TRENTE-UNIÈME GENRE
LES RÉGALECS.
Des nageoires pectorales, du dos, e! de la queue ; point de nagvoire de l'anus, ni de série d'aiguillons à la place de cette dernière nageoire : le corps et la queue trés-allongés.
ESPÈCES. CARACTÈRES
Un long filament auprès de chaque na- 1 geoire péctorale; une nageoire dorsale
LE REGALEC régnant depuis la nuque jusqu à la na-
GLESNE. groire de la queue,avec laqueile elle est réunie, 2 La nageoire de la queue, lancéolée; les
LE REGALEC LAN- i
opercules composés seulement de deux CEOLE. {
ou trois pièces.
LE RÉGALEC GLESNE !.
Regalecus Glesne, Lac., Cuv.; Gymnetrus remipes, Schn. ?.
Plus on fait de progrès dans l’étude des corps organisés, et plus on est convaincu de cette vérité importante, que toutes les formes compatibles avec la conservation des espèces, non-seulementexistent, mais encore sont combinées les unes avec les autres de toutes les manières qui peuvent se concilier avec la durée de ces mêmes espèces. L'histoire des poissons apodes de la première division des osseux nous fournit un exemple remarquable de cette variété de combinaisons. Dans les dix-neuf genres de cet ordre, les diverses nageoires du dos, de la poitrine, de l’anus et de la queue, montrent en effet par leur présence , ou par leur absence, un assez grand nombre de modes différents. Les cécilies sont absolument sans nageoires; les monoptères n’en ont qu’une qui est placée au bout de la queue; on en voit deux sur les lepiocéphales , dont le dos est garni d’une de ces deux nageoires, pendant que l’autre est située entre leur queue et leur anus; les trichiures n’en ont que sur le dos et des deux côtés de la
4 Sild konge, sild tulst, en Norvège. —Regalecus glesne, Ascagne, figures enluminées d'hist. nat., cah. 2, p. 5, pl. 41. — Muller, Zool. Danicæ Prodromus. — Régalec glesne, Bonnaerre, pl. de l'Enc. méth.
3 M. Cuyier admet le genre gymnètre de Schneider, et y rapporte le glesne dans la famille des acanthoptérygiens tænicides. D.
poitrine; les gymnotes qui en ont de pectorales et une de l’anus, en sont dénués sur le dos et à l'extrémité de la queue ; les monoptères et les ophisures en déploient uniquement sur le dos au delà de l’anus, etdes deux côtés de la partie antérieure de leur corps; les triures ne réunis sent aux nageoires du dos, de la poitrine et de l'anus, que des rudiments d’une nageoire de la queue ; on aperçoit une nageoire caudale, deux pectorales et une nageoire de l’anus sur les aptéronotes, mais leur dos est sans nageoire; les quatre sortes de nageoires ont été données aux odontognathes, aux murènes, aux ammodytes, aux ophidies, aux macrognathes, aux xiphias, aux anarhiques, aux comépbores, aux stromatées, aux rhombes; et enfin les régalecs ont reçu une nageoire de la queue, et deux pectorales, sans aucune apparence de nageoire de l'anus
Cette absence d’une nageoire anale suffirait seule pour séparer le genre des récalecs de tous les autres genres de son ordre, excepté de celui des cécilies, de celui des monoptères, et de celui des trichiures; mais comme les trichiures ont une série d’aiguillons à la place de la nageoire anale, que les monoptères n’ont qu’une seule nageoire, et que les cécilies n’en ont pas du tout, on peut dire que cet entier dénüment de pageoire de l'anus distingue véritablement les régalecs de tous les apodes inscrits dans la première division des poissons osseux, et avec lesquels on pourrait les confondre.
Le naturaliste Ascanius est le premier auteur qui ait fait mention du régalec. On n'a compté jusqu'à présent dans ce genre qu'une espèce que l’on nomme Glesne , et qui habite auprès des côtes de Norvège. Le régalec glesne a d'assez grands rapports avec les trichiures et les ophisures. Le corps et la queue sont trèsallongés et comprimés, les mâchoires armées de dents nombreuses, les opercules composés de cinq ou six pièces, les membranes branchiales soutenues par cinq ou six rayons, les nageoires pectorales très-petites. Au-dessous de chacune de ces deux dernières nageoires, on voit un filament renflé par le bout, et dont la longueur est égale ordinairement au tiers de celle de l’animal. On compte, en quelque sorte, deux nageoires dorsales : la première, qui cependant est une série de piquants plutôt qu’une véritable nageoire, commence dès le sommet de la tête, et est composée de huit aiguillons;
la seconde s’étend depuis la nuque jusqu’à la nageoire caudale, avec laquelle elle se réunit et se confond.
Tout le corps du poisson est argenté, semé de petits points noirs disposés en raies longitudinales, et varié dans ses nuances par trois bandes brunes et placées transversalement sur la partie postérieure de la queue.
Comme on le rencontre souvent, ainsi que la chimère arctique, au milieu des innombrables légions de harengs, qu’il est argenté comme ces derniers animaux, qu'il a l'air de les conduire, et qu’il parvient à des dimensions assez considérables, on l'a nommé, ainsi que la chimère du Nord, Roi des harengs ; et c'est ce que désigne le nom générique de Régalec, qui lui a été conservé.
LE RÉGALEC LANCÉOLÉ!, Regalecus lanceolatus, Lacep. ?.
Nous plaçcons dans le même genre que le glesne une espèce de poisson dont nous avons vu une figure coloriée, exécutée avee beaucoup de soin, parmi les dessins chinois cédés par la Hollande à la France, et desquels nous avons déjà parlé plusieurs fois. Nous avons donné à ce régalec , dont les naturalistes d'Europe n'ont encore publié aucune description, le nom spécifique de Lancéolé, parce que la nageoire qui termine sa queue a la forme d’un fer de lance. Cet animal est dénué d’une nageoire de l’anus comme le glesne : il a, comme ce dernier osseux , deux nageoires dorsales, très-basses et très-rapprochées ; mais ces deux nageoires sont, en quelque sorte, triangulaires : la premiere a’est point composée d’aiguillons détachés, et la seconde ne se confond pas avec l'anale comme sur le glesne. Chacun des opereules n’est composé que de deux ou trois pièces , tandis qu’on en compte cinq ou six dans chaque opercule du régalec de Norvège. Le lancéolé a d’ailleurs le corps très-allongé et serpentiforme, comme le régalec d'Europe; mais ce poisson chinois , au lieu d’être argenté, est d’une couleur d’or mêlée de brun.
* Ce régalec est représenté sous le nom d'Ophidie chinoise, dans la planche vingt-deuxième du premier volume de cette Histoire des poissons. (Wole de la prem. édition )
? M. Cuvier remarque que le Régalec lancéolé ou ophidie chinoise des planches de Lacépède, gymnetrus cepidianus shaw, n'appartient pas au genre Cymnètre. D.