, Saint-Pierre, Rode, dans quelque, départ. mérid. — Gal. en Espagne. — 1lpesce fabro, eu Sardaigue. — Laurata. à Maite.— Fabro, en Daimatie. — Christophoron, par des Grecs modernes. — Pesce sau-predro, Citula, Rotula, en Eiie. — Saint-peter fisch, Sonnen fisch, Mvers hmit, en Ali-magne. — Heringskæn:ig, ou roi des harengs, auprès de Hambourg rt de Heilige and. — Skrabha, en Suède — Sonnenvis, en Hollande. — Duin, en Augleterre. — Doré poisson saintpierre. Da: benton et Iauy Euc. méth.— /d. Bouuaterre, pl. de l'Enc. meth. — Blo h, pl. 41. — Brünn. Pise. Massil., p.55. n° 46. — Mus. Ad. Fri. 4, p..67. tab, 51, fig. 2 — « Zeus veutre aculeato. caudà in extremo circinalä. » Artedi, gen. 50, syu. 78. — Ô J2.#eb5. Athin., 1.7, fol. 165, 50, ed. Vald. — Oppian., E 4, fol. 6, 17. — « Zeus. id. faber. » Plin., lig. 9 ce. 18; et i. 52, cup. 1, — Ovid. Haïieutic. versu 111, — a Citula, sive saucti P:tri piscis » P. Jov., c. 27 ÿ. 98. — Doré, ou poisson snint-pierre. Rondelet, part. 1, 1 11, C. 19. — « Fiber. sive gallus imarinus. » Gesner, p. 569, 459, et(germ. fol 52, 6. — 1d. Willughby. p. 294, tab. $,16. — Id. Raï, p.99.— Fuber, Columel.. L. 8, e. 16.— /d. Wotton, L 8,c. 480, lol. 460, b, — Jd Salvian. fol. 205, 204, 205. - Id. Aldrov., 1, 1. €. 25, p. {12.— /d. Jonston, E 1, t. 2, c. 1. a, 18, tab. 47, lig. 1, 2. /d. Charlet., p.156. — Xaxsbs, id est faber. Schn., Petri arteit Synouymia piscium, elC., pe 4i7, — Grouov. Mus. 1, p. 47, n. 107; Zooph, p. 96, n. 511. — « Teiragouoptrus capite amplo, etc, » Klein, Miss. pisc. 4, p.59, n. 11. — Ruy-ch, Theatr. anim, p. 57, tab. 17, lg, 1.— Bélon, Aquat., p 150. — Brit. Zoul. 3,p. 181, n. 1.

3 Du sous-genre DOUSE, Zeus, dans le grand geare VOMER, de la familie des Acauthoptérygiens scombéroides, Cu, D,

des apôtres s'étaient appliques sur un endroit analogue, lorsqu'il avait pris un de ces zées pour obéir aux ordres de son maître ; et comme les opinions les plus extraordinaires sont celles qui se répandent le plus vite et qui durent pendant le plus detemps, on donne encore de nos jours, sur plusieurs côtes de la Méditerranée , le nom de Poisson de saint Pierre au zée forgeron.

Les Grecs modernes l’appellent aussi Poisson de saint Christophe, à cause d’une de leurs légendes pieuses, que l'on ne doit pas s’attendre à trouverdans un ouvrage sur les sciences naturelles. Mais il est résulté de cette sorte de dédicace, que le forgeron a été observé avec plus de soin, et beaucoup plus tôt connu que plusieurs autres poissons Il parvient communément à la longueur de quatre ou cinq décimètres ; et il pèse alors cinq ou six kilogrammes. Il se nourrit des poissons timides qu'il poursuit auprès des rivages, lorsqu'ils viennent y pondre ou y feconder leurs œufs. Il est si vorace . qu’il se jetteavec avidite et sans aucun discernement sur toutes sortes d’appâts ; et l'espèce d’audace qui accompagne cette voracité ne doit pas etonner dans un zée qui, indépendamment des dimensions de sa bouche, et du nombre ainsi que de la force de ses dents, a une rangée longitudinale de piquants non-seulement de chaque côté de la dorsale, mais encore à droite et a gauche de la nageoire de l'anus. D'ailleurs ces aiguillons sont tres-durs, et les sept ou huit derniers sont doubles. Les huit ou neuf premiers piquants de la nageoire du dos peuvent être considérés de chaque côte comme des apophyses des rayons aiguillonnés de cette nageoire; et les deux rangs d’aiguillons recourbes et contigus qui accompagnent la partie anterieure del’anale, se prolongent jusqu'a la goree en garnissant le dessous du corps, de deux lames dentelées comme celle d’une scie. A toutes ces armes le forgeron réunit encore deux pointes dures et aigues , qui partent de la base de chaque pectorale, et se dirigent verticalement, la plus courte vers le dos, et la plus longue vers l'anus.

La mâchoire supérieure est plus avancée que la supérieure; celle-ci peut s’etendre à la volonté de l’animal. Les yeux sont gros et rapprochés ; les narines ont de grands oritices , les branchies une large ouverture, et les opercules chacun deux lames; les écailles sont tres-minces.

L'ensemble du poisson ressemblant un peu à un disque, au moins si l’on en retranchaii ls

A2 museau et la caudale, il n’est pas surprenant qu’on l'ait comparé à une roue, et qu’on ait donné le nom de Rondelle à l'animal. Sa couleur générale est mêlée de peu de vert et de beaucoup d’or, et voilà pourquoi il a été appelé Doré ; mais sa parure, quoique très-riche, parait enfumée ; des teintes noires occupent le dos, la partie antérieure de la nageoire de l’apus; ainsi que de la dorsale, le museau , quelques portions de la tête ; et c'est ce qui a fait nommer ce zée Forgeron.

Ses pectorales, ses thoracines, la partie postérieure de la nageoire du dos, et celle de l’anale, sont grises ; et la caudale est grise avec des raies jaunes ou dorées.

L’estomac est petit, le canal intestinal trèssinueux, l'ovaire double, ainsi que la laite. On compte trente et une vertèbres à l’épine du dos. La charpente osseuse, excepté les parties solides de la tête, a les plus grands rapports avec celle des pleuronectes, dont nous allons nous occuper; et cette analogie a été particulièrement remarquée par le savant professeur Schneider.

De même que quelques balistes, quelques cottes , quelques trigles et d’autres poissons, le Forgeron peut comprimer assez rapidement ses organes intérieurs, pour que des gaz violemment pressés sortent par les ouvertures branchiales, froissent les opercules, et produisent un léger bruissement. Cette sorte de bruit a été comparée à un grognement, et a fait donner le nom de Truie au zée dont nous parlons *.

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