CENT CINQUANTE-CINQUIÈME GENRE
LES MISGURRES ©.
Le corps et la queue cylindriques; la peau gluante, et dénuée d’écailles facilement visibles; les yeuæ trèsrapprochés du sommet de La tête ; des dents et des barbillons aux mâchoires; une seule dorsale; celle na-
geoire très-courle.
CARACTÈRES
Six barbillons à la mâchoire supérieure; quatre barbillons à l'inférieure; huit raÿous à chaque ventrele.
ESPÈCE
LE MiSGURNE FOSSILE.
LE MISGURNE FOSSILE à.
Cobilis fossilis, Linn., Gmel., Cuv.; Misgurnus fossilis, Lac. *.
Ce poisson habite dans les étangs; on ne le voit du moins dans les lacs et dans les rivières,
45 rayons à la membrane branchiale du cobite loche, {0 à chaque pectorale, 9 à la nageoire du dos, 8 à celle de l'anus, {7 à la nageoire de la queue. — 5 rayons à la membrane branchiale du cobite tænia, 414 à chaque pectorale, 10 à la nageoire du dos, 9 à celle de l'anus, 47 à la nageoire de la queue.
2,4 Le genre Misgurne de Lacépède n'est pas adopté par M. Cuvier. 11 le réunit aux Cobites, eu plaçant ce genre dans la famille des Cyprinoïdes ; ordre des Malacoptérygiens abdominaux. D.
5: Loche d'étang, en France.—Fisqurn, Schlammpitzger, Schlammbeisser, Pritzker, pitzker, ou peissker, Meertrusche, Pfulfñsch, Schachtfeger, en Allemigne.— Murdal, en Bohème. — Prisker, Pihkste, en Livouie. — Grundel, en Pologne. — Wijun, Piskum, en Russie, — Misgurn, en Augleterre.— Dovulouo au Japon. — Cobile mis-
guim. Daubenton et Haüy, Exc. méth. — /d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. mélh, — Faun. Suec. 545. — Mus. Ad. Erid, 1, p.76. — « Cobitis aculeo bifurco, etc, » Gron, Act, Upsal,
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que lorsque le fond en est vaseux. Il perd difficilement la vie. Il ne périt pas sous la glace, pour peu qu'il reste de l’eau fluide au-dessous de celle qui est gelée. Il ne meurt pas non plus lorsqu'il se trouve dans un marais que l’art ou la nature dessèchent, pourvu qu'il y reste quelque portion d’eau, quelque bourbeuse qu'elle puisse être : il se cache alors dans les trous qu'il creuse au milieu de la fange. On le rencontre souvent dans les cavités de la terre humide qui faisait le fond d’un marais ou d’un étang donton vient de faire écouler l'eau. C’est ce qui à fait croire à quelques auteurs qu'il s’engendrait dans la terre, et qu'il n'allait dans les rivières ou les lacs, que lorsque les inondations l’atteignaient dans son asile et l’entraînaient ensuite. Mais au lieu de cette fable qui a été un peu accréditée et qui lui a fait donner le nom de Fossile, il aurait fallu dire que, d’après tous ces faits, il paraissait que le misgurne dont nous parlons est beaucoup moins sensible que presque tous les autres poissons, aux effets funestes des gaz qui se forment au-dessous de la glace, ou que produisent les marais qui, au lieu d’eau courante ou tranquille, ne présentent qu'une sorte de boue délayée et d'humidité fétide!.
Cependant cet abdominal semble ressentir très-vivement les impressions que peuvent faire éprouver aux habitants des eaux les vicissitudes de l'atmosphère, et particulièrement les grandes variations que montre dans certains temps l'électricité de l'air et de la terre. On a remarqué que lorsque l’orage menace, ce misgurne quitte le fond des étangs pour venir à leur surface, et s'y agite, comme tourmenté par une gène fatigante, ou par une sorte de vive inquiétude. Cette habitude l’a fait garder avec soin dans des vases par plusieurs observateurs. On l'a placé dans un vaisseau rempli d'eau de pluie ou de rivière, et garni, dans le bas, d’une couche de terre grasse. On a eu le soin de changer la terre et l’eau tous les trois ou quatre jours 1742, p. 79.t.5.— Bloch. pl. 51, fig. 4. — « Cobitis cæru- « le.cens, etc. » Artedi, gen. 2, syn. 5. — Misgurn , seu fisgurn, et mustela fossilis. Willughby, p. 118, et p. 124.—/d. Rai, p.69, n. 6; et p. 70, n.9.—Gronov. Zooph., p.56, n.201; Mus.1,p.2,n.7.— Klein, Miss. Pise. 4, p. 59,1. 15, fig. 5. — Mustela fossilis. Aldrov. Pisc., p. 579. — Jonston, Pisc., p. 154, tab. 28, fig. 8.—Marsil. Danub. 4, p.59, tab. 15, fig.1. — Thermometrum vivum. Clauder, Ephem. nat. curios.
