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TRENTE-DEUXIÈME GENRE

LES ODONTOGNATHES.

Une lame longue, large, recourbée, dentelée, placée de chaque côté de la mâchoire supérieure, et entraînce par tous les mouvements de la mächoire de dessous.

ESPÈCE. CARACTÈRES

Huit aiguillons recourbés, situés sur la

poitrine; vingt-huit autres aignillons

disposés sur deux rangs longitudinaux et placés sur le ventre.

L'ODONTOGNATHE AIGUILLONNE.

L'ODONTOGNATHE AIGUILLONNÉ.

Odontognathus mucronatus, Lac., Cuv.; Gnathobolu mucronatus, Schn.

Parmi plusieurs poissons que M. Leblond nous a fait parvenir assez récemment de Cayenne, s’est trouvé celui que j’ai cru devoir nommer Odontognathe aiquillonné. Non-seulement cet osseux n’a encore été décrit par aueun naturaliste, mais il ne peut être placé dans aucun des genres admis jusqu’à présent par ceux qui cultivent l’histoire naturelle. Sa tête, son corps et sa queue sont très-comprimés.

Mais ce qui doit le faire observer avec le plus d'attention, c’est le mécanisme particulier que présentent ses mâchoires, et dont on ne trouve d’exemple dans aucun poisson connu. Montrons en quoi consiste ce mécanisme.

La mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, est très-relevée contre cette dernière, lorsque l’animal a sa bouche entièrement fermée ; elle est même si redressée dans cette position, qu’elle parait presque verticale. Elle s’abaisse, en quelque sorte, comme un pontlevis, lorsque le poisson ouvre sa bouche; eton s'aperçoit facilement alors qu’elle forme une espèce de petite nacelle écailleuse, très-transparente, sillonnée par-dessous, et finement dentelée sur ses bords.

Cette mâchoire de dessous entraine en avant, lorsqu'elle s’abaisse, deux pièces très-longues, ou, pour mieux dire, deux lames très-plates, irrégulières, de substance écailleuse, un peu recourbées à leur bout postérieur, plus larges à leur origine qu’à leur autre extrémité, dente-

5 M. Cuvier remarque que M. de Lacépède n'ayant vu qu'un individu mal conservé, a cru que ses maxillaires étaient naturellement dirigés en avant de la bouche, comme deux cornes; mais que ce n'était qu'un accident. Ils sont placés, dit-il, dans ce genre comme dans tous les autres; et c'est sur cette idée erronée qu'a été formé le nom de Gnathobulus (lançant ses mâchoires). D.

DES POISSONS

lées sur leur bord antérieur, et attachées, l’une d’un côté, l’autre de l’autre, à la partie la plus saillante de la mâchoire supérieure. Lorsque ces deux lames ont obéi le plus possible au mouvement en en-bas de la mâchoire inférieure, elles se trouvent avancées de manière que leurs extrémités dépassent la verticale que l’on peut supposer tirée du bout du museau vers le plan horizontal sur lequel le poisson repose. C’est au milieu de ces deux pièces que l'on voit alors la mâchoire inférieure abaissée et étendue en avant ; et dans cette attitude, le contour de la bouche est formé par cette même mâchoire de dessous, et par les deux lames dentelées qui sont devenues comme les deux côtés de la mâchoire supérieure.

Tant que la bouche reste ouverte, les lames dépassent par le bas la mâchoire inférieure ; mais lorsque celle-ci remonte pour s’appliquer de nouveau contre la mâchoire supérieure et fermer la bouche, chacune des deux pièces se couche contre un des opercules, et paraît n’en être que le bord antérieur dentelé.

C’est des dentelures que nous venons d’indiquer en montrant le singulier mécanisme des mâchoires de l’aiguillonné, que nous avons tiré le nom générique de cet animal, Odontognathe signifiant par un seul mot, ainsi que cela est nécessaire pour la dénomination d’un genre , à mâchoires dentelées.

Au milien de ces mâchoires organisées d’une manière si particuliere, on voit une langue pointue et assez libre dans ses mouvements.

Les opercules, composés de plusieurs pièces, sont très-transparents dans leur partie postérieure , écailleux et très-argentés dans leur parie antérieure. La membrane des branchies, qui est soutenue par cinq rayons, est aussi argentée par-dessus ; et il nestpas inutile de faire observer à ceux qui auront encore présentes à ieur esprit les idées que notre premier Discours renferme sur les couleurs des poissons, que dans un très-grand nombre d’osseux qui vivent aux environs de la Guyane et d’autres contrées équatoriales de l'Amérique, la membrane branchiale est plus ou moins couverte de ces écailles très-petites et très-éclatantes qui argentent les diverses parties sur lesquelles elles sont répandues.

La poitrine, terminée par le bas en carène aiguë, présente sur cette sorte d’arête huit aiguillons recourbés. On distingue de plus, au

travers des téguments et de chaque côté du corps, quatorze côtes peu courbées , dont chacune est terminée par un aiguillon saillant à l'extérieur, et se réunit, pour former le dessous du ventre, à celle qui lui est analogue dans le côté du corps opposé à celui auquel elle appartient. Il résulte de cet arrangement, que la carène du ventre est garnie de vingt-huit aiguillons disposés sur deux rangs longitudinaux ; et c’est de cette double rangée que vient le nom spécifique d’Aiguillonné, par lequel nous avons cru devoir distinguer le poisson osseux que nous décrivons.

La nageoire de l’anus est très- longue, et

.S'étend presque jusqu’à la base de celle de la

queue, qui est fourchue!.

Celle du dos est placée sur la queue proprement dite, vers les trois quarts de la longueur totale de l’animal ; mais elle est très-petite.

D'après l’état dans lequel nous avons vu l’individu envoyé au Muséum d'Histoire naturelle par M. Leblond , et conservé déjà depuis quelque temps dans de l'alcool affaibli, nous pouvons seulement conjecturer que l’odontognathe aiguillonné présente, sur presque tout son corps , le vif éclat de l'argent. Nous le présumons d'autant plus, que cet animal a reçu dans les environs de Cayenne, suivant le rapport de M. Leblond, le nom vulgaire de Sardine; nom donné depuis longtemps à une elupée argentée sur une grande partie de son corps, et qui d’ailleurs n’a aucune ressemblance extérieure bien frappante avec l’aiguillonné. Comme la sardine, l’odontognathe dont nous parlons est bon à manger, et vit dans l’eau salée. Il parvient à la longueur de trois décimètres.

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