dec. 2, an. 6, p. 554, obs. 175, f. 71.— Beyszker. Gesn. Thierb., p. 160. — Pæcilia. Schonev., p. 56.
+ Consultez le Discours que nous avons intilulé Des effets de l'art de l'homme surla nature des poissons,
pendant l'été, et tous les sept jours pendant l'hiver. On l’a mis pendant les froids dans une chambre chaude, auprès de la fenêtre. On l'a gardé ainsi pendant plus d’un an. On l'a vu rester tranquille pendant le calme, sur la terre humectée, mais se remuer fortement pendant la tempête, même vingt-quatre heures avant que l'orage n’éclatät, monter, descendre, remonter, parcourir l’intérieur du vase en différents sens, et en troubler le fluide. C’est d’après cette observation qu'il a été comparé à un baromètre , et qu'il a été nommé baromètre vivant.
Il parvient à la longueur d’un pied ou un pied et demi, et quelquefois il a montré celle de trois ou quatre pieds. Ayant beaucoup de rapports par sa conformation extérieure avec Ja murène anguille, il n’est pas surprenant qu'il puisse facilement, comme cette dernière, s’insinuer dans la terre molle, et y pratiquer des cavités proportionnées à son volume; et c’est ce qui fait qu'il se retire dans la fange ou dans la vase, non-seulement lorsque le dessèchement des étangs ne lui permet pas de demeurer audessus de leur fond privé d’eau presque en entier, mais encore lorsqu'il veut éviter une action trop vive du froid qui paraît l’incommoder. Cette précaution qu’il prend dese renfermer sous terre lorsque la température est moins chaude, l’a fait appeler Thermomètre vivant, comme les mouvements qu'il se donne lorsque le temps est orageux, l’ont fait désigner par le nom de Baromètre vivant où animé.
Le misgurne fossile sort de son habitation souterraine lorsque le printemps est de retour. 11 va alors déposer ses œufs ou sa laite sur les herbages de son marais.
Il se nourrit de vers, d'insectes, de très-petits poissons, et de résidus de substances organisées qu'il touve dans la vase. Il multiplie beaucoup; et néanmoins il a bien des ennemis à craindre. Les grenouilles l’attaquentavec succès, lorsqu'il est encore jeune , les écrevisses le saisissent avec leurs pattes, et le pressent assez fortement pour lui donner la mort; les persèques, les brochets, le dévorent; les pêcheurs le poursuivent. Ils le prennent rarement à l'hamecon, auquel il ne se détermine pas facilement à mordre; mais ils le pêchent avec des nasses garnies d'herbes, avec des filets et particulièrement avec la truble !,
4 La truble ou le truble est un filet en forme de poche,
EEE —
DES POISSONS
Ë n’est cependant pas tres-recherché, parce que sa chair est molle, imprégnée d’un goût de marécage, et enduite d’un sue visqueux. On lui ôte cette substance gluante, en le plongeant dans un vase dont l’eau contient du sel marin, ou des cendres. L'animal s’y remue, s’y contourne, s’y tourmente, s’y purifie, pour ainsi dire; et on le lave ensuite dans de l’eau douce.
Cette matière gluante dont le misgurne fossile est couvert, aussi bien que pénétré, influe sur ses couleurs ; elle en détermine plusieurs nuances ; suivant qu’elle est plus ou moins abondante, elle en fait varier quelques tons; et comme les différentes eaux peuvent, suivant leur pureté ou leur mélange avec des substances étrangères, agir diversement sur cette liqueur visqueuse, en dissoudre ou en emporter plus ou moins, en diminuer plus ou moins la qualité et l'influence, les couleurs du fossile varient suivant la nature des eaux qu’il habite. Ce qui le prouve d’ailleurs, c’est que lorsqu'on nettoie avec de l'alcool, ou de toute autre manière, le ventre de ce misgurne, la belle couleur jaune de cette partie disparaît entièrement.
Voici cependant quelles sont les couleurs les plus ordinaires de cet abdominal. Son dos est noirâtre; il est orné de raies longitudinales aunes et brunes sur lesquelles on aperçoit quelques taches. Son ventre brille d’une teinte orangée que relèvent des points noirs. Les joues et les membranes branchiales sont jaunes et parsemées de taches brunes. La dorsale, les pectorales et la caudale montrent des taches
dont les bords sont attachés à la circonférence d'un cercle de bois et de fer, auquel on ajuste un manche. Un pêcheur qui aperçoit des poissons à une petite profondeur dans l'eau, passe le truble par-äessous ces animaux, et le relève à l'instant, de manière qu'ils se trouvent pris dans la poche. Où se sert aussi du {ruble pour s'emparer des poissons pris dans les bourdiques , ou pour enlever ceux qui ont mordu à l'hamegon, mais qui par leur poids pourraient rompre les lignes. Les bourdiques sont composées de deux cloisons faites avec des pieux ou des fiiets ; ces cloisons convergent vers le courant. On les éleve dans les canaux qui communiquent des étangs dans la mer, pour prendre les poissons qui veulent regagner l'eau salée. Il y a des trubles carrés qui sont plus commodes pour prendre les poissons renfermés dans des résærvoirs particuliers. Ceux que l'on nomme daus quelques endroits étiquettes, ou péches, sont de petits filets dont la figure est semblable à celle d'un grand capuchon. L'ouverture de cette sorte de capuchon est attachée à un cerceau, ou à quaire bâtons suspendus au bout d'une perche. On amorce cet instrument avec des vers de terre, qu'on enfile par le milieu du corps , et qu'on attache de maniere qu® lorsque le filet est dans l'eau, ils pendent à un ou deux décimetres du fond. On s'en sert pour pêcher des écrevisses, aussi bien que différentes espèces de poisson. Le trubleau est un petit ou une petite truble,
noires sur un fond jaune; les venitrales et l’anaie sont jaunes ou jaunâtres.
Le museau du misgurne fossile est un peu pointu ; l’orifice de sa bouche allongé; chacune de ses mâchoires garnie de douze petites dents; sa langue menue et pointue; l’orifice de ses narines placé auprès d’un piquant; sa nuque large; sa caudale arrondie; sa dorsale courte, et plus pres de la nageoire de la queue que de la tête.
Ses écailles minces, légèrement rayées, demitransparentes, paraissent transmettre uniquement les nuances de la peau produites où modifiées par la substance visqueuse qui l’arrose'.
L’estomac est petit; le canal intestinal court et sans sinuosités ; le foie long; la vésicuie du fiel grande; l’ovaire double ainsi que la laite. Les œufs sont brunâtres , et de la grosseur d’une graine de pavot.
Bloch a écrit que le fossile ne rejetait pas de bulles d'air ou de gaz par la bouche; qu'il en rendait par l'anus, et que cette différence venait de ce que ce poisson manquait de vessie aérienne ou natatoire. 11 a pensé aussi que cet abdominal avait auprès de la nuque deux vésicules remplies d'une substancelaiteuse. Maisle profes: seur Schneider ayant disséqué plusieurs individus de l'espèce de misgurne que nous décrivons, a montré que ce poisson n'avait auprès de la nuque qu'une seule vésicule ; que cette vésicule était osseuse, déprimée dans le milieu et arrondie dans les deux bouts, de maniere à paraître double ; qu'elle était attachée à la troisième et à la quatrième vertebre ; que ses apophyses ou ses appendices latéraux servaient de point d’attache aux muscles des nageoires pectorales ; que cette sorte de boîte osseuse contenait une véritable vessie aérienne ; que cette vessie aérienne ou natatoire était peu volumineuse, simple, membraneuse, blanche; et qu'elle communiquait avec l’œsophage par un conduit très-petit et très-court ?.
Ce savant professeur ajoute, dans son excellent ouvrage, qu'il n’a jamais vu le misgurne fossile rendre des bulles d’air par l'anus, mais que cet abdominal en rejette très-souvent par la bouche , en faisant entendre un bruissement très-sensible #.
4 Voyez notre Discours sur la nature des poissons. 34 Peiri Artedi Syn. piscium, etc. » Par J. G. Schn., etc. p. 5. 537.
5 Consultez notre Discours sur la naturc des poissons, 4 4 rayons à la membrane branchiale du msgurne funils